Meknes – Joseph Toledano Portrait d'une communaute juive marocaine

 

CHAPITRE I

MeknesFORMATION DU CENTRE DE TORAH

C'est en disparaissant que la communauté juive de Meknès fait son entrée dans l'Histoire écrite. La première mention dans les sources hébraïques de l'existence d'une communauté dans la ville est un bref passage de la lamen­tation sur les persécutions de la dynastie des Almohades (1130 1269־) qui ont failli mettre fin à la présence juive au Maghreb et en Andalousie. Dans son élégie sur la " lumière qui s'est éteinte au Maghreb ", écrite vers 1138, le grand poète espagnol rabbi Abraham Iben Ezra, la cite parmi les communau­tés d'Afrique du Nord et de l'Espagne musulmane victimes du fanatisme au nom de l'unicité d'Allah. Mais alors qu'il tresse des titres de gloire aux plus grandes communautés, il ne fait que mentionner celle Meknès, signe de son peu d'importance à l'époque :

Comment impuissants nous avons appris la destruction du Maghreb,

Comment sous nos larmes, a du ciel fondu le malheur sur l'Espagne …

 Pleurent mes yeux comme une fontaine sur la ville de Lucène,

Je raserai mes cheveux et pousserai des cris amers sur l'exil de Séville …

De désespoir, je pleure la communauté de Sijilmassa,

Ville de génies, d'érudits dont la lumière a été recouverte par les ténèbres

Qu'est devenue la communauté de Fès, anéantie en un jour ?,

 La ville de la Torah de la Mishna, de la Guémara et de la Kabala,

Où sont ses écoles où l'enseignement jamais ne connaissait de répit ?

 Où est le trésor de Tlemcen ? Sa splendeur s'est effondrée …

 J'élèverai la voix en gémissements amers sur Ceuta et Meknès

Un autre document de la guéniza du Caire, daté de 1148, mentionne également la communauté de Meknès comme l'une des dernières victimes de la fureur almohade.

Toutefois la présence juive dans la région était bien plus ancienne, sans que l'on dispose de beaucoup de renseignements sur son origine – Eretz Israël ou descendance de Berbères convertis au judaïsme ? Il est impossible dans ce cadre d'approfondir cette question. Cette présence est en tout cas attestée dès l'époque de la conquête romaine aux premiers siècles de l'ère chrétienne. Les fouilles archéologiques ont mis à jour dans la ville proche de Volubilis une sépulture avec une inscription en caractères hébraïques archaïques Noa fille de rabbi Matrona – qu'elle repose.

Modeste bourgade dans une région agricole particulièrement fertile, Meknès fut fondée à la fin du Xème siècle, non comme Fès ou Marrakech, par un sou­verain, ou comme capitale d'une dynastie, mais par des membres de la tribu berbère des Meknassa de la grande confrérie des Zénata en voie de sédenta­risation. L'excellent climat de ces hauts plateaux fertiles entre le majestueux massif montagneux isolé du Zerhoun au nord, et les derniers contreforts du Moyen Atlas au sud, ombragés, arrosés par l'oued Boufekrane et regorgeant de sources d'eau, avait séduit ces nomades venus des steppes orientales. Meknès-es-Zitoun ne fut longtemps qu'une confédération de trois petits villages sans remparts, dont l'un, celui de Taoura, peuplé par des artisans et commerçants juifs de vieille souche. A l'origine écrit rabbi Yossef Messas, en se basant sur des informateurs arabes contemporains, le nom de la ville était Méknaza (de kenz, trésor) du nom de la mère de son fondateur. Après sa mort, ses fils se divisèrent en deux clans. Le cadet, quitta les lieux pour fon­der une autre ville, Méknassa, près de Taza, qui ne devait pas tarder à tomber en ruines et à disparaître. L'aîné, eut un fils qu'il prénomma Méknas, qui donna son nom définitif à la ville.

Toutefois, selon une autre version plus fouillée, le nom de la ville serait d'ori­gine berbère tamazigh; dérivé de ameknas, le guerrier ou le combattant. D'ail­leurs les militants amazighs l'appellent plutôt Ameknas. Elle n'accéda au rang de ville qu'au siècle suivant. C'est semble -t -il autour de 1069, que conformé­ment à la pratique des dirigeants de la dynastie berbère des Almorávides, qui avaient coutume de construire des bastions pour stocker armes et denrées ali­mentaires destinées à leurs troupes, que fut édifiée près de ces villages, une ville fortifiée où s'installèrent les Juifs avec leurs compatriotes musulmans à l'intérieur des remparts. Originaires de la vallée du Drâa, les Almorávides – le nom vient du ribat, fortin isolé du reste du monde où s'étaient retirés les fondateurs de ce courant religieux – étaient les disciples du grand réformateur de l'islam, Abdallah Ibn Yassine, soucieux de restaurer la stricte orthodoxie sunnite, rejetant les jugements personnels et les interprétations allégoriques ou spirituelles au profit d'un formalisme rigide et d'un juridisme étroit. Son plus illustre disciple, Youssef Iben Tachfin (1060 -1107), parti du sud, entre­prit la conquête du nord du pays à partir de la nouvelle capitale dont il se dota, Marrakech. Dans sa marche sur Fès, conquise de haute lutte définitive­ment seulement en 1069, après un premier siège infructueux en 1063, Meknès s'était ralliée sans combat à la nouvelle dynastie qui la transforma en place forte. Fidèles au pacte de la dhimma strictement appliqué, bannissant la ten­tation de conversion de force à l'islam, les Almorávides permirent à la petite communauté qui s'enrichit de nouveaux apports, de survivre, sinon de pros­pérer – jusqu'au cataclysme almohade.

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