II y eut des Juifs armés dans les zones non citadines-David Bensoussan

david bensoussanII y eut des Juifs armés dans les zones non citadines

Si fait ! Dans son ouvrage De l'Afrique datant de 1556, Léon l'Africain rapporte à propos des Juifs du Sud marocain : « Il s'y trouve beaucoup de Juifs, qui sont volontaires pour exposer leur personne aux hasardeux combats, et prendre la querelle en faveur de leurs maîtres, qui sont les habitants de cette montagne.» L'existence de Juifs combattants à la lisière du Sahara est confirmée en 1527-1528 par une lettre du souverain saadien adressée à David Haréouvéni, lequel impressionna les grands de son temps, le pape y compris, en annonçant qu'il était délégué par le roi Joseph d'Éthiopie dont l'armée juive de 300 000 soldats du roi comptait restaurer la souveraineté juive en Terre promise. Le voyageur John Davidson écrivit à propos des Juifs berbères en 1839 : « À la différence des Juifs résidant parmi les Maures, qui sont soumis à la loi musulmane, ils ne vivent pas dans le même état d'avilissement ou de servitude; ils développent des relations de type patron/client (avec leurs voisins), tous ont les mêmes privilèges, et le Berbère est tenu de défendre la cause du juif en cas d'urgence. Ils disposent d'armes, et servent leurs patrons à tour de rôle.» Davidson témoigne avoir également vu une région du Sud de l'Atlas où « les Juifs vivent en toute liberté, et pratiquent tous les métiers; ils possèdent des mines et des carrières qu'ils exploitent, ont de grands jardins et d'immenses vignobles, et cultivent plus de maïs qu'ils ne peuvent consommer; ils disposent de leur propre forme de gouvernement, et possèdent leurs terres depuis l'époque du roi Salomon. » Par ailleurs, ces Juifs « possèdent toutes les caractéristiques des montagnards… ils portent le même costume qu'eux, et on ne peut pas les distinguer de leurs voisins musulmans.»

Dans l'ouvrage Voyage au Maroc publié en 1903, le marquis de Ségonzac rapporte : « Chez les Ait Izdeg, sous l'oued Outlat, les Juifs assez nombreux construisirent leur Mellah, un tirment (village fortifié). On les y a attaqués, ils ne se sont pas contentés de fermer leurs portes, ils ont riposté à coup de fusil et rendu coup sur coup, et depuis lors, ils traitent avec les Musulmans de puissance à puissance.» Le rabbin Maurice Eisenbeth rapporta dans son essai Les Juifs du Maroc daté de 1936, que les Juifs du Sous prenaient à l'occasion une part active aux guerres entre tribus, au même titre que leurs concitoyens musulmans.

Un témoignage fort intéressant fut rapporté par l'historien Zéev Hirshberg qui visita les villages juifs berbères du Sud marocain après l'indépendance d'Israël : « Je m'enquis de la sécurité des Juifs (berbères). Selon eux, il n'ya eu aucun méfait et ils n'ont entendu parler d'aucun méfait. Après une longue enquête dans la région, j'ai pu identifier un meurtre qui s'est produit dans leur temps.»

De ce qui précède, il est possible d'avancer que la situation des Juifs dépendait grandement des caïds locaux, allant de la soumission la plus totale à la permission de porter les armes. Il est possible que le témoignage de Zéev Hisrshberg puisse être expliqué du fait que la présence française avait ramené l'ordre public et que les crimes ne demeuraient plus impunis. Néanmoins, entre 1954 et 1956, le terrorisme s'amplifiant et la faiblesse des Français grandissant, les Juifs berbères insistèrent pour être évacués en Israël au plus tôt.

Dans son ouvrage The Aït Atta of Southern Morocco publié en 1984, David Hart rapporte que les Juifs donnaient à leurs protecteurs le nom de « Mon Seigneur.» Ces derniers les appelaient « leurs Juifs » et avaient coutume de se les vendre entre eux. Autre fait historique intéressant en regard du statut de protection accordé aux Juifs par les Berbères : Il arriva qu'un Berbère assassinât un pacha qui avait emprisonné « son » Juif dans la ville de Sefrou, l’empêchant d'assister à la circoncision de son fils.

Il y eut des régions juives autonomes?

Il y a eu d'autres développements surprenants en milieu berbère : au milieu du XVIIe siècle, il y eut un Juif très riche et très puissant, Aaron Ibn Mechâal, installé dans la kasbah d'Ibn Mechâal dans la région de Taza. Il était considéré comme souverain par les Berbères de la région. Profitant de son hospitalité, le sultan Moulay Rachid (1664-1671) l'aurait fait tuer dans un guet-apens un jour de shabbat pour le déposséder de ses richesses. Ceci ne rallia pas pour autant les Berbères au sultan. La place forte de Dar Mechâal fut détruite par le souverain Moulay Ismaïl qui succéda à Moulay Rachid et ses habitants juifs s'exilèrent à Debdou. Il existe plusieurs versions de cet épisode qui ont été étudiées par Pierre de Cenival dans l'article La légende du Juif lbn Mechal et la fête du sultan des tolbas de Fès paru dans la collection Hesperis en 1925. Bien d'autres chercheurs en ont conclu par la suite qu'il s'agissait d'un mythe. Instituée après la défaite d'Ibn Mechal, la fête des Tolbas est un carnaval annuel des étudiants qui mettent aux enchères la couronne, le gagnant prétendant être pendant une semaine un sultan entouré d'une cour fictive. Ceci n'est pas sans rappeler un ancien rite espagnol similaire d'enfants et d'étudiants se déguisant en évêques. Nahoum Slouchz rapporte dans son Voyage d'études en Afrique l'existence d'un autre fief juif pendant plusieurs générations dans la région de Dadès et de Tiliit dans le sud Marocain. Plus encore : Le chef berbère Bayreuk fut favorable au XIXe siècle à l'établissement d'un pays juif dans le Sud marocain. La France était alors complaisante à ce projet mais l'Angleterre s'y était opposée ! En 1894, L'Alliance française proposa aux Juifs de Mogador de coloniser le Sénégal, réunit à cette fin dix jeunes célibataires, mais le projet ne décolla pas. Ce fut l'Alliance Israélite Universelle qui considéra trois ans plus tard de créer une colonie de Juifs au Fouta Djalon en Guinée. Or, les trois premiers immigrants se heurtèrent à l'animosité des colons français – cela se passait à l'époque de l'Affaire Dreyfus – et durent abandonner leur projet.

Ce furent des exceptions surprenantes mais néanmoins corroborées par l'histoire. Ces exceptions n'infirment pas cependant l'indignité du lot de l'écrasante majorité de la population juive au Maroc.

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