Alliance Israelite Universelle


Joseph Dadia L'Ecole de l'Alliance de Marrakech Historique

  1. M.Danon écrira plusieurs lettres au Comité central de l'A.I.U, où il décrit la misère dansALLIANCE toute son horreur de la majorité des juifs du mellah de Marrakech, loqueteux et sales. Il dénonce en même temps la ladrerie d'Y. Corcos à l'égard des établissements scolaires de l'Alliance qu'il tolère mais ne fera rien pour leur installation. « Des gens tels que Y. Corcos, écrit-il le 19 janvier 1911, millionnaire dit-on, président de la Communauté et pouvant payer au moins 20 francs pour son fils unique ne paye que la modique somme de 3 frs 60 ». Dans ce même message à l'A.I.U., Danon se lamente et vitupère contre l'autoritarisme intransigeant dans la conduite des affaires du mellah : « Ce qui est à déplorer dans notre ville, c'est la mauvaise organisation de la Communauté. Aucun contrôle n'intervient dans son administration et le maître qui est encore M. Josué Corcos fait ce que bon lui semble ».

Voici quelques détails de sa lettre : Les belles et grandes maisons du mellah, bien bâties, appartiennent à quelques notables. M. Corcos est propriétaire de toutes les maisons formant deux rues assez longues. Les autres juifs habitent dans une chambre louée de 2 à 3 frs par mois. Là s'entasse une famille le plus souvent nombreuse, avec des enfants en bas âge à peine couverts, croquant en pleurant un morceau de pain sec. Dans les rues à chaque pas, on rencontre des tas d'ordures d'où s'en dégagent des odeurs nauséabondes. Des mendiants juifs parcourent le mellah toute la journée. L'école est située dans la rue « des riches », le spectacle de cette misère est souvent offert au regard du directeur. Le vendredi, c'est une procession sans fin. Le samedi matin, des femmes en groupe de vingt à trente vont de maisons en maisons et avec des cris assourdissants réclament le « hobbs dé sebbss », le pain du samedi. La même misère règne à l'école. Par suite du retard mis à l'envoi des fonds pour l'habillement des enfants nécessiteux, il y a dans les petites classes des enfants à peine couverts d'une chemise. Ils sont autorisés à s'absenter un jour par semaine pour la faire laver parce que cette chemise est leur unique pièce d'habillement.

De nouveaux événements politiques vont troubler la marche de l'école et elle sera fermée encore une fois. Le fils du marabout Ma el-Aïnin, Ahmed el-Hiba, surnommé le sultan bleu, se fait reconnaître sultan à Tiznit. Il entre à Marrakech avec ses guerriers berbères le 18 août 1912 et s'y fait proclamer sultan. Les troupes d'el-Hiba sont dispersées par les soldats français, qui entrent à Marrakech le 7 septembre. Le colonel Mangin et sa colonne sont accueillis sur la place Djemaa el Fna par les élèves de l'école de l'Alliance qui chantent « La Marseillaise », malgré l'absence Directeur, réfugié à Tanger. En octobre 1912, le général Lyautey entre au mellah. L'école de l'Alliance est toujours fermée. Le président Corcos, accompagné des notables, ouvre l'école pour la circonstance et convoque les élèves. Le directeur n'est pas encore rentré. En son absence, c'est Mardochée Amzallag, le meilleur élève de l'école, qui reçoit les visiteurs et récite un compliment au général.

Remarque ; Louis Botte : Au cœur du Maroc, Hachette, 1913, p.199-200 : « Mais quand nous arrivons au mellah, c'est un tout autre spectacle. L'enthousiasme est délirant. Tous les juifs sont là… ils se poussent, se bousculent et s'écrasent contre les chevaux qui ruent. Les bravos crépitent. Du haut des terrasses, les femmes accrochées en grappes vivantes, et comme ivres, miaulent leurs you-you prolongés, assourdissants, énervants. Des centaines de mains s'agitent, claquent, ou font le salut militaire. Des apostrophes se croisent : « Content de te voir, monsieur ! – Monsieur, Vive la France, » Pendant tout le temps du défilé, ces juifs manifestent une joie indescriptible. Ils exagèrent. »

En 1912, un petit noyau des élèves de l'Alliance fournit un contingent de secrétaires, d’employés, de comptables et d'interprètes. Ils furent les aides précieux de la pénétration française au Maroc.

En 1913, il y avait 309 élèves à l'école, dont 100 payants.

