Pogrom de Fes-tritel-P.B.Fenton

Le Pogrom de Fes ou le Tritel

17-19 Avril 1912

Etudes et documents presentes partritel

Paul B. Fenton

Nous considerons la persistance de ce souvenir douloureux comme l'un des facteurs clefs pour la comprehension de l'exode massif des Juifs du Maroc au lendemain de l'independance de leur pays ancestral en 1956. Alors que de nouvelles esperances se profilaient a l'horizon, ils cherchaient par tous les moyens a echapper a la tutelle de l'islam, desormais imprevisible car soustraite a la surveillance protectrice de la France.

Le recul d'un siecle qui a ete le temoin de l'extinction des communautes juives du Maghreb, permet d'analyser avec objectivite ce chapitre tragique de leur histoire. Ses enjeux complexes doivent etre replaces dans le contexte du processus de la colonisation et de ses retombees sur les communautes juives nord-africaines. Ils ne peuvent etre lus uniquement a la lumiere des relations judeo-musulmanes sans prendre en consideration les interets de la France et du gouvernement cherifien.

Grace a la presentation de documents inedits en frangais et en hebreu, tires d'archives diplomatiques et privees, de rapports de presse et de photographies contemporaines, le present ouvrage brosse un tableau aussi complet que possible.

Qu'est-ce qu'un tritel?

La memoire historique du peuple juif connait le mot russe «pogrom»; pourquoi ignorerait-elle le mot arabe «tritel»? Le tritel est un mot d'origine arabo-berbere qui signifie «chercher a decouvrir et piller des objets enfouis en terre» ou par extension «pillage» et designait plus generalement les razzias menees par les tribus contre les silos a grain. Le terme fut etendu aux attaques periodiques dont furent victimes les quartiers juifs au sein des villes et villages arabes du Maroc. II ne s'agit nullement d'un phenomene isole ni d'un evenement unique sans precedent. Malheureusement, il y eut en Afrique du Nord de multiples «tritel-s» a toutes les epoques. Comme le pogrom en Europe centrale, il s'agit souvent d'un dispositif systematiquement instrumentalise par des potentats pour creer des diversions ou pour recompenser leurs guerriers. Nous disposons des 1845  d'une analyse tres fine du phenomene observe par le voyageur britannique Edward L. Mitford (1811-1912) qui, de 1827  a 1832 sejourna au Maroc. Avec une compassion tout a fait exceptionnelle pour l'epoque, il exprime sa peine profonde devant les souffrances des Juifs au Maroc, decrites dans un memorandum adresse au peuple britannique.

Fonctionnaire colonial, il fut un proche collaborateur de Lord Henry Palmerston, dont il partagea la vision sioniste chretienne. Dans son Appeal (voir note suivante), il preconisa le repeuplement de la Palestine sous la protection des Anglais par des Juifs persecutes dans les pays arabes, et en particulier au Maroc, ou il avait vecu. II consigna les impressions de son sejour dans son The Arab's Pledge: A Tale of Morocco, London, 867, un recit romance du martyre de Solika Hachuel.

II y a cependant, une autre affliction a laquelle cette race infortunee est soumise, d'autant plus effroyable qu'elle est aveugle, touchant non seulement des individus mais l'ensemble de la communaute. II s'agit du saccage et du pillage periodiques de leur quartier a chaque fois que les renes du pouvoir se relachent un tant soit peu suite a des desordres civils, ou aux menaces d'une armee etrangere. De par la nature meme de leurs occupations de banquiers, de marchands et de commercants, les Juifs, exclus de la propriete terrienne, accumulent de grosses sommes en especes et se laissent aller a leur gout d'etalage en parant leurs femmes de bijoux frustes mais fort precieux.

Naturellement, ceci excite la cupidite de la populace musulmane qui attend avec delectation quelque agitation dont la confusion leur donnerait l'occasion de piller le quartier juif. Combien de fois les ai-je entendu clamer leur souhait qu'un tel evenement se produise et lorsqu'il se produit ceux qui ont la charge de garder la ville sont les premiers a se jeter dans la rapine. Lors de ces occasions le quartier revet l'apparence d'une ville ennemie prise d'assaut.

Au cas ou quelque puissance europeenne les menace de represailles pour un outrage commis contre ses sujets, les fortins de la cote sont immediatement remplis de renforts faits de soldats noirs, de Maures et d'Arabes de l'arriere-pays. Ceux-ci font preuve de peu d'egards ou d'obeissance envers leurs chefs ou gouverneurs et avec la canaille des villes, ils meditent en permanence une attaque du quartier juif, sous pretexte que si les infideles obtenaient la victoire, les Juifs se rejouiraient devant leur deconfiture et prendraient le parti de leurs ennemis. Par consequent, ils anticipent leur revanche tant que les pauvres Hebreux sont encore en leur pouvoir. On peut imaginer dans quelle terreur constante cette malheureuse race, cernee par de telles perspectives, survit et avec quelle inquietude elle envisage l'eventualite de troubles civils ou l'approche d'ennemis etrangers. En depit de la frequence de ces menaces, un intervalle de plusieurs annees s'est cependant ecoule entre la derniere mise a sac du quartier juif de Mogador — qui s'est produite je crois, pendant l'agitation suite au deces du dernier sultan et a l'acces au trone du present souverain (mais je n'en suis pas certain) — et l'attaque contre la ville par les Francais, quand les Maures, souffrant sous le coup de leur chatiment, dechainerent leur furie contre les Juifs sans defense. Le cceur recule avec horreur devant la contemplation des evenements qui se sont produits par la suite, aggraves en l'occurrence par les circonstances particulieres de l'impuissance des victimes. Par consequent, nous tirerons un voile sur ce que les paroles ne peuvent que faiblement depeindre et qui revolte les sentiments plus nobles de notre nature.

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