Juifs. Maroc Mellahs-D. Corcos

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Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

LES JUIFS AU MAROC ET LEURS MELLAHS

par

David Corcos

INTRODUCTION

Les quartiers spéciaux où étaient relégués les Juifs n'ont d'abord existé qu’en Europe. Leur établissement fut sanctionné par une loi canonique du Troisième Concile de Latran en 1179.Dans beaucoup de villes, ces quartiers etaient entoures d'une enceinte parfois fortifiee et comportant generalement une seule porte, fermee la nuit et a certaines occasions. Apres 1516, ces quarties isoles seront appeles Ghetto. En Espagne chretienne, cette separation avait ete souvent consideree par les juifs comme yn avantage. Ils en reclamaient parfois la mise en pratique. Nous verrons que le motif de cette demande n'etait pas seulement la recherche d'une certaine securite. Un moyen de mieux se defender en cas d’emeutes, dans les periodes troublees.

Les Chretiens, seigneurs, bourgeois ou routier, ont le plus souvent considere cette faveur comme une segregation humiliante, une degredation civique poue des homes pour lesquels ils eprouvaient generalement une antipathie plongeant ses raciness dans l'antiquite Greco-romaine et envenimee par un antagonisme religieux remontant aux premiers siecles de l'Eglise. Meme après la conversion de l’empereue Constantin le Grand, vers 323 de l'ere moderne, l'Eglise victorieuse continuait d'insuffler toute sa fougue a cet antagonisme tout en maintenant, comme on le sait, un equilibre necessaire au role de " temoin " qu'elle tenait a faire jouer au people " deicide ".Aussi, pendant le Moyen Age, les Juifs de Rome, jouissant d'une rare tolerance, resterent libres d'habiter ou ils le voulaient. C n'est qu'en 1555 que le pape Paul IV en publiant sa " constitution sur les Juifs, les isola completement en les faissant enfermer dans un Ghetto.

Eviter le contact des Infideles est un principe qui a ete enonce par quelques auteurs musulmans. En Espagne, au fur et a mesur de la " Reconquista ", les Chretiens n'avaient pas toujours besoin de forecer les Musulmans restes sur place, dans les villes, a s'isoler dans un quartier special. Il le fasiaient volotairement. Quant aux Juifs, en terre d'islam, les faits historiques, ont generalement dement ice principe comme de nombreux autres relevant du meme esprit. D'ailleurs la superbe de l'islam triomphant, la morgue de la plupart des Musulmans chez eux, leur mepris plus au moins ouvert pour les " Incroyants " et plus precisement leur indifference envers ceux qui avaient choisi l'enfer dans l'au dela, ne les laissent guere craindre en danger de la contamination pour les fideles.

La crainte de l'influence juive, jadis persistante dans la chretiente, esi inexistante chez les Musulmans. De hautes autorites musulmanes, soucieuses de propagande religieuse, recommandaient de faire vivre les juifs dans les grandes villes et dans les quartiers musulmans de celles ci, afin, ecrivaient elles, qu'ils puissant se faire une idée de la religion du Prophete. Cette connaissance disaient elles, les poussera en fin de compte a se convertir. D'autres docteurs de l'islam, mais de moindre importabce, avaienr bien conseille de confiner les juifs dans des quartiers speciaux, mais c'etait la une aggravation de " Shurut " attribues au calif Omar I.

D'ailleurs, aucune des conventions de " Dimma ", ne comporte, a notre connaissance, une telle cause. Cependant, partout ou ils se trovaient, beaucoup de juifs preferaient vivre entre eux ; mais ce nombreux autres, en Orient et surtout au Maghreb, vivaient côte à côte avec les Musul­mans.

 Il s'agissait parfois d'un choix délibéré que facilitaient des fac­teurs d'entente: la conformité de civilisations musulmane et juive, à peu de différences près, même mode de vie et des idées religieuses dont le principe fondamental est le même: un monothéisme pur chez les uns et les autres.

Les interdictions alimentaires, bien que différentes dans quelques détails, procédaient aussi d'un même principe: la défense expresse de consommer le sang des bêtes abattues et la viande de porc, deux habitudes chrétiennes pour lesquelles Musulmans et Juifs éprouvaient une répulsion égale.

Le fait d'être un circoncis, ce qui a plus d'une fois occasionné aux Juifs de la chrétienté, brimades, vexations et même des persécutions et parfois des massacres, était, au contraire, en pays d'Islam où la circoncision était commune à tous, un signe de pureté de la plus haute importance.

 Enfin, et ce devait être une raison de poids, l'Islam comme le Judaïsme ne com­portent pas de signes extérieurs. Dans la cité musulmane, le Juif n'était pas exposé à rencontrer sur son chemin des dizaines de statues et des images saintes, toutes choses qui étaient à ses yeux autant de manifestations de l'idolâtrie et qui étaient si répandues dans les villes chrétiennes du Moyen Age.

 Des différenciations existaient et existent encore, bien sûr, entre les deux éléments juifs et musulmans, mais combien étaient-elles atténuées par les exemples, d'ailleurs bien connus que nous venons de rappeler, voilà ce qu'on ne mesure peut- être pas assez.

 En somme, la personnalité du Musulman était plus perméable au Juif que ne pouvait lui être celle du Chrétien et inverse­ment, le particularisme Juif ne pouvait jamais heurter un Musulman. Dès lors, on comprend qu'autant le Juif des pays chrétiens avait ten­dance à rechercher son propre isolement, son éloignement d'une vie commune avec son voisin non-Juif, autant celui des pays d'Islam n'y voyait pas d'inconvénient majeur.

 Vis-à-vis du monde extérieur, le comportement du Juif de la chrétienté ne pouvait qu'être différent de celui de son coréligionnaire des pays d'Islam et leurs mentalités à ce point de vue particulier, avaient fini par se différencier. Le Profes­seur Cécil Roth a signalé un fait caractéristique de cette disparité, fait qui semble aujourd'hui paradoxal: en Italie, une fête annuelle fut pendant longtemps observée pour célébrer l'établissement du Ghetto.

 Par contre, au Maroc, comme nous allons le voir, chaque création d'un Ghetto, était regardée par les intéressés comme un très grand malheur. Par ailleurs, si en Europe des chefs spirituels juifs encourageaient les communautés à se grouper et s'isoler, il n'est jamais arrivé qu'un tel encouragement ait été donné aux Juifs des pays musulmans.

 A ma connaissance, il n'y a pas de "Takana" ou de "Haskama" nord-africaine qui ait interdit ni même conseillé aux Juifs de ne pas vivre au milieu des autres citadins; et c'est malgré eux que les Juifs de quelques villes marocaines avaient vécu dans des quartiers spéciaux que des sultans leur avaient imposes.

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

Pendant le Moyen-Age, les relations entre Juifs et Musulmans étaient à ce point étroites en Espagne et au Maghreb que des Juifs n'hésitaient pas à aller prier dans les mosquées en même temps que les Musulmans : "Lorsque les Musulmans professent leur Foi (dans les mosquées), ces Juifs pauvres d'esprit et qui n'ont point de part dans la religion s'associent à eux, en récitant de leur côté l'Ecoute Israël…

 Je ne m'étonne pas d'ailleurs de voir les simples de notre nation se laisser aller à louer les Musulmans; ce qui me désole, c'est que ceux-là mêmes qui prétendent être au fait de la religion d'Israël, je veux dire certains notables de nos communautés, proclament la louange des Musulmans et témoignent de leur foi uni­taire…": Georges Vajda, La Polémique anti-intellectuelle de Joseph ben Shalom Askénazi de Catalogne, in Archives d'Histoire doctrinale et litté­raire du Moyen-Age.

Comme partout ailleurs pendant le haut Moyen Age, les personnes exerçant les mêmes métiers, les groupes éthniques ou religieux avaient l'habitude, dans les cités marocaines, d'occuper chacun un "derb", rue ou quartier.

 Mais ils n'y furent jamais absolument astreints et finissaient par déborder les uns sur les autres. Fès nous offre à ce point de vue un exemple typique. Dès sa fondation ou plus exactement son urbanisation, peu après 808, il y avait un quartier des Kairouanais et un quartier des Andalous dans lesquels vivaient également des Berbères christianisés, judaïsés ou païens.

 Premiers habitants du lieu, ils ne s'étaient pas tous convertis à la religion des Arabes conqué­rants et formaient maintenant des petites unités installées les unes à côté des autres. Sans doute y avait-il aussi des éléments purement juifs, compte tenu de ce que nous savons de leur premier établisse­ment, à Volubilis, depuis le II״ siècle au moins.

