Juifs du Maroc R.Assaraf

 

Première partie

La dispersion desJuifs du Maroc

C'est, sans nul doute, l'un des plus grands paradoxes de l'historiographie du judaïsme marocain. Un cliché tenace veut que l'immigration juive marocaine en Israël ait commencé au lendemain de la création de l'État juif par une résolution de l'ONU.

Ce serait alors qu'aurait commencé le regroupement, en Terre sainte, de l'immense majorité des Juifs marocains, soucieux de participer à la construction du rêve national juif et de réaliser l'aspiration multiséculaire du « rassemblement des exilés ».

L'historiographie israélienne classique n'est pas la dernière à véhiculer ce cliché. Dans son survol des différentes alyah qui ont permis le développement duyichouv palestinien, elle ne retient que celles qui sont venues d'Europe centrale et orientale à partir des années 1880 marquant l'apparition des premiers mouvements sionistes.

L'alyah marocaine n'aurait commencé que très tardivement, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C'est prendre là beaucoup de liberté avec la réalité. S'il est vrai que l'on ne peut parler d'immigration massive qu'à partir de 1948, il ne faut pas oublier l'existence d'un très ancien courant migratoire du Maroc vers la Terre sainte au fil des siècles

Chapitre premier

L'immigration juive en Terre sainte et les débuts du mouvement sioniste au Maroc

L'on peut parler d'un lien privilégié entre le Maroc etla Terresainte, un lien qui ne concerne pas uniquement les Juifs. C'est ainsi que l'historien byzantin Procope, dont s' inspira Ibn Khaldoun, croyait voir dans les Berbères les descendants des Cananéens chasses par Josué lors de l'entrée des Hébreux en Palestine.

Il est plus vraisemblable que diverses populations originaires du Proche-Orient suivirent, tout au long de l'Antiquité, exemple des Phéniciens, et vinrent s'installer, temporairement ou définitivement, dans les comptoirs puniques établis sur la côte atlantique.

au début de l'ère chrétienne, la présence juive au Maghreb était suffisamment importante pour que le Talmud se fasse l'écho d'un voyage qu'y aurait entrepris rabbi Akiba, l'une des figures les plus importantes du judaïsme antique.

Il est possible que des Juifs, fuyantla Palestineau lendemain de la destruction du Deuxième Temple, en 70 ap. J.-C., se soient établis au Maroc, y renforçant les petits groupes juifs locaux.

 

Après la conquête musulmane de l'ancienne Afrique romaine, les relations ne cessèrent jamais entre les petites communautés juives du Maghreb et leurs frères de Terre sainte, même si ces relations varièrent d'intensité selon les époques et les circonstances.

A partir du xvf siècle, l'on note l'installation de nombreux érudits marocains en Terre sainte. Profitant de l'impulsion donnée àla Galiléepar le duc Joseph de Naxos, le vizir juif de plusieurs sultans ottomans, ces lettrés s'installèrent à Safed, centre renommé de la mystique juive. Ce fut le cas, en particulier, de rabbi Yossef Teboul, de rabbi Messod Azoulay et de rabbi Slimane Ohana.

Au xvii siècle, le grand kabbaliste et commentateur rabbi Abraham Azoulay s'installa à Hébron, l'une des quatre communautés juives de Terre sainte avec Jérusalem, Safed et Tibériade. Son exemple fut suivi, au xviii siècle, par l'un des plus grand érudits qu'ait produits le judaïsme marocain, rabbi Haïm Benattar (1696-1743).

Gendre de Moshé Benattar, le confident et conseiller de Moulay Ismaïl, il quitta le Maroc en 1739  Après un bref séjour à Alger puis à Livourne et à Modène, où il fit imprimer son principal ouvrage Or HaHayim, il décida de se rendre en Terre sainte, mû par une inspiration essentielle­ment religieuse : « Dieu a illuminé mes yeux et ma raison, pour me lever et monter versla Terre sainte. »

Accompagné de plusieurs disciples, il s'installa à Jérusalem, où il fonda la yeshiva Knesset Israël, mais mourut en 1743, deux ans à peine après son arrivée. Son rayonnement peut se mesurer à l'éloge que firent de lui les rabbins de la cité de David

« Cet homme venu du Maghreb possède tout : sagesse, science et frémissement devant Dieu. Il est comme un fils d'Elohim… Il a l'apparence d'un mortel, mais c'est un ange de l'armée céleste.

Pour rabbi Haïm Benattar, l'installation en Terre sainte avait valeur de commandement religieux et s'inscrivait dans le plan de rédemption de l'humanité comme le montre cette citation du Or HaHayim : « La rédemption du peuple se trouve entre les mains du juste qui est proche de Dieu.

 Elle surviendra quand le juste aura ranimé le cœur des hommes et quand ces derniers auront amélioré leur conduite… Ce sont les maîtres de la terre et les guides d'Israël qui devront rendre compte à Dieu de l'humiliation du sanc­tuaire dans son actuelle désolation. »

L'un de ses disciples indirects fut rabbi Yehouda Bibas, que l'historiographie israélienne actuelle considère comme l'un des pères du sionisme religieux. D'une famille originaire de Rabat, il naquit à Gibraltar en 1777.

 Après des études à Livourne et à Londres, il fut nommé grand rabbin de Corfou, d'où il put assister à la guerre d'Indépendance grecque, qui souleva un véritable enthousiasme dans l'opinion publique européenne de l'époque.

Pour beaucoup, la reconquête par les Grecs de leur indépendance marquait le début de la renaissance de toutes les nationalités opprimées des Balkans ou de l'Empire ottoman.

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