Brit-La vie Juive a Mogador


Brit-La vie Juive a Mogador

brit-la-vie-juive-a-mogadorArtisanat

Quant à la petite industrie, on y trouvait des fabricants de plateaux en cuivre bien ciselés au poinçon, de lanternes appelées magiques, même si celles-là ne l'étaient pas. Depuis les lanternes simples constituées par quatre vitres formant un cube abritant une bougie contre le vent, jusqu'à la grande lanterne aux vitres multicolores en forme de château fort, qui embellissaient les fêtes nocturnes. Les ferblantiers étaient à la fois vitriers et fabricants d'ustensiles ménagers, comme les cafetières, les théières, les bougeoirs, les boîtes bien décorées pour le sucre et le thé pour les réceptions. Ils fabriquaient aussi différents objets décoratifs à la mode du temps.

Il y avait aussi des petites menuiseries ainsi que des petits ateliers où l'on fabriquait des babouches pour femmes juives et arabes, dont le dessus était brodé de fil d'or, d'argent ou de soie. Les brodeurs (ou brodeuses) faisaient  egalement de la broderie sur velours ou sur soie pour parer les costumes, les rideaux les panneaux commémoratifs des synagogues

La rue latérale, qui allait de la Médina à la Hdada, continuait vers les quartiers parallèles à la Hdada.

Il y avait dans le premier tronçon les artisans travaillant la marqueterie, principalement des tables basses, rondes ou octogonales, incrustées de bois rares, de nacre, d'ivoire, de métal. Il y avait là aussi d'autres tables sur pieds qui imitaient la forme de l'arcade de la "Chaouia" dont nous avons parlé plus haut.

Des tourneurs façonnaient sur leur tour, différentes pièces nécessaires dans la menuiserie pour la fabrication de boîtes de toutes formes et de toutes grandeurs, de coffrets à fonds secrets pour les bijoux, d'écrins et de tabatières et de petits bureaux fantaisie pour les salons arabes. Dans le deuxième tronçon de la rue et dans les deux rues latérales s'étendait la bijouterie. Il faut comprendre par bijouterie plusieurs catégories : il y avait les bijoutiers artistes qui travaillaient l'or et l'argent et les ciselaient très finement, parmi eux figuraient en bonne place les bijoutiers juifs. Il y avait aussi des indigènes qui fondaient de grosses pièces, bracelets anneaux et boucles d'oreilles grossièrement fabriquées. Ils façonnaient aussi des boucles de ceintures, des poignards recourbés ou Kmaia avec leurs étuis ciselés. Ce poignard porté en ville comme ornement plutôt que comme arme, était plus ou moins artistique selon la richesse de celui qui l'avait commandé.

La communauté Juive au Maroc. Conditions matérielles : Occupations, principales professions

La communauté Juive au Maroc.

  • Conditions matérielles :

 Occupations, principales professions

Les professions libérales n'existaient pas pour ainsi dire au Maroc, ni avocats, ni docteurs, ni ingénieurs. On trouvait bien quelques plaideurs auprès des Rabbins-juges (les tribunaux rabbiniques ne sont apparus qu'avec l'occupation française). Les guérisseurs et les petits entrepreneurs n'existaient pas encore. La profession la plus importante était le négoce.

Mogador-hiloula

Hiloula de Rabbi Chimone Bar Yohay à Mogador, 1934. (Site Mogador – Haïm Melca) On peut reconnaître : debouts de droite à gauche : (-), Pinhas Serfaty, Chimone Benhamou, Joseph Bohbot, Mimoun Besmihen et Joseph Bensmihen – le bras sur l'épaule du précédent, Méir Sebag, Samuel Levy-Corcos en chapeau gris, Joseph Reboh, Avraham Mamane (chapeau noir). Assis de droite à gauche : Mme Lévy (l'institutrice ?) Le Rabbin Yossef Melca,2Mr Lévy. Assis parterre : Aharon Elmoznino.

