His. des juifs de Safi-B. Kredya

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Histoire des juifs de Safi-Brahim Kredya

PAGES DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE Safi

L'histoire des juifs de Safi (Maroc) est aussi ancienne que la ville elle-même. Malheureusement, peu d'écrits lui ont été consacrés. Brahim Kredya, historien amoureux passionné pour sa ville, tente de relancer la recherche dans ce domaine. Il ne cesse de piocher dans les rares manuscrits disponibles et incite les chercheurs à suivre son exemple.

Ainsi, il s'est intéressé à toutes les composantes de la popula­tion de Safi à travers les âges, en essayant de mettre en valeur les personnalités qui ont joué un rôle prépondérant dans cette ville, en respectant la vérité historique, sans préjugé ni parti-pris.

Entre autres travaux, il a retracé le rôle joué dans l'histoire du Maroc par les sept saints juifs, les Oulad Ben Zmirro, à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, lesquels ont fait prospérer l'éco­nomie régionale sous l'occupation portugaise et se sont imposés comme les médiateurs entre l'occupant et les chérifs saâdiens à Marrakech, d'une part, et les tribus environnantes, d'autre part.

Le présent ouvrage est consacré aux juifs de Safi, la ville de tolérance et de coexistence par excellence, celle où les juifs et les musulmans ont cohabité, dans les moments les plus dramatiques comme les plus prospères.

Le respect mutuel et la coopération entre les deux communautés se sont perpétués malgré les inter­férences des mouvements extérieurs de lacolonisation et les intrigues de ses agents.

Certes, la plupart des concitoyens de confession juive ont quitté la ville mais ils continuent à y revenir en pèlerins, en touristes et en amis, à la recherche d'anciens compatriotes musulmans… Fasse Dieu que ces liens fraternels se consolident davantage, dans la paix et le respect mutuels !

Préface

Le nom de Brahim Kredya commence à s'imposer dans la nomenclature des chercheurs marocains grâce aux travaux qu'il a réalisés successivement au cours des dernières années et relatifs à l'histoire de Safi et de sa région, dont : « Le Faquih Mohamed al Haskouri », « Les Saints de Safi et des Abda » et « Âissa Ben Omar et la révolte des Oulad Zid, événement de Rafssa » – publiés en arabe, respectivement en 2000 pour le premier et 2003 pour les deux suivants -, outre les articles parus dans des périodiques scientifiques spécialisés dans les affaires de la région et les rencontres culturelles qu'il a organisées dans le cadre de l'Association de Safi pour la Recherche dans le Patrimoine Religieux.

Nous pouvons classer cet homme parmi les rares chercheurs qui ont consacré leur vie au service de la culture locale et considérer cette association comme un modèle à l'échelon régional.

Dans ce même contexte, Brahim Kredya s'est engagé dans une autre voie de recherche dans l'histoire et la culture locales. Ainsi, il a rédigé les «Pages de l'histoire des juifs de Safi », partant du principe que l'histoire de ces derniers constitue une partie indéfectible de l'histoire de la ville, d'une part, et de celle du Maroc, d'autre part, convaincu que tout ce qui a déjà été écrit au sujet des juifs du Maroc n’empêche nullement d'y revenir.

Plus que jamais, ce domaine requiert un besoin urgent d'une nouvelle réflexion. L'auteur considère que l'écriture à ce sujet nécessite actuellement un courage évident que certains n'osent braver.

À partir de ces données, cette nouvelle étude de Brahim Kredya fournit des choix divers, se voulant scientifiques et logiques du début à la fin. Cela relève de l'évidence dans les points suivants :

       Cette exploration est essentiellement monogra­phique, du fait qu'elle traite d'un espace géographique déterminé – Safi et sa région – et qu'elle s'intéresse à une réalité bien définie : l'histoire des juifs dans cet espace.

 Ce choix s'avère important pour révéler les caractéristiques locales de la communauté juive. Les résultats dépassent l'espace local pour couvrir l'ensemble du pays, considérant que l'étude doit permettre sans doute la rectification de beaucoup des préjugés répandus au sujet de la communauté juive au Maroc, et par conséquent favoriser la recherche et ouvrir la porte à des discussions dans de nombreux domaines qui ont été beaucoup négligés.

La recherche représente un travail bibliogra­phique par excellence, considérant que l'auteur y a réuni des informations qui étaient dispersées dans des documents, des études et des monuments.

 Il n'a pas non plus dédaigné les récits oraux de la région. Il y a en cela un grand intérêt parce que beaucoup d'informations et de récits locaux ne peuvent trouver place que dans une telle recherche. 

Histoire des juifs de Safi

De là, l'importance de ce livre qui corrige beaucoup de préjugés qui, à force de répétitions, sont admis comme des réalités. 

Pour son travail, l'auteur a choisi la méthodologie convenant à ce sujet épineux, optant pour un chemi­nement que nous pouvons qualifier de modéré, appuyé sur des opinions diverses. Le chercheur est connu pour son attachement profond à la religion musulmane, et l'esprit de tolérance de cette confession est toujours présent dans ses analyses et dans ses discussions. 

Nous pouvons résumer les grandes lignes de cette étude de la façon suivante : 

  1. La présence très ancienne des juifs aux côtés des autres Marocains à Safi, d'où l'hypothèse de l'appellation hébraïque de la ville et son argumenta­tion parallèlement à l'appellation « amazigh ».

2.La pérennité de cette présence à travers l'histoire de la ville et de sa région.

3.Les juifs ont constitué par leur présence à Safi, à travers les âges, une communauté (Simon Lévy) fonctionnelle (Abdelwahab Al Massiri, spécialiste des affaires et de l'histoire des juifs). Brahim Kredya a privilégié ces données et même en a fait le support principal de son travail.

Ainsi, il a considéré que la communauté des juifs de Safi, bien qu'attachée à ses coreligionnaires dans le monde parla Bibleet le Talmud, avait réagi avec le milieu social de la ville et adopté de nombreux modèles de la culture locale, au point que l'on pouvait faire une distinction entre cette communauté et les autres communautés du peuple juif.