 La guerre de 1914 éclate. En 1915, M. Danon est muté à Safi. Le nouveau Directeur de l'école est M. Isaac Soussana, originaire de Mogador. La Directrice est sa belle-sœur, Mme Wanda Soussana. En 1918, l'école ferme pour des raisons financières et les directeurs quittent Marrakech faute de maîtres suffisants. De plus, il est devenu très difficile de communiquer avec Paris en raison de la guerre.

Joseph Dadia – L'Ecole de l'Alliance de Marrakech Historique

ALLIANCE

En 1920, écrit M. Alfred Goldenberg, l'école s'installe pour la rremière fois à l'extérieur du mellah, près de la place des ferblantiers dans une maison appartenant à M. Meïr Amzallag, négociant. M. Falcon est revenu ; il est veuf, sa fille est son adjointe.

En 1922, l'école retourne au mellah rue Fracisco ou Francisco. C'est le nom d'un commerçant qui habite la rue. Elle s'appelle en réalité derb Attias. Jacob Attias, grand bienfaiteur de ses frères, est décédé le 15 septembre 1933 le jour de Rosh Hashana. Il entretenait des relations d'affaires et d'amitié avec le pacha de Marrakech. Ma mère, encore petite, a rencontré le pacha grâce à son proche parent, le distingué Jacob Attias. L'école est une formation Franco-Israélite installée dans la maison de M. Jacob Benhaim, rabbin de l'école de 1901. Cette maison est carrée à un étage, dont la galerie surplombe le patio. Elle est conçue selon les mêmes principes que les écoles franco-arabes : enseignement primaire donné par des instituteurs français, l'instruction religieuse étant dispensée par un rabbin. Le protectorat envoie des instituteurs à Marrakech : M. et Mme Dubascoux, M. et Mme Callandry, Mme Deschaseaux, Mlle Aymard qui, mariée, s'appellera Mme Prabis, et enfin Mme Durand. Cette école pouvait recevoir 450 élèves, selon le chiffre donné par José Bénech.

Il m'est impossible, en l'état de mes investigations, d'établir la date exacte de l'installation de l'école de l'Alliance à l'extérieur du mellah. Mais je sais depuis longtemps, par d'anciens élèves, que cette école était bel et bien installée du côté de la place des Ferblantiers. Je sais aussi que l'école a bien occupé une maison de derb Francisco. Je connais bien cette maison située au début de la me Francisco, juste en face de derb Bensimhon. La maison qui abrite l'école est sur une pente qui décroît doucement. Ce qui fait que la maison est surélevée par rapport au restant de la rue, donnant l'impression qu'elle est le plus haut bâtiment du mellah. Juste en face de cette maison-école se trouvait, dans les années 1940, le local des Bnei- Akiva que je fréquentais, tant pour les activités que ce mouvement organisait, que pour l'office du vendredi soir et de l'oneg shabbat de samedi après-midi.

Remarque de l'auteur ; II n'a pas été facile d'établir toutes ces indications en raison des sources consultées. Aïemy Haïm Hazan dit que l'école près de la place des ferblantiers fonctionnait parallèlement à celle de la rue Francisco, où il a été élève, sans autres précisions quant aux dates. Je relève différentes dates, quelque peu contradictoires, dans les écrits de M. Alfred Goldenberg : cf. le texte déjà cité p. 47-48, et son livre Souvenirs d'Alliance, éditions du Nadir de l'A.I. U., 1999, p. 50-51. De son côté, José Bénech, op. cit., p. 296 écrit : « Puis ce fut 1914 et la guerre. Pour des raisons financières, l'Ecole de l'Alliance dut fermer ses portes. En 1919, le Protectorat ouvrait dans une maison du Mellah une école franco- israélite… Cette école franco-israélite disparut en 1925. » Je pense que José Bénech a parfaitement raison quant à la date 1919.

A quel moment l'école de la place des Ferblantiers a fixé ses classes à derb Francisco, il y a des dates qui se contredisent. Me référant à un témoignage indirect, l'école de derb Francisco existait déjà en 1919, au plus tard début 1920. Les frères Tharaud dans « Marrakech ou les seigneurs de l'Atlas » consacrent le chapitre VII de leur livre au « Ghetto marocain ». Ils décrivent leur rencontre, dans sa propre maison, avec « Le patriarche de cet enfer hébraïque (qui) est le bonhomme Ischoua Corcos, l'argentier des Sultans, le millionnaire du Mellah ». En l'occurrence, c'est la suite de leur récit qui nous intéresse : « Par la fenêtre, arrivent d'une école voisine où l'on enseigne le français, des phrases qui entraînent l'esprit dans un rêve dément, et que répètent, comme un verset de la Loi, les enfants du Mellah ; « Nos ancêtres les Gaulois » ou bien encore : « Mon père, ce héros au sourire si doux… ». Alors tout danse devant moi, les deux Lions de Juda, l'arbre de Jessé sur le mur, et la fausse pendule peinte et sa clef peinte elle aussi, pendue à un clou imaginaire. Je n'écoute plus le père Corcos. Je n'entends plus ni le piano, ni la machine à coudre, ni les cris du poulet. Je n'ai d'oreilles que pour ces phrases folles, qui résonnent d'une façon tout à fait extravagantes dans ce ghetto saharien. »