 L’emplacement de Fès lui-même semble avoir été le site d'un habitat très ancien. Dès les premières années de la fondation de la ville, un Juif creusant les fondements de sa maison "située près du pont de Ghzila" y avait trouvé une statue de marbre portant des inscriptions dans une langue mystérieuse.

 On ignore l’emplacement exact de ce pont et rien ne prouve qu'il se situait précisément dans la partie nord de l'enceinte occidentale de la ville, entre Hisn Saadoun et Aghlan, c'est-à-dire là où il fut permis à "une foule de Juifs", étrangers arrivés de toutes parts, attirés par cette nouvelle fondation, de s'établir moyennant un tribut qu'Idris II (791-829) fixa à 30.000 dinars or.

D'après les chroniqueurs arabes, les occupants du site de Fès, avant la fondation de la ville, appartenaient à deux tribus berbères, les Béni-lrghech qui s'adonnaient au culte de feu et les Béni al-Khir qui professaient soit le judaïme, soit le christianisme: "Il était rare qu'ils ne fussent en lutte entre eux en raison de la diversité de leurs sentiments et de l'opposition de leur croyance".

 Notons aussi qu'un groupe de Persans venus auprès d'Idris II fut installé sur un terrain à part. Plus tard encore, des Berbères émigrés, appartenant à diverses tribus dont les Jerawa de l'Aurès, anciens judaïsés dont quelques- uns avaient gardé la religion juive, s'établirent chacune dans un quartier à part.

D'après les chroniqueurs arabes, les occupants du site de Fès, avant la fondation de la ville, appartenaient à deux tribus berbères, les Béni-lrghech qui s'adonnaient au culte de feu et les Béni al-Khir qui professaient soit le judaïme, soit le christianisme: "Il était rare qu'ils ne fussent en lutte entre eux en raison de la diversitéde leurs sentiments et de l'opposition de leur croyance".

 Notons aussi qu'un groupe de Persans venus auprès d'Idris II fut installé sur un terrain à part. Plus tard encore, des Berbères émigrés, appartenant à diverses tribus dont les Jerawa de l'Aurès, anciens judaïsés dont quelques- uns avaient gardé la religion juive, s'établirent chacune dans un quartier à part.

Vers 1130, sous les Almorávides, des Juifs vivaient à proximité de la mosquée des Kairouanais (Jama' al-Karawiyin). En effet, nous savons que le Cadi de la ville qui voulait faire agrandir cette mosquée avec l'autorisation du sultan Ali ben Yousof ibn Tachfm, ne put im­médiatement y parvenir:

"Comme il y avait sur ces emplacements ( les terrains bordant la mosquée ) un assez grand nombre de maisons appartenant à des Juifs qui refusaient de les vendre, on fit une juste estimation de ces propriétés, on leur en compta la valeur et on les chassa…".

 Les travaux ne purent se poursuivre que trois ans plus tard. Il est probable que ces propriétés étaient depuis fort longtemps occupées par "un assez grand nombre de Juifs" qui y étaient telle­ment attachés. De plus, rien ne dit que par la suite, il durent retourner au "quartier juif", celui qu'Idris leur avait donné, si jamais tous les Juifs étaient tenus d'y vivre, ce qu'aucun texte n'indique et que l'in­cident que nous venons de rapporter démentirait formellement, tout au moins en ce qui concerne l'époque des Almorávides.

Entre 1159 et 1165, sous le règne de Abd al-Moumen l'Almohade, nous voyons, d'après une ancienne tradition populaire, dont il ne faut pas minimiser l'importance, que Maïmonide et sa famille, quand ils vivaient à Fès, habitaient sur l’emplacement de Dar al-Maggana (la maison de l'Horloge) située au sud-est de la ville, très loin de la zone qui conserve encore le nom de Fondouk al-Yahoudi, là où, d'après les auteurs arabes, se trouvait le premier quartier attribué aux Juifs.

Juifs au Maroc et leurs Mellahs

 Il est évident que si beaucoup de Juifs étrangers qui étaient venus à Fès pendant le règne d'Idris II, avaient vécu dans ce quartier, "un assez grand nombre" d'entre eux et d'autres, autochtones établis bien avant eux dans le site de Fès ou venus après eux dans la capitale, s'étaient fixés indifféremment un peu partout, par petits groupes de quelques familles. 

 Le 20 Mars 1276, quand se produisit un soulève­ment de la populace contre les Juifs de Fès, le sultan Abou Yousof ben Abd al-Hakk, qui s'était porté à leur secours, fit aussitôt publier l'ordre formel de ne pas approcher des quartiers juifs." Le lendemain, 21 Mars, le sultan fit commencer la construction, face à la ville an­cienne, de Fès al-Jadid (Fès la neuve). 

 Cette circonstance a fait croire à des auteurs modernes que les Juifs furent aussitôt installés dans la nouvelle cité, au lieu dit al-Mallah (Mellah), le premier et longtemps le seul Ghetto du Maroc. Il n'en a pas été ainsi. Fès al-Jadid, spé­cialement créée pour servir de résidence au sultan, à son entourage, son makhzen et aux milices formées de troupes étrangères, abrita bien entendu, an moins dès l'avènement d'Abou Yakoub (1286-1307), également des personnalitiés juives et leurs familles attachées au service du souverain: les "Wakkasa' (Roqqaça), les Sabti, les "Asac".

 Comme il existe tant d'exemples à toutes les époques et jusqu'à notre temps, les caïds, les vizirs et le monarque lui même ainsi que sa famille devaient être directement intéressés aux transactions commer­ciales des opulents marchands juifs de classe internationale comme l'étaient, précisément à l'époque dont nous parlons, ces Africano- majorquins qui s'appelaint Isaac Lévi, Samuel Choulol (Solal), les Allel, Malequi, les deux frères Nadjar ou les trois frères Bacri.

 Ces hommes vivaient la plupart du temps à Fès et leurs maisons se trou­vaient sans doute à Fès al-Jadid, aussi près du makhzen que possible. Fès al-Jadid fut probablement aussi le lieu de résidence des ambassadeurs juifs des rois chrétiens de la fin du XIII״ et du début du XIV1־ siècles, les "Abengallel" ou Vidal de Porta; plus tard, celui de R. Moïse Gabbay, chargé d'une importante mission à Fès par le roi d'Aragon en 1394.

 II n'en allait pas autrement de tous les autres ambassadeurs chrétiens ou musulmans. La présence de ces person­nages auprès du sultan et de son vizir était nécessaire pendant leur séjour plus ou moins long dans la capitale; l'importance de leurs missions l'exigeait.

 Pourtant, les logements confortables et même magnifiques ne manquaient sans doute pas aux riches Juifs de la médina, la ville ancienne. Obligés plus tard de se transporter au quartier qui devait leur être imposé à Fès al-Jadid, ces Juifs avaient vu dans cet exode une véritable catastrophe; et pendant fort long­temps, ils s'étaient considérés comme des éxilés.

Cet "exil" changeait de fond en comble leurs habitudes, les privait de leursanciennes de­meures, tout en les obligeant à vivre dans la promiscuité avec des coréligionnaires, soit-mais de classe inférieure. Pour les plus pau­vres, c'était également un bouleversement.

L'ampleur de la catastrophe est exprimée par ceux qui écrivaient à ce sujet: "Ce fut un exil amer et épouvantable" ou encore: "Ce fut un épouvantable exil", et ce fut si terrible que de nombreuses familles apostasièrent afin de rester chez elles!

Les deux chroniques judéo-marocaines qui nous rapportent ces faits, dont l'une précise que, dans la médina de Fès, les Juifs avaient vécu mêlés aux Musulmans, nous font connaître la date de l'événement qui transforma par ses conséquences lointaines la vie d'une grande partie des Juifs du Maroc: l'année 5198, c'est-à-dire 1438 de l'ère moderne, il n'y a pas à douter de cette information, bien qu'elle ne soit pas confirmée par ailleurs; chronologiquement elle ne concorde pas avec le règne d'Abou Saïd Othman III (1398-1421), règne sous lequel, nous dit Léon l'Africain, cet événement eut lieu.

 Mais ce n'est pas la seule fois que Léon l'Africain se trompe sur les dates. Un événe­ment fort important dans la vie religieuse des Musulmans de tout le Maroc se produisit à la même date que celle indiquée par les chroniques juives pour la création du premier Ghetto marocain.

