Meknes-J.Toledano-LA GRANDE CONTROVERSE

MeknesLA GRANDE CONTROVERSE

Alors que la tradition veut qu'il incombe aux nouveaux venus de s'adapter aux coutumes locales, les Castillans trop fiers de leur héritage, avaient dès leur arrivée non seulement conservé les leurs, mais avaient même réussi à v convertir " partiellement nombre d'indigènes. Au -delà de la dimension rarement juridique, des considérations économiques pratiques avaient motivie cette divergence dans l'interprétation de cette règle de l'abattage rituel.

En effet, en Espagne, l'Eglise dans son hostilité intransigeante; interdisait à ses fidèles de racheter la viande déclarée non cacher dans l'abattage rituel juif, ainsi condamnée à être jetée aux chiens. En réaction, les rabbins castil­lans avaient, pour tenter de réduire au minimum les pertes, adopté des règles plus souples. Par contre, en terre d'islam, aucun obstacle ne s'opposant à la vente aux musulmans de la viande déclarée non cacher, les rabbins pouvaient se permettre plus de sévérité en matière de néfiha. Ce fut le passage à Fès vers l'an 1500 d'un rabbin de Tunisie, rabbi Shalom Masnot, qui déclencha la crise. Il avait sévèrement reproché aux tochabim d'avoir tourné le dos à leur propre tradition héritée de leurs ancêtres. Après son départ, ce fut le rab Haïm Gaguin, qui reprit le flambeau en interdisant aux Tochabim de consommer la viande abattue par les Mégourachim, considérée comme non-cacher. Cet in­terdit souleva l'indignation des expulsés si fiers de leurs rabbins et de leurs traditions. La controverse dépassa souvent le plan théologique pour dégé­nérer en bagarres, affrontements physiques, dénonciations, anathèmes, ex­communions et appels aux autorités. Si pour Fès, nous avons une description détaillée de ses péripéties grâce au récit Etz Haïm laissé par son principal héros, rabbi Haïm Gaguin, il n'y a presque pas de documents sur les réper­cussions de la controverse à Meknès.

Quand en en 1526, la controverse atteignit son paroxysme et que les Tochabim de Fès décidèrent de demander l'intervention en leur faveur des autorités, ils avaient délégué à Meknès, où se trouvait le sultan Moulay Bouhsoun, les deux grands rabbins Shémouel Aben Danan et Shémouel ben Danino. Ces derniers n'estimèrent pas utile de demander à un représentant des Tochabim de la ville de se joindre à eux – ce qui aurait pu donner plus de poids à leur requête. De même, les rabbins venus défendre la cause des Mégourachim, ne s'adjoignirent aucun représentant local. Pourtant leur grand maître, rabbi Moshé Halioua, qui avait déclenché la polémique en autorisant les Tochabim à consommer la viande Néfiha; avait quelques années plus tôt quitté Fès pour s'établir à Meknès. Il y avait fondé une synagogue et y était mort une année auparavant, en 1525. Derrière le paravent théologique, se cachait de fait la lutte d'influence pour la direction matérielle et spirituelle de la communauté et elle devait se solder par la victoire des expulsés devenus majoritaires. De guerre lasse, le chef des Tochabim, rabbi Haïm Gaguin prenait l'engagement solennel en 1535 de ne plus émettre de critiques contre les règles de l'abat­tage des expulsés et d'accepter la règle de la majorité. La communauté de Meknès, vivant à l'ombre religieuse de celle de Fès, adopta sans réserve ce compromis historique. La fusion totale des deux communautés devait y être plus rapide, aucune trace de nette de distinction entre les deux composantes de la communauté ne subsistant au bout de quelques générations. Par une sorte de compromis : les Tochabim adoptant les coutumes des Mégourachim et leur approche de la Halakha, les Mégourachim adoptant l'arabe, oubliant peu à peu totalement l'espagnol comme langue vernaculaire. A Fès par contre, les descendants des Tochabim devaient conserver jusqu'à nos jours une syna­gogue avec un rituel particulier, Ahabat Hakdmonim, différent du rituel séfa­rade, portant un nom à première vue intrigant de slat elfassyin, la synagogue des Fassis – pour souligner leur antériorité, les vrais Fassis, ceux d'avant l'arrivée des expulsés. A Marrakech également, le nom de l'une des plus belles synagogues jusqu'à nos jours en est un rappel historique, slat el ajama, la synagogue des étrangers, celle des nouveaux venus, les expulsés de la pé­ninsule ibérique ne parlant pas arabe. Progressivement les descendants des expulsés aussi bien à Fès qu'à Meknès abandonnèrent l'usage du judéo -es­pagnol pour le judéo -arabe comme langue vernaculaire, truffée il est vrai de réminiscences espagnoles, le plus souvent inconscientes comme nous le verrons dans la seconde partie du livre. Alors que les communautés du nord – Tétouan, Larache, el Ksar, Tanger lui resteront toujours fidèles sous forme de dialecte local, la Hakitia.

Nous avons très peu de documents sur la première et seconde génération d'expulsés d'Espagne à Meknès. Toutefois on sait que le plus célèbre scribe de la génération, rabbi Moshé Zabarro qui s'était déjà illustré en Espagne par la qualité calligraphique exceptionnelle des Rouleaux de la Loi sortis de sa main, est arrivé à Meknès vers 1500. On ne sait combien d'années il y séjourna avant de repartir pour Tétouan, où il se fixa définitivement. Au moment de quitter l'Espagne, ses deux fils avaient été enlevés par un curé, mais l'un d'eux devait réussir à fuir et à le rejoindra à Tétouan où il devait mourir peu de temps après. Deux Sifré Torah écrits par rabbi Moshé Zabaro ont subsisté jusqu'à nos jours dans tout le Maroc, entourés d'une grande vénération pour leur qualité exceptionnelle. L'un à la synagogue El Crudo Tétouan, l'autre à Meknès dans la synagogue rabbi Shélomo Lazimi fondée par le chef de cette famille d'expulsés vers 1520. Dans la synagogue reconstruite au vieux mellah par ses descendants se trouvait également un trésor de documents très anciens remontant sans doute à l'expulsion d'Es­pagne, mais ses héritiers en étaient tellement jaloux que par superstition, ils ne permettaient à personne de les consulter et on ne sait pas ce qu'ils sont devenus après le grand exode, si ce n'est que le Séfer Torah aurait été trans­féré par la famille à Strasbourg.

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