Pogrom de Fes-tritel-P.B.Fenton

 


tritelLe Pogrom de Fes ou le Tritel

17-19 Avril 1912

Etudes et documents presentes par

Paul B. Fenton

A la communaute divine, residant dans la ville de Fes… A la nouvelle de ce qui vous advint, notre coeur tressaillit, defaillit. Apprenant la destruction de notre sanctuaire, le massacre de nos coreligionnaires, et la tragedie qui accabla nos enfants, nos yeux et nos cceurs se repandirent en sanglots. Que I'Eternel fasse perir leurs assassins! Qu'll inflige a leurs agresseurs des fleaux et les frappe de la peste! A vous, nous L'implorons d'apporter consolation et compassion. Qu'll transforme votre deuil en allegresse et rejouisse vos coeurs affliges

Samuel ben Hofni Gaon, Epitre auxJuifs de Fes, (I0e siecle), Ox. Bod!. Heb. f. 24, fol. 44b.

Toute emeute au Maroc commence ou finit par le Mellah

Marc de Mazieres, Promenades a Fes, Casablanca, 1934.

INTRODUCTION

Dans leurs relations des evenements, les historiens autant que les militaires qui ont depeint la «penetration pacifique» du Maroc au debut de XXe siecle sont peu loquaces sur les retombees dramatiques qu'eut le processus de la colonisation europeenne sur les communautes juives locales. Tout au plus, les historiens, quand ils en tiennent compte, s'en acquitment en quelques mots, tandis que pour les militaires, trop preoccupes dans leurs memoires par les prouesses de la conquete, les souffrances des Juifs sont soit invisibles soit triviales. Pourtant, ces annees marquent sans conteste, les pages les plus sombres de l'histoire des Juifs du Maroc, boucs emissaires traditionnels de tous les desordres. L'enumeration des massacres, des exactions, des vexations et des pillages, dont ils furent durant cette periode les victimes innocentes, culmine en avril 1912  avec un drame effroyable

le saccage du mellah de Fes, connu sous le nom de tritel, dont on commemore cette annee le centenaire.

II nous est apparu que ce desastre qui se deroula du mercredi 17  au vendredi 19  avril 1912  ( 30 nissan au 2  iyyar 5672  ) suite a la signature du Traite du Protectorat entre la France et le Maroc, constitue, avant la periode de la Seconde Guerre Mondiale, un des evenements les plus funestes du judaisme en terre d'Islam depuis le Moyen Age. Aucune autre catastrophe n'eut des dimensions humaines et materielles aussi considerables. Sa tragedie depasse de tres loin celle de l'expulsion des Juifs yemenites vers Mawza' (1678) ou celle de la conversion forcee des Juifs de Mashhad  (1839 Depuis l'Affaire de Damas     (1840) aucun autre drame juif dans le monde musulman n'a autant mobilise le judai'sme mondial, n'a eu autant de repercussions dans la presse juive, et n'a ete atteste par autant de photographies. II fut decrit de l'interieur par les victimes juives et de l'exterieur par des temoins oculaires non juifs: cote juif, aussi bien par des erudits et des chroniqueurs, en hebreu et en judeo-arabe, que par des gens du peuple en francais et en judeo-arabe, et cote non juif, par des militaires et des journalistes.

Malgre l,importance du tritel dont l'ampleur depasse en horreur les pogroms de Kichinev survenus vers la meme epoque, aucune etude en profondeur ne lui a ete consacree jusque-la. II est neanmoins un fait curieux, quoique nous reculions devant des statistiques morbides, qu'au cours du premier pogrome du vingtieme siecle, celui de Kichinev 6-7  avril 1903 49  juifs trouverent la mort et pratiquement 2000  families demeurerent sans foyer suite a la destruction de leurs maisons, alors que le pogrome de Fes qui eut lieu a la meme epoque de l'annee, huit ans plus tard, fit 51 victimes et chassa une population de 12.000  ames de leurs foyers.

Les massacres de Kichinev donnerent lieu a une copieuse litterature et marquerent si profondement la conscience juive que son souvenir resta vivace soixante ans apres l'evenement. Ils eveillerent un elan de nationalisme juif et jouerent un role non negligeable dans la consolidation du mouvement sioniste. En depit des differences contextuelles, les deux tragedies accusaient des traits communs: dans les deux cas les Juifs etaient sans defense, les autorites avaient ete complices de la provocation des pogromes, aucune action punitive ne fut prise a l'encontre des auteurs des crimes contre les Juifs. Ce rapprochement fut aussitot percu a l'epoque, par la presse yiddish qui dans ses reportages au sujet des troubles de Fes surnomma les emeutiers arabes les pogromshchiks (voir documents C45-C46).

Comment expliquer que le tritel n,eut pas le meme retentissement? Un regard superficiel donnerait a croire que la tragedie juive de Fes a ete completement oubliee. Plusieurs facteurs expliquent cette apparente amnesie. Deja a l'epoque, l'evenement a ete rapidement oblitere par une autre actualite. Les recits dramatiques de la catastrophe du "Titanic" survenu le 15 avril 1912  finissent par lui voler les titres des journaux et ce, meme dans la presse juive. Puis surviennent le proces Beilis, la Premiere Guerre Mondiale, suivis par les pogromes en Ukraine.

Avec la destruction d'une partie importante du quartier juif de Fes disparut tout un monde car la societe du mellah fut completement transformee a la suite de la presence francaise dans la ville. Les opportunites economiques et 1'ascension sociale occasionnees par le protectorat contribuerent a panser les plaies et a aider les rescapes a retrouver une certaine prosperite au seuil d'une epoque nouvelle qui annoncait l'entree dans la modernite. En apparence, la communaute juive de Fes, qui dut surmonter tant de tragedies dans le passe, se remit de ses blessures avec une rapidite etonnante, aidee en cela par l'admirable campagne internationale de collectes en faveur des victimes, sans parler des indemnites versees — tardivement il est vrai — par le gouvernement francais.

Neanmoins, plusieurs enquetes menees aupres des Juifs fassis  

mais egalement dans d'autres villes marocaines  nous ont persuade que le souvenir de nous ont persuade que le souvenir de

cette tragedie, soutenu par l'epouvante, transmis a travers les phobies et vehicule de generation en generation par les chants et les narrations personnelles, a persiste comme une cicatrice profonde dans la memoire collective du judai'sme maghrebin. Hier encore, la simple evocation du mot tritel faisait fremir ceux qui avaient entendu le recit des evenements de leurs parents et grands-parents.

On se rappelle encore, au cours des longues soirees d'hiver, dans un coin de la chambre froide ou l'on s'entasse autour d'un poele mourant, les evenements de 1912  on les evoque pour passer les heures de veille, au chevet d'un malade ou d'un nouveau-ne; on les egrene avec les rituelles pepites, le samedi apres-midi, quand sur le pas des portes, on digere au soleil le plantureux repas de "skhina". Chacun a son recit mi-tragique mi-comique, qu'il vous debite, a mille reprises, avec les precisions, le realisme et presque la fierte d'un recit de guerre

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