Les Juifs avaient acquis le monopole du commerce par la force des choses. Le Sultan et les gouverneurs avaient besoin d'eux parce qu'ils savaient entretenir des relations commerciales avec les pays étrangers, ils leur donnaient toute latitude pour exercer cette profession, presque exclusivement et librement. Ils savaient que lorsqu'ils auraient besoin d'argent, ils le trouveraient chez les Juifs.

D'un autre côté, les Européens ne pouvaient pas rivaliser car ils n'avaient pas accès au Maroc, surtout pas aux villes intérieures. Les Arabes ne pouvaient pas non plus exercer cette profession car celui qui l'exerçait était supposé être riche, et par conséquent pouvait être dépossédé par le Pacha ou le gouverneur sous un prétexte quelconque. Les Juifs, eux, étaient protégés par les nations étrangères.

Sources de gagne-pain

Les citadins

On distinguait deux genres de citoyens : les citadins et les villageois. Les citadins se divisaient également en deux catégories : ceux des villes côtières et ceux des villes intérieures. Les villes côtières abritaient les grands négociants, les commerçants et les boutiquiers, l'artisanat partiel, tel que les bijoutiers, les savetiers, les peintres en bâtiment, les ferblantiers-vitriers (cela allait de pair), les fabricants de cire d'abeille et de bougies, les tailleurs indigènes. Voilà pour les hommes. Les femmes, elles, faisaient de la couture indigène à la maison, de la fabrication de boutons, de la filature de soie et de laine, de la broderie à fils d'or et d'argent.

Toutes ces activités occupaient une grande partie de la population. Chaque corporation employait un intermédiaire entre les fournisseurs et les consommateurs.

Ainsi, chaque commerçant ou négociant était entouré de courtiers attitrés ou indépendants, dont le rôle consistait à faire l'intermédiaire entre le vendeur et l'acheteur, surtout entre Arabes et Juifs et vice-versa. Le courtier pouvait être ou acheteur ou vendeur ou remplissait les deux rôles à la fois. Les Arabes ne savaient pas acheter ou vendre une marchandise sans l'aide d'un intermédiaire juif.

Parmi ces courtiers il y en avait qui étaient riches et qui achetaient la marchandise pour leur propre compte et la revendaient de même. Ils étaient bien connus à la campagne et en ville. Parfois, eux-mêmes employaient d'autres intermédiaires. L'état de ces courtiers variait, suivant la marchandise, la clientèle, la situation sociale, depuis les gagne-petit jusqu'aux riches vivant fastueusement.

L'ensemble des portefaix formait une corporation qu'on pouvait considérer comme faisant partie du commerce.

Les moyens de locomotion et de transport n'étaient pas développés, même jusqu'à la veille de la première guerre mondiale. On transportait donc les marchandises à dos de chameaux (dromadaires plutôt), de mulets, d'ânes et surtout à dos d'hommes pour les petites distances comme du magasin au port.

Avec les portefaix il faut compter aussi les emballeurs de la petite industrie, c'est-à-dire pratiquant le conditionnement des marchandises, telles que les peaux de chèvres, de moutons, de bœufs.

Le marché des peaux de chèvres occupait au moins cinquante pour cent de la population. Pour vous faire une idée du nombre d'ouvriers spécialisés dans ce commerce, prenez l'itinéraire du bétail depuis sa sortie de la bergerie jusqu'au moment ou pour finir, la peau devenait cuir et voyez le nombre de personnes nécessaire pour arriver au produit final. Suivez sa route vers l'abattage. Aussitôt l'animal égorgé, on lui enlevait la peau, qu'on soumettait ensuite à une préparation spéciale qui permettait de la préserver. Ajoutez à cela toutes les manipulations qu'il fallait faire pour la transporter en ville, puis sur le marché, la faire ramasser par les petits acheteurs, la vendre aux marchands en gros, la revendre aux petits acheteurs et les nouvelles préparations pour la livrer sur place à l'industrie locale ou pour l'expédier en Europe. Puis toutes les manipulations nécessaires pour la porter sur les bateaux.