La première édition de ce livre date de 1920. L'on peut présumer que la rencontre entre l'écrivain et le président Corcos a eu lieu en 1919. La distance, à vol d'oiseau, de la maison du patriarche à celle de l'école est de 50 mètres environ. Je précise que la maison Corcos est en contrebas par rapport à celle de l'école.

En 1922, trois classes quittent l'école de la rue Francisco et s'installent dans les locaux d'une nouvelle école appelée à s'grandir en quelques années. Cette nouvelle école est établie sur une parcelle de Jnan el Afia, dans le voisinage de derb el Bhira. Ces classes sont tenues par M. et Mme Dubascoux et par une monitrice, Mlle Rachel Benaïm. En 1924 arrive à Marrakech en tant qu'instituteur, âgé de 18 ans, M. Nessim Lévy, originaire d'Edrine/Andrinople (Turquie). Seuls, le directeur Falcon et lui sont juifs à l'école Francisco. En 1925, les autres enseignants appartenant au cadre métropolitain de l'Education Nationale s'en vont ; c'est toute l'école de la rue Francisco qui est transférée à Jnan el Afia. M. Falcon est le directeur de ce nouveau groupe scolaire, aidé par M. Nissim Lévy et des moniteurs : Mlle Sété Coriat, M. Nessim Sabbah et M. Boujo.2 Dans la classe du Brevet, il y avait des élèves du même âge que Nessim Lévy, aussi grands de taille que lui. En cette même année 1925, une grave épidémie de :yphus s'était déclarée au mellah. M. Falcon et les élèves les plus âgés de "école, faisant preuve d'héroïsme et bravant la contagion, ont jugulé le mal, sur les indications des médecins, en pénétrant dans les maisons pour zépister les cas douteux et épurer les centres d'infection. Leur action courageuse a sauvé le mellah et la ville d'une immense catastrophe.

(A suivre)

Joseph Dadia

Guy Knafo L'Alliance de Casablanca

Guy Knafo

L'Alliance de Casablanca

Je n'ai fréquenté l'Alliance à Casablanca que pendant deux périodes ; en 1933 (j'avais 6 ou 7 ans) et pendant quelques mois seulement. Mon père étant fonctionnaire aux services municipaux, il a pu me faire entrer au lycée, où je suis resté jusqu'en 1942. Vichy nous a fichus à la porte !

Mes quelques mois dans les petites classes m'ont laissé des de profonds souvenirs. Le directeur de l'école était une femme de petite taille, un peu épaisse, avec une voix qui retentissait d'un bout à l'autre de l'école ! Elle avait une réputation affreuse ! Tout le monde la craignait ; c'était Mme Tadjouri. Son mari était aussi directeur avec un titre assez important. Aussitôt la rentrée des classes annoncée par la cloche, tous les élèves s'alignaient devant leur classe. En attendant l'inspection par Mme Tadjouri. Elle inspectait toutes les classes, élève après élève ! Et si quelque chose ne lui convenait pas, on pouvait entendre ses cris de loin. L'inspection comportait les ongles, la tête, le tablier et les chaussures ! Quelle corvée ! Malheur à ceux qui ne répondaient pas à ses critères ! C'était une claque sur la joue ! Personne n'y échappait ! Il va sans dire que nous avions une peur bleue, d'elle. Comme tout le monde, il a fallu que je me rase la tête ! L'Inspection le voulait.

Etre en retard était un risque ; car Mme Tadjouri était toujours aux aguets ! J'avais trouvé le moyen d'échapper à ce problème ; quand j'étais en retard, je demandais à ma mère de me donner un poisson, ou quelques légumes ! Et affronté par l'institutrice, je lui disais que j'avais perdu du temps en cherchant quelque chose pour la "leçon de choses" ! C'est ainsi que j'échappais aux remontrances de l'administration.

Nous avions un instituteur qui s'appelait-me semble-t-il- Monsieur Bensabbat, il enseignait l'hébreu ; et chaque jour il nous faisa:: répéter un passage qui ressemblait à une incantation. Ce passage que je ne comprenais pas, puisqu'il n'y avait pas de traduction. Ce passage je l'entends encore (maintenant que j'ai une base de Judaïsme assez maigre je l'avoue, je me souviens du texte : « Dieu a parlé à Moise… »).

