Reflexions sur l'origine des Juifs des regions nord-sahariennes

Reflexions sur l'origine des Juifs des regions nord-sahariennes

Pour l'époque romaine nous disposons d'une documentation plus fournie quoique assez décevante. Les sources archéologiques sont particulièrement rares: citons la nécropole juive de Gamarth, ou du Jbel Khaoul, qui doit son nom aux hypogées qui comptent jusqu'à 15 et 17 alvéoles suivant un type bien connu en Orient et qui diffère à la fois de la tombe punique et de la tombe romaine. On a parlé exagérément de plusieurs milliers de sépultures, en fait on peut les estimer à quelques centaines. Un hypogée du même type à loculi rayonnant fut découvert à Cherche! mais à Tipasa un dispositif comparable, dans un hypogée multiple qui s'ouvre dans la chapelle d'Alexandre, est manifestement une sépulture chrétienne. Il est donc difficile d'attribuer formellement à une communauté juive l'hypogée de Cherchel d'autant plus que le modèle sûrement oriental n'est pas limité à la seule Palestine. Une catacombe apparemment juive a été signalée à Oea en Tripolitaine et des noms hébraïques sont portés par des Chrétiens de Syrte, sans doute des Juifs convertis.

Les ruines de deux synagogues seulement sont connues dans l'A­frique romaine, l'une à Naro (Hamman Lif, à l'Est de Tunis) semble avoir été construite entre le Ile et le Ve siècle; l'autre est une petite synagogue attenante à la basilique de Lepcis Magna. Mais d'autres vestiges intéressants en raison de leur situation à l'intérieur des terres, méritent d'être cités. C'est en premier lieu une colonette trouvée à Henchir Fouagha, au Nord de Tebessa qui porte l'inscription sui­vante: D(EVS ABR)AHAM, D'EUS ISA(A)C et une succession de chandeliers à sept branches. Un chapiteau très fruste et certainement de basse époque, trouvé à Rouahia, près de Tiaret, porte également une représentation de menorah. Ce motif est connu sur des lampes trouvées à Carthage, Cherchel, Volubilis. Une lampe conservée au Musée de Lyon, de fabrication africaine, a fait l'objet d'une étude très pertinente de M. Simon, le menorah figure au milieu d'un ensemble disparate où le spécialiste décèle, sous un syncrétisme religieux,  la persistance de l'influence punique au IVe ou Ve siècle chez les "Cae- licoles" judaïsants.

Les sources épigraphiques ne sont guère plus nombreuses: elles sont surtout concentrées à Carthage (41 inscriptions à Gamarth) et sur le littoral Naro-Hamman Lif (4 textes), Sala (2 textes), Thaenae, Sullectum, Lepti Minus, Segermes, Caesarea, Lixus (chacun une seule inscription), mais aussi dans les principales villes, capitales de provin­ces, Cirta (4 inscriptions), Sitifis (2 inscriptions), Lambèse (une inscrip­tion) ou de places importantes : Volubilis (5), Auzia (1).

La toponymie n'intervient que faiblement: on connaît un "Lucus Judeorum Augusti" au fond de la Grande Syrte.

Les sources littéraires ne sont pas négligeables : le Talmud et les écrits rabbiniques accordent une place remarquable aux communautés et écoles juives africaines. M. Simon a déjà remarqué que l'Afrique tient dans ces écrits une place plus grande que n'importe quelle autre province de l'Empire romain. On connaît grâce à eux le nom de cinq rabbins de Carthage qui vécurent aux Ile et Ille siècles.

Les Pères de l'Eglise permettent de compléter la documentation. Tertollien nous apprend que les Juifs étaient nombreux à Carthage et influents au point de susciter des poursuites contre les Chrétiens.

Deux siecles plus tard Saint-Augustin et Saint-Jérôme font état de communautés juives à Oea, Simithu (Chemtou), Hippo Regius (Anna- ba-Bône) et même Thusurus (Tozeur). La Passion de Sainte Mar­tienne mentionne une communauté juive à Caesarea (Cherchel).

C'est l'onosmastique étudiée récemment par J.-M. Lasserre qui apporte les enseignements les plus intéressants et les plus inattendus. Sur les 61 noms portés par des Juifs que l'Antiquité africaine nous ait conservés, 10 seulement sont hébreux, 4, à peine, grecs, 1 seul est d'origine nettement africaine, 47 sont des noms romains et près de la moitié se retrouvent à Rome même. J. -M. Lasserre en déduit que sous l'Empire, le Judaïsme africain est en grande partie d'origine italienne, que les éléments orientaux (ou venus directement d'Orient) sont peu nombreux et qu'il est difficile de trouver la moindre trace d'une communauté juive antérieure à Rome.

Il est remarquable également qu'après l'Afrique proconsulaire ce soit la Maurétanie tingitane qui semble compter le plus de Juifs. Ainsi les deux extrémités du Maghreb qui font chacune face à une péninsule européenne sont mieux loties que la Numidie ou la Maurétanie césarienne. Cette répartition semble confirmer l'hypothèse de l'origine allochtone de la plupart de ces Juifs. Ces immigrations européennes doivent cependant être complétées par des arrivées de Juifs en pro­venance de Cyrénaïque et de Tripolitaine.

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