L’emballage des peaux en lui-même occupait un grand nombre d’employés spécialisés. Le conditionnement des marchandises nécessitait l’emploi de travailleurs divers.

Le Maroc étant riche en produits très rares et le fait que les machines n'étaient pas encore utilisées, permettaient à un grand nombre de Juifs de vivre et de travailler sans spécialisation comme dans la vente d'amandes douces et amères, d'amandes de noyaux de divers fruits, prunes, abricot, pêches, de graines de cumin, de gommes de plusieurs sortes, dont la gomme sandaraque très particulière au sud marocain et surtout à Mogador. La gomme sandaraque nécessitait des soins très méticuleux et avait plusieurs qualités, très utiles dans la haute industrie depuis les vernis et même jusqu'aux gaz asphyxiants. Une autre occupation des Juifs non qualifiés était la vente de céréales qui demandait des soins très importants également. La liste de tous ces produits serait très longue.

La corporation des comptables était également très active et enviable. La comptabilité ne s'apprenait pas à l'école, je crois qu'elle a été importée au Maroc par les Juifs européens ou par les fils de familles qui allaient faire des stages dans des maisons de commerce en Europe, à Londres, Hambourg et Amsterdam.

Un comptable dans une grande maison vivait sur le même pied que son employeur si ce n'était plus haut. La comptabilité en Judéo – Arabe était plus compliquée qu'en Europe.

Chaque marchandise se traitait dans des conditions variables, l'une de l'autre. L'unité de poids et mesures changeait pour chaque produit. Un petit exemple : le quintal se convertissait en Kentar. 

quintaln. quintal (unité de mesure – masse de 100 kg)

Le Kentar n'était pas le même pour chaque marchandise, le cumin se vendait par sac de cinquante kilogrammes, celui de sucre par sac de cinquante-quatre kilogrammes, le thé par le Kentar anglais, la cire d'abeille par quatre-vingt kilogrammes, la sandaraque par cent soixante-seize kilogrammes etc.,… Comme on faisait le commerce avec les pays européens, le change occasionnait des opérations de calculs compliquées. Il fallait compter avec le hassani (monnaie locale), le franc, la livre, la peseta etc. De sorte que le comptable devait faire face à de vrais problèmes rapidement en faisant attention à ne pas se tromper, car il était difficile de donner l'argent à l'indigène et de le lui reprendre ensuite, même si l'erreur était flagrante. Le rôle donc du comptable était assez délicat et il avait une grande responsabilité. Après l'arrivée des Européens et surtout des Français, le rôle de comptable était devenu encore plus important, comme je l'expliquerai plus loin. Voilà pour les citadins.

Brit-La vie Juive a Mogador-Les villageois

brit-la-vie-juive-a-mogadorLes villageois

Quant aux villageois, leur gagne-pain provenait de petits métiers. En premier lieu, le métier de savetier : les indigènes usaient rapidement leurs savates Blgha étant donné qu'ils marchaient beaucoup sur des routes qui n'existaient pour ainsi dire pas.

Les hommes préféraient user la plante de leurs pieds plutôt que le fond de leurs savates. Les femmes également usaient leurs savates brodées, richement ou pauvrement, selon la situation du mari. Ceci amena un nouvel article d'importation. C'est le cuir fait de peau de buffle, qui tout en étant dur, épais et durable, était assez souple et maniable après avoir été trempé dans l'eau. (Par la suite, il fut remplacé par les pneus des voitures automobiles).

Un autre métier consistait à fabriquer le bât des bourricots et les harnais pour mulets et chameaux. Il y avait parfois des villageois qui pratiquaient deux métiers. Le matelassier était également fabricant de harnais. D'aucuns fabriquaient d'affreux bijoux en cuivre ou en argent. Les tailleurs ou plutôt faiseurs de confection débitaient des cotonnades blanches et bleues ainsi que des burnous en laine blanche. Ainsi les colporteurs de Douar en Douar (petit village) vendaient les épices, quelques petits articles de bonneterie et des breloques.

