Robert Assaraf Le Judaïsme Meknassi après la mort de Moulay Ismaïl : Un siècle de troubles. (1727-1822

brit-29A Meknès ; la populace envahit le mellah, non pour tuer – il n'y eut pas de victimes- mais pour le piller et se procurer l'argent dont elle avait besoin pour acheter du blé vendu à un cours prohibitif. La famine de 1738 resta connue dans la mémoire collective juive marocaine sous le nom de « shnat hetz » et le grand rabbin de Fès, rabbi Yaacob Abensour l'évoquait en écrivant : « Depuis des années, nous n'avons pas vu la lumière. Il ne se passe pas de jour sans malheur plus grand que celui de la veille ». En 1747, le mellah de Meknès fut à nouveau pillé après avoir été assiégé pendant plusieurs mois comme le rapportait rabbi Moshé Tolédano :

… que l'Eternel, dans sa bonté, nous ouvre les portes de la miséricorde, car nous sommes dans la plus grande détresse. Nos voisins philistins (Berbères) nous ont dépouillé de tout et nous assiègent depuis plus de cinq mois. Nul ne peut sortir de la ville et les assiégeants nous guettent

Deux ans plus tard, en 1749, le mellah fut ravagé par une épidémie de peste, signalée par le même rabbi Moshé Tolédano :

Par nos péchés et nos iniquités sont grand, un malheur supplémentaire s'est abattu sur nous. La peste réclame des sacrifices parmi les rabbins et les gens du peuple. Certains jours, le nombre de victimes au mellah dépasse la vingtaine et beaucoup d'entre nous sommes allés chercher refuge dans d'autres villes…

Le règne de Moulay Abdallah se termina sur une touche apocalyptique. En 1757, un terrible séisme ravagea la pointe la plus occidentale de l'Europe et du Maghreb, faisant des milliers de morts à Lisbonne qui fut entièrement ravagée par l'incendie provoqué par ce tremblement de terre. Ce séisme était d'une intensité telle qu'il frappa également le nord du Maroc ainsi que le rapportait rabbi Moshé Tolédano :

Le 20 Hechvan, après la collation du matin, il y eut un grand tremblement de terre qui ébranla les montagnes et fracassa les pierres. Une partie des murs tombèrent et, partout apparurent des fissures. Cela dura près d'une demi-heure, la terre montait et descendait et nous ne comprenions pas ce qui se passait. Quatre jours plus tard, ce fut un tremblement venu du nord comme il n'y en a jamais eu et comme il n'y en aura plus jamais. Toutes les maisons, les murailles et toutes les tours s'écroulèrent et il n'y avait pas de foyer où on ne compatit au moins une victime. Au total, plus de deux cents périrent dans notre communauté et, parmi les Gentils, un chiffre innombrable. Nous nous sommes réfugiés sous des tentes comme des bédouins et nous y sommes restés toute une année. Il n'y eut pas de mois sans une autre secousse, moins forte que la première. Cela n'arriva que dans notre ville. Dans les autres villes (du Maroc), il n'y eut pas de dégâts, sauf en Europe où nous avons entendu que, le jour du grand tremblement, un feu est descendu du ciel et s'est propagé pendant cinq jours alors que la mer avait débordé dans plusieurs pays : Nos coreligionnaires des villes du littoral nous ont raconté que, chez eux aussi, la mer était montée, mais qu'avec la miséricorde divine, ils avaient été épargnés. Que Dieu ait pitié de son peuple, nous y compris…

Durant toute cette période troublée, certains Juifs meknassis continuèrent cependant à jouer un certain rôle dans l'entourage des différents souverains. Ainsi, Eliezer Ben Kiki fut envoyé par Mohammed Edehbi (1727-1729) comme ambassadeur aux Pays-Bas, une mission qui fut confirmée par Moulay Abdallah mais dont il ne put s'acquitter comme il le souhaitait. En effet, à son arrivée à La Haye, il constata la présence, dans la capitale batave, de trois autres émissaires marocains chargés de négocier un nouveau traité de commerce. Ne parvenant pas à obtenir de Moulay Abdallah des lettres de créance le désignant comme seul représentant autorisé du Makhzen, il s’embarqua pour Londres où il obtint des autorités britanniques un sauf-conduit lui permettant de revenir au Maroc, à charge pour lui d'y représenter les intérêts de la Grande Bretagne auprès de la Cour chérifienne. Durant le règne de Moulay Abdallah, un Juif meknassi, Shmouel Lévy Ben Youli, fut l'un des conseillers les plus écoutés du souverain. Désigné comme Naggid de la communauté, il laissa le souvenir d'un dirigeant très pieux et très dévoué qui sut faire preuve d'un grand courage pour protéger ses coreligionnaires contre d'éventuelles persécutions. Ainsi, selon un témoin contemporain, il intervint efficacement en 1732 pour déjouer un complot dirigé contre les Juifs de Meknès :

En cette année 5492, nous avons été saisis d'une grande frayeur en apprenant que les ministres et les conseillers du roi projetaient de nous dépouiller et de nous laisser nus. Grâce à Dieu, le pieux Naggid rabbi Shmouel Ben Yuli a pris des risques énormes et, par sa diligence et son intelligence, il a déjoué leurs mauvaises pensées. Gloire en soit rendue à l'Eternel !

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