 Le chercheur a exploité cela pour montrer combien la puissance et l'attrait de la culture locale ont rapproché les deux parties et pour mettre en évidence le génie de certains juifs et leur rôle dans cette fusion. Il conduit le lecteur à penser que la cohabitation équivaut à l'intégration de la communauté juive aux autres composantes de la population de Safi, dans le passé et dans le présent.

Selon l'auteur, l'intégration des communautés est allée au-delà du voisinage, a éliminé les mellahs ; les gens partagèrent le même domicile dans plusieurs quartiers, exercèrent ensemble les mêmes métiers, sans distinction aucune dans le milieu des indigents comme dans celui des riches, juifs ou musulmans.

La tolérance religieuse, la participation à certaines traditions populaires ont marqué les relations d'ami­tié et d'affection et ont fait que l'interaction entre les deux parties était courante et normale, contribuant ainsi à la naissance d'une culture commune.

Mais malgré cela, l'étude révèle que les juifs n'ont pas fusionné entièrement avec la population de Safi et leur intégration dans la culture et dans la société marocaines n'a pas été totale : cette communauté a préservé beaucoup des caractéristiques et des spéci­ficités qui la rattachaient à l'ensemble du peuple juif.

Plus important encore, le désir d'assimiler la civi­lisation occidentale est resté très vif parmi eux et dans ce même contexte, l'auteur révèle comment l'Europe coloniale a pu embrigader la communauté juive de Safi, comment elle l'a mobilisée pour arriver à ses fins et amenée à la servir à l'époque impériale ou coloniale. Cette étude constitue un pas utile et méritoire.

Pr. Ahmed Al Ouarit El Jadida, le 14 juin 2003

Histoire des juifs de Safi-Brahim Kredya

 

Introduction

L'une des raisons les plus évidentes qui m'ont poussé à dévoiler ces faits et ces événements épars, relatifs à l'histoire des juifs de Safi, est ma profonde conviction solide et sincère et ma croyance ferme, que ceux qui feront l'objet de cet ouvrage, sont des Marocains de cœur et d'esprit, non des intrus venus accidentellement, comme le pensent certains.

Les racines de leur présence au Maroc remontent très loin dans l'histoire profonde du pays, dans sa cul­ture et dans son patrimoine. Ils ont été tout le temps l'un des constituants de la société marocaine, dans son existence et dans sa civilisation.

 Il n'est pas possible de les écarter de l'histoire de ce pays, avec ses traditions, ses hauts, ses bas et ses bouleversements. Ils étaient et sont encore aujourd'hui, qu'ils résident dans leur patrie, le Maroc, ou dans une terre d'émigration, fiers de leur marocanité, attachés à une grande partie des traditions originelles du pays, dans leur habillement, leur cuisine et dans la célébration des fêtes et des manifestations familiales.

 Ils continuent à exprimer leur allégeance au roi du Maroc à des occasions déteminées. Leurs synagogues retentissent encore de leurs prières, de leurs vœux sincères tant au Maroc qu'à l'extérieur.

 Cela n'échappe guère à tout observateur doué de jugement ni à tout insouciant maladif. Les Arabes disaient, il y a longtemps : « Point n 'est besoin d'explication après constatation. »

Les recherches historique et sociale permettent de confirmer que les juifs du Maroc ont toujours été attachés à leurs frères marocains musulmans, par des relations d'interaction et de complémentarité, d'entraide et de mutualité.

Ils jouissaient « d'une place particulière dans la société, dans l'État et dans la culture, et d'une façon générale, dans la civilisation du pays ; ce qui est peut-être unique dans le genre par com­paraison avec la situation des populations juives dans d'autres pays dans le monde ».

Au cours des siècles et des gouvernements, les juifs marocains n'ont épargné aucun effort dans le développement des relations du pays avec les nations étrangères, en étendant son commerce, son industrie et son artisanat, et en enrichissant le Trésor par les rentrées des taxes et des droits de douane.

 Parmi eux figuraient le ministre et le conseiller, le consul et le négociateur diplomatique, l'intellectuel et le philosophe, le médecin et le comptable, le commerçant et l'industriel, l'artiste et le simple ouvrier.

 Ils ont toujours été « un élément utile et nécessaire dans la société, et leur récent départ a laissé une impression d'amputation, sensible encore, dans cette entité globale ».

 Et malgré le refroidissement, la détérioration et même l'aversion réciproque dans les relations entre juifs et musulmans, dus aux intrigues étrangères, à la colonisation et à l'infiltration du sionisme, la majorité des juifs marocains est restée fidèle à l'État marocain, pleinement dévouée au trône.

 Et en dépit de la régression et de l'affaiblissement qui les ont affectés par suite des miroitements de l'exil, ils représentent, nonobstant le petit nombre qui en est resté, la plus importante population juive dans le monde arabe.

 Outre ceux, ô combien nombreux, qui viennent encore visiter leur patrie, chaque année, de leurs différents pays d'émigration, même les plus éloignés, pour rencontrer des membres de leur famille, ou par nostalgie des régions de leur origine, ou encore pour se rendre en pèlerinage dans les plus célèbres lieux saints juifs, espérant leur bénédiction et pour participer aux festivités annuelles de laHiloula.

En réservant cet essai aux juifs de mon lieu de naissance, je voudrais que leur histoire tînt une place dans mes recherches qui ont pour but d'exhu­mer les trésors du passé de cette cité antique – Que Dieu la préserve ! -, qui a toujours été terre de paix, de coexistence pacifique, de tolérance et de vie commune entre juifs et musulmans marocains.

 Dieu Seul sait combien de temps et d'efforts j'ai déployés pour en réunir la matière historique, avec la volonté tenace de l'enrichir continuellement au mieux de mes possibilités. Je n'y ai pas réussi pleinement, à cause des déplacements coûteux, au-dessus de mes moyens.