 C'est le Professeur Hirschberg qui, le premier, a très judicieusement attiré l'attention sur le rapport qu'il y a lieu de faire entre les deux événe­ments. Il confirme une fois pour toutes la véracité des chroniqueurs juifs en ce qui concerne l'année de la création du Ghetto.

 L'année 1438 est celle de la "découverte" dans la médina de Fès de la tombe de Moulay Idris (Idris II), artisan de la grandeur de la cité et des­cendant authentique du Prophète. A la suite de cela, Fès fut immé­diatement promue au rang de ville sainte et ne pouvait plus être habitée par des "incroyants".

 De plus, contrairement au principe énoncé par nombre de savants musulmans, de laisser les Infi­dèles commercer dans tous les quartiers des grandes et des petites villes, on astreignit les Juifs déjà chassés de la vieille cité, à n'exercer leur négoce, dans la médina où ils pouvaient se rendre pendant la journée, qu'auprès des Attarin, au ,Souk an-Nokra actuel.

 Tous les autres quartiers et leurs marchés leur étaient interdits. Cette mesure ne se relâcha que bien plus tard, sauf en ce qui concerne le "horm" (périmètre sacré) de Moulay Idris dont le tombeau-sanctuaire devint, depuis sa "découverte", un des lieux de pèlerinage musulman les plus fréquentés de l'Afrique du Nord et un lieu d'asile inviolable.

 Un abattoir où étaient dépecés les animaux immolés pour s'attirer la bénédiction du saint était séparé du sanctuaire par des lieux d'aisance. Cet abattoir servait aussi aux Juifs qui venaient se placer sous la protection de Moulay Idris.

Juifs au Maroc et leurs Mellahs

II

Les Juifs de la vieille cité de Fès s'installèrent en l'année 1438 à Fès al-Jadid, au Mellah. L'essentiel a déjà été dit sur le sens et l'étymologie du mot MELLAH, appelation purement marocaineet il faut se résoudre à admettre, une fois pour toutes, qu'il s'agit tout simplement d'un toponyme. 

. La date de la création du ghetto de Fès est donnée par ces deux chroniques du XIXe siècle d'après un très vieux document (début XVIe siècle?) dont il existe une copie comprise dans la Chronique de Fès, Ms. de l'Institut Ben-Zvi. Le motif de l'expulsion des Juifs de la médina de Fès et leur ségrégation est, d'après les sources juives, quelque peu ima- ginatif: on aurait accusé les Juifs d'avoir rempli de vin les réservoirs des lampes de la mosquée (des Kairouanais?). —

. Sur les marchands juifs hispano- africains au Maroc et particulièrement à Fès, cf. Dufourcq, passim. L'hy­pothèse relative au lieu de résidence de toutes ces personnalités n'est, à ma connaissance, confirmée d'une manière précise par aucun texte ni document.

 Cependant je la tiens pour très plausible car je pense qu'elle explique le choix de l’emplacement, dans Fès al-Jadid, du premier Ghetto marocain situé, comme on le sait, tout près du palais royal. On verra qu'à Marrakech, redevenue capitale sous les Saddiens, au XVIe siècle, il en sera de même.

Mellah était le nom d'un territoire::: sur lequel une partie de Fès al-Jadid a été édifiée. Ce quartier foi appelé Himç (Hom — ville de Syrie, Emèse — Séville) lorsque des archers syriens ou andalous y furent cantonnés.

 Quand les Juifs s'y installèrent, l’emplacement reprit son nom Mellah qui ne fut probablement utilisé d'abord que de temps en temps et dans le langage populaire. En relatant l'assassinat du sultan Abd al-Hakk, de son vizir juif Haroun ben Battas, le massacre des Juifs de Fès et le pillage du Mellah qui s'ensuivit en 1465, les auteurs arabes ne se servent pas du mot Mellah.

Le premier d'entre eux, Abd al-Basit ibn Khalil, qui se trouvait à Tlemcen au moment où ces graves événements se dé­roulaient à Fès, désigne le quartier juif de cette ville par "Hara't al- Yahoud" (quartier des Juifs), de même que le Marocain Ibn al- Kadi (1553-1616) qui puise pourtant ses informations dans  des sources locales de l'époque.

 C'est "Hara't al-Yahoud" qui est employé auss. par Ibn al-Kadiri (1712-1773). Il est vrai qu'il résume, en cette cir­constance, Ibn al-Kadi qui, par ailleurs, est reproduit dans les mêmes termes par l'historien marocain du dernier siècle, an-Nasiri as-Salou:

 Pourtant, ce dernier en racontant, toujours d'après des sources an­ciennes la fuite des Musulmans de Ceuta attaquée par les Chrétien; et leur arrivée à Fès en 1416, dit que le sultan les plaça dans le "Mellah des Musulmans", terme employé visiblement après 1428 pour désigner une partie de l’emplacement dit Mellah non attribué aux Juifs

Ce qui semble être le texte hébraïque le plus ancien qui relate clairement les événements de Fès en 1465 ne mentionne pas le nom Mellah. Il s'agit d'un document recopié textuellement par R. Moïse Gabizon de Tétuan en 1689; cf. photo-copie N° 2651 de l'Institut Ben-Zvi. Ce document avait été transcrit à peu près mot pour mot par R. Joseph Benaïm dans son Malkhé Rabbanan, 1931, art. Moché Gabizon.

Comme le professeur Hirschberg l'a déjà fait remarquer, c'est dans une lettre en judéo-arabe datée de 1541 que pour la première fois le quartier juif de Fès est appelé Mellah. Ensuite, on retrouve ce terme avec son caractère juif dans un texte hébraïque daté de 1552.

 Dans les actes rabbiniques, les Takanot de Fès, le nom n'apparaît que rarement et seulement à partir de 1590 . II semble ainsi que des Juifs de langue arabe se soient les premiers servis du nom Mellah pour désigner les autres quartiers juifs du Maroc.

 Déjà en 1541, alors que le seul Ghetto marocain est celui de Fès, l'auteur de la lettre dont nous avons déjà parlée, appelait Mellah tous les quartiers juifs, en dehors même du Maroc et de l'Afrique du Nord.

 Les Musulmans, à leur tour, utilisèrent ce mot et dans le même sens, mais après les Juifs. Une lettre écrite en arabe par deux scribes musulmans et dont un extrait est publié en caractères hébraïques dans une "Question" posée aux Rabbins-juges de Fès en 1721, désigne le quartier juif de Sefrou par Mellah.

Jusqu'au début du XIXe siècle, les Européens paraissent n'avoir pas connu le mot Mellah; en tous cas, ils ne l'ont pas utilisé. Il n'est jamais employé par les meilleurs connaisseurs du Maroc du XV״ siècle, Nicolas Clénard, Diégo de TorrèsLuis del Marmol Car- va jal, Jéronimo de Mendoça dont les ouvrages abondent pourtant en informations de toutes sortes sur les Juifs marocains. 

Le terme Mellah n'existe pas non plus dans les précieux documents des archives européennes publiés dans les vingt-sept gros volumes des Sources Inédites de l'Histoire du Maroc, ni chez aucun des nombreux voya­geurs chrétiens des XVII et XVIII siècles qui se sont tous intéressés aux Juifs pendant leurs séjours au Maroc

Pour désigner les Ghettos de Fcs, Marrakech et Meknès, comme pour parler des quartiers où les Juifs, mais non la totalité, se groupaient dans d'autres villes jusqu'au début du XIX״ siècle, les Portugais écrivaient "Judaeria" et les Espagnols "Juderia". 

 Ce dernier mot a longtemps prévalu et cela à tel point que les Anglais écrivaient "Judaria" et les Français "Juderie". C'est assez tard que les Anglais, qui ont parlé du Maroc, ont employé le mot "Jewdery", puis "Jewrie" ou "Jury" et les Français "Juifverie", puis enfin "Juiverie". 

 Le premier Européen qui, à notre connaissance, s'est servi du mot "El-Millah" est Jackson qui a écrit son ouvrage sur le Maroc en 1809.

Juifs au Maroc et leurs Mellahs

Il est significatf que Aaron Romanelli, qui a fait un assez long séjour au Maroc en 1787-1790, ne se soit pas servi du mot Mellah en parlant des trois seuls Ghettos qui y existaient alors. Dans son ouvrage en­tièrement consacré à ce pays et surtout à ses Juifs, il a désigné ces Mellahs par "Rues Juives"

A quoi attribuer ces faits? La seule explication valable serait que les Européens aient trouvé plus commode d’employer un terme très ancien en Espagne chrétienne et au Portugal pour des Juifs qui semblaient, à la majorité d'entre eux, être tous originaires de ces pays.

