Meknes-Portrait d'une communaute juive marocaine-Joseph Toledano

MeknesCONTAGION MAROCAINE

Cette propagande shabtaïste commença à se répande largement au Maroc à partir du milieu de l'année 1665, colportée par les négociants en contact avec les centres du mouvement en Europe, et en pre­mier lieu Amsterdam. C'est par le port de Salé qui centralisait le commerce avec les Pays -Bas, qu'arrivaient les nouvelles colportées ensuite dans l'intérieur du pays.

L'anarchie qui avait suivit la mort de l'illustre sultan El Mansour, emporté en 1603 dans l'épidémie de peste qui ravageait le Maroc depuis 1588 ,avait si­gné le début de la décadence de la dynastie saadienne qui se prolonger un demi -siècle jusqu'à l'avènement d'une nouvelle dynastie. Le pays s'était di­visé de fait en deux royaumes rivaux, ayant Fès et Marrakech pour capitales.

 Aux tourments politiques, persécutions et extorsions de fonds, devaient s'ajouter les calamités naturelles, avec le terrible cycle de famines des années 1604-1606; 1614 – 1616 et 1621 -27 et 1658.

Cette atmosphère de chaos et fin du monde sur le plan politique et la diffu­sion de la kabbale sur le plan spirituel et intellectuel, peuvent expliquer le surprenant succès rencontré au Maroc par le message messianique venu du lointain Orient, en particulier dans la communauté de Meknès qui allait sortir de l'anonymat et se révéler comme un centre de Torah. Les deux émissaires de Terre Sainte en mission au Maroc à cette époque ont dû également contribuer à la rapidité de son succès. L'un originaire du Ma­roc, revenu en mission dans son pays natal, rabbi Yéshaya Dahan. L'autre originaire d'Allemagne, en mission pour Jérusalem dont nous avons déjà parlé, rabbi Elisha Ashkénazi, le père du prophète du mouvement messianique. Il avait déjà effectué une première mission dans le nord du Maroc en 1654 -56, laissant en particulier à Meknès, un souvenir impérissable. Il avait apporté avec lui un trésor inestimable, deux livres de base de Kabbale introu­vables au Maroc, Maguid Yécharim de rabbi Yossef Caro et le commentaire du Zohar de rabbi Abraham Galanti, Yaréah Yakar qui furent recopiés à la main par plusieurs rabbins locaux. La copie de ce second ouvrage avait été com­mencée par rabbi Haïm Tolédano. N'ayant pu la mener à son terme, il avait chargé un autre illustre rabbin de sa ville, rabbi Daniel Bahloul, de prendre la relève et d'achever l'ouvrage. Lors de son double séjour à Meknès, avant et pendant la crise shabtaïste, rabbi Elisha avait regroupé autour de lui des cercles d'études auxquels avaient participé notamment ce rabbi Daniel Bahloul, rabbi Yaacob Abensour, rabbi Yaacob Benattar et son hôte pendant les deux dernières années de sa vie, rabbi Shémaya Maimrane. (La célèbre synagogue du vieux mellah; slat rebbi shemaya portait son nom). Au cours de sa seconde mission au Maroc, au moment du paroxysme de la crise, il avait fondé une yéchiba à Salé. Bien que nous ne possédions pas de documents spé­cifiques à ce sujet, il ne fait pas de doute qu'il a dû contribuer à la propaga­tion des idées de son fils Nathan, dont il était très fier. En 1671, il quittait Salé pour s'établir définitivement à Meknès où il devait mourir en 1673, entouré de l'estime de tous, opposants comme anciens croyants en Shabtaï Zvi. Son tombeau était jusqu'à nos jours l'objet d'un grand culte entouré du respect qui se doit pour cet illustre rabbin kolel de Jérusalem "

LE TEST DU JEUNE DE TICHA BÉAB

De même que la Kabbale pratique était descendue des sphères intellectuelles de la spéculation pure, la propagande shabtaïste, au -delà des concepts abs­traits, s'adressait aux masses dans un langage plus concret lié à la vie reli­gieuse quotidienne. La venue prochaine du Messie était l'occasion de se li­bérer du carcan trop rigide des commandements de la Halakha rabbinique. Toutefois, on n'a pas d'échos de la propagation au Maroc des débordements sexuels prônés et pratiqués par le faux messie lui -même et ses proches com­pagnons dans l'Empire ottoman. Plus prosaïquement, ce dépassement des commandements prit au Maroc la forme de l'annulation du jeûne et du deuil de Ticha Béab, le 9ème jour du mois de Ab, commémorant la destruction du Temple. Cette commémoration était devenue incompatible avec la croyance de l'arrivée proche du Messie qui allait reconstruire le Temple. Au contraire, il fut proclamé jour de joie et de réjouissances. La manière de le célébrer était devenue au Maroc le test de la foi messianique, délimitant la frontière entre croyants et non -croyants ou hésitants, le point de rupture le plus visible entre la majorité – adhérant à la nouvelle foi – et la minorité – refusant, avant l'arrivée effective du Messie, de changer la Halakha.

Si la majorité était disposée sans réserve à croire en la mission messianique de Shabtaï Zvi, les réticences étaient grandes même au sein des croyants à sauter le pas et renoncer à la célébration traditionnelle de cette date funeste. Aussi le principal meneur du camp messianique au Maroc, rabbi Yaacob Bensadoun de Salé, devait -il pour essayer de convaincre les lettrés, d'affiner encore plus les arguments développés par Nathan Achkénazi, en y ajoutant sa propre interprétation. Pour simplifier, il fit appel au précédent historique de la re­construction du Temple après le retour de l'exil de Babylone :. " Continuerai -je à pleurer au cinquième mois (Ab) en pratiquant des absti­nences comme je l'ai fait plusieurs années ? Alors la parole de l'Eternel me fut adressée en ces termes : " Porte à tout le peuple du pays et aux prêtres la parole que voici : quand vous avez jeûné et gardé le deuil au cinquième et au septième mois, et cela durant soixante -douze années, est -ce donc pour moi que vous avez observé ce jeûne ? Et quand vous mangez et que vous buvez, n'est -ce pas pour vous qui mangez et n'est -ce pas vous qui bu­vez ? " (Zacharie 7; 3)

Ce n'est donc pas en l'honneur de l'Eternel que ces jeûnes avaient été insti­tués ni même comme expression de remords pour les péchés du passé, mais simplement pour commémorer volontairement, et non sur ordre divin, des malheurs terrestres et qu'importe donc à Dieu que vous jeûniez ou pas, c'est pour vous et non pour lui que vous le faites ! Et maintenant que Dieu vous a pris en pitié et va vous ramener à Jérusalem, c'est à vous, et à vous seuls; que revient la décision de continuer ou non à jeûner et à prendre le deuil ! " Il en découle que quand il n'y a pas de paix et qu'Israël en exil est victime de persécutions, le jeûne est obligatoire, mais dans les pays où il n'y a pas de persécutions et d'intolérance, ceux qui le veulent jeûnent, et ceux qui ne le veulent peuvent légitimement s'en abstenir. Et c'est bien le cas de notre pays le Maroc, et à plus forte raison pour les communautés d'Amsterdam, de Hambourg et d'Angleterre …"

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