Alliance Israelite Universelle…

Jules Braunschvig

Allocution prononcee pour l'anniversaire des trente jours du deces du Rabbin Rouche le 29.03.1984

Le Rabbin Isaac Rouche -1906-1983

Madame, Mes chers amis,

En me demandant de prendre la parole pour quelques instants ce soir, vous avez considere que vous vous adressiez a un vieil ami de M. le Rabbin Rouche. En effet, notre rencontre remonte a 1946  au Maroc et, des les premiers moments, s'est etablie entre nous une communication qui n'a pas cessee.

Ma premiere image fut celle de l'aumonier militaire, mon premier souvenir est celui d'un homme direct, optimiste, resolu, enthousiaste. Cet enthousiasme, il avait su le communiquer a ses jeunes disciples: feu Mediani, Hazan (qui vient d'exprimer si parfaitement nos regrets a tous de devoir ce soir marquer les trente jours ecoules depuis la disparition de notre ami), Amsellem, Nahon et Sebban, ceux-la meme qui, le 31 decembre1945, firent irruption chez moi a Casablanca au cours d'une soiree memorable. lis etaient comme le detachement precurseur ou, si vous voulez, les annonciateurs de la bonne nouvelle, celle de 1'arrivee de leur maitre.

Et des que je connus M. Rouche, nous devions conclure un pacte non ecrit, un pacte qui ne fut pas meme formule — celui d'unir nos efforts, les siens, ceux de son equipe et ceux de l'Alliance pour une grande entreprise au Maroc.

Au Maroc, nous nous trouvions un peu par hasard. En ce qui me concerne, ce serait trop long a decrire. Disons que mon grand-pere, Benjamin Braunschvig, y avait fonde la "Maison Braunschvig" dans les annees 1890 et que, sortant de cinq ans de captivite de guerre en Allemagne, j'y reprenais mes activites commerciales et industrielles. Membre du Comite Central depuis 1932, ayant, avec notre ami Marc Cohn retrouve derriere les flls barbeles de nos camps, reflechi a l'activite la plus necessaire au service du judaisme, j'etais convaincu que le judaisme marocain, avec ses traditions bien vivantes, sa structure d'ecoles de l'Alliance qui scolarisaient une tres large proportion des enfants juifs, offrirait un terrain d'action particulierement fertile

M. Rouche venait au Maroc avec exactement les memes espoirs, mais aussi avec des idees tres precises sur ce qu'il fallait faire. Aussi, lorsque reprenant un projet d'avant la guerre du au feu Grand Rabbin Liber, je suggerai la creation d'une ecole normale hebraique, commenca une aventure dont une grande part du merite revient a M. Rouche, car il sut donner, des les premiers moments, l'impulsion qu'il fallait.

Les debuts furent ardus. II est difficile aujourd'hui d'imaginer les conditions dans lesquelles commenca le travail. On logeait les eleves comme on pouvait. On les mettait dans des classes qui etaient tout juste acceptables. On cherchait les maitres, les methodes, les manuels scolaires… et les fonds car l'Alliance, se remettant difficilement des pertes subies pendant Vichy et pendant l'occupation de toutela France, etait en peine de fournir tout ce qu'il fallait.

 On trouva des solutions et des sources d'argent et, en 1951, nous etions installes dans la belle et toute neuve Ecole Normale Hebrai'que du quartier de l'Oasis de Casablanca. Des lors, M. Rouche et ses acolytes purent donner leur pleine mesure. Ces annees, jusqu'en 1956, resterent gravees dans nos souvenirs comme des annees d'enthousiasme, de problemes bien sur, mais surtout de difficultes surmontees, de progres constants.

Devant nos yeux s'ouvraient les belles perspectives de generations d'eleves- maitres qui se substitueraient, petit a petit, au personnel enseignant les matieres juives, trop souvent inaptes a porter cet enseignement a la place de prestige qui devait lui revenir. Nos eleves apportaient avec eux la riche seve de la tradition du judaisme marocain.