J'ai néanmoins préféré en publier le résultat, mal­gré le petit volume de cette recherche incomplète, avant que cela se perde, espérant que ce sera un motif qui conduira d'autres chercheurs à l'approfondir et à l'élargir.

Je demande à Dieu que mon travail soit utile

Il est le Connaisseur des secrets des âmes.

Kredya Brahim Safi, le 5 mars 2003.

Histoire des juifs de Safi-L'origine hébraïque du nom de la ville de Safi

Chapitre I

L'origine hébraïque du nom de la ville de Safi

Tous ceux qui ont parlé de Safi, chroniqueurs et historiens, reconnaissent que les racines de la ville remontent très loin dans les mystères de l'Histoire. Cette situation a suscité de grandes contradictions dans les avis relatifs à la fondation de cette ville et de là, dans la signification et l'origine de son nom : Safi.

Les versions se sont multipliées à ce sujet et les chercheurs ont emprunté différentes voies pour les justifier.

Les récits relatifs à l'appellation de Safi sont nombreux : l'un d'entre eux prétend que Safi est le nom d'une divinité phénicienne appelée « Sofia » ; un autre fait référence au passage des « Égarés » cité par Charif Al Idrissi dans son célèbre ouvrage : « Nuzhat al-Mushtacj fî Ikhirâq al-Âfâq » (« Plaisirs de l'amour à traverser les horizons », éd. complète par A. Bombaci, Naples et Rome, 1970-1984, 9 volumes.

Nous avons relevé entre autres, une anecdote curieuse pour ne pas dire étrange et inconnue de beaucoup, et nous l'avons gardée en attendant l'achèvement de cette étude.                           

 Safi serait dérivé d'un mot hébreu. Armand Antona l'a exposé avec moult détails dans sa célèbre étude des Abda. D'autre part, le professeur Ahmed Bouchareb y a fait allusion dans sa thèse sur la colonisation portugaise aux Doukkala, dans son étendue historique séculaire.

Avant d'exposer les revers de cette appellation hébraïque, je dirai que cette version n'est pas la seule à prendre la voie linguistique pour expliquer le nom de Safi.

 Il y en a une autre qui prétend que le nom de Safi est originaire de la langue amazigh. J'estime que cette interprétation est utile pour la méthodologie, parce que l'adopter et la rapprocher de la version amazigh par la comparaison et l'analyse, nous fait toucher du doigt les données historiques et sociales qui ont justifié leur fréquence chez les chroniqueurs.

La version amazigh donne deux explications linguistiques différentes au nom de Safi :

La première prétend que le nom « Safi » est dérivé du mot amazigh « assafou » signifiant lumière, torche, flamme ou fanal.

La seconde relie ce nom à « assif ». En observant ce mot, nous trouvons que « assif » veut dire rivière et que « Asfi » et « Assafi » désignent l’embouchure

Malgré la différence entre les deux mots amazigh et leur sens, on trouve dans l'histoire ancienne de la ville la justification de leur utilisation sous la plume des chercheurs et des historiens :

Relier le nom de la ville au mot « assafou » est dû à une réalité historique incontestée, du fait que celle-ci qui « existe depuis des temps immémoriaux que seul Dieu connaît » (comme le dit Ibn Khaldoun), était un port de commerce important.

 De nombreux chercheurs pen­sent qu'il s'agissait de l'un des cinq ports construits par Hanon le Carthaginois, lors de son voyage le long des côtes atlantiques, au cours de son fameux périple dans le premier quart du cinquième siècle avant J.-C.

Les recherches archéologiques vont dans ce sens pour le démontrer, en raison de la découverte de tessons de poteries puniques (carthaginoises) au Cap Guir et d'un morceau de statue de pierre au Djorf Elyahoudi.

 Safi a gardé son importance comme port de commer­ce durant les siècles suivants. Elle « était le dernier port qui accueillait les bateaux venant de la vier d'Andalousie vers l'est et plus loin, il n'y avait plus de destination possible pour eux ».

 Après ce port actif, il n'y avait aucune ville éminente et fortifiée, et plus bas, on trouvait des populations en contact avec l'extrême Souss et jusqu'aux confins de l'Abyssinie (Éthiopie) au-delà du Sahara, ce qui a augmenté cette envergure.

Nul doute que ce port, par sa stature commerciale et par sa situation extrême, a imposé à ses commerçants et sa population de prendre des précautions de vigilance et un mode de gouvernance : entre autres, l'installation de phares et de feux (assafou, en langue berbère des Masmouda).

Histoire des juifs de Safi

On installait sur les côtes des gardiens qui, dès qu'ils apercevaient une barque sur la mer, allumaient leurs flambeaux au-dessus des phares, annonçant une attaque et s'y préparant. Avec ces torches, ils guidaient également les embarcations, de nuit, vers le port et le salut. 

La disposition des feux et des phares était un fait historique sur ce littoral et l'une des caractéris­tiques de la ville de Safi. Ce qui justifie l'attribution du mot « assafou » et de ses dérivés à la ville et donne une crédibilité et une justification scientifique à cette version.

2.- De même, en ce qui concerne le mot « assif» et ses dérivés : il se justifie par la construction de cette ville en aval du cours de Oued Chaâba, venant de l'est, en un lieu proche de son embouchure pour ne pas dire dans son embouchure même.

Cette « rivière » par ses crues inattendues qui emportaient tout sur leur passage est restée, à travers les âges, objet de terreur et d'inquiétude pour les habitants.      

 Mohamed Majdoub, « Hasilat Ettaharryat al Atarya bi Mantaqat Abda al Koubra » (« Histoire de la Province de Safi, des temps anciens au temps moderne »), Cahiers des Doukkala-Abda, Premier cahier, Casablanca, 2000, p. 34.

    La raison de l'appellation de Djorf Elyahoudi vient du fait qu'un juif qui se promenait en cet endroit est tombé du haut de la falaise et en est mort. Depuis, le site porte ce nom.