 D'ailleurs, les Juifs avec qui ils pouvaient avoir un contact direct employaient eux-mêmes le nom "Juderia". N'oublions pas que les expulsés d'Espagne et du Portugal, renforcés aux XVI״, XVII״ et XVIII״ siècles par d'anciens Marranes, ont constitué pendant longtemps une bonne partie et parfois la majorité des habitants juifs des principales villes et des ports du Maroc.

 Au XVIe siècle, les premières Takanot de Fès devaient être rédigées en espagnol pour les communautés des "Meghorashim"' (expulsés) et traduites ensuite en arabe pour les communautés des "Belydivyin" (=Tochavim=auto- chtones).

Au XVII" siècle, le portugais qui avait été déjà la langue employée dans les ports d'Agadir (Santa-Cruz), Safi, Azemmour, Arzila, Tanger et Ceuta, se parlait couramment en milieu juif de Tétuan. Cétaient généralement les femmes qui conservaient cette langue.

 D'ailleurs, pendant tout ce siècle, des anciens Marranes ar­rivaient de Lisbonne au Maroc pour y pratiquer librement le judaisme. Dans la première moitié du XVIII0 siècle, R. Khalifa Malca, auteur et rabbin célèbre dans le sud-marocain, né à Safi et qui vécut la plus grande partie de sa vie à Agadir où sa sépulture faisait, il y a peu de temps encore, l'objet de pèlérinages réguliers, ne correspondait qu'en judéo-espagnol avec son riche ami Moses Guedalla, fixé à Amsterdam, mais natif d'Agadir

.Les recueils de consultations rabbiniques des XVII׳ et XVIII״ siècles renferment plusieurs textes établis à Agadir, Safi, Rabat et Salé et écrits en judéo-espagnol soit entièrement, soit partiellemenf après 1767, c'est également le cas à Mogador.

 L'espa­gnol était la langue maternelle des Juifs de ces ports, ou plus précisé­ment, d'une grande partie d'entre eux et surtout dans l'ensemble du milieu important et influent des vieilles familles où, comme toujours, les femmes étaient les plus conservatrices

L'espagnol des Juifs marocains n'est pas à confondre avec la "langue franque" ou le "franco" qui s'implanta dans les ports de l'Empire marocain depuis de XVI״ siècle et dont les marchands juifs se servaient, comme tout le monde d'ailleurs, dans leurs transactions commerciales avec des étrangers.

Maltais, Grecs, Turcs, Français ou même Italiens .L'espagnol employé dans les vieilles familles était du vieux castillan et gardait plus de pureté que le "ladino" des Juifs orientaux et que la "Hakétie", espagnol abâtardi des Juifs de la masse dans les villes du nord-marocain. Vieux castillan et langue franque avaient la même dénomination: "Adjmiyya". C'était le nom donné à toutes les langues étrangères par les Arabes, aux langues européennes et au persan par exemple, mais non aux dialectes berbères.

 Jusqu' aujourd'hui, il y a dans le quartier juif de Marrakech la synagogue dite des "Adjmiyyin". C'est la plus ancienne des synagogues de ce quartier. Mais la "Juderia" de Marrakech comme l'ont appelée Diogo de Torrès et les Juifs de la ville pendant des générations, était devenue le "Mellah", le nombre des "Beldiyyin" y ayant vite dépassé celui des "Meghorashim".

Dans le sud, l'usage de l'espagnol s'est raréfié à partir du début du XXe siècle. Dans le nord, à Fès, nombre de familles parlaient encore cette langue à la fin XIX״ siècle. Plus au nord encore, l'espagnol s'est particulièrement bien conservé en milieu juif. La cause en a longtemps été le milieu ambiant.

 Les Musulmans de Tétuan, dans leur majorité d'origine andalouse, employaient l'espagnol dans la vie quotidienne jusqu'à la fin du XVIII siècle et la forte influence de l'Espagne rétablit chez eux cette habitude à partir de 1860. Les Juifs de Tétuan n'ont jamais désigné les quartiers où ils étaient en majorité, puis leur Mellah, que par le nom de "Juderia".

III

Cent cinquante neuf années après celui de Fès, le Mellah de Marrakech fut fondé. Ce fut en 1557, deux années environ après le Ghetto de Rome.

Avec l'avènement d'une nouvelle dynastie au Maroc, celle des Chérifs Saadiens, Marrakech était devenue la capitale de l'Empire. Elle reçut un nombre important de réfugiés juifs d'Espagne et du Portugal, des anciens Marranes dela Péninsuleibérique, des îles Canaries et même des lointaines Antilles. Tout ce monde s'était installé dans deux quar­tiers différents, les "Beldiyyin" continuant de vivre par petits groupes épars au milieu des Musulmans.

 Cependant, vers 1542, ils avaient une "Kaissariya" à eux et où ils s'adonnaient spécialement à l'orfèvrerie. Puis, il semble que "Meghoraschim" et "Bcldiyyin' se soient pour la plupart groupés dans un seul quartier, celui de Mwasin,׳. Dès son avènement en 1557, le sultan Moulay Abd-Allah al-Ghalib Billah les réunit tous dans le Mellah qui existe encore.

 "Le quartier des Juifs" nous dit Marmol, "était autrefois au milieu de la ville, en un lieu où il y a plus de trois mille maisons, mais le Prince qui règne aujourd'hui l'a fait transporter en un des bouts, près de Bab Agmet, afin que les Juifs fussent séparés des Maures. Ils est fermé de tous côtés de murailles, sans avoir qu'une porte qui va à la ville, et une autre petite qui répond à leur cimetière, et dans cette enceinte sont bâties plusieurs maisons et synagogues"

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

C'est en 5317/1577( ישבה), dit la tradition orale des Juifs marrakchis que le Mellah fut fondé et ils ajoutent cette légende: "ce fut à cause du scandale provoqué par une Musulmane qui accusait faussement un Juif chargé de nous réveiller pour les prières nocturnes du mois d'Ellul, de l'avoir maltraitée la nuit dans une rue".

Pour les Juifs, jusqu'à nos jours, ce fut donc une mesure punitive. Pourtant, ils avaient alors obtenu un beau quartier avec de belles maisons et des jardins, un quartier vaste et agréable où les marchands chrétiens n'obtenaient même pas l'autorisation de s'établir: ils avaient leur "Aduana" et leurs fondouks dans les quartiers musulmans; mais "tous les Agents et Ambassadeurs des Princes étrangers" pouvaient y habiter.

 C'est là que vécut l'ambassadeur du roi du Portugal, puis de Philippe II d'Espagne, don Francisco da Costa  qui était probablement un Juif caché. Il logeait dans une belle maison appartenant à un Juif et située près du cimetière juif. En mourant, il laissa un testament dans lequel il demandait à être enterré dans cette maison ou dans son jardin, bien qu'il y eût un cimetière pour les Chrétiens à Marrakech ".

 Pendant ses douze années de séjour dans la capitale du Maroc, da Costa protéga les Marranes revenus au judaisme et à l'occasion, il avait abrité chez lui certains d'entre eux. En 1587, il fut même dénoncé au Tribunal de l'Inquisition de Lisbonne en même temps qu'un de ses protégés, Antao de Barcelios, par un Juif renégat d'origine portugaise et natif de Meknès, Sebastiao Pereira.

 Dans le Mellah de Marrakech, il y avait aussi Henri Roberts, Envoyé de la reine Elizabeth d'Angleterre, le médecin de l'Isle, ambassadeur du roi de France Henri IV et d'autres encore, personnages moins célèbres dont quelques-uns étaient des juifs cachés, comme don Francisco da Costa et Belchior Vaez d'Azevedo, natif d'Arzila au Maroc, capitaine et marin, Envoyé d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, auprès du sultan Abd-Allah al-Ghalib.

 Le gendre de Vaez d'Azevedo, Bartolomé Rabelo, marrane judaïsant, était l'agent du roi de Navarre au Maroc et vivait, lui aussi, dans le Mellah de Marra­kech .