Les souks se tenaient une fois par semaine, dans chaque région, et prenaient le nom de l'endroit où ils avaient lieu, par exemple : le dimanche, le souk se tenait dans la région du Drâa, (ne pas confondre avec la grande région du Dra) on disait El had dl Drâa ; le lundi on disait Tnin d'Imin-Tlit, le mardi on disait Tlata des Helchane et ainsi de suite. Dans ces souks, dis-je, les Juifs avaient des magasins ou des étalages et là, on faisait des échanges de marchandises, on vendait les calicots, l'épicerie, le sucre, le thé et les bougies et surtout la confection dont je parlais. En retour, on achetait des amandes, des œufs, des gommes, de la cire d'abeille en brèches etc. Dans chaque région, existait un Mellah, où habitaient les Juifs, avec leurs synagogues, leurs boutiques et leurs ateliers. En principe, ils étaient protégés par le Caïd (gouverneur) local mais seulement dans les limites de son territoire. Passé ce territoire, il ne répondait plus de la vie de "ses" Juifs. Si par malheur un Juif était volé ou même tué par les Arabes sur un territoire appartenant à un autre caïd, il était presque impossible de trouver le coupable, par conséquent il n'y avait pas lieu de prétendre à des indemnités. A la campagne, le problème commercial se posait dans les mêmes termes pour les indigènes du bled et ceux de la ville. L'Arabe était obligé de cacher sa richesse à cause de la grande part qu'il était sommé de payer au Caïd, alors il avait toujours recours aux Juifs. Il se faisait remettre une somme par le Juif devant notaire et s'engageait à faire bénéficier le Juif du résultat des moissons ou de l'élevage du bétail. Lorsque le Caïd faisait le recensement des récoltes, le propriétaire déclarait que tout appartenait au Juif. Il payait alors une dîme, et il était quitte en donnant bien entendu, sa part au Juif. Il y avait des propriétaires riches et respectés par le Caïd, qui se faisaient adjoindre un Juif par ce qu'ils croyaient que l'argent du Juif leur porterait bonheur.

Il y avait aussi des cas sociaux.

Il me semble que la mendicité, inéxistante au début, a pris de l'extension au fur et à mesure que le progrès scientifique a été introduit au Maroc.

Car tous ces portefaix, ces petits artisans ont perdu leur raison d'être. Les charrettes, les camions ont tué les transporteurs, les charretiers, les âniers etc.

Les machines ont fait de même pour la main d'œuvre. L'ouverture de deux ou trois tanneries dans notre ville, a diminué l'exportation, bien que la main d'œuvre dans l'industrie locale ait augmenté. L'importation des petits objets fabriqués, jadis faits sur place, a anéanti la petite industrie. Le pourcentage même approximatif de ces cas sociaux, secourus par la communauté juive, est difficile à évaluer. Cela dépendait de la ville, des moissons, de la période ou de l'époque. Le chiffre des cas sociaux qui n'étaient que de cinq à dix pour cent de la population est arrivé à vingt-cinq pour cent. Il faut dire aussi que le nombre allait en augmentant, car les secours étaient considérés comme un bien individuel, transmis par voie d'héritage. Quand "le cas social" décédait, il léguait la pension qu'il recevait à ses héritiers directs.

Les recettes qui alimentaient la caisse communautaire seront indiquées dans la question organisation.

La vie Juive a Mogador-Logement

brit-la-vie-juive-a-mogadorLogement

Je ne peux parler de cette question que dans la limite de Mogador, actuellement Essaouira, si l'on veut dire son nom de toujours en Arabe, car on est partagé sur la dénomination de Mogador.

Il y a plusieurs légendes qui courent sur l'origine des deux noms. Je ne citerai que celles qui sont les plus répandues.