            Ahmed Mohamed Sbihi, « Bakourat ezzebda fi tarikh Asafi wa Abda », revu et présenté par Abderrahim EL Attaoui et Mohamed Drif, Imprimerie Al Anbaa, Rabat, 1994, p. 33.

S'il est difficile de considérer les crues des siècles passés, nous en connaissons les catastrophes des trois derniers, qui montrent combien elles étaient fortes dans l'histoire de la ville, et leur fréquence en tout temps.

Le fquih Al Kanouni a relaté plusieurs cas de ces cataclysmes durant les époques passées, dont nous aimerions citer quelques-uns, à titre d'exemples :

« Au cours d'une nuit du mois de Dhoul Hijja de l'an 1057 de l'hégire (correspondant à l'année 1647), après la dernière prière de îcha, une crue, entrant par Bab Chaâba, a inondé la ville, terrorisant la population. Des cris et des pleurs se sont élevés.

Les gens se mirent à déplacer leurs biens vers des lieux plus élevés. La crue s'est intensifiée, submergeant les maisons comme des vagues de l'océan. Elle détruisit la muraille du côté de la mer et dévasta les boutiques des petits commerçants, des marchands d'épices, des cordonniers, le pressoir, les minoteries, les maisons proches du souk, emportant tout sur son parcours.

 Elle creusa un ravin allant de Bab Chaâba à la mer. Ce ravin est resté jusqu'en 1060 de l'hégire (1650) ; les gens le traversaient sur un pont. »

« Au cours d'une nuit de Rabiî Ennabaoui de l'an 1205 de l'hégire (1791) à minuit, il y eut un vent très fort et une pluie abondante occasionnant une énorme inonda­tion de la ville, au moment où les habitants donnaient.

 Le courant fractura la porte de Bab Chaâba, détruisit des boutiques emportant leurs portes et abîmant les marchan­dises qu'elles contenaient… Il y eut plus de cent morts hommes et femmes. Les pertes matérielles furent très importantes. »

« En 1272 de l'hégire (1855), une pluie abondante tomba, provoquant l'inondation de la ville, dévastant les boutiques des potiers, des armuriers, des cordonniers et des épiciers, et détruisant la totalité des marchandises et des céréales, et abîmant tout, valeurs et meubles.

 L'eau de la pluie s'est ajoutée à l'eau de la mer, obligeant les gens à emprunter des barques pour traverser. Lorsque l'eau s'est arrêtée, elle a laissé dans le sol un ravin. Cette inondation est connue sous le nom de Àisout, du nom de la seule victime humaine, qui était un juif. »

« En 1346 de l'hégire (1927), un fort courant traver­sa la ville, venant par Bab Chaâba, emporta les portes des boutiques et envahit les maisons alentour, détruisant les marchandises et les meubles.

 Il pénétra dansla Grande Mosquée, dansla Medersalui faisant face et dansla Zaouia Naciria…Des gens étrangers à la ville moururent. La catastrophe fut terrible et la désolation totale. »

Devant ces témoignages, nous ne pouvons que confirmer que l'Oued Chaâba, par ses catastrophes récurrentes à travers les siècles, a toujours été la sour­ce de dangers, et par ses crues perfides et ses dégâts, est devenu, sans nul doute, l'objet des discussions de toute la population résidante et de passage, et parmi elle, les habitants originels, les amazigh qui utilisaient le mot « assif ».

 Que l'attribution de ce nom à la ville soit fondée ou non, il n'en demeure pas moins que le souvenir de « assif» et de ses malheurs a toujours été constamment présent dans la mémoire des habitants de Safi comme une réalité et une histoire.

Et pour ne pas nous éterniser davantage sur ce sujet, suivant notre approche de la version amazigh, nous essaierons d'expliciter la version hébraïque, d'analy­ser ses retombées historiques et sociales et de porter un jugement pour justifier son emploi ou le rejeter.

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya

Cette dernière précise que le nom de Safi dérive du mot hébreu « assif ».

En l'approfondissant, nous trouvons :

le verbe « assafa » qui signifie « rassembler » ;

le nom « assafi » qui veut dire « l'assemblée, la société, le rassemblement et le consei» 

La dernière inondation de la ville de Safi a eu lieu en 1927, et immédiatement après, les autorités du Protectorat ont dévié le cours de Oued Chaâba, creusant un profond canal côtoyant les remparts nord de la ville et consolidant ses rives en pierre et en ciment. Les travaux furent achevés en 1928., 

Le titre de l'étude du professeur Simon Lévy nous amène à penser que par « assemblée », c'est la communauté juive qui résidait dans la ville qui est visée. Armand Antona conforte notre conviction quand il écrit que les juifs ont habité cette ville en des temps lointains et que c'étaient des Berbères judaïsés, que le judaïsme a été répandu à Safi plus longtemps que dans n'importe quelle autre partie du Maroc et que cette ville a toujours abrité une communauté juive importante.

 Le chercheur contemporain de Safi, Timoule, va même plus loin, disant que Safi a longtemps été « une ville juive » et que l'islamisation de ses habitants a demandé plusieurs siècles de prêche continu invitant à la nouvelle religion.

Certains contextes penchent en faveur des conclu­sions de Antona et de Timoule. Nous en relevons les exemples suivants :

Les Berbères de Safi faisaient partie des tribus Berghouata qui ont paru à la fin du premier quart du deuxième siècle de l'hégire. Leur pouvoir s'est « étendu sur les plaines de Tamesna et sur la côte atlan­tique de Salé, Azemmour, Anfa et Safi».

Ce qui nous intéresse chez les Berghouata réside dans leurs croyances étranges, ayant fait l'objet de beaucoup d'études parmi lesquelles nous choisirons les travaux de Nahoum Slouch, de Gaston Doufrain et de Brahim Harakate.