Alors que Marmol nous avait signale qu'il y avait eu plus de trois mille maisons juives dans le seul quartier de Mwasin, Mocquet entre 1601 et 1607, avait vu seulement quatre mille Juifs dans la nouvelle "Juderia" ou Mellah. Trente ans plus tard, Thomas Le Gendre, negotiant franfais qui vecut vingt-cinq ans a Marrakech, ne nous parle plus que de quatre a cinq cents Juifs se trouvant dans ce meme Mellah! II est vrai que depuis 1598, la peste desolait le Maroc. Elle dura jusqu'en 1607 et fit des centaines de milliers de victimes,La Relation de Georges Wilkins rapporte d'une maniere tres exageree le chiffre de sept mille sept cents morts chez les Juifs de Marrakech et dans la seule annee de 1604.

 Si l'epidemie et aussi la famine qui s'ensuivit avaient surement fait des ravages dans le Mellah comme ailleurs, il semble que la segregation, meme dans les meilleures conditions, avait incite beaucoup de Juifs de la ville a aller vivre ailleurs. Jusqu'en 1682, les deux seuls Mellahs du Maroc etaient ceux de Fes et de Marrakech. Le Francais Mouette qui nous a laisse un ouvrage sur sa captivite au Maroc de1670 a1681, nous a expressement fait connaitre cette situation: "Dans Fes et dans Maroc (Marrakech)", ecrit-il, "les Juifs sont separez' des habitants, ayant leurs quartiers a part, ceints de murs dont les portes sont gardees par des gens etablis par le Roy

… Dans les autres villes ils sont melez avec les Maures". En 1682 un troisieme Mellah fut fonde, celui deMeknesdont Moulay Ismael (1672-1727) avait fait sa capitale: "Le sultan Moulay Ismael fit sortir les Juifs de la capitale et leur fit construire un quartier special en dehors de la ville, a Berrima. II fit venir a Meknes les Filala (gens du Tafilalet) qui etaient a Fes et leur assigna  comme residence l'ancien quartier des Juifs

Un esclave anglais de Meknes raconte que l'ordre fut bien donne aux Juifs de construire leur Mellah en 1679. Ce travail auquel en fait les Juifs echapperent en versant une forte somme d'argent au souverain, fut accompli par les esclaves Chretiens et termine par eux en 1682, date indiquee par les auteurs arabes.

 Le quartier de Berrima, ou le nouveau Mellah a ete edifie, fut alors englobe dans 1'enceinte de la ville. Dans le passe, la majorite des Juifs avaient habite dans un quartier appele le canot (derb al-Knout) ou vivaient egalement des captifs chretiens. Sur les debuts du Mellah, nous connaissons quelques details par le consul de France a Tetuan, Estelle, et 1'ambassadeur de Louis XIV, Pidou de Saint Olon, venus a Meknes en 1693. "C'est", ecrit de Saint Olon, "un quartier assez grand, mais qui n'est pas plus propre que dans les autres villes".

II ajoute ensuite. "Ils (les Juifs) ne laissent pas d'etre a leur aise au dedans et d'y avoir plus de commodites que les Maures memes". L'ordre et la paix regnirent au Maroc sous le gouvernement de Moulay Ismael. Malgre les cruautes du souverain, qui frappaient tout le monde, Musulmans, Juifs, marchands et captifs chretiens, ce regne fut une longue periode de stabilite et de prosperite.

 Les Juifs dont on peut dire qu'ils furent le seul element vraiment actif dans les domaines du commerce et de l'industrie, developperent et embellirent leurs quartiers. L'apparence du Mellah de Meknes refletait la situation generale du Maroc et celle des Juifs en particulier. En 1704, on constate de grands progres dans ce Mellah, sa tenue, son activite.

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

Le Pere Busnot, venu cette annee a Meknes pour le rachat des captifs, ecrit a ce sujet: "Le quartier des Juifs se presente ou les rues sont les plus larges et ou Ton voit des boutiques ouvertes garnies de marchandises, mais dans le reste de la ville, les rues sont serrees entre deux murailles, avec quelques ouvertures de temps en temps ou 1'on ne voit que des pauvres artisans ou des vendeurs de fruits…"

. En 1721, apres d'autres personnages de marque, l'Envoye du roi d'Angleterre et sa suite sont loges au Mellah, "dans une des plus belles maisons de la ville", celle du Naguid et favori du sultan, Moi'se Benatar. L'officier anglais qui faisait partie de cette ambassade et nous rapporte ce fait en nous donnant bien d'autres details interessants sur les Juifs et le Ghetto de Meknes, est loin d'etre aussi sombre que le Capitaine Braithwaite, venu six ans plus tard a Meknes, lui aussi dans la suite d'une ambassade anglaise.

 Braithwaite nous fait d'abord constater que cette ambassade n'est pas, cette fois, logee au Mellah ou, ecrit-il, il y a plus de quinze mille families de Juifs (sic!). Ensuite, dit-il, "ces Juifs sont tres pauvres pour la plupart, comme ils le sont ordinairement dans les villes eloignees de la mer. Leur quartier est excessivement sale, qu'il est imprati cable pour les gens a pie, a moins qu'ils n'otent leurs bas et leurs souliers et les Juifs ne marchent pas autrement.

 Leurs maisons sont tres peu de chose et chacune contient plusieurs families …". A quoi attribuer ce changement si rapide si ce n'est a l'anarchie et a la grande misere qui suivirent immediatement la mort de Moulay Ismael? L'anarchie, qui devait d,ailleurs durer pendant trente annees jusqu'en 1757, avait nui d'une maneire considerable a la vie economique du pays et frappa particulierement les villes de l'interieur.

 Un grand nombre des habitants juifs de ces villes furent ruines et n'eurent plus, en general, ni les moyens, ni l'energie de se transporter ailleurs. D'un autre cote, pour echapper a l'oppression excessive et aux pillages continuels de bandes d'Arabes qui n'avaient plus ni de quoi, ni de qui avoir peur, de nombreux Juifs depouilles de tous biens et qui peuplaient en partie un grand nombre de villages dans les campagnes, se refugierent dans les Mellahs des trois villes de Fes, Meknes et Marrakech.

Cette situation ressort clairement des nombreux cas traites dans les consultations rabbiniques de l'epoque. L'etat de ces communautes ne fit qu’empirer avec ces nouveaux venus qui peserent tres lourdement sur elles. La situation generale devint franchement mauvaise pour la tres grande majorite. Aussi voit-on figurer comme les gens du commun dans les "Questions et Reponses" de nos rabbins debordes, des families qui traditionnellement avaient evite les tribunaux.

Ces familles, qui dans un passe encore recent, se comptaient par centaines, avaient toujours prefere des arrangements a l'amiable et meme l'abandon de leurs droits plutot que le scandale ou seulement l'expose public du moindre de leurs differends. Maintenant, on les voit se quereller entre elles pour de toutes petites sommes d'argent, une part de droit sur un "mikwe" ou sur une chambre dans une maison delabree. Que de cas comme ceux la dans les consultations rabbiniques, et que de noms portes jadis par des personnages d'une grande dignite et d'une droiture exemplaire. jamais cites auparavant devant un tribunal!

 C'est a partir de ce moment qu'une nette coupure se produisit entre les Juifs de la cote et ceux de l'interieur. Sous bien des aspects, des differences avaient toujours existe au sein meme des communautes, entre les descendants des expulses dela Peninsule Iberiqueet les autochtones, c'est-a-dire les  "Beldiyyin" dont le nom meme etait devenu pejoratif.

 En ce qui concerne les traditions et coutumes, ces distinctions etaient souvent une realite entre citadins de vieille souche et anciens campagnards ou montagnards qui, meme fortunes, ne perdaient pas facilement leur grossierete. Mais a la longue, ces inegalites etaient devenues des dissemblances et dans la situation desastreuese ou se trouvait maintenant le pays, les distinctions, dans les Mellahs, n'avaient plus d,impor tance sauf pour une infime minorite.

 Bien sur, il etait reste dans les Mellahs de Fes, Meknes et Marrakech d'assez nombreuses families d'artisans de moyens modestes, mais travailleurs et courageux, specialises, par exemple, dans le travail du fil d'or, de la bijouterie ou dans la confection des vetements; il y avait aussi quelques dizaines de families tres riches qui monopolisaient les grandes branches du commerce, mais qui, assurement, ne pouvaient pas toutes se prevaloir des vertus de leurs predecesseurs.

