.Evol. du judai. maro. Doris.B.S

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DIVERSITÉ DU JUDAÏSME MAROCAIN-Doris Bensimon-Donath

DIVERSITÉ DU JUDAÏSME MAROCAIN-Doris Bensimon-Donath

L'histoire et la conformation géographique du Maroc sont à l'origine de la diversité du judaïsme marocain.

En l'état actuel de nos connaissances, on ne peut fixer une date précise à l'établissement des Juifs au Maroc. Les historiens se montrent prudents sur les origines du judaïsme maghrébin. Sans entrer dans le détail de leurs dis­cussions, on peut toutefois affirmer la diversité des éléments constitutifs du judaïsme nord-africain.

L'implantation des premières colonies juives remonte à une époque fort reculée. L'élément le plus ancien du judaïsme maghrébin s'est mêlé intime­ment aux populations berbères. Certains auteurs, comme M. Simon, parlent même de « judaïsme berbère ». A l'époque contemporaine le sociologue trou­vait les derniers vestiges de cette symbiose judéo-berbère dans les communautés du Sud marocain et des montagnes de l'Atlas.

  1. Chouraqui dans Les Juifs d'Afrique du Nord, p. 13-43, M. Eisenbeth dans Les Juifs au Maroc, p. 7-10 et dans Les Juifs en Algérie, p. 3-4, H. Z. Hirschberg dans Histoire du judaïsme nord-africain, p. 3-58, citent les principaux témoignages sur l'établissement des colonies juives en Afrique du Nord avant la conquête arabe.

Ibn Khaldoun, dans son Histoire des Berbères (traduction de Slane, I, Alger, 1852,p. 208- 209) affirme qu'une partie des Berbères professait le judaïsme au moment de la conquête musulmane. M. Simon dans un article intitulé « Judaïsme berbère en Afrique ancienne », publié d'abord dans la Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, 1946, puis dans Recher­ches d'histoire judéo-chrétienne, Paris-La Haye, Mouton, 1962, p. 30-87, cherche une explication à cette affirmation contestée par certains historiens du Maghreb et notamment G. Marçais. Dans son argumentation, M. Simon s'appuie sur la persistance de la langue punique en pays berbère. Dans Verus Israël, p. 351-355, M. Simon développe cette thèse, affirmant notamment l'existence d'un prosélytisme juif en milieu berbère.

  1. Courtois, dans Saint Augustin et le problème de la survivance du punique (Revue Afri­caine, 1950, p. 259-282), Frend dans « A note of the Berber background in the life of Augustine » (Journal of Theological Studies, 1942, p. 179-181) et dans The Donatist Church. A movement of protest in Roman North-Africa (Oxford, 1952), ainsi que A. Adam dans sa critique de l'article de M. Simon parue dans Iiesperis (1952, p. 243-250) contestent la survivance du punique en Afrique du Nord jusqu'à la conquête musulmane.

Dans « Punique ou Berbère » (Recherches d'histoire judéo-chrétienne, p. 88-100), M. Simon revient sur sa thèse et précise ses affirmations.

Par ailleurs, H. Z. Hirschberg dans « The problem of the Judaïzed Berbers » (Journal of African History, IV, 1963, n° 3, p. 313-339), critique sévèrement la thèse de la conversion de berbères au judaïsme, sans apporter toutefois d'éléments positifs expliquant l'origine de la symbiose judéo-berbère.

Un inspecteur des écoles franco-israélites au Maroc, Pierre Flamand, a mené une enquête sur les communautés juives du Sud marocain pendant les années précédant l'indépendance. Les résultats de cette enquête ont été publiés d'abord dans Un mellah en pays berbère : Demnate (1952), puis dans Diaspora en Terre d'Islam. Les commu­nautés israélites du Sud marocain (sans date, Casablanca). Cette enquête a le mérite d'avoir saisi, avant qu'elles ne disparaissent à tout jamais, les dernières traces de vie juive en milieu berbère

Lorsqu'au vne siècle, les Arabes commencèrent la pénétration du Maghreb, ils trouvèrent des communautés juives implantées dans toute l'Afrique du Nord. En l'état actuel de la recherche historique, il est difficile de préciser dans quelle mesure les Juifs de Babylonie, de Perse et d'Egypte qui ont suivi la conquête arabe jusqu'en Espagne, se sont fixés en Afrique du Nord. Les historiens signalent l'existence de la communauté de Kairouan fondée au VIIe siècle par des immigrants venus d'Orient.