 Ils sont unanimes à dire que les Berghouata étaient de religion juive, par leur origine et par beaucoup de leurs rites. Ils en donnent les preuves suivantes

Le Dieu Yakich des Berghouata est probable­ment le prophète Youshaâ les titres des versets du livre sacré établi par le fondateur de la religion berghouata contiennent beaucoup de noms juifs.

les Berghouata plaçaient le prophète Moussa (Moïse) avant le prophète Aïssa (Jésus) [Que le Salut de Dieu soit sur eux !]

Dans les noms des rois des Berghouata, on trouve beaucoup de noms de prophètes des Bnei Israël, comme « Yasouâa, Israël et Ilyas… » 

Berghouata peignaient leurs cheveux en tresses comme certaines les communautés juives

les Berghouata s'adonnaient à la divination, à la sorcellerie, et à l'astrologie, arts dans lesquels les Hébreux anciens s'étaient illustrés

Il n'y a jamais eu de quartier juif (mellah) à Safi comme dans les villes voisines : Marrakech, El Jadida et Essaouira, les isolant derrière des murailles infran­chissables du reste de la population musulmane ; les juifs de Safi ont toujours vécu « sans mellah », ce qui aurait diminué leur valeur et aurait porté atteinte à leur citoyenneté et à leur personne.

Abdelkader Timoule, « Le Maroc à travers les chroniques maritimes », Seconde édition complétée et développée, Tome I, 1989, p. 70

Berghouata est un État amazigh fondé par Salih ben Tarif. Son autorité a duré de l'an 127 (745) à l'an 542 (1147) de l'hégire. Les Idrissides et les Almorávides les ont combattus, mais ce sont les Almohades qui les ont vaincus sous le règne du calife Abdelmoumen ben Ali Al Koumi.

Tamesna est un mot amazigh signifiant « les plaines », attribué au pays de Chaouia.

Ibrahim Khalaf Al Abdi, « Burghouatiyoune fi el Maghrib » (« Les Berghouata au Maroc »), Casablanca, 1983, pp. 10 et 11.    

Ils étaient « répandus dans les quartiers de la ville, sans obligation de se cantonner dans un mellah », et ils vivaient parmi les musulmans « en tonte quiétude », excluant toutes les raisons de tension qui avaient conduit les rois du Maroc, dans d'autres villes et à des époques diffé­rentes, à séparer les deux communautés, « érigeant des murailles entre elles et construisant derrière ces murailles un mellah pour les juifs pour les protéger, indépendants dans leur habitat, tranquilles pour leur vie, leurs traditions, pour leurs affaires et pour eux-mêmes ».

Jusqu'à ces derniers temps, la population de Safi – juifs et musulmans -, se partageait des rites communs, dont le plus récent était la visite des tom­beaux des saints Oulad Ben Zmirro, pour solliciter la bénédiction et la guérison.

Doutté, Voinon et Ben Ammi ont relaté des récits à ce propos, attribuant aux sept frères Ben Zmirro des miracles et des prodiges. Et plus que cela, les juifs reconnaissaient à une famille musulmane le rôle d'intercesseur entre ces saints et les visiteurs, y compris les juifs eux-mêmes.

Ces données indiquent que l'existence des juifs à Safi s'avère profondément ancrée dans le temps, et qu'elle était forte et active à travers les siècles, au point qu'elle a influencé de nombreux aspects de la vie des habitants.

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya

De pareils contextes, à notre avis, favoriseraient la version hébraïque qui serait l'une de celles que les chercheurs devraient étudier pour expliquer et argumenter sur l'origine du nom de Safi, étant donné que beaucoup de villes du Maroc portent des noms étranges, aux origines multiples et commentés diversement.

Autour de ceux-ci, circulent des mythes et des contes. Quoi qu'on dise sur leur valeur, pour les conforter ou les affaiblir, nous pensons qu'ils ne sont pas sans présenter certains indices historiques ou sociaux, et qu'ils restent admissibles en raison de leur contenu plus ou moins intéressant, mais toujours exprimant avec fidélité de nombreuses caractéristiques et qualités, d'importance variée, qui étaient ou qui sont encore l'image de la vie dans ces villes et dans de nombreuses régions.

 Cela est vrai pour ce que nous avons recueilli dans l'analyse des récits relatifs au nom de la ville de Safi, dont la version hébraïque, centre de cette étude.

Même en revenant à la version qui parle de l'origine arabe du nom de Safi, à laquelle nous avons fait allusion dans la première annotation en négligeant de la détailler pour ne pas alourdir notre recherche et dont de nombreux chercheurs minimisent l'importance.

 Cette histoire, racontée par Al Idrissi dans son célèbre « Nouzhat Al Mouchtaq », dit que huit jeunes gens de la même famille avaient quitté le port de Lisbonne à l'époque de la souveraineté arabe au Portugal, à la découverte des mystères de l'océan Atlantique appelé alors « Mer des Ténèbres », et après avoir affronté beaucoup des terreurs de la mer, avaient été emprisonnés par le prince d'une île qui les abandonna, ligotta les yeux bandés, sur un rivage inconnu.

Lorsqu'ils eurent appris des habitants qui les avaient libérés de leurs liens et qui s'étaient rassemblés autour d'eux, la distance qui les séparait de leur pays et des leurs, leur chef cria : « Ô Asafi ! » (« O desespoir ! ») et l'endroit porta ce nom depuis.

Ce qui m'importe dans cette étude, que ce soit cette version ou la version amazigh ou hébraïque, c'est le contexte relatif à l'histoire de Safi et aux caractéristiques de sa situation, qui indique que Safi a toujours été une étape essentielle pour les grandes découvertes géographiques : ainsi du périple de Hanon le Carthaginois et Silax le Grec dans les temps anciens, pour « les jeunes égarés » (si l'histoire est vraie) au Moyen Âge, et aussi, dans les temps contemporains, pour les expéditions scientifiques par lesquelles on a essayé de vérifier en temps réel, certaines théories historiques et scientifiques.