 Ces familles se calfeutraient dans leurs belles maisons situees, d'ailleurs, dans des rues qui leur etaient uniquement reservees. Mais si dans ces quartiers, devenus du reste trop petits, on pouvait encore distinguer les honnetes gens, ceux qui luttaient de toutes leurs forces contre les malheurs des temps, il y avait aussi une foule de besogneux sans scrupules et une misere souvent hideuse.

 Dans les communautes de la cote, il y avait egalement des pauvres mais plus rarement des misereux et des mendiants. Des lors, le Mellah n'etait plus seulement le cloisonnement deteste auquel, toutefois, beaucoup s'etaient tant bien que mal habitues, mais devint, aux yeux des Juifs des ports, synonyme de misere et de tout ce qui en resultait. On peut maintenant mesurer quelle fut la consternation des Juifs de Tetuan, Sale, Rabat et Mogador quand il fut decide qu'ils devaient desormais vivre dans des Mellahs

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

 

IV

A part les trois Mellahs de l'interieur du pays, il n'y en eut point d'autre au Maroc pendant cent vingt cinq annees Le medecin anglais Lempriere, qui avait habite le quartier juif de Taroudant, nous dit que celui-ci etait situe assez loin de la ville. Ce n'etait pas un Mellah a proprement parler, mais un village juif comme il y en avait dans tout le Sous, l'Atlas et le Rif.

Ces villages n'etaient pas fermes de murs, les habitations n'y etaient pas toujours accolees les unes aux autres, mais separees par des enclos. Les Juifs qui y vivaient, commercants, artisans, agriculteurs ou eleveurs, echappaient la plupart du temps, comme les Berberes de ces memes regions, a l'autorite du sultan et de son Makhzen. Ceux que le sultan Moulay Sliman (1792-1822) pouvait atteindre etaient seulement ceux des villes soumises.

Moulay Sliman avait succede a son frere Moulay Yazid dont le regne heureusement court (1790-1792) avait ete l'un des plus sombres que le Maroc ait connu. Moulay Yazid, homme fantasque, cruel, sanguinaire, etait 1'ennemi des Juifs auxquels il fit subir les pires persecutions; il les faisait piller par ses troupes, livrant leurs personnes et leurs biens a 1'armee; il faisait mettre a mort tous ceux qui avaient servi son pere et predecesseur, Sidi Mohammed ben Abd-Allah (1757-1790).

Moulay Sliman, lettre, pieux, modeste, ennemi de la violence, parut, apres Moulay Yazid, comme le maitre reve. Musulmans et Juifs celebrerent ses qualites. En verite, il avait les qualites qu'on lui pretait, mais il etait aussi parcimonieux a l'exces, ennemi du progres, d'esprit etroit et fanatique.

 Son reve etait d'isoler le Maroc completement. II craignait que les relations suivies et etroites avec les Infideles ne finissent par corrompre et par pervertir les Croyants. Par une serie de mesures, il restreignit considerablement le commerce martime. Des lors, 1'utilite des Juifs importait beaucoup moins. Et puis, ceux des ports importants n'etaient-ils pas les agents de l'influence nefaste de l'Europe?

Chapitre 3

II decide de les isoler, et autant que nous pouvons nous en rendre compte, il fit justifier cette action par une "fatwa", ce qui prouve bien, d'ailleurs, que la question de la segregation des Juifs etait une mesure particuliere et tres controversee, sinon combattue dans le monde islamique. Force par les circonstances et craignant de desservir completement ses propres interets, il fit exception pour une poignee de families a Mogador. II negligea le Juifs des autres ports parce que leurs com munautes etaient sans importance. 

Moulay Sliman fit edifier de nouvelles mosquees et restaurer les anciennes dans presque toutes les villes de son empire. Ce fut, en general, le pretexte invoque pour eloigner les Juifs des quartiers ou les saints edifices se trouvaient ou devaient s,elever. II en profita pour enfermer les communautes importantes dans des Mellahs. Comme nous le verrons, il invoquait encore d'autres motifs en faisant etablir des actes des "Oudouls" (temoins attitres) et en compensant ce qu'il y avait de tendancieux, dilatoire et meme illegal par des decisions simultanees, empreintes d'une certaine justice.

A l'origine, la majorite des Juifs de Tetuan s'etaient groupes autour de la Grande Synagogueque la communaute avait, au XVIs siecle, mise a la disposition du premier dayyan de la ville, R. Haim Bibas. Cette synagogue, echue par voie d'heritage a sa famille, fut detruite et brulee fin 1665.

Les Juifs s'eparpillerent dans la ville; et quand les Bibas reconstruisirent plus tard une nouvelle synagogue, c'est autour d'elle que beaucoup se regrouperent de nouveau. Ils appelaient "Juderia" le quartier ou, d'ailleurs, ils n'habitaient pas tous et ou vivaient en meme temps des Chretiens et des Musulmans.

Braithwaite, toujours empresse a faire connaitre ce qui diminue les Juifs, ne signale pourtant pas leur segregation dans ce quartier ni dans aucun autre, non plus que Chenier, cinquante ans apres lui. Vers la fin du meme siecle, Lempriere, par contre, ecrit qu'il y avait a Tetuan un quartier special pour les Juifs, ou ils etaient enfermes chaque nuit; mais exactement a la meme epoque, Romanelli le dement formellement.

Nous savons d'une maniere certaine qu'au moins dans la premiere moitie du XVIII siecle, des Juifs possedaient des maisons en dehors de la Juderiaet y habitaient. Comme ailleurs au Maroc et dans d'autres pays, ceux qui etaient de simples locataires beneficiaient des droits de la Hazaka (droit de preemption et de presemption de propriete ou de jouissance) fixes par les Takanot et reconnus par les Musulmans eux-memes en ce qui concerne leurs propres proprietes louees a des Juifs.

Ce fait est remarquable. II nous indique que la tolerance des cas dans d'autres- Musulmans n'est plus ici le domaines; mais une claire demonstration d'une acceptation volontaire (au moins a 1'origine) et parfois materiellement couteuse. Cette tolerance ne s'exerfait pas seulement sur l'autonomie interne des communautes juives, mais s'etendait egalement a ce que cette autonomie exigeait et qui, nous le voyons, debordait de son propre cadre.

Il est vrai qu'il est arrive qu'un souverain, abusant de son autorite, vint parfois bouleverser cet etat de choses: les Juifs tetouanais exercaient, depuis plusieurs generations, les droits de la Hazaka sur des immeubles situes un peu partout dans la ville et appartenant a la puissante famille des an-Naksis, seigneurs de Tetuan. En1667  les an-Naksis furent arretes et depouilles de tous leurs biens par le fondateur de la dynastie Alaouite, Moulay Rachid.

 En meme temps, ce souverain retira aux Juifs leurs droits sur les proprietes qui faisaient partie de ces biens et decida, en 1669 de les vendre ou de les louer a d'autres Juifs sans tenir compte de l'existence des droits des premiers beneficiaires.

 Cette affaire occasionna des discussions et souleva de nombreux cas juridiques sur lesquels les rabbins eurent a statuer. La majorite de ces rabbins estima, selon une vieille sentence, que puisque "la justice du roi est celle qu'on doit reconnaitre" (dina de-malkhutci dina), ceux qui avaient joui du droit de la Hazaka sur les anciennes proprietes des an-Naksis perdaient ce droit et par suite, ceux qui voulaient maintenant s'en rendre acquereurs pouvaient le faire et y habiter

. Avant d'etre enfermes dans un Mellah, la plupart des Juifs tetouanais habitaient des quartiers comprenant des emplacements et des rues relativement larges qui portent encore les noms de as-Saiyyaghin (les Orfevres), bin al-Fnadak (entre les Fondouks), al-Mellah al-kadim (le vieux Mellah) et derb Jamaa al-Kabir (la rue de la grande mosquee).

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

Les juifs au Maroc et leurs Mellahs – David Corcos

 C'est precisement lorsque Moulay Sliman decida de construire cette mosquee qu'il fit expulser  les Juifs de leurs anciennes maisons "trouvant", dit un historien, "leur voisinage inconvenant pour le saint edifice" Cet ordre  fut adresse au gouverneur de la Provincede Tetuan, Abd ar-Rahman ben Abd al-Kader Achach, par une lettre ecrite de la main du sultan fin Jumada I 1225 (Mercredi 5 Aout 1807). Moulay Sliman y declare, egalement, faire donation a la communaute juive "en toute propriete de tout le bien connu sous le nom de al-Ryad (le jardin) dans la ville de Tetuan" 

A cet endroit, il y avait effectivement des jardins et quelques families juives y habitaient deja. Le gouverneur devait maintenant en faire selon les instructions du souverain: "un Mellah isole, separe des Musulmans comme tous les Mellahs". Tout Juif qui possedait une maison en ville devait la revendre aux Musulmans et avec le prix de cette vente, se faire construire une autre dans le Mellah. 

