Les juifs de Fès — esquisse historique

tritelCHAPITRE I

Les juifs de Fès — esquisse historique

On sera en peine de trouver dans les annales du peuple juif une autre communauté dont le sort fut autant ensanglanté de souffrances que celle de Fès. Depuis sa fondation par Idris I en 789 jusqu'aux temps modernes, l'histoire des Juifs de Fès constitue un millénaire de lamentations, ponctué par des pillages, des persécutions, des expulsions, et des massacres. L'évocation de quelques épisodes les plus marquants suffira à montrer que le pogrome de Fès s'insère dans une longue chaîne d'événements tragiques. Déjà la plus ancienne littérature médiévale de l'époque des géonim rapporte que les Berbères de la tribu des Sanhâja avaient déporté à Ashîr en Algérie, les Juifs de Fès, sans doute au lendemain de sa capture en 979. Une lettre de consolation signée de la main du ga'ôn Samuel ben Hofni Ga'ôn (m. 1013) nous apprend que vers la fin du Xe siècle, lors des luttes qui opposaient les Zenâta aux Omeyyades de Cordoue, la communauté, réputée pour ses grands sages, fut décimée. Six mille âmes périrent au cours du saccage du quartier juif par un cheikh berbère en 1032. Les conversions forcées sous les Almohades (vers 1165) entraînèrent leur disparition totale, pleurée par le poète Abraham Ibn 'Ezra (1093-1167) dans son émouvante élégie

Hélas, anéantie toute la communauté de Fès! Comment disparut soudain

La ville de Tora, de Bible, de Michna et de Talmud? Cité de sages, experts en science rabbinique, De disciples pieusement respectueux des préceptes divins, […] et d'écoles où la voix incessante de l'étude ne se tut jamais 

Autorisés plus tard à revenir à leur foi ancestrale, ils se ressaisirent progressivement mais furent de nouveau massacrés le 7 juin 1465 lors de la chute des Marinides, successeurs des Almohades.

Des catastrophes naturelles telles que les famines qui s'abattirent périodiquement sur le Maroc donnèrent parfois lieu chez les Juifs fassis à des apostasies collectives. Lors de celles de 1606, 1723, 1738 et 1780, des milliers, pour échapper à la mort, furent réduits à embrasser l'islam afin de bénéficier de l'aumône réservée aux seuls musulmans. Les descendants de ces apostats, connus sous le nom des muhâjirîn, constituèrent longtemps à Fès une communauté de crypto Juifs, presque unique dans le monde musulman

Voir M, Garcia-Arenal, «Les 'bildiyyin' de Fès; un groupe de néo-musulmans d'origine juive», Studia islamica 66 ( 1987), pp. 113-143

 Durant la période des guerres intestines de 1610 à 1621 les Juifs, menacés d'extermination par les habitants de Fès al-Bâli, furent l'objet d'énormes exactions. En 1646, sur l'ordre du faqîh Muhammad al-Hâjj, les synagogues de Fès furent fermées et systématiquement démolies. A peine les Juifs les avaient-ils restaurées qu'un impôt accablant leur fut infligé en 1701, les obligeant à vendre le mobilier et les ornements de leurs lieux de culte. Le règne de terreur du tyran Mawlây Yazîd (rég. 1790-1792) entraîna l'expulsion des habitants du mellâh, suivie d'une nouvelle démolition de leurs synagogues ou leur conversion en mosquées et même la destruction de leur cimetière. A deux reprises, ils eurent à souffrir amèrement du voisinage des Wadâya, tribu militaire cantonnée dans la kasba, qui pilla le mellâh en 1820 et en 1822, lors de la fausse rumeur de la mort de Mawlây Sulaymân. En 1831, ces mêmes Wadâya se révoltèrent et se réfugièrent dans le mellâh qui fut bombardé sur ordre du sultan 'Abd al-Rahmân. En 1834 une adolescente juive, Solika Hachuel, fut enlevée et convertie contre son gré à l'islam. Ayant héroïquement résisté, elle fut accusée d'apostasie et condamnée au bûcher, sur la place publique à Fès. Son martyr provoqua un grand émoi parmi ses coreligionnaires qui craignaient un massacre général. En 1836, les dhimmis se virent refuser l'autorisation de construire un bain dans le mellâh de Fès sous prétexte que la propreté était incompatible avec leur statut de dégradation obligatoire. Par deux reprises, en 1877 et en 1888, le cimetière juif historique fut exproprié par le sultan pour l'élargissement de son palais. Malgré de nombreuses démarches, ils ne purent obtenir en 1880, la suppression de l'obligation vexatoire de se déchausser en ville arabe; elle restera en vigueur à Fès jusqu'à la colonisation

Cette même année, Abraham Elalouf, un Juif octogénaire fut brûlé vif. En 1886, une altercation entre un Juif et un musulman, dégénéra en soulèvement populaire. En 1895, des émeutiers investirent le mellâh de la capitale, pillèrent et saccagèrent des magasins et des maisons. Les Juifs, poursuivis par la populace, prirent refuge dans une zâouiya. Deux femmes en furent arrachées et violentées alors que leurs maris étaient poignardés. En 1896, profitant de la confusion occasionnée par un incendie, des pillards arabes envahirent le quartier juif; il fallut deux cents cavaliers de la garde impériale pour les repousser. A l'aube du XXe siècle, Marcos Azogui, Juif de nationalité américaine fut assommé, mutilé et brûlé vif a Fes

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