Au IXe siècle, des Juifs venant d'Egypte, de Babylonie, de Perse et aussi de Kairouan participèrent à la fondation de Fès. Il est probable que certains rapports ont toujours existé entre les Juifs du Maghreb et leurs coreligion­naires d'Espagne. Toutefois, ces rapports se sont intensifiés lors de la con­quête arabe. Du IXe au XIVe siècle, au gré des changements des dynasties, des persécutions et des périodes de répit, on trouve tantôt en Espagne, tantôt au Maghreb les rabbins, hommes de lettres, savants et médecins juifs célèbres de l'époque.

Ainsi, sous le règne des Almorávides, les communautés juives d'Espagne furent florissantes. Les hautes situations auxquelles certains Juifs étaient parvenus fascinèrent leurs frères d'Afrique et les attirèrent. Quelques années plus tard, pour fuir les Almohades qui chassèrent les Almorávides, des Juifs célèbres, dont Maïmonide, se réfugièrent au Maghreb.

Du XIIIe au XVe siècle, l'afflux des Juifs espagnols devint plus important. D'Agadir à Tripoli, ils grossirent les communautés d'autochtones. Fès devint bientôt un centre dont l'influence s'étendit sur toute l'Afrique du Nord. Commencé dès le xme siècle, le mouvement s'intensifia à la suite des persé­cutions et de l'expulsion définitive des Juifs de la presqu'île ibérique. Généralement bien accueillis lors de leur arrivée par leurs coreligionnaires autochtones, les Juifs espagnols vinrent grossir des communautés déjà exis­tantes ou en fondèrent de nouvelles à Fès, Meknès, Debdou, Tanger, Tétouan, Salé, Arzila, Larache, Rabat, Safi. Ils s'installèrent de préférence sur les côtes et dans la partie septentrionale du Maghreb et y jouèrent bientôt un rôle important, alors que leur influence ne semble pas s'être exercée dans le Sud marocain .

  1. Les traditions qui relatent les origines de l'implantation juive en Espagne ressemblent à celles qui relatent les origines du judaïsme en Afrique du Nord. Dans les deux cas, une légende tenace fait remonter l'origine des communautés juives à l'époque phénicéenne, voire au Roi Salomon (cf. J. D. Abbou, Musulmans andalous et judéo-espagnols, 111). Selon M. Moulieras {Le Maroc inconnu, vol. II, p. 676), les Juifs qui avaient refusé, sous les rois Goths, de se convertir, se seraient repliés en Berbérie. Ils ne seraient réapparus en Espagne qu'à la suite des conquérants arabes.
  2. Eisenbeth, Les Juifs au Maroc, p. 28.
  3. D. Abbou, op. cit., p. 194-198.
  4. Par décret du 30 mars 1492, les Juifs furent expulsés du Royaume d'Aragon et de Cas- tille ainsi que des îles de Sicile et de Sardaigne qui en dépendaient.

Diversite du judaisme marocain-Doris Bensimon-Donath

Le judaïsme espagnol se regroupa et s'organisa. Bientôt, autochtones et immigrés s'affrontèrent et s'opposèrent. Les Juifs espagnols, plus cultivés que les autochtones, affermirent leurs positions et accédèrent, au cours des XVe et xviie siècles, à la direction des communautés à Fès, Meknès, Debdou, Tanger, Tetouan, Salé, Arzila, Larache, Rabat et Sali. Les oppositions entre autochtones et immigrés étaient tenaces : les communautés juives en gardent le souvenir. Lorsqu'ils se réfèrent à leur passé, les Juifs marocains distinguent encore aujourd'hui les toshavim  des megorashim. Jusqu'en 1947, le statut personnel des deux groupes était régi par des législations différentes : les premiers étaient soumis au régime dit mosaïque, alors que les seconds sui­vaient le régime rabbinique corrigé par les décisions des rabbins de Castille. Ce n'est qu'à partir de 1947 que les autorités religieuses prirent une série de décisions en vue d'unifier les deux régimes et de les adapter aux conditions de vie nées du contact avec l'Occident.

