L'esprit du Mellah-J.Toledano

LA LECON DES SIECLES

Verite rime avec duree et le temps est le meilleur des juges. C'est par definition le domaine de predilection des dictons et proverbes qui sont le resume pris au vif par la sagesse populaire, de l'experience accumulee avec les siecles. Aucun domaine n'y echappe et si le ton general est a l'ironie, les proverbes savent aussi conseiller, promettre, interdire, juger, critiquer. Miroir de la realite, ils cherchent aussi a l'orienter, a la faconner. Au dela des notes et des exemples tires du folklore particulier, ils touchent a l'universel et il est rare de ne pas leur retrouver des freres ou des cousins 12ns la grande famille de la sagesse humaine.

A CHACUN SA PLACE 

    Bila'm ou Slomo   Bilam et Salomon

Koul ouahed a la qued ismo       Chacun selon son nom

La reference ala Bibleindique clairement l'origine juive du proverbe, mais il en existait bien d'autres en Medina qui expriment la meme idee. Le choix de deux personnages diametralement opposes (mais permettant la rime essentielle au succes d'un proverbe), l'un beneficiant de l'estime universelle, !'autre de l'opprobe, ne donne que plus d'autorite a la constatation que chacun ne vaut que par son rang et qu'il ne faut pas chercher a confondre Bilam et Salomon.

 Le Roi Salomon occupe dans la mythologie juive marocaine la meme place que lui reserve partout la mystique juive, comme le plus intelligent des hommes, le depositaire de toute la sagesse universelle. Bilam, grand maitre de sorcellerie fut appele a la rescousse par le Roi de Moab afin de conjurer par ses maledictions, 1'avance des Hebreux conduits par Josue. Moins perspicace que son ane (Les Nombres) il ne put accomplir son forfait et au lieu de maudire se trouva l'auteur de l'une des plus belles benedictions: "Quelles sont belles tes tentes o Jacob, et tes demeures o Israel".

Et pourtant il est reste dans la tradition juive comme l'un des noms les plus honnis, et dans les Mellahs son non etait souvent cite commence par exemple dans !'expression "Ahya Bilam" qui voulait dire "attention!", "danger".

 Sans jamais tourner a la lutte des classes, la stratification sociale etait tres marquee au Mellah. Certes tous les hommes sont egaux devant Dieu et tous les enfants d'Israel sont ses fideles serviteurs, mais il en est de plus egaux que d'autres.

Meme la promiscuite du Mellah, l'obligation d'habiter le meme quartier, sans egard au rang et a la fortune, et le sentiment tres reel, tres concret de solidarite, ne pouvaient gommer les differences d'extraction, ni les divergences d'interets. La chronique de Fes est pleine de ces affrontements sur le paiement des impots chacun tentant d'echapper au fardeau collectif. Les demeles entre le Mellah (populaire et surpeuple) etla Kasba(siege de l'elite commerciale) a Mogador, a la fin du siecle dernier, sont restes celebres. Dans une societe aussi conservatrice, chacun connaissait son rang et en etait jaloux car c'etait parfois son seul capital et on ne badinait pas avec l'honneur de la famille car comme disent les Maximes des Peres "Bon renom vaut mieux que bonne huile". Sans qu'il y ait de stratification institutionalee, on pouvait distinguer quatre classes ou plutot quatre niveaux. Au sommet de la pyramide:

OULAD ZDOUD, textuellement "les fils des ancetres" ceux qui tirent leur statut d'une lignee de rabbins ou de lettres. Ils avaient droit a l'estime et au respect, sans egard a leur propre merite, en vertu de leur zkhut abot textuellement "le droit des peres". D'ou l'importance de connaitre ses racines: "II est du devoir de chaque fils d'Israel de savoir de quel ventre il est sorti. II appartient a chacun de connaitre ses sources afin d'y trouver l'inspiration pour marcher dans le juste chemin" (Rabbi Yaacob Abehsera). Malgre cela, seules les families de lettres pouvaient faire remonter leur arbre genealogique jusqu'a l'Espagne et au-dela comme les Corcos, Berdugo, Benattar, Danan, Sarfaty, Toledano, Aboulafia.

Ces familles avaient le monopole des fonctions publiques en vertu du droit dit de serara. Pour prendre l'exemple de Meknes la famille Berdugo avait de tout temps le monopole de l'abattage rituel du gros betail, la famille Toledano la redaction des actes de divorce etc. Ce privilege de serara fut souvent conteste par les families qui en etaient ecartees mais sans grand succes et a donne lieu a des arrets celebres et dans des annees cinquante l'Inspection des Institutions Israelites crea meme un tribunal special pour debattre de la question a l'echelle de tout le Maroc.

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