 J'ai été personnellement témoin de l'expédition du « Jacaranda », puis respectivement, de celles de « Râ I » en 1969 et « Râ II » en 1970 – sous la direction du savant et aventurier norvé­gien, Thor Heyerdahl, décédé en 2002 -, des époux français Nady et Gilles en 1972, et enfin de celle de « la dernière génération » par les Belges Alfonso Orlémans et Raoul de Boel en 1974.

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya-Aspects de la présence juive à Safi : entre le passé et le présent

 

Chapitre II

Aspects de la présence juive à Safi : entre le passé et le présent

La ville de Safi a abrité, à travers les siècles et les gouvernements, une communauté juive importante, qui se distinguait par son grand nombre et par la forte influence qu'elle exerçait dans la vie de la ville, dans tous les secteurs. 

L'étude des noms des dernières familles juives de Safi nous révèle certaines vérités sur les origines lointaines des juifs de cette ville

Une partie des juifs de Safi était de pure souche amazigh, en raison de leurs noms amazigh, tels Melloul, Wazzana, Wizman, Amzallag, Azenkoud, Khnafo. Il n'y a pas de doute qu'une partie d'entre eux était berbère Masmouda, originaire de la région.

 Les autres se sont installés à Safi, venant de territoires berbères lointains, au cours de périodes différentes. Ils sont restés attachés, depuis les siècles les plus reculés, au judaïsme qui était entré très tôt au Maroc, aux premiers temps de sa révélation. Plusieurs tribus amazigh ont embrassé cette religion parce qu'elle préconisait l'unicité de Dieu.

Noms juifs Origine amazigh

Signification

Melloul Amelloul

blanc

Wizman lzman-lzem

lion

Azenkoud Azenkoud

antilope

Bouzaglou  

l'homme aux entraves

Khnafo Akhnif

burnous noir

   

 

 Les noms d'une autre partie des juifs de Safi indiquent qu'ils étaient venus de régions lointaines, comme Aflou de Tafilalet, Darii du pays du Drâ, Ben Soussi des tribus de Souss, Bel Fassi de Fès… 

Ce genre de migration lointaine était une tradition connue chez les juifs du Maroc, à toutes les époques. Es parcouraient le pays dans toute son étendue, même aux moments les plus critiques, quand la sécu­rité et la stabilité venaient à manquer, « à l'occasion de changement de l'autorité ou de guerres intestines ».

Une troisième partie des juifs de Safi portait des noms ibériques, indiquant clairement leur origine de localités espagnoles ou portugaises, ou dérivant directement de la langue espagnole ou portugaise. Parmi ceux-ci, les Corcos, Murciano, Caballo, Pimienta, Moreno, Pariente, Cabeza, Cadida, Benito ou Tapiéro.

Ces juifs descendent des populations chassées de l'Ibérie à la fin du XVe siècle.

Même si le nombre de ceux qui se sont installés à Safi était limité en comparaison avec celui des immi­grés établis dans les villes du nord du Maroc, ils ont joué, malgré leur petite quantité, des roles multiples et louables dans l'enrichissement de la confession judaïque et dans la culture juive à Safi, dans le développement des métiers et du commerce intérieur et international de cette ville.

Cela les a distingués et leur a permis, grâce à leur génie et à leur habileté professionnelle, de s'enrichir et d'acquérir grande influence, renommée et considération localement, à l'échelon national et même à l'étranger, durant des siècles.

Il apparaît, d'après les statistiques que nous avons pu rassembler de sources diverses, que la population juive de Safi a gardé son influence jusqu'à la première moitié du XXe siècle, malgré la réduction progressive de son nombre et la mésentente qui s'est installée entre elle et une partie de la population musulmane.

 Les statistiques relatives à l'acceptation et à l'harmonie dans la population indiquent que les juifs de Safi n'ont pas perdu leur importance jusqu'aux années cinquante du siècle dernier, et que leur influence n'a guère changé au cours des années et des modifications de gouvernements et de situations.

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya

Le tableau ci-après, à titre d'exemple, fournit des statistiques détaillées pour des années éloignées dans le temps, indiquant l'évolution parallèle des populations musulmane et juive de la ville de Safi :

Le nom des Corcos est celui d'une localité en Espagne. Et Murciano vient du nom de la ville de Murcie du même pays.

Le mot « caballo » signifie cheval ; « pimiente » : le poivron ; moreno » : le brun ; « pariente » : les parents ; « cabeza » : la tête.

Tous ces vocables sont espagnols.

: 1 Armand Antona, op. cit., p. 71 et Haïm Zafrani, op. cit., p. 44.

Le nom de « Megorashim » a été attribué aux juifs venus dl'Ibérie, pour les différencier des « Tochabim », les juifs originels du Maroc. 

Aspects de la présence juive à Safi..

Année

Nb™ foyers musulmans

Nbre foyers juifs

% de juifs dans la population

1508

4 000

100

2,5
1631

800

200

25
1856

7 500

2 500

33,33
1918

17 080

3 300

19,32
1921

21 734

3 522

16,20
1926

21 347

4172

19,54
1931

21 253

3 285

15,46
1936

19 694

3 634

18,45
1941

29 000

3 710

12,79
1947

43 510

4 989

11,47
1952

49 406

3 469

7,02
1960

91 773

1 434

1,56
1968

700

1971

164 562

625

0,38
1982

266 327

53

0,02
1998

402 000

35

0,009

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya 

Ainsi, nous constatons que : 

En 1508, il y avait pour chaque foyer juif, quarante foyers musulmans ;

En 1631, on comptait un juif pour quatre musulmans ;

En 1856, malgré l'espace de temps entre cette année et celle citée auparavant, le rapport du nombre de juifs dans la population restait presque inchangé : un juif pour trois musulmans ;

Dans les années 1918, 1926 et 1936, celui-ci passait à un juif pour environ cinq musulmans ;

Dans les années 1921 et 1931, il s'établissait à un juif pour environ six musulmans ;

En 1941, il tournait autour de un juif pour huit musulmans ;

En 1947, on l'estimait à un juif pour environ neuf musulmans.

