Les Berbères à l'aube de l'histoire


  1. histoire-du-marocLA FIN DE LA PRÉHISTOIRE LA PROTOHISTOIRE – LES MÉTAUX

L'époque des métaux, qu'on appelle aussi protohistoire a fait l'objet ces derniers temps d'études assez nombreuses, dont nous pouvons tirer parti. Comme partout ses débuts se distinguent mal de la fin du Néolithique.

On a beaucoup hésité à parler d'un âge du bronze au Maroc et certains s'y refusent encore. On ne peut nier la présence d'outils de bronze, mais sont-ils importés ou de fabri­cation locale? « Marocains » ou « au Maroc »? Ont-ils été introduits par le commerce ou par des envahisseurs? Ont-ils été imités sur place? Questions auxquelles on ne peut encore répondre nettement.

Les trouvailles d'objets sont encore fort rares : par exemple une pointe de flèche de forme ibérique à Sidi Messaoud, une autre tout à fait semblable à Aïn Dalia près de Tanger dans une tombe mégalithique… Les fouilles ont été trop peu nombreuses pour que de la rareté des armes et des outils de cuivre et de bronze on tire la conclusion qu'en dehors d'objets importés d'Espagne il n'y a rien.

On a trouvé en Mauritanie, près d'Akjoujt, une dizaine au moins d'objets de cuivre d'un type différent de ceux-ci. Et surtout on connaît maintenant de nombreuses représen­tations d'armes de bronze gravées, dans le Haut Atlas de Marrakech, au Yagour et à l'Oukaïmeden, sur des tables de grès : poignards et hallebardes (ou haches d'arme).

  1. L'exemple des gravures du Yagour ou de l'Oukaïmeden.

Ces hauts pâturages présentent un intérêt exceptionnel : on y voit la transition du Néolithique à l'âge du bronze. Le nombre des représentations, leur variété, sont tels que leur étude est loin d'être achevée. Ce sont les bovidés, les hommes, les armes qui sont le plus souvent figurés.

Il semble qu'à la suite de l'assèchement du Sahara, qui s'est accéléré au milieu du troisième millénaire avant notre ère, des pasteurs éleveurs de bœufs venus du Sud se soient réfugiés dans l'Atlas. D'autre part, l'Espagne du Sud a diffusé le métal dans le bassin méditerranéen occidental dès la fin du troisième millénaire. La rencontre a pu se produire dans cette montagne humide qu'est l'Atlas.

Les sites gravés correspondent aux centres encore actuels de la vie pastorale : points d'eau, vallons et passages naturels. Les plus belles gravures sont contemporaines de l'âge du bronze espagnol d'El Argar (— 1 700 à — 1 200). Elles peuvent être datées par la présence de la « hache d'arme », hache-poignard à lame de cuivre, manche de bois et de métal et rivets d'argent. On trouve aussi de nombreux poignards rivetés à lame droite. C'est la preuve d'une relative vulgarisation du métal. Il faut noter cependant à côté de ce bronze méditerranéen des survivances néolithiques — arcs et idoles matriar­cales. L'étude des patines et des techniques de gravure qui permettrait des datations plus précises est encore peu avancée.

L'occupation s'est maintenue puisqu'on trouve des haches-peltes, caractéristiques du bronze atlantique final (vers — 1 000) et des chars disparus seulement au ve siècle avant notre ère.

Les gravures nous renseignent sur les genres de vie. L'élevage l’emporte très nettement sur la chasse. Parmi les repré­sentations animales on trouve environ 4 à 5 fois plus de bovidés que de bêtes sauvages. Mais les vêtements à frange de cuir traduisent des héritages antérieurs. Il y a très peu de représentations de charrue ce qui indique une place limitée de l'agri­culture. Cette civilisation pastorale multi­plie les représentations masculines.

Un grand nombre de gravures reste énigmatique, beaucoup de figures sont symboliques, la plupart avaient une signification religieuse qui nous échappe. Il semble évident par exemple que, malgré les nombreuses représentations de chars, jamais il n'a pu en cir­culer sur le plateau accidenté et accessible seulement aux piétons ou aux mulets. Ces chars ne sont d'ailleurs jamais représentés attelés. Leur signification exacte nous est inconnue, mais elle est à coup sûr symbolique. De même une scène où l'on voit un chasseur attaquer un éléphant avec un boomerang manque du plus élémentaire réalisme : il s'agit d'un mythe ou d'une représentation magique. Enfin notons la fréquence de signes qu'on retrouve dans le Proche-Orient ou dans le monde méditerranéen; leur étude systématique permettra de préciser des rapports que l'on devine.