Ce M. Bensabbat enseignait une autre matière (je ne me souviens plus de laquelle) et il avait l'habitude de donner des coups de bâton sur les mains et sur les pieds à quiconque créait des problèmes.

Voilà pour ma première rencontre avec l'École de l'Alliance.

Et voici mon expérience, 10 ans après, lorsque Vichy nous a forcés à retourner à l'Alliance.

Expérience merveilleuse qui m'a permis de rencontrer des amis superbes et d'apprendre à travailler.

J'ai plusieurs commentaires à faire à propos de mes professeurs : (Sutton en littérature et Arabe classique ; Sabetay en sciences, mathématiques, histoire juive ; Benarroya en musique et art, et Mme Ohio (mariée à un catholique) en histoire et géographie.

Tous professeurs extraordinaires, chacun avec ses dadas.

Mon dernier passage à l'Alliance (1942-43) a duré un an. J'en ai des

souvenirs très agréables : professeurs extraordinaires, élèves d'un niveau supérieur ; une année spéciale dans des conditions difficiles.

Nous arrivâmes à l'Alliance (la moitié de la classe) après avoir été exclus de nos lycées.

Arrivés à l'Alliance, nous sommes reçus avec beaucoup de dédain par les professeurs ! Ils nous faisaient sentir que nous étions inférieurs ; Ils ont même essayé de nous maintenir une année de plus au même niveau d'où nous venions !

Pour une raison que j'ignore, tout s'est arrangé. Donc nous voilà dans un système différent usant de méthodes différentes.

La classe est divisée en deux groupes : ceux qui venaient des lycées et ceux de l'Alliance. Durant des mois on nous le fit sentir.

Nos professeurs étaient tous de l'Alliance, à part Mme Ohio qui venait probablement d'un lycée de filles.

Monsieur Sutton, hautain, très imbu de ses connaissances littéraires. Il s'était marié avec l'une de ses élèves.

Nous étudiions à fond toutes les pièces de Racine. Il insistait pour que nous retenions par cœur vingt vers par jour, même les jours où n'avions pas littérature au programme ! Cent vers par semaine ! Et lors des contrôles trimestriels, il nous demandait de réciter quelques-uns des 1200 vers que nous étions supposés connaître par cœur !

Un fait amusant : dix ans après, je le rencontre à Paris. Et comme je ne suis plus son élève (j'ai choisi la carrière d'ingénieur), je lui demande la raison pour laquelle il nous forçait à apprendre par cœur une si grande quantité de vers ! Il a été indigné par ma question !

J'étais pourtant son meilleur élève en arabe classique. J'avais une concurrente en arabe ; une élève du nom de Dorfshneder, une bonne amie. Mais je la devançais d'un demi-point à chaque examen ! Au dernier examen, la même chose ! Elle se mit à pleurer ! Alors M. Sutton lui augmenta sa note pour qu'elle puisse me devancer. Un homme très lettré, poète. Mais difficile à digérer.

  1. Sabetay avait une expression favorite : « Je vous casserais la tête contre le mur ! ». Au cas où nous ne faisions pas de problèmes extra !

Il était très fort en mathématiques, et il insistait pour que nous fassions tous les exercices du chapitre !

Pour toutes les autres matières qu'il enseignait, il se contentait de lire mot à mot dans les livres, et nous étions sensés le suivre. C'était une mauvaise méthode d'enseignement, mais malheur à nous si le lendemain nous ne connaissions pas à fond le sujet.

Malgré ses méthodes, il a réussi à nous inculquer les sujets qu'il enseignait. Un dimanche, après avoir étudié toute la journée, quatre de mes amis de classe et moi étions sortis pour une promenade. Pour notre malheur, nous apercevons au loin M. Sabetay, marchant dans notre direction. Instinctivement nous fîmes un détour pour l'éviter. Le lendemain, pendant le cours de math, vers la fin de la leçon, il s'adressa à nous, d'une voix pleine d'indignation.

« Comment avez- vous eu l'audace de vous cacher ! »

Il avait une manière d'enseigner que je n'appréciais pas ; pourtant les résultats prouvaient que sa méthode et ses menaces donnaient finalement de bons résultats.

Mme Ohio ne venait pas du même milieu. Très belle femme, élégante, sévère. Très éprise de l'histoire de France ; elle nous faisait apprendre tous les événements de la Révolution française ; toutes les dates ; toutes les guerres de Napoléon ! Les examens que nous subissions tous les trois mois, étaient souvent surprenants.

