Joseph Dadia A l'ombre du Bani L'ecole de l'Alliance a Akka

ALLIANCE

Joseph Dadia

A l'ombre du Bani L'ecole de l'Alliance a Akka

Monsieur Alfred Goldenberg me confie que l'ecole de l'Alliance a Akka n'a pas d'instituteur depuis des mois. II me propose le poste, puisqu'il me connait depuis le Cours Preparatoire. Je le remercie de la conflance qu'il me porte, et lui declare que je suis disponible pour me rendre a Akka

Monsieur Rene Camhy ne tarda pas a prendre le relais, en supervisant ma formation pedagogique dans la classe de Madame Annette Zrihen nee Levy. En quelques jours, elle a su me transmettre les premiers rudiments que tout instituteur devrait connaitre pour enseigner

Un vendredi matin de fevrier 1960, Monsieur Camhy m'accompagne dans sa voiture a Akka, avec un arret a Agadir pour le shabbat. II a prefere aller a l'hotel que de venir avec moi chez mon oncle Meyer, que je n'ai pas vu depuis l'ete 1956. J'ai hate aussi de revoir ma tante Freha, mes cousins et mes cousines. Je ne savais pas en ce moment que ces breves retrouvailles allaient etre les dernieres

Mes debuts d'instituteur a Akka

Le dimanche, des la pointe du jour, Monsieur Camhy sonna chez mon oncle

et nous nous mimes immediatement en route pour notre destination finale, avec une halte a Oufrane de l'Anti-Atlas pour rencontrer les responsables de la communaute

 Nous arrivames a Akka, apres bien des aventures avant la tombee de la nuit. Le cheikh Yitzhak, rabbi Moshe et des notables guettaient notre arrivee devant l'ecole

 L'accueil est chaleureux. Les benedictions de bienvenue se renouvellent, avec mille embrassades des mains

De gais youyous, zgharit, retentissent dans le calme de la palmeraie, qui attend l'appel du muezzin pour emerger de la torpeur vesperal

Le voyage a ete fatigant. Je ne me souviens pas ou nous avons passe notre premiere nuit dans ce qsar du bout du monde

J'etais la pour apporter aux enfants de l'ecole le reve et les lumieres de la culture europeenne. J' allai devenir le directeur d'une ecole a classe unique d'une quarantaine d'eleves, filles et gargons de six a seize ans. Pour les eleves et leurs parents  je suis le «maestro», le «maître». Pour la population locale, je suis le « mudir », le « directeur ». Ces titres informels, que l'usage a adoptés, vont me valoir déférence et autorité dans cette oasis nichée près des « kheneg » ou cluses, failles du Djebel Bani, dans le voisinage du cours inférieur de l'oued Dra, parfois souterrain jusqu'à son embouchure dans l'Océan Atlantique

Tôt levés le lundi matin 8 février 1960, après une nuit du sommeil du juste, nous voilà tous les deux, Monsieur Camhy et moi, dans les murs de l'école de l'Alliance. L'émotion m'étreint en entrant dans la salle de classe. Deux rangées de bancs me sourient. Le légendaire tableau noir est accroché à sa place ; il est le fidèle miroir de tout un savoir qu'il transcrit et transmet de génération en génération. Monsieur Camhy tente de me calmer de sa voix douce et de son verbe magique, quand je le vois à son tour trembler comme une feuille d'automne, emporté par un subit émoi. A présent, c'est moi qui le soutiens, lui, le dévoué protecteur de nombreux instituteurs qu'il a installés dans les bleds égarés de l'Atlas et des vallées où pousse l'arganier du Sous. Nous retrouvons tous les deux nos esprits. Nous décidons d'aller respirer un peu d'air frais à l'ombre des palmiers-dattiers d'un jardin, qui est juste en face de l'école

Ce matin-là, le soleil darde à plomb ses rayons sur la palmeraie et les hauteurs du Bani, rendant l'atmosphère irrespirable. J'entrevois le climat qui m'attend et auquel il faut bien m'y habituer. Je comprends du coup pourquoi les portes de cette école de l'Alliance ferment le 31 mai, avant toutes les autres écoles du Royaume.

Nous profitons de cette journée sans élèves pour inspecter les lieux et faire l'inventaire des livres, des cahiers, des différents registres et papiers administratifs, du matériel, de l'intendance et de la mallette des premiers soins

L'école de l'Alliance, un quadrilatère coquet et bien entretenu, construite avec goût dans le style de la localité par son propriétaire le cheikh Yitzhak, président d'une petite communauté de cent quarante âmes environ. Une cour à ciel ouvert, sans arbre ni verdure ni robinet d'eau courante, flanquée de latrines sur son aile gauche, forme l'ossature de cette construction autour de laquelle s'agencent, à la droite de l'entrée, mon bureau-chambre et la salle de classe, et, à sa gauche, une pièce à la fois réfectoire et salle de cours, la cuisine et l'intendance où sont entreposées les denrées alimentaires. Un mur, coupé en son milieu, sépare ce côté de l'établissement du restant de la cour. Une petite porte donne accès à cette aile, ne s'ouvrant que pour laisser le passage au ravitaillement, que le Joint envoie pour la nourriture des enfants

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