On est bien loin encore de connaître toutes les gravures de l'Atlas et de l'Anti-Atlas. Mais ce qui a été publié représente déjà une base suffisante pour identifier plusieurs courants de civilisation qui se mêlent ou se recouvrent : la montagne marocaine a été un véritable carrefour entre la Méditerranée au sens large, en particulier l'Espagne proche, et le Sahara. Mais il est indispensable de remarquer que, par des itinéraires différents au long desquels des modifications sont survenues, les techniques, les modes de vie et de pensée proviennent d'une commune origine : le Proche-Orient.

La zone Nord du Maroc où l'on a trouvé des tombes mégalithiques, des armes de type espagnol, un cromlech, peut être considérée en gros comme une province hispanique.

  1. Les Berbères à l'aube de l'histoire.

L'histoire ne commence pour une grande partie du pays qu'au vme siècle de l'ère chrétienne, avec l'arrivée des conquérants arabes, et pour quelques régions seulement, beaucoup plus tôt avec l'arrivée des Phéniciens et des Puniques. Nous savons encore si peu de choses sur ces Libyco-berbères, ancêtres directs des Berbères, qu'il ne saurait être question de faire un tableau même très sommaire. On peut seulement dire qu'il y a des groupes de sédentaires chez qui l'agriculture est encore très fruste. L'élevage et l'éco­nomie pastorale ont certainement une importance plus grande que l'agriculture proprement dite : les premiers auteurs, des Grecs, qui parlent des habitants de l'Afrique du Nord les appellent libyens, ou numides, c'est-à-dire nomades, et il est couramment admis que les Carthaginois ont appris l'agriculture aux populations indigènes. La religion existe, avec l'idée de l'immortalité ou d'un au-delà : on enterre avec soin les morts dans des tumulus de terre, de pierre, de dimension plus ou moins grande selon, vraisemblablement, l'importance sociale du mort; à côté d'eux sont déposés des objets familiers, comme des armes ou des poteries, dont certaines sont importées du monde méditerranéen. Si le tumulus est la forme la plus fréquente de sépulture, on trouve aussi des dolmens, des « haouanet » (caveaux creusés dans les falaises), mode de sépulture qui dénotent des influences extérieures; le mort est généralement installé replié. Souvent on continue la pratique néolithique du décharnement et de la coloration des os en ocre. Souvent aussi les tombes contiennent les os mêlés de plusieurs personnages.

Les forces de la nature sont adorées ; des sommets, des grottes, des sources, des arbres constituent les lieux de culte. La magie, les sacrifices sont partout pratiqués, la zoolâtrie également avec l'adoration du bélier.

On ne sait pas grand-chose de la langue libyque, ancêtre des dialectes berbères. Les inscriptions ne sont pas rares, beaucoup semblent tardives, contemporaines de Carthage et de Rome; presque toutes sont indéchiffrables. Les signes ressemblent au tifinagh, actuelle écriture des Touaregs.

L'organisation sociale et politique de ces hommes est inconnue. On suppose avec beaucoup de vraisemblance que la famille au sens très large est la base de l'édifice social. Plusieurs familles ou clans constituent une tribu et plusieurs tribus peuvent constituer une fédération, que des auteurs grecs ou latins ont appelée royaume.

On a trop souvent pensé que cette société est immobile et l'on a voulu projeter dans le passé l'organisation que les Européens ont découverte à leur arrivée. Il convient d'être prudent : même si l'évolution a été extrêmement lente et incomplète, il faut en tenir compte. Entre l'âge du bronze et l'arrivée des conquérants arabes quinze siècles se sont écoulés au moins, sur lesquels nous ne savons quasiment rien. On a peine à admettre cependant qu'il n'y ait pas de différence entre les hommes qui hantaient le Yagour vers 1 500 et 1 000 avant J.-C., et ceux qu'Oqba a rencontrés dans sa chevauchée.

Une question reste insoluble dans l'état actuel de nos connaissances : l'origine des Berbères. Les études anthropologiques ont mis en évidence la grande variété des types physiques des populations actuelles de l'Afrique du Nord, même dans les régions écartées où l'on pourrait croire que les brassages sont peu importants. La forme des crânes, la taille, la couleur de la peau, etc., varient de façon importante. Les apports de la période historique ont été relativement peu importants, et il semble bien que l'essentiel des mouvements de populations se soient produits à la fin du Paléolithique et au Néolithique et se soient poursuivis à l'époque du bronze. Au Capsien et au Mouilien des hommes de race méditerranéenne ont envahi, par l'Est, l'Afrique du Nord. Ils ont été rejoints par les pasteurs sahariens dont l'origine est sur le Haut-Nil. Des noirs ont pu se joindre à eux en très petit nombre. Du Nord de la péninsule voisine, les apports sont certains mais ne peuvent être évalués.

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