Un jour, quelques élèves avaient su que le sujet d'examen était sur son bureau et avaient réussi à le lire. Mme Ohio s'en était rendu compte. Elle était très vexée, et pendant des semaines elle entrait en classe en nous tournant le dos !

Il a fallu longtemps pour que les relations redeviennent normales. Evidemment, ses efforts ont donné des résultats extraordinaires lors de l'examen du brevet : toute notre classe a réussi et nous étions les mieux classés. Et cela grâce à tous ces professeurs que nous craignions tellement ! Il y avait encore M. Benarroya qui enseignait la musique et l'art. Je lui dois de pouvoir faire de la peinture sans trop de don il est vrai. Il y avait enfin Mademoiselle Afriat en anglais. Je n'arrivais jamais à comprendre ses dictées !

Un jour, à Long Island, j'attendais qu'un ami me rejoigne. Et…qui arrive devant moi sur une bicyclette ? Mademoiselle Afriat ! Je ne l'ai pas arrêtée !

Voilà quelques anecdotes de mon court passage à l'Alliance, avec des bons souvenirs de mes compagnons de classe et de mes professeurs, même si je n'étais pas toujours d'accord avec leurs méthodes.

Brit – 30 La revue des juifs du Maroc Redacteur : Asher Knafo-Nessim Sibony- De Los Angelès Impressions et souvenirs de l’Alliance

Brit – 30

La revue des juifs du Maroc

Redacteur : Asher Knafo

Nessim Sibony- De Los Angelès

Impressions et souvenirs de l’Alliance

Il y a des souvenirs qui ne réclament ni madeleine, ni parfum et qui éclatent au seul nom de l’Alliance Israélite ou plus simplement de l’école de l’Alliance. C’était ainsi que nous avions appelé, des décades durant, notre foyer d’éducation occidentale, des plus épiques au Maroc.

Il faisait bon y vivre soudé aux enfants juifs de notre génération. Rien ne vaut aujourd’hui la douceur de ces souvenirs dans cet univers angélique d’activités ludiques, d’études et d’accomplissement de soi dans la promiscuité des classes surchargées qui ont favorisé des liens d’amitié inébranlables à ce jour.

Je me souviendrais toujours de ma première visite à l’école de l’Alliance aux mains de ma mère pour m’y inscrire. Des élèves des grandes classes avaient donné l’ordre à tous les nouveaux candidats de se mettre debout contre un mur. Le directeur s’en vint désigner tous les garçons qui étaient grands de taille qu’il retira de la longue ligne. Il dit ensuite à tous les autres de rentrer chez eux et de revenir l’an d’après. Je revins l’année suivante accompagné de mon père et ce fut le même manège : le directeur choisit les plus grands de taille et me refoula. Sur quoi mon père me prit par la main à son bureau, lui montra mon acte de naissance pour lui prouver que j’avais déjà 7 ans et signa une redevance d’écolage à payer mensuellement pour que je sois enfin accepté.

Je devais découvrir dans ma classe des élèves plus jeunes et plus petits que moi qui étaient venus par la filière des connaissances aussi bien du directeur que des enseignants ou des dirigeants de la communauté juive.

Mais que d’enfants juifs de mon âge qui n’ont jamais eu accès à cette classe et qui sont restés analphabètes, mis sur la touche de la seule institution qui ouvrait pour les enfants juifs, en ces jours, les seules portes possibles sur l’univers du savoir. Ces enfants devenus adolescents sont restés comme ces morts sur les champs de bataille sans droit à la parole pendant que ceux qui ont profité de la scolarisation procèdent eux, aux louanges des œuvres de l’Alliance. Même à ces derniers, il faut rappeler que la durée des études n’était que de 6 ans dans les écoles primaires et que des 320 élèves des 8 classes de seconde et première de filles et garçons de mon école 24 seulement avaient pu accéder alors à la 6e du cours complémentaire de l’Alliance. Quand ce fut mon tour d’y entrer j’étais représentable à la session d’octobre mais on vint nous annoncer que cette session était annulée et reportée à l’année suivante. Il faut aussi souligner que les enfants de notre âge dont les parents avaient été d’anciens élèves de l’Alliance étaient convoyés à l’école française. Les maîtres de l’Alliance faisaient de même : leurs enfants qui avaient déjà des noms français des plus sophistiqués n’étaient pas faits pour l’école de l’Alliance ni pour l’étude religieuse chez le rabbin. Quand ces élèves avaient des accidents de parcours dans leurs études ils atterrissaient alors à l’école de l’Alliance. Ils avaient quelques privilèges que les autres n’avaient pas et nous prenaient tout simplement notre place. C’est ainsi que j’avais atterri en classe de certificat d’études ou j’avais traîné deux ans.

