Robert Assaraf Le Judaïsme Meknassi après la mort de Moulay Ismaïl : Un siècle de troubles. (1727-1822

Robert Assaraf

Le Judaïsme Meknassi après la mort de Moulay Ismaïl : Un siècle de troubles. (1727-1822)

La consolidation sans précédent de la monarchie chérifienne entreprise par Moulay Ismaïl ne survécut pas à la mort de ce souverain en 1727.Les querelles entre ses héritiers – pas moins de dix de ses fils revendiquèrent le trône – mirent en évidence la fragilité de l'édifice makhzénien. Moulay Ismaïl avait certes unifié et dirigé d'une main de fer le pays. Mais lui seul avait les qualités nécessaires pour rallier à sa cause les différentes tribus et leur imposer sa terrible volonté. Lui seul était en mesure d'imposer une centralisation poussée des ressorts de l'autorité ainsi qu'une fiscalité écrasante pesant sur toutes les régions et sur toutes les couches de la société. L'instrument qu'il avait forgé à cette fin, la Garde Noire, composée de soldats originaires d'Afrique sub-saharienne, bien équipés et bien payés, devint, après sa mort, une troupe de mercenaires prêts à se vendre au plus offrant. Ils faisaient et défaisaient les souverains en fonction de leur générosité et trouvaient dans le pillage un moyen commode de s'enrichir. Les communautés juives marocaines, en particulier celle de la capitale en titre, Meknès, étaient les victimes toutes désignées des exactions de ces prétoriens et ne pouvaient plus se tourner, afin d'obtenir aide et protection, vers un pouvoir central dont le titulaire était l'otage de sa soldatesque. Dès 1728, les deux principaux prétendants, les princes Moulay Abdallah Adhebi et Moulay Abdel Malik s'affrontèrent près de Meknès. Ayant réussi à acheter la Garde Noire, Moulay Abdallah défit facilement son rival. Il permit alors à la Garde Noire de piller la capitale. Durant plusieurs jours, Meknès fut livrée aux soldats qui saccagèrent systématiquement les palais et les principaux bâtiments administratifs ainsi que les quartiers où étaient internés les esclaves chrétiens capturés par les corsaires de Salé. Reclus dans le mellah, les Juifs assistèrent, impuissants et terrorisés, à ce déferlement de violences. Plusieurs d'entre eux furent tués. Parmi les victimes, se trouvait la mère du rabbin de Sefrou, rabbi Moshé Elbaz, qui, dans son Kissé Melakhim, a laissé un tableau saisissant de ces journées de terreur :

Le camp des esclaves a envahi Meknès. Ils sont d'abord entrés dans la Kasbah et y ont pillé tous les trésors du temps de Moulay Ismaël : les instruments en or et argent, les épées; les lances, les fusils, les sceptres, les vêtements et les bijoux. Ils ont ensuite pénétré dans le harem, ont dépouillé les femmes de leurs bijoux et de leurs habits. Ils se sont ensuite tournés vers les habitants de la médina, en tuant tellement que le sang coulait comme un fleuve. Ils ont dépouillé de leurs biens les survivants. Ils se sont ensuite rués sur le quartier des chrétiens, les laissant sans rien : La nuit du 22 Ab, ils envahirent le mellah des juifs et les dépouillèrent de tous leurs biens. Ils laissèrent nus hommes, femmes et enfants, rabbins et érudits, en tuant cent quatre vingt, blessant et torturant les survivants, avant de s'en prendre aux jeunes femmes et aux vierges, toutes violées sous les yeux de toute la communauté. Que Dieu se charge de leur vengeance ! qu 'il en soit ainsi, amen..

La guerre entre les deux frères rivaux se poursuivit jusqu'en 1729, date de leur mort. C'est alors qu'un autre fils de Moulay Ismaïl, Moulay Abdallah, réfugié jusque-là dans le Tafilalet, parvint à se faire proclamer sultan. Il n'était souverain que de nom et, durant son règne, il fut cinq fois déposé par la Garde noire mais réussit chaque fois à remonter sur le trône grâce à ses largesses.

Le début de son règne passablement tumultueux fut marqué par une terrible sécheresse, avec, pour conséquence, l'apparition de la famine. Les souffrances de la population amenèrent certains agitateurs à répandre l'idée que celles-ci étaient un châtiment divin destiné à punir l'impiété des Juifs qui avaient oublié de se conformer aux règles de la dhimma et qui, de surcroît, négligeaient les préceptes de leur religion. Le fait nous est connu par le témoignage d'un contemporain, rabbi Eliahou Mansano:

En ces jours, il n'y avait point de roi et chacun faisait ce que bon lui semblait. Les Gentils se livraient au pillage et aux déprédations comme ils voulaient. Pour comble de malheur, une calamité sans pareil survint. Le ciel devint de fer et la terre d'airain. Il n'y eut plus ni pluie ni rosée. Le mercredi 28 shevat (janvier 1737), nous étions en train d'étudier la Loi avec notre maître Hayim Ben Attar, lorsqu'un renégat se présenta devant nous et nous rapporta que, ce même jour, les Gentils de Fès-la-Nouvelle s'étaient réunis pour délibérer entre eux de la cause de la grande détresse qui frappe le monde entier. Ils aboutirent à la conclusion que la faute en était aux Juifs et ils relevèrent plusieurs vices qui se sont enracinés en nous. En premier lieu, la fabrication de la mahya. Autrefois, on ne la vendait que dans un lieu particulier, la taverne. Mais, actuellement, il n'y a pas de maison où ne se trouve ce poison mortel et tous sont complices de ce crime d'où résultent bien d'autres. Deuxièmement, le parjure et le serment en vain. Troisièmement ; la négligence des prières…

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