Le delai accorde aux Juifs pour quitter les maisons de la ville et reconstruire leurs nouvelles habitations etait de six mois: "Si cela venait a expirer", ordonne le sultan, "expulse-les de la ville, eloigne־les et qu'ils n'y retournent jamais plus pour y resider avec 1'aide de Dieu Tout Puissant! 

". Les Oulemas devaient etre convoques immediatement et mis au courant de ces dispositions: "car nous avons juge cela utile et bon; afin de les (les Juifs) mettre a l'ecart des Musulmans et de les empecher de s'approcher de leurs mosquees et de leurs demeures. C'est la l'un des premiers avantages que nous procure (la construction) de la nouvelle mosquee". Puis le sultan ajoute: "Louange a Dieu, puisse-t-il compter (cette mosquee) parmi les oeuvres eternelles et nous en faire tirer profit ici-bas et dans 1'au-dela, Amen! Prends garde qu'ils (les Juifs) ne sanctifient une de leurs maisons pour le culte ou qu'ils ne fassent construire une synagogue (dans le Mellah): il ne faut pas qu'il y ait deux directions de priere en pays musulman!. 

"II n'v aura pas deux directions de priere (kibla) en terre d'Islam" est une phrase qui revient assez souvent sous la plume des auteurs musulmans. En tous cas, la doctrine des legistes interdit la construction de nouveaux edifices du culte, juif ou Chretien, en pays musulman. Cette interdiction fut souvent a l'origine de graves persecutions contre les non- Musulmans. Mais comme il arrive en ces matieres les faits historiques contredisent frequemment la doctrine. Au Maroc, il semble que dans le passe, on etait plus intransigeant qu'ailleurs en ce qui concerne cette question. Aussi, generalement, la synagogue n'etait-elle qu'une chambre plus ou moins bien agencee, plus ou moins vaste suivant les moyens de son proprietaire (j'en ai pourtant connues de tres belles, quoi qu'anciennes et assez vastes pour contenir de deux a trois cents fideles). 

Les quartiers speciaux ou etaient relegues les juifs n'ont d'abord existe qu'en Europe. Leur etablissement fut sanctionne par une loi canonique du Troisieme concile de Latran en 1179. 

Ces chambres etaient reservees au culte dans des maisons particulieres: "Le Roy leur permet d'avoir des synagogues particulieres, ce sont des maisons ordinaires; car il leur est defendu d'avoir pour cela des maisons publiques, et dont !'architecture se fasse remarquer" (Simon Ockley Relation des Etats de Fez et de Maroc tr. fr., Paris 1726, p. 154). Au temps de Moulay Sliman cette "tolerance" n'etait meme plus admise officiellement. En 1811, trois synagogues furent brulees a Meknes: "… En effet, le gouverneur avait, par ordre du sultan, fait mettre le feu aux synagogues construites dans l'annee … la responsabilite incombe a des denonciateurs juifs qui ont rapporte au gouvernment que des synagogues nouvelles avaient ete construites. Or, selon leurs lois, nous n'avons pas le droit de les en informer, si on le fait, ils les demolissent" (G. Vajda, op. cit., pp. 97-98 et n. 1). Les autorites fermaient donc les yeux et il leur fallait une denonciation formelle pour sevir. Encore, selon toutes probabilites, ne s'agissait-il que de chambres- synagogues d'une maison particuliere.

Cependant, la segregation des Juifs, outre les difficultes juridico-religieuses qu'elle soulevait, ne fut pas, en general, favorablement accueillie a  Tetuan, surtout par la bourgeoisie musulmane d'origine andalouse qui avait toujours entretenu d'excellentes relations avec eux. Le sultan qui pressentait des difficultes de la part des Andalous, voulait les convaincre du bien-fonde et de 1'orthodoxie de cette disposition: "

Veille a ce que ces ordres soient strictement executes et qu'ils ne fassent 1'objet d'aucune discussion car ceci est une affaire purement religieuse" ecrivait-il au gouverneur, et il ajoutait menacant: "Si tu decouvres quelqu'un qui veuille contester ces dispositions ou les discuter, applique- lui un chatiment severe pour son peu de religion, pour la faiblesse de sa foi et de sa certitude".

 Quant aux Juifs eux-memes, le Grand-Cadi de Tetuan ecrivit un peu plus de trois annees plus tard, au debut de Muharram 1225 -25  Fevrier 1810 . Ils (les Juifs) accepterent cela et s'y engagerent apres s'etre inclines devant les instructions (la lettre du sultan).

Ils s'engagerent a ne pas faillir a leurs promesses et a ne pas rompre cet accord, a ne pas revenir sur les decisions et a ne pas les repousser. Ils accepterent 1'humilite et le mepris a tout moment… que la Grandeursoit a Dieu, a son Prophete et aux Musulmans et l'abaissement eternel aux ennemis de Dieu, les Infideles"

Il semble que Abd ar-Rahman Achach n'ait pas fait strictement appliquer les ordres du sultan et plusieurs families resterent en dehors du Mellah. Le souverain s'en apercut au cours d'un voyage d'inspection qu'il fit dans les ports du nord. Ce fut, semble-t-il, une des raisons de la destitution de ce gouverneur et son remplacement par un esclave noir du palais, officier de l'armee imperiale

Cette situation apparait plus clairement par la reprise de la question et la convocation des rabbins ainsi que des notables de la communaute par le Grand Cadi, trois ans apres la lettre du sultan dont nous avons donne plus haut quelques extraits.

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

Les juifs au Maroc et leurs Mellahs – David Corcos

Le quartier dit ar-Riyad, donation du souverain, s'avera insuffisant pour loger tout le monde. Les consultations rabbiniques font part des difficultes qu'entraina la stricte execution de la decision imperiale meme apres la convocation des chefs de la communaute par le Grand-Cadi. Les Juifs firent alors, comme on le voit, demarches sur demarches, depenserent sans douteהמללאח 3 de grandes sommes en cadeaux et finalement obtinrent 1'autorisation d'acheter un emplacement contigu a leur Mellah. Cet emplacement comprenait egalement un jardin ou s'eleverent bientot des demeures assez belles. L'ensemble du Mellah s'etait appele, auparavant, ar-Riyad d'al-Ghazaoui

V

Retracer le passe juif sur les deux rives du fleuve Bou-Regreg, a Sale et a Rabat, sort du cadre du present ouvrage. Neanmoins, disons que ce passe remonte a l'Antiquite, qu'au cours des siccles les Juifs n'ont jamais cesse d'etre represents en nombre plus ou moins important suivant les epoques, dans les deux villes soeurs et sur leur site. Leur situation y fut souvent excellente, leur condition de vie generalement bonne. D'un autre cote, l'histoire de Rabat et celle de Sale se confondent la plupart du temps. Dans les documents et les textes, le nom de Sale a aussi bien designe Rabat et ce n'est qu'a partir du XVII׳ siecle que les Europeens prirent l'habitude de donner a cette derniere !'appellation de "Sale-le-neuf',la cite de Sale devenant "Sale- le-Vieux; puis environ un siecle plus tard, les deux villes porterent chacune son nom propre.

A Sale ou les Juifs residaient principalement jusqu'a la fin de la premiere moitie du XVIII siecle, il y avait des hommes illustres, rabbins fameux ou marchands d'une importance qui depassait le cadre du Maroc lui-meme. Ils cumulaicnt souvent les roles d'armateurs et de negociants avec ceux de banquiers et de diplomates. Dans cette atmosphere qui caracterisait alors les ports marocains et etant donne le milieu dynamique de certains elements juifs originaires des villes de l'interieur, depuis longtemps habitues aux voyages maritimes et toujours a la recherche d'une expansion commerciale, de nombreux Saletins, tout comme leurs coreligionnaires de Tetuan, allerent s'etablir dans les centres de Safi et d'Agadir, alors ports tres importants en raison de leur commerce avec l'Afrique. D'autres, tout aussi nombreux, allaient se fixer sans toutefois rompre leurs attaches marocaines, a Livourne, Marseille, Rotterdam, Amsterdam, Londres, Hambourg et plus tard a Mahon et Gibraltar.