Je garde donc un vif souvenir de toute ma scolarité et je revois encore ma première classe énorme, surchargée d’élèves. C’était déjà une classe de divers maîtres. Je dois tout de ma découverte du système de lecture non aux livres de lecture « Line et Pierrot », « Mon syllabaire » ou le livre de Dumas avec son premier texte « René va l’école » mais à Monsieur Pichoto et ses démonstrations plus raffinées que celles de tous nos rabbins et maîtres qui nous enseignaient alors d’après ce système de lecture global, cause de bien d’échecs dans les années 60 en France. Une fois ce maître parti je ne sais où, nous avions reçu divers maîtres dont certains n’avaient jamais fait leur apparition : ils nous envoyaient leurs élèves pour nous apprendre à reproduire les lettres de l’alphabet en écriture scripte. Je passais mon temps à recopier sur mes cahiers ce livre de lecture de Dumas, car on devait nous le reprendre en fin d’année et j’avais aussi dressé, sur deux pages d’un cahier, la liste de tous les nombreux élèves de ma classe. L’année suivante avait connu le même régime : une classe de divers maîtres. Madame Castiel nous donnait des devoirs à faire à la maison et un autre maitre que je ne veux pas nommer gardait les cahiers à la fin des cours dans le placard. C’est dire comment les tâches étaient coordonnées entre les enseignants. Ce maître punissait les enfants plus qu’il ne les éduquait. Il était censé nous enseigner l’addition, la soustraction ainsi que la multiplication ce qu’on appelait l’arithmétique, mais beaucoup d’élèves étaient désemparés, car il était avare de son temps et s’appliquait à faire des corrections de devoirs d’élèves d’autres classes pendant qu’on devait résoudre, sans la moindre directive ou la moindre aide, notre liste d’additions et de soustractions. Les retardataires étaient punis de deux coups de bâtons sur les mains jointes par le directeur, Monsieur Yani et ce maître prenait plaisir à doubler ce châtiment par une fessée délivrée sur le postérieur des élèves retardataires qu'il installait couchés sur le premier banc. Beaucoup d’élèves préféraient retourner chez eux ou traîner au cimetière pour éviter cette humiliation. Une fois cependant un dénommé Issan Armand arriva très en retard à notre étonnement. Il reçut sa fessée mais avait malheureusement souri. Sur quoi ce maître vicieux avec un surnom que je n’oserai rappeler lui dit d’enlever son short. Ce qu’il fit aussitôt. Issan avait un second short dessous. Il le battit, mais il n’avait pas crié et c’est alors qu’il lui dit d’enlever son deuxième short. Il en avait encore un dessous. Il lui dit de l’enlever et Issan refusa en ce temps où les caleçons n’étaient pas d’un usage très répandu et c’est alors qu’il punit notre compagnon qui cria et pleura. Je recopiais encore les textes de lecture parmi lesquels «Comment renard monta en bateau» avec trois illustrations très expressives et un tout autre à nous faire mourir de remord : « Tu dis que ce n’est qu’un mouchoir ». Ma troisième année fut commencée avec Madame Harrus, s’était poursuivie avec Mlle Ohana et fut terminée avec Mlle Amar. Elle punissait son neveu, André Touaty, qui était parmi les élèves de notre classe, en le privant de dessert.

A l’âge de 10 ans j’étais devenu très proche des élèves de ma classe et de leur habitation au Mellah que j’étais loin de pouvoir imaginer. Quelle n’était la crevasse entre le système scolaire auquel on était soumis et le mode de vie de ces pauvres enfants qui manquaient de tout. Il fallait être aveugle à leur condition pour exiger de ces élèves d’être à l’heure et les punir eux qui n’avaient ni ne savaient même lire les aiguilles d’une montre. Beaucoup de leurs voisins voire leurs grands frères ne furent jamais scolarisés alors que d’autres furent renvoyés de l’école. Lors de notre passage en classe de 2e chez madame Yani à la fin du mois de Juin, les parents de Hazan Hanania étaient venus voir leur fils mais ne l’avaient pas trouvé installé dans sa nouvelle classe. Madame Yani vérifia bien qu’il était inscrit sur sa liste et en fut indignée par son absence non autorisée. Elle raya son nom de la liste et dit aux parents ébahis qu’il était renvoyé de l’école, ni plus ni moins. Un autre élève Haroch venait d’être désigné pour cette classe. A peine était-il arrivé qu’elle prit sa règle pour le battre. Il s’empara de la règle, sauta sur un banc puis sortit par la fenêtre comme dans la chanson « gai, gai, l’écolier ». Lui aussi avait fini sa scolarité. Plus tard ce fut Cohen Charles qui refusa d’avoir les cheveux coupés très courts ce qui mit un court terme à sa scolarité.