On prétend que le Sultan qui a fondé la ville, Sidi Mohamed Ben Abdallah, en fermant la ville d'Agadir, port principal du Sud, lança une pioche pour choisir la parcelle du terrain sur laquelle on posa la première pierre. Alors par hasard, quelqu'un émit un mot considéré néfaste – Y a Khali ! (Qui a deux sens : 1. Ah mon oncle maternel ! 2. C'est la ruine !) Alors on passa à un autre endroit, cette fois la pioche fut lancée juste à l'endroit qui apparut tel un paysage de carte postale.

D'autres disent qu'une apparition se présentait chaque fois sous l'image d'une femme qui allait d'un point à un autre, jusqu'à l'endroit où est tombée la pioche en dernier. Juste à ce moment quelqu'un a interpellé son ami en disant : Eh ! Embark ! – Ce qui veut dire "chanceux" ־ et là, on construisit la ville.

Mais pour être plus terre à terre, le nom d'Essaouira, qui veut dire image, peut s'appliquer à la ville de Mogador à cause de son aspect extérieur. Pour accéder à la ville on grimpe d'abord sur une colline qui surplombe la ville distante de six kilomètres, de là on domine la vue générale et quand il fait beau elle apparaît comme une tasse dans sa soucoupe, avec ses minarets blancs et ses hautes constructions blanchies à la chaux, entourées de hautes murailles crénelées. Le tout est plongé dans la mer calme et bleue ou houleuse et toute blanche d'écume pendant l'équinoxe quand elle est démontée. Alors là, elle a vraiment l'aspect d'une carte postale en couleurs, et les premiers touristes ou visiteurs ont dit : cela est beau comme une carte postale.

Le nom de Mogador, lui a été donné par les Français, (car comme on le sait, le plan de la ville a été conçu par un architecte français, qui s'appelait "Cornut"), à cause d'un saint enterré à deux kilomètres de la ville appelé : Sidi Mogdoul.

Comme je vous l'ai déjà dit, la ville a commencé par une espèce de château fort entouré d'une haute muraille. Ensuite les Juifs venus des autres villes se sont agglomérés d'un côté de la ville donnant sur la plage de Safi. Car la ville avait deux plages : une du côté de la route de Marrakech et l'autre de celle de Safi. Celle de la porte de Marrakech, s'étendait à perte de vue et si on le suivait à pied on arrivait à Agadir.

Après quoi, on a entouré le quartier juif qu'on appelait Mellah d'une autre muraille ; quelque temps après on construisit des maisons spacieuses du côté sud, que l'on a appelé Jdida ou nouvelle. Car la première partie est appelée Kdima (ancienne). Au bout on a la suite du Mellah. Des Arabes sont venus s'agglomérer eux aussi, au nord de la ville. Mais il paraît que les Arabes avaient protesté et n'ont pas voulu habiter après les Juifs. Alors le Sultan avait ordonné que l'échange soit fait entre Arabes et Juifs, ce qui fait que les Arabes sont venus occuper le Mellah d'alors et les Juifs sont allés occuper les logis arabes. C'est pour cela qu'on trouve encore les noms des rues du Mellah en Arabe comme, Derb El Hadj Taïbi, qui était obscure comme un four ou Derb Zouînat "jolies femmes" le quartier des belles péripatéticiennes.

Brit Revue des Juifs du Maroc-Presente et annote par Asher Knafo-La vie juive a Mogador

Brit

Revue des Juifs du Maroc

Numero special

Salomon Hai Knafo

La vie juive a Mogador

Presente et annote par

Asher Knafo

Ot Brit Kodesh

Hiver 2008

Les quartiers de la ville

La ville se divisait ainsi en quelques grands quartiers :

*Le quartier du port, la maison de l'Achour (Dar l'Assor), "douanes", la Scala, caserne fortifiée au bord de la mer et faisant suite à la fortification du port.