 En sens inverse, des families entieres venaient ou revenaient des communautes de l'Europe occidentale et finissaient par faire souche dans les villes marocaines de la cote, particulierement a Sale et plus rarement dans l'interieur, a Meknes ou a Marrakech.

Jusqu'a la fin du regne de Moulay Ismael, il y avait aussi des nouveaux- arrives a Fes. Des Juifs de l'Europe centrale y venaient egalement et en assez grand nombre. Malheureusement, il s'agit dj'ndividus qui donnaient de la tablature aux dirigeants de cette communaute sur qui deja pesaient lourdement les impots dont on la chargeait:

— ״מפני שנתמעטו שערי ההשפעה רבו כמו רבו עניים בעירנו זאת ונתמוטטו כמה וכמה בעלי בתים מחמת רוב הצרות מסים וארגוניות מינים ממינים שונים ולא מצאו אנשי חיל ידיהם ולהחזיק ביד העניים הנז' ולקיים מאמר רז״ל עניי עירך ועניי עיר אחרת עניי עירך קודמיו וכוי לפי שאין לך שבוע ושבוע שלא יבואו ששה או שבעה עניים משאר מדינות המערב וגדולה על כולן אלו הבאים מאשכנז ופולנייא אשר רובם ככולם מביאים אגרות חתומות שבאים מארצם לצורך פדיון שבויים ואחר כך תגלה רעתם שמזייפים אגדותיהם ונוטלין ממון בזרוע וביד רמה ואחר כך פוערים פיהם לבלי חוק ומדברים דברים רעים ועניי העיר עם שאר עניי המערב נדחים במתנה מעוטה אשר לא תועיל לכלום על כן הסכמנו אנו החתומים הסכמה גמורה שלא תופר ולא תתבטל שכל הבא לשאול מארץ אשכנז ופולונייא וסביבותיהן אין לו מהקהל כי אם שני אירייאלים ולא יותר הן יהיה חכם או מהמון העם או לפדיון שבויים וכיוצא. וכל הרוצה לתת יותר מזה מן הקהל הוא עובר על הסכמת ב״ד והקהל ודבריו בטלים ואין שומעין לו כלל והרי הוא גוזל את הרבים וגוזל עניים ולפי שכך הסכמנו וקבלנו ואין להשיב במשך זמן עשר שנים לכן חתמנו בר״ח תמוז ׳ה״ל שנת טוב להודו׳׳ת לה׳ לפ׳׳ק ע״כ וחתו׳ החכמים השלמים הרבנים המובהקים כמהר״ר מנחם כהה״ר דוד סרירו זלה״ה וכמוהר״ר וידאל הצרפתי זלה״ה וכמוהר״ר מימון אפ׳לאלו זלה״ה והכרנו

חתימותיהם: תמוז הת׳׳ס״.—

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

Les juifs au Maroc et leurs Mellahs – David Corcos 

(R. Abraham Ankawa, op. cit. II, art. N° 46, f° 8 col. 2). II est certain que quelques-uns au moins de ces originates de l'Europe centrale et orientale sont restes dans le pays. II est difficile de les identifier car, generalement, ces gens n'avaient pas alors de noms de famille. Neanmoins, les noms de Weizman Loeb, d'Esterazy, de Lock ou d'Eskenazi, noms portes par de nombreuses families juives du Maroc. etaient pour ainsi dire inconnus dans ce pays avant le XVIIe siecle. II n'existe actuellement que deux etudes des noms propres portes par les Juifs du Nord de l'Afrique: Ismael Hamet, Les Juifs de l'Afrique du Nord, Noms et Prenoms, Paris

, et M. Eisenbeth, Les Juifs d'Afrique du Nord, Demographie et Onomastique, Alger 1936. Ces deux ouvrages comportent de nombreuses lacunes et beaucoup d'erreurs quant aux explications qu'on y trouve sur l'origine des noms; mais on peut y voir les noms d'origine germanique et slave portes par les Juifs del'lAfrique du Nord. 

Au XVII siecle, le nombre des Juifs "etrangers" a Sale etait considerable. C'etait une cite ou regnait l'abondance. La course plus encore que le commerce y avait enrichi  a peu pres tout  le monde. C'etait un milieu quelque peu disparate ou le cosmopolitisme. sans dominer, etait repandu. Dans ce milieu, on etait autant preoccupe de negoce honnete que d'operations douteuses, d'etudcs serieuses que de chimeres dangereuses. Les partisans du faux-messie, Shabbetai Zevi, y avaient trouve un bon terrain pour leur propagande. Mais c'est auss; a Sale que l'opposition a ce mouvement fut la plus forte et que 1'on pouvait rencontrer le plus grand nombre de personnes vertueuses sans hyprocrisie et pieuses sans superstitions.

, Romanelli nous informe que les gens de Sale sont durs avec les Juifs plus que les gens de Rabat. Les gens de Sale, dit-il, vont pieds nus parce qu'ils n'ont pas de quartier special comme a Meknes 

Pendant le regne dc Moulay Ismael, les Juifs occupaient la plus grande partie de la ville de Sale Des departs pour "la ville d'en face", Rabat ou il n'y avait qu'une petite communaute, commencerent vers 1730 et le plus grand nombre s'y fixa vers 1750. Ceux qui etaient restes a Sale ou y revenaient pour differentes raisons, vivaient, comme auparavant, au milieu des Musulmans, notamment dans les quartiers des Guezzarin et de Bab Hosein ou il y avait de belles mai- sons. Les plus pauvres etaient groupes, avec des petits artisans et des ouvrieers musulmans dans ce que l'on a appele plus tard, improprement, Mellah al-Kadim (le vieux Mellah). 

marchand, Isaac Abensur, natif de Sale, qui s'etait etabli a Rabat avant 1740. Plusieurs annees plus tard, il revient vivre a Sale sa ville natale. Vers 1749, le guizbar (tresorier) de la communaute de Rabat. Isaac Calderon, lui reclame sa quote-part dans la repartition des impots que celle-ci doit verser au souverain, alors qu'Isaac avait deja quitte cette ville. II regle sa part; puis les impots venant a augmenter considerablement, on lui reclame encore de l'argent. II refuse et il est defendu par le Tribunal rabbinique de Sale qui lui donne raison contre celui de Rabat. Cette affaire montre une certaine animosite entre les deux communautes; elle montre egalement l'importance, a cette epoque, de chacune d'elles, la communaute de Rabat payant environ quatre fois plus d'impots que sa voisine Sale

Les quartiers speciaux ou etaient relegues les juifs n'ont d'abord existe qu'en Europe. Leur etablissement fut sanctionne par une loi canonique du Troisieme concile de Latran en 1179.

Quand en 1807 Moulay Sliman decida de cantonner les Juifs de Sale dans un quartier special, il leur fit don d'un vaste terrain qui etait anciennement occupe par le chantier des barcasses situe a l'extremite occidentale de la ville. Le Maallem (architecte) Hassan Soudani traca le plan du nouveau Mellah. Sur ordre du sultan, on y edifia cent cinquante maisons, douze boutiques et des fours publics a l'usage des Juifs qui ne devaient plus jamais retourner dans leurs anciennes demeures.

 "On a pu", ecrit un auteur francais, "retrouver dans un document prive les causes qui motiverent le transfert des Juifs sur leur nouvel emplacement. Ce sont les suivantes: 1״) Certaines mosquees etaient intercalees entre des maisons juives; elles etaient, de ce fait, desertees par les Musulmans; 2״) Devant la porte de ces mosquees s'ecoulaient constamment les eaux sales provenant des maisons juives; 3°) Les maisons occupees par les Juifs etaient la propriete des Musulmans; 4°) Les synagogues etaient voisines des maisons habitees par les Musulmans, et les Juifs faisaient un bruit assourdissant en s'y livrant a leurs devotions" s

. C'est le sultan lui-meme qui parait avoir provoque l'etablissement d'un acte d'adoul (attestation) en date du 26 Muharram 1221 – 15 Avril 1806.

  ou ces raisons sont invoquees. A ces considerations vraies ou fausses, on doit ajouter que Moulay Sliman fit construire une nouvelle mosquee, precisement dans le quartier des Guezzarin ou habitaient un assez grand nombre de Juifs. Cest cette construction qui est le motif donne par An-Nasiri, l'auteur du Kitdb al-Istiksa, lui-meme natif de Sale, a la decision du souverain.

La communaute de Rabat, composee en majeure partie de