Impressions et souvenirs de l'Alliance-Nessim Sibony

Je l’ai retrouvé dans une photo de classe très floue et j’ai essayé aussi de mettre un nom sur chaque élève présent ce jour-là. Nous étions 42 alignés en trois rangs, selon notre âge, et je me souviens que des garçons parmi ceux qui y figurent en haut se rasaient déjà. C’est dire qu’ils étaient en âge d’être exploités par nos enseignants ; certains élèves sonnaient la cloche, d’autres remplaçaient les maîtres comme moniteurs dans les petites classes mais beaucoup étaient envoyés pendant ces heures de classe pour des courses par les enseignantes : achats de pain, de sucre, d’œufs et de farine. Un autre instituteur qui avait une papeterie les y faisait travailler bénévolement le dimanche ou les soirs après les cours.

J’avais atterri donc dans une des deux classes qui préparaient pour le certificat d’études. Notre maître s’occupait de la distribution des cahiers dans toute l’école et nous délaissait entre les mains de moniteurs. Il nous fit présenter comme candidats « non officiels », nous obligea à lui payer des cours supplémentaires les dimanches pour compenser ses carences d’enseignant pendant la semaine et nous fit redoubler pour s’assurer d’un pourcentage plus élevé de succès l’année suivante sans se soucier des élèves qui devaient occuper nos bancs. Cette année-là, heureusement, la classe s’était vidée suite aux premiers départs d’élèves pour Israël dans le cadre de l’Alyat Hanoar via les camps de France et de Norvège. La classe se passionnait pour ces problèmes de robinets décalés, ces voitures qui partaient à différentes heures et roulaient à différentes vitesses, qu’on devait résoudre par simple raisonnement. Nous avions aussi ce livre merveilleux de « leçons de choses » qui nous nous initiait aux lois de la nature comme à l’électricité et aux prévisions météorologiques. On s’entrainait aussi à mémoriser « les dates », ce qui nous avait donné l’illusion de dominer l’histoire universelle. Un effort fut réalisé alors dans les colonies françaises avec l’introduction d’un nouveau livre de lecture : « Les pages africaines ». Il faut avouer qu’on était tout aussi étrangers à ces pages qu’à celles qui les avaient précédées comme on l’était aux films qu’on nous emmenait voir tels : « La bataille du rail » quand nous étions des enfants de huit ans et les films sur la tuberculose qui n’ont jamais cessé de nous hanter.

De toutes ces années sombres et sans l’aide de l’école normale Israélite à Paris, destinée alors à la formation des enseignants et directeurs d’écoles, nous avons pu voir poindre 4 médecins, 4 ingénieurs, 2 pharmaciens, deux experts comptables, un sociologue cinéaste des directeurs et des professeurs de lycées juifs à Paris et à Strasbourg. Nous étions 15 parmi les 150 garçons que comptaient les classes de premières et deuxièmes des garçons à nous retrouver dans des universités françaises.

Ce fut l’âge de raison où nous ne cessions de rappeler et de critiquer tout le système éducatif de l’Alliance. On déplorait le manque d’encadrement, les lacunes de connaissances et l’absence de formation pédagogique de nos maîtres, les programmes d’études qui étaient déplorables et le retard pris dans l’introduction de l’enseignement dans les villages éloignés des grands centres urbains. Nous étions dans notre prime jeunesse bazardés d’une classe à l’autre sans savoir où exactement on devait aboutir. On s’efforçait de faire plaisir à nos enseignants qui eux-mêmes n’avaient pas l’air de trop savoir ce qu’on devait achever sinon leur programme, et encore ! C’était à se demander aussi si cette institution qu’était l’Alliance Israélite Universelle avait quelque dessein concret contrôlé par quelques commissions de pédagogues. La machine tournait par elle-même et sur elle-même sans s’adapter aux transformations rapides de notre situation et aux tournants de notre histoire. Ce n’était guère plus le certificat d’études qui pouvait contribuer à l’avance de notre communauté dans la société moderne. Ainsi, si l’on parlait d’un accès plus important aux études universitaires on le devait principalement non à l’Alliance israélite Universelle mais aux lycées français qui avaient permis à davantage d’élèves juifs au Maroc d’accéder aux études secondaires. Tous ces élèves devaient redoubler d’effort dans les lycées et passer les week-ends et les vacances scolaires à l’étude pour rattraper tout ce que les maîtres de l’Alliance avaient manqué de leur prodiguer.