La raison qui a favorisé la multiplication du nombre de la population juive de Safi, repose sur le fait qu'elle était présente dans tous les quartiers de la ville, proches ou éloignés, anciens ou modernes.

Durant les siècles passés, les habitants juifs de Safi n'étaient pas obligés de loger, isolés et cantonnés dans des mellahs, comme leurs coreligionnaires des autres villes, telles Fès, Marrakech, Rabat et Essaouira.

 Et si une minorité parmi les juifs riches a choisi, à l'époque du Protectorat, de déménager vers les nouveaux quartiers, afin de vivre et de se mélanger avec la population européenne, la majorité a préféré demeu­rer dans les ruelles de la vieille médina, dans des ensembles au nombre et à la densité variables d'une rue à l'autre.

 La plupart résidait à « Derb Likoud » (Impasse des Juifs), « Derb El Habs » (Rue dela Prison), « Derb Diwana » (Impasse dela Douane), « Derb Essamâa » (Impasse du Minaret), et « Driba Lamzouaqa » (Rue Mzouaqa).

     Le mot « Al Kanoun » est utilisé dans les statistiques maro­caines anciennes pour désigner le foyer – ou le feu – ou la famille et correspondait à cinq ou six individus.À l'analyse des statistiques des années suivantes, à la fin du XXe siècle, nous remarquons une régression importante de la population juive de Safi.

     « Derb Lïhoud » était situé dans l'ancienne médina. Son entrée existe toujours alors que les habitations ont été démolies, et leur emplacement a servi pour l'extension du souk des potiers, connu sous le nom de « Dar Sikar ». Cette ruelle était habitée par la population juive la plus dense au point que certains visiteurs étrangers l'avaient prise par erreur pour un mellah.

     Rue de la vieille ville également qui porte le nom de l'ancieinne prison qui s'y trouvait et dont le terrain a été accaparé par la Zaouia Derkaoaia (confrérie religieuse) pour y installer un cimetière. Des cellules en subsistent encore et nécessitent une réfection comme la Zaouia (quartier).

     Rue sise face à l'ancien port de Safi. On y trouve un hôtel ancien qui était fréquenté par les voyageurs arrivant à Safi. 'Abdelkrim Karim dans sa description des services de la douane a écrit : « C'était un grand hôtel avec de grands et vastes magasins, de grandes portes qui étaient ouvertes le jour et fermées la nuit. » Voir son livre : « Al Maghrib fi Ahd Saadiyine » (« Le Maroc sous la dynastie saadienne »), S.E.P, Casablanca, 1978, p. 266. Cette description convient parfaitement à l'hôtel de Derb Diwana.

     « Derb Essamâa » est une longue rue traversant une partie importante de la ville ancienne. Beaucoup de ruelles y débou­chent. L'étonnant est que cette rue séparela Grande Mosquéede son Minaret [voir à ce propos notre : « Safahat min tarikh al Àiasjid al kabir… » (« Pages de l'histoire dela Grande Mosquéeet des Imams qui s'y ont succede 

      Driba lamzouaqua : Vieille rue ouverte sur la rue du R'bat à Safi. Un vieillard m'a appris qu'elle doit son nom à la maison d'un riche citoyen de la famille Benhima dont la façade était décorée (« mzouaqa »).

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya

Pages de l'histoire des juifs de Safi

Brahim Kredya

Traduit de l'arabe par Abellah Ferhat

Chapitre II

Aspects de la présence juive à Safi : entre le passé et le présent

Probablement que ces choix étaient dictés par leur désir de garder l'ambiance de familiarité et d'amitié qui les rattachaient à leurs frères musulmans, et pour rester à proximité des souks de la médina et de ses « Kissaria » (bazars) où se trouvaient leurs commerces, leurs affaires et leurs ateliers ; et égale­ment pour résider près de leurs synagogues et leurs temples qui ont atteint le nombre de trente dans l'ancienne médina parce que leur confession leur impose de vivre ensemble en groupes pour pouvoir accomplir les rites religieux comme il se doit et afin d'avoir à leur portée la nourriture rituelle légale

      Les synagogues les plus connues et dont les anciens se souviennent encore, sont celles qui se trouvaient au Mausolée des Oulad Ben Zmirro, et de Derb Lihoud, dela Ruedu Pressoir, de Derb Boussouni, de Derb Samâa, de Derb Dizvana et de la rue du R'bat.

Cette population juive remarquable par son nombre et par son étendue créait une circulation intense entre les souks et les différents quartiers de la ville, mouvement continu que nul observateur ne pouvait ignorer.

D'autre part, les juifs géraient une grande partie de l'économie traditionnelle de Safi et de sa région :Dans le passé, la ville de Safi a connu une multiplication remarquable du nombre de métiers et d'activités commerciales. Jusqu'à l'année 1919, il y avait « cent onze [111] métiers, dépassant ainsi d'autres villes connues pour leur potentiel économique, comme Marrakech, Salé, et Essaouira ».

À propos de la « Hisba » à Safi, on raconte que cette administration sanctionnait sévèrement toute fraude en poids ou en qualité. Le « Mohtassib » condamnait à faire le tour de la ville tout prévaricateur, une corde autour du cou, encadré par deux mokhaznis qui annonçaient le genre d'infraction commise.