Ainsi, jusqu'à une époque récente, le judaïsme marocain demeurait cons­cient de la diversité de ses origines.

Avant l'établissement des Français au Maroc, les Juifs avaient été marqués par trois courants culturels : la tradition berbère, l'Islam et la civilisation espagnole. Chacun d'eux a, sans doute, profondément influencé le judaïsme maghrébin. L'héritage de ces courants culturels s'est transmis de génération en génération. Jusqu'à une époque récente, les Juifs du Maghreb occidental parlaient le berbère, l'arabe ou l'espagnol, en mêlant à ces langues, et surtout aux deux dernières, des mots et des intonations qui leur étaient propres, de sorte qu'elles devenaient le judéo-arabe et le judéo-espagnol.

Affrontant l'épreuve du temps, chaque couche de peuplement juif a d'autant plus facilement gardé sa spécificité que des conditions historiques et géogra­phiques ont permis à chaque communauté de vivre dans une certaine autono­mie.

L'histoire souvent sanglante de l'Empire chérifien marque les destinées des communautés juives. Les tribus insoumises s'opposèrent au pouvoir cen­tral du Sultan. Dans les territoires soumis à l'administration chérifienne, le Makhzen, les Juifs étaient les protégés du Sultan, auquel ils payaient directe­ment des impôts souvent très lourds. Dans les régions dissidentes, le Bled- es-Siba, les Juifs étaient les serfs d'un seigneur musulman, le Sid. Leur condi­tion de dépendance était plus pénible dans le Bled-es-Siba que dans le Bled- el־Makhzen. Grosso modo, le Bled-es-Siba correspondait au pays berbère dont la population était essentiellement rurale. 

Au xixe siècle, des communautés juives vivaient dispersées dans toutes les régions du Maroc. Des particularismes régionaux, voire locaux, accen­tuèrent encore la diversité du judaïsme marocain. Comme leurs concitoyens musulmans, les Juifs épousèrent avec fierté la gloire de leur ville natale. Liés par un même destin, Juifs et Musulmans avaient été expulsés d'Espagne par les souverains catholiques. Ensemble, ils s'étaient repliés en Afrique du Nord où, comme à Fès, ils contribuèrent au développement de la cité. Aujour­d'hui encore, comme le Mulsulman, le Juif fassi est fier du rayonnement de Fès sur tout le Maghreb, rayonnement que lui conteste volontiers son coreligion­naire de Meknès ou de Mogador. Pour le Fassi comme pour le Meknassi, le Juif de l'Atlas est le « Chleuh » primitif, alors que pour le Juif tangerois, tous les coreligionnaires de 1'« intérieur » restent des « forasteros » .

Au cours du XIXe siècle, l'influence des puissances occidentales fut sensible dans les ports du littoral méditerranéen et atlantique, tels que Tanger ou Mogador, où les Juifs devenaient des agents importants de la pénétration européenne. Ces communautés étaient les premières à s'ouvrir aux influences de modernisation.

Dans les villes de l'intérieur du Maroc septentrional, telles que Fès ou Meknès, des communautés profondément enracinées vivaient selon des tra­ditions marquées par l'influence espagnole, alors que les communautés les plus archaïques étaient implantées en pays berbère : dans la montagne et au sud de Marrakech.

Ainsi, le judaïsme marocain était non seulement diversifié selon les étapes de peuplement juif du Maghreb occidental, mais encore profondément marqué par la diversité géographique de l'implantation des communautés. Il faut tenir compte non seulement de la distinction entre un judaïsme autochtone, enraciné en milieu berbère et rural d'une part, et un judaïsme immigré aux xrve et XVe siècles après un passage par la presqu'île ibérique, groupé en communautés urbaines, d'autre part, mais encore de l'influence européenne sur ces commu­nautés avant le Protectorat, influence plus sensible dans les villes du littoral que dans les communautés de l'intérieur. De ce point de vue, on peut distinguer trois zones : le Nord, les villes à l'intérieur du Maroc septentrional et enfin le Sud dont le centre est Marrakech.

Dans le processus d'occidentalisation accélérée du XXe siècle auquel ont participé toutes les communautés juives du Maroc, le chemin à parcourir par le Demnati était plus long que celui du Tangerois. Aussi, il nous semblait important de signaler, dès le point de départ de cette étude sur son évolution, la diversité du judaïsme marocain.

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