Si on devait aujourd’hui refaire cette opération de sauvetage entreprise par l’Alliance, il va de soi qu’on l’aurait faite sur d’autres modèles. On aurait investi davantage dans l’instruction plutôt que dans la construction d’édifices. On aurait réduit à trois ou quatre ans tout au plus la fréquentation de l’école primaire comme l’ont réalisée des enfants de mon entourage. Cette même institution n’avait pas créé des cours d’alphabétisation et de mathématiques pour adultes ; elle n’a pas organisé des ateliers pour les professionnels les soirs dans ces locaux vides comme le firent les musulmans du Maroc dès l’indépendance. Ces derniers se sont servis par contre du même établissement scolaire pour y faire dérouler deux écoles alternées quotidiennement, l’une commençant à 7 heures et l’autre à treize heures, en plus des cours d’alphabétisation le soir dans ces mêmes locaux. Ce même régime s’il avait été appliqué par l’Alliance aurait doublé l’effectif scolarisé et en moins de trente ans aurait mis toute la population juive marocaine à l’heure française en profitant de l’expérience supplémentaire des voisins juifs d’Algérie et de Tunisie comme enseignants et guides.

On peut être tous d’accord qu’une bonne marche de l’Alliance aurait permis aux juifs du Maroc de rattraper les ressortissants juifs des communautés voisines d’Afrique du Nord et comme eux, ou peut-être mieux, ils seraient allés renforcer la communauté juive française très tôt, n’est-ce pas ? Mais on ne peut qu’être surpris par le destin de la communauté juive marocaine pendant sa longue histoire qui fut marquée, de tous temps, par de grands mystères au nombre desquels, tout d’abord, la colonisation tardive du Maroc, les effets de cette même colonisation sur une société d’artisans juifs et ensuite cet impact de l’Alliance qui fut plus déterminant par ses carences et ses négligences que par ses réalisations. Ce retard inexplicable dans la scolarisation massive des juifs marocains leur avait évité d’abord d’être présents en France en ces heures des plus dramatiques de l’histoire juive contemporaine qui ont fauché les juifs de la nation française comme ceux d’Afrique du Nord déjà installés à Paris et au Sud de la France. Il leur aura aussi évité le sort de leurs voisins juifs d’Algérie et de Tunisie déversés en France. L’alliance s’est avérée qu’on le veuille ou non le principal facteur de ce clivage retrouvé au sein même de la communauté juive marocaine entre ses élèves et ceux qui ont échappé totalement ou partiellement à son enseignement. Ses élèves et leurs enfants, comme nous l’avons vu, furent dans leur majorité, happés par une seconde Galouth au Canada comme en France. Les autres, ceux qui avaient échappés aussi bien à tous les évènements cruels de l’histoire juive comme aux écoles de l’Alliance furent transplantés, avec leurs enfants éduqués par l’Alliance ou non, dans les champs de leurs ancêtres comme dans les territoires de Judah. Ils furent désignés pour la classe laborieuse israélienne et ainsi réalisèrent, amèrement certes, ce rêve deux fois millénaire du messianisme national juif, n’en déplaise à ceux de leurs « frères » que leur allure dérangeait, à leurs ennemis surpris par la réalisation foudroyante de leur rêve sioniste comme aux œuvres de l’Alliance conçues loin de l’espoir qui avait bercé leur longue Galouth.

Nessim Sibony

Photo panoramique de l’Ecole Alliance de Marrakech

Tous ces élèves ont constitué la jeunesse intellectuelle de Marrakech, pour le peu d’années qu’ils y sont restés, avant leur grand départ dans les quatre coins du monde. Trois sont restés sur place : deux à Marrakech et l’autre à Casablanca. Tous les trois sont des hommes d’affaires. Trois sont devenus médecins, beaucoup d’autres sont devenus ingénieurs, employés de banque et d’administration mais surtout responsables d’éducation à tous les niveaux voire inspecteur d’enseignement primaire, en Israël. C’est parmi ces filles et ces garçons que furent recrutés les enseignants, les directeurs d’écoles, les dirigeants de mouvement de jeunesse, les chefs et cheftaines scouts. Toute cette jeunesse a encadré la génération suivante où se sont distingués davantage de médecins, de pharmaciens, de psychologues, d’ingénieurs et de professeurs d’université. Ils sont tous restés engagés dans leur communauté juive. Ils sont aujourd’hui avec leurs enfants et petits-enfants au Brésil, aux Etats-Unis, au Canada, en France et en Israël

Brit-La revue des juifs du Maroc-Redacteur Asher Knafo-été 2011-no 30-page 79-82

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