*Le nouveau quartier jumelé avec le Méchouar, espèce de place publique, contenant une mosquée immense pour le sacrifice du mouton. La partie commerciale de la ville : ce sont des rues plus ou moins spacieuses, contenant de chaque côté des rangées de magasins ou boutiques dont quelques-uns abrités par des arcades, soutenus par des colonnes en pierres de taille. Hdada (forge), avec les commerçants en gros : Souk Jedid, marchands de tissus : Souk Smata, babouches et Chkara- sacs en cuir, que portaient les indigènes sur le côté opposé au poignard traditionnel. Souk Oika : épiceries. Quelques rues latérales comprenant des habitations indigènes, plus ou moins luxueuses, tout au moins à l'intérieur. Le marché abritait les marchands de toutes sortes, ainsi que les boucheries juives et indigènes, les vendeurs de poissons, les ferblantiers, les potiers, les savetiers, les tailleurs indigènes Juifs et Arabes, les bijoutiers, les marchands de tapis à la criée, les écuries pour les voyageurs, et plusieurs mosquées.

En principe, dans tous les marchés, il y a une nouvelle corporation, composée presque exclusivement d'Arabes, et reconnue de notoriété publique. Le Déllal (vendeur à la criée) passe dans la rue avec l'objet à vendre en criant le prix offert par un acheteur. Cet objet est adjugé à l'avant-dernier offrant, mais au prix du dernier. Si la dernière offre est de cinquante et un francs, ce sera le prix à payer. Cette différence servait à régler le Déllal et les droits de marché.

* L'ancien Mellah contenant des rangées infinies de boutiques avec toutes sortes de marchandises, sans que l'une fasse concurrence à l'autre. Toutes étaient plus ou moins bien achalandées. Dans les rues latérales, se trouvaient plusieurs habitations et mosquées plus ou moins bien faites.

* Le Mellah proprement dit : quartier juif, tel qu'il est dans les grandes villes marocaines, avec portes blindées fermant la nuit, avec un Caïd et un gardien de nuit dormant dans les alcôves emménagées sous l'arcade surmontée elle-même d'une tour gardant l'unique entrée du Mellah.

Ces habitations juives du Mellah de Mogador sont en en général assez bien agencées et proprement conçues pour être aérées naturellement. De chaque côté de la rue, les maisons sont accotées les unes aux autres, de façon à ce qu'elles communiquent toutes par les terrasses. Ces maisons sont composées de plusieurs étages, parfois plus de trois : une entrée unique à chaque maison, un escalier avec palier à chaque étage, (je n'ai connu qu'un escalier en colimaçon). Chaque étage carré ou rectangulaire était à ciel ouvert. Une galerie tout autour avec garde fou, une ou plusieurs pièces de chaque côté de la galerie. La terrasse renferme une ou plusieurs buanderies plus une pièce pour Soucca et parfois des W-C.

Fait curieux, la plupart des maisons, quoique des plus luxueuses, n'ont pas de W-C. Pour gagner de la place on a aménagé sur un des paliers, une marche plus haute au bout de laquelle on a percé le mur et installé une espèce de guérite et c'est dans cette guérite carrée, que l'on a installé le W-C. Au dehors, on voit ce balcon fermé et flanqué d'un mur supplémentaire déformant la façade de la maison. C'était original, mais cela enlaidissait les bâtiments. Les chambres étaient très spacieuses et hautes, percées de grandes fenêtres. Les femmes ne sortaient pas beaucoup, pour ne pas dire jamais, sauf dans des cas très importants ; mariages, décès ou pour aller à la synagogue.

Les murs étaient faits de pierre et de mortier, les ouvertures encadrées par des pierres de tailles. Le plancher était en terre battue et blanchi à la chaux. Les gens aisés couvraient le plancher avec des nattes en Halfa (crin), plus ou moins bien dessinées et peintes ou avec des carpettes ou des tapis. Les matelas étaient posés à même la terre.