 Ils marquaient un arrêt de temps à autre pour le fouetter et le punir. Une histoire orale qui continue à circu­ler, indique que les juifs de Safi ont exercé la plupart des métiers de la ville comme ils ont été les seuls à pratiquer certains métiers, à tel point qu'ils y avaient excellé et qu'ils avaient acquis une grande renommée dans des domaines tels la peinture, la couture des vêtements traditionnels, le commerce des tissus, la cordonnerie, la fabrication des literies, des selleries, des bâts, l'épicerie, la boucherie et le commerce des céréales…

 Beaucoup de personnes âgées de la ville disent que le juif était un modèle dans son travail, son commerce et ses services, et avait un comportement exemplaire avec les clients en accomplissant un travail soigné et en respectant les délais. En outre, les plus pauvres d'entre eux ne dedaignaient pas les metiers les plus humbles et les plus avilissants comme le recurage et la vidange des egouts ou le nettoyage des dechets laisses par les animaux, le transport des voyageurs venus par mer, sur leur dos depuis les navires jusqu'a la terre ferme. C'etait l'une des specialites professionnelles des juifs de Safi, comme l'a rapporte un visiteur anglais, « depuis des centaines d'annees »

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya-Aspects de la présence juive à Safi : entre le passé et le présent

Chapitre II

Aspects de la présence juive à Safi : entre le passé et le présent

D'autre part, les juifs faisaient concurrence au reste des metiers et des activites, dont la ferronnerie, la menuiserie, la maconnerie, la coiffure, le commerce des epices, et meme dans la propriete de boulangeries et de restaurants populaires.

Pour leurs activites dans les campagnes de Safi, nous relevons le temoignage de deux Frangais, qui ont visite la region des Abda au cours des deux premieres decades du XXe siecle la campagne etait presque vide de juif en tant qu'habitant et agriculteur. Aubin qui a visite Abda en 1902  n'y a remarque qu'un seul juif d'origine tunisienne, Israel Lalouz, qui habitait a Oulad Selmane et etait proprietaire de six fermes, d'ecuries pour la culture et l'elevage du betail et des chevaux, et qui employait de nombreux agriculteurs saisonniers ou en partie 

Doutte parcourant la region en 1914 environ dix ans apres la visite de son compatriote, disait II n'y avait pas de juif dans les Abda, a l'exception dela Casbahdu ca'id Aissa Ben Omar oil leur presence est recente. Apparemment, la situation a change apres les annees vingt quand le Protectorat frangais a pris les choses en main et que l'economie coloniale s'est implantee a Safi et dans sa region, portant prejudice aux affaires des indigenes juifs et musulmans. 

Cela a pousse les plus nantis a rechercher d'autres activites afin de compenser les pertes subies. Beaucoup d'entre eux ont choisi les activites agricoles, par des voies multiples que nous avons relevees dans plusieurs recits oraux, dont

L'acquisition par les juifs de terrains agricoles dans les environs de Safi a Dar Caid, a Sebt Gzoula, a Jemaa Sahim, a Chemai'a et dans la banlieue de la ville. 

 II en resulta de nouvelles expressions inhabituelles dans le langage de la population probablement dues a 1'etonnement de voir les juifs acheter des terrains agricoles. II est avere que ces proprietaires juifs n'exploitaient pas leurs terrains eux-memes, mais ils les confiaient a des agriculteurs musulmans voisins, contre une partie des recoltes fixee d'avance. 

  1. L'association de juifs avec des agriculteurs musulmans, proprietaries de terrains, par 1'achat de materiel d'equipement et d'exploitation mis a leur disposition contre la partition de la recolte.
  2. L'achat de troupeaux de betail et la conclusion d'accords avec des «fellahs » eleveurs pour en assurer le paturage et l'engraissement. Arrivees au terme de l'age ou du poids convenus et desires, les betes sont vendues sur les marches des campagnes et leur prix est reparti apres le retrait de leur prix d'achat.
  3. Certains marchands juifs se sont specialises dans le commerce des produits agricoles : ils en achetaient de grandes quantites dans les differents marches, les emmagasinaient pour les exporter par la suite, par le port de Safi, versla Franceet vers d'autres pays.

 Les gens du peuple gardent encore en memoire les noms de grands negociants en cereales qui ont amasse de grandes fortunes : Bensabbat, Chamoun, Pinhas, Chanbot, Ohanna, Mayer, les Oulad Liwy, Habir, Ben Touijer, Millar, Wazzana, Ben Dellac, Douidou,… et bien d'autres.

Histoire des juifs de Safi-B. Kredya

PAGES DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAFI

Chapitre II

Aspects de la présence juive à Safi : entre le passé et le présent

Pour ne pas laisser passer cette occasion, je signale que les juifs de Safi avaient une presence importante dans les biens immobiliers de la ville, presence sans pareille dans les autres villes du pays. Les anciens de Safi le savent bien qui racontent encore leurs nouvelles. J'ai trouve cette verite :dans la suspension des travaux par les autorites sur certains terrains dela Chaabaet pres des tombeaux des Saints Moughitine apres que leurs vrais proprietaires se furent manifestes: ce sont des juifs de Safi qui se sont opposes a l'atteinte de leur propriete.

par la lecture de documents de justice qui indiquent que certains juifs de Safi possedaient de vastes terrains a l'est de la ville, englobant leur cimetiere, les terrains voisins, y compris celui occupe par l'Ecole Ghiati qui, a l'origine, avait ete une ecole hebraique, construite par l'Alliance Israelite Universelle. Ces terrains s'etendaient jusqu'a Dar Al Baroud.

par leur possession de beaucoup de maisons dans les differents quartiers de la ville – et plus specialement dans 1'ancienne medina -, qui etaient louees a des musulmans ou a des juifs sans distinction. Parmi ces proprietes, un immeuble de la rue du R'bat, connu encore sous le nom de « Dar Murciano », juif originaire de Murcie, en Andalousie.

• par l'etude des archives dela Conservation Fonciereou j'ai releve le nom de families et d'individus juifs qui etaient proprietaires de nombreux immeubles. Parmi ceux-ci, la famille Levy et ses enfants

par l'etude des archives de la Conservation Fonciereou j'ai releve le nom de families et d'individus juifs qui etaient proprietaires de nombreux irmmeubles. Parmi ceux-ci, la famille Levy et ses enfants : David Levy (ne en 1912 ) et Albert Levy (ne en 1914 ), et le plus connu des propretaires, Israel Benayer, ne en 1902, qui possedait un lotissement tres vaste, appele « Benslimane », sis au Plateau et consistant en plusieurs lots – sa superficie totale etait de 5200 m2 et sur l'Avenue Mohammed V, un autre terrain de 1439 m2.

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