Avec M. Rouche, ils devaient apprendre la rigueur, mais aussi la joie dela Thora, la connaissance, mais aussi l'art de faire connaitre, le sentiment, mais aussi la logique et le raisonnement clair.

Car c'etait bien cela l'image, le souvenir qu'il faut conserver de cet homme exceptionnel. II n'etait pas "noir" comme nous disions (le disons-nous encore ? peut etre…). II avait ce qui etait necessaire, la "double culture" juive et classiquement francaise, le sens de la pedagogie, la liberte dans la reflexion (qui effarouchait parfois les plus timides, probablement parce qu'ils etaient les plus ignorants), l'amour du judaisme et le respect du texte. "Je suis un 'pachtan'", me disait-il ici, a Jerusalem, lors d'un de nos derniers entretiens il y a quelques mois. "J'aime trop le texte pour ne pas chercher a en connaitre le sens: le vrai sens qui est peut-etre, dans sa simplicite, souvent le plus difficile sans doute, mais aussi le plus sur", et je crois meme qu'il ajoutait "le plus resistant".

Mais M. Rouche voulait que l'etude, la vie juive, fut une etude, une vie dans le bonheur, le bonheur de ceux pour qui le judaisme qui nous est donne doit se meriter par le sourire, par l'amour du texte, par une pratique assumee, fidele et tolerante. Tolerant, il l'etait, meme envers ceux qui ne l'etaient guere. Aussi nous laisse-t-il l'image de ce visage serein, de ces amities qui venaient a lui, de ces hommes et de ces femmes qui se reunissaient autour de lui — et de votre genereuse hospitalite, chere Madame Rouche, pour des onguei shabbat si exceptionnels auxquels vous vouliez bien me convier jadis a Casablanca.

Puis vint l'independance du Maroc. L'aumonier militaire Rouche dut quitter le Maghreb avec l'armee francaisc. II confia la destinee de l'ecole a Emile Sebban qui continue, depuis plus d'un quart de siecle, a en tenir la barre, et M. Rouche changea pour un temps de ciel… et d'accent. Le Jura etla Chauxde Fonds, une petite communaute bien dela Francede l'est (meme si elle etait en Suisse) ou ce maitre sepharade, chaleureux, et des bourgeois helvetiques, surprenants, faisaient contraste. Et pourtant, il y a laisse sa marque. II y a ranime ce qui paraissait assoupi et peut-etre mourant. Un jour, il faudra ecrire cette page de la biographie de M. Rouche.

Mais la ne pouvait s'arreter l'itineraire de sa vie. Tout naturellement, c'est a Hieroushalaim que devait se situer sa derniere etape. Lecteur infatigable, sage – … mais toujours malicieux, M. Rouche, ici dans la premiere maison en face ou je vous ai retrouves avec joie, puis dans cet appartement meme, a fait ce qu'il a toujours fait. II a offer! a ceux qui voulaient s'y abreuver la coupe d'un judaisme le plus authentique, d'une reflexion originale, mais aussi disciplinee, la lecon d'un maitre, d'un maitre de la renaissance comme on aime a les imaginer.

Ce sera pour moi un des grands bonheurs de ma vie, une occasion de plus d'etre reconnaissant a l'Alliance qui l'aura rendu possible, que nos chemins aient converges et que j'aie pu jouir de sa confiance et de son amitie. Et, comme toujours c'est dans des circonstances comme celles-ci que viennent les regrets — avoir eu la chance de rencontrer le Rabbin Isaac Rouche et de n'avoir pu, ni assez longtemps, ni assez souvent, jouir de sa presence, de la chaleur de son cosur, de la fertilite de son esprit.

C'est vous dire, Mesdames, et vous Messieurs ses amis, que ce fut pour moi un devoir bien evident, un devoir dont je vous suis reconnaissant de m'avoir permis de l'accomplir, d'avoir pu, bien imparfaitement, apporter a cette assemblee ce modeste temoignage de regrets mais surtout de reconnaissance pour le fait que j'aie pu, dans une faible mesure, me dire le disciple affectueux du Rabbin Isaac Rouche.

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