Le lit était composé de deux matelas, l'un rembourré de paille et l'autre, celui du dessus, rembourré de laine, le tout couvert de draps blancs et de couvertures grandes et chaudes en laine blanche de fabrication locale. Les dessins, l'épaisseur et la qualité de ces couvertures, changeaient suivant l'état des finances du chef de la famille ou de la richesse du trousseau de la femme.

Souvent, comme il ventait presque toute l'année à Mogador, on fixait des rideaux en toile blanche qui descendaient du plafond jusqu'au garde-fou. Ils étaient enroulés sur des tiges en bois avec un système simple pour rouler ou dérouler le rideau, cela formait une boite carrée blanche au milieu de la galerie.

La plupart des maisons abritaient plusieurs familles, non par pauvreté, mais surtout par manque de maisons.

En effet, la ville étant petite, le nombre de maisons était limité par le peu de terrains disponibles. Les pères de famille mariant leurs enfants, faisaient habiter les jeunes mariés avec eux dans la même maison. De sorte que même les plus aisés se contentaient d'un étage pour toute la famille. Heureux encore si l'étage comprenait cinq ou six pièces. Par contre, il y avait des familles qui se contentaient d'une seule pièce pour toute la famille. Au rez-de-chaussée de chaque maison, le côté formant façade était percé d'ouvertures qui donnaient sur des magasins ou boutiques pour le petit commerce : alimentation générale, farine, semoule, sucre, thé, café, huile, lait en conserve, biscuits, sucreries, etc. Il y avait des espèces de kiosques dans lesquels se vendaient des boissons fortes, des vins en bouteilles ou au verre. Quelques-uns avaient quelques places assises.

Tout près, il y avait des marchands qui vendaient le matin, la soupe, le thé, le café, les beignets dont la consommation était très répandue et le soir ils vendaient des grillades de viande, des poissons frits, (Le poisson salé n'était pas connu chez nous), des piments piquants, des fruits en saumure, tels que les olives vertes et noires, les câpres, les figues séchées, les oignons, les aubergines etc.

Le Mellah où habitait la majorité des Juifs comptait chez nous jusqu'à vingt synagogues. Un autre fait existait au Mellah et même dans certains des quartiers que j'ai cités plus haut : les maisons étaient hautes, c'étaient les gratte-ciel de l'époque, (dans les autres grandes villes, à Marrakech notamment, les maisons ne comportaient qu'un rez-de-chaussée ou au plus un étage au dessus ce rez-de-chaussée.)

Le nombre de familles augmentant on a trouvé alors une solution. Dans certains passages où les murs avaient l'air de se pencher l'un vers l'autre, on a construit des arcades qui devaient les soutenir. On eut donc l'idée de poser sur ces arcades des plafonds en apposant des pierres supplémentaires. Certains passages ressemblaient maintenant à des tunnels. C'est pour cela que les rues étaient devenues obscures et humides.

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    שמואל הלוי אבולעפיה נולד בטולידו בשנת ה״א ס. היה סוכן בית האוצר של דון פידרו האכזר מלך ספרד בקשטיליה. במשרה רמה זו כהן עשרים שנה והסדרים אשר הנהיג הביאו והצמיחו ברכה רבה לקופת המדינה. היה לו ארמון בטולידו אשר שמש כמרכז לכל עניני היהודים בעיר, הקים עוד היום. בימי גדולתו בנה כמה בתי כנסיות בקשטיליה. המפואר ביותר שבהם נהפך אח״כ לבית תפלה נוצרי. בכתבת ברורה שעדיין נראית בו נמצא רשום: ״חסדי ה׳ נזכיר תהלות ה׳ ככל אשר גמלגו והגדיל לעשות עמנו. הקים בתוכנו שופטים ושרים אשר הצילונו מיד אויבים וצרים. אם אין מלך בישראל לא השבית לנו גואל. הוא מעוז

  • Belicha-Belido-Belilty-Benabbas-Benabrekh

    BELICHA Nom patronymique d'origne hébraïque, arabisation du prénom biblique Elicha qui a pour sens "Dieu délivre", précédé de l'indication de filiation hébraïco-arabe Ben. Ce prénom masculin était encore fréquemment donné au Maroc au XXème siècle, et se prononçait lissa, licha. Toutefois, selon la tradition fidèlement transmise dans la branche marocaine de Mogador de cette illustre famille de génération en génération, ce patronyme n'aurait été accolé que relativement tardivement à cette famille de Lévy d’origine espagnole – qui, à la suite de ses pérégrinations en Europe de l'Est, avait adopté une forme yidich de ce patronyme: Loeb – à la suite

  • יהודי פאס תרל"ג-תר"ס- 1900-1873 –אליעזר בשן

    מעורבות הדיפלומטים. ב-10 ביוני 1886 כתב דרומונד האי לשר החוץ על התפרצות קנאים בפאס, שבקושי דוכאה על ידי השלטונות, והיהודים חיים בפחד ובחשש מפני שחיטה המונית.  הוא העביר לשר החוץ העתק מכתבו של הסולטאן שנשלח לוזיר הראשי סיד אמפדל גרניט על האירוע, ונאמר בין השאר שהסולטאן מבקש למנוע כל מעשה שאינו מועיל לטובת הכלל. הוזיר הנ"ל תיאר במכתבו ב-21 ביוני את הרקע להתפרצות הקנאית נגד היהודים, כפי שדווח לו מפאס. יהודי ניסה ב-10 ( צ"ל 23 ) במאי להיכנס לבניין ממשלתי בפאס אלג'דידה ( החדשה ) ושומר הניצב בשער מטעם המושל מנע זאת ממנו. כתגובה תקפו היהודי וחבריו את השומר

  • להאיר באור החיים – לפרשת "ויצא" – מאת הרב שמיר-אסולין

    להאיר באור החיים – לפרשת "ויצא". דברי התורה מוקדשים – לעילוי נשמת אמו"ר הרה"צ רבי יוסף בר עליה ע"ה, שעלה לגנזי מרומים ביום א' בשבת יב' כסלו, לסדר: "ויצא יעקב {יוסף} מבאר שבע… והנה יהוה – ניצב עליו". וכן, להצלחת חיילי צה"ל העומדים על משמר ארצנו וערי אלוהנו. "ויצא יעקב מבאר שבע, וילך חרנה" (בר' כח, י). "יציאת צדיק מן המקום, עושה רושם.  שבזמן שהצדיק בעיר – הוא הודה, הוא זיוה, הוא הדרה. יצא משם – פנה הודה, פנה זיוה, פנה הדרה" (רש"י בר' כח י). מבוא: פרשת "ויצא", מספרת לנו על יעקב אבינו היוצא לגלות חרן בגיל 63 לאחר

  • דברי הימים של פאס-מאיר בניהו-כולל תרגום ליהודית מגרבית

    שט"ו – 1554 -1555 ואחר כך בא מולאי מחמד אשייך אשריף הנזכר למעלה ונלחם על תאפיללאלת ולכדה ולקח אחיו מולאי אחמד וכל בניו והוליכם עד לנהר תאדלא ושחט ארבעה בנים, אחיו מולאי זידאן ושלשה אחיו, ובא להלחם על פאס מולאי עבדאללאה בן מולאי מחמד אשייך ונשבר וברח ועזב פה את הנוודים מסוס, ומשבט רחמאנא ואלודאייא ( שבטי נוודים של עמק הסוס, הרי רחמאנא והואדיות ), עם גדול מאד שלא יספיק לו מים לשתות ולא לחם לאכול ונשארו מושלכים מחזרים על פתחי הבתים של היהודים, ומתו מהם הרבה שלא יסופר. אחר כך יצא להלחם על פאס מולאי מחמד אשייך הנזכר ויצא


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