Les veilleurs de l'aube-V.Malka

 Ici, on l'appellera « la confrérie du chantre d'Israël » ; là, « la confrérie des gardiens de l'aube » et ailleurs « la confrérie du roi David ». Pourquoi ces dénominations ? D'une part, parce que c'est de la généalogie de David que sortira, selon des récits bibliques, le roi-messie 

 D'autre part, le père du roi Salomon est perçu dans la tradition religieuse et historique d'Israël, dans sa mémoire même, comme étant un roi poète ou un roi musicien (ou les deux à la fois). 

Ainsi, au musée de Beersheva au sud d'Israël, on peut voir aujour­d'hui une image représentant le roi David, couronné, jouant de la lyre. Et cette image constitue le motif central d'une mosaïque ornant le pavement de la salle de prière d'une synagogue datant du début du vie siècle. 

Il y a aussi, ici et là, des confréries que l'on nommera en mémoire du prophète biblique Ézéchiel. N'est-il pas, lui plus qu'un autre, l'annonciateur de la résurrection des « ossements desséchés », de la renaissance du peuple et de la restauration du Temple de Jérusalem ? 

Les membres de cette confrérie ont par ailleurs la particularité d'avoir adopté pour principe d'étudier chaque semaine, en communauté, un chapitre du Zohar (le livre de la splen­deur, la principale œuvre dela Kabbale). 

Aussi bien, depuis lors et jusqu'à nos jours dans toutes les diasporas d'Israël, du nord au sud et d'est en ouest, quand on veut, dans les milieux traditionalistes, saluer notamment à la synagogue les promesses d'un chantre, dire sa gloire ou, plus simplement, lui faire compli­ment de sa voix, parle-t-on de lui comme d'un disciple et d'un continuateur du roi David, « le chantre des psaumes d'Israël » (Né'im zmirot Israël). 

La tradition des bakkachot va se développer très vite dans les communautés juives du Maroc grâce aux rabbins- voyageurs venus de Terre sainte dans le pays. Les premières communautés à adopter avec enthousiasme ces tra­ditions sont, dit-on, celles de Tétouan, au nord du pays.

Chapitre II La confrérie des gardiens de l'aube

 La judaïcité locale y est en effet – notent les historiens – relativement importante aux xvne et xviue siècles. La ville est, pour des raisons géographiques, une ville-halte. C'est la première étape marocaine de ces rabbins, lettrés et quê­teurs, venus par voie de mer de la lointaine Palestine.

De plus, c'est là, à Tétouan (dans cette ville que l'on nom­mera, plus tard, la petite Jérusalem), que la musique andalouse, en partie importée dans les bagages des musul­mans exilés d'Espagne (et qui accompagnera désormais régulièrement ces soirées de poésie liturgique, ainsi qu'on le verra plus loin), va connaître un développement consi­dérable.

 C'est dans cette ville notamment que se consti­tuera – acte véritablement novateur, salué comme tel par tous, juifs et musulmans – la première anthologie de ce type de musique. Un musicien y réunira les compositions poétiques classiques et néoclassiques d'usage courant.

 Cette anthologie portera tout naturellement le nom de ce musicien qui, le premier, en a conçu le projet : ( Moham­med ben El-Houssayn ) Al Haïk. On parlera à partir de là de l'Al-Haïk comme d'un Larousse ou d'un Robert – avant la lettre – de la musique venue d'Al Andalous.

 Elle constituera une véritable bible de l'amateur de ce type de musique. Un historien note que les amateurs et initiés juifs vont recopier un grand nombre de ces textes en lettres hébraïques – à défaut de connaître l'écriture arabe – et les garder jalousement.

C'est à partir de là, dans le nord du pays, que cette tradition de ces veillées poétiques va prendre son envol. Les premiers poèmes liturgiques qui y seront chantés sont écrits sur des feuilles éparses, des manuscrits souvent fournis, dans un premier temps, par les poètes eux-mêmes, et où les coquilles et les erreurs – répétées par les diffé­rents copistes – sont nombreuses.

 Peu à peu, la tradition va s'étendre et se délocaliser. Partout, on veut imiter ce qui a été entrepris avec succès dans la capitale du Nord. À la fin du xvme siècle, le centre de cette activité poétique, liturgique et musicale, se déplace vers le sud, essentiellement vers deux autres métropoles du pays, Mogador (aujourd'hui Essaouira) et Marrakech. Chacune de ces deux villes apportera, plus tard, à la tradition de ces veil­lées un style particulier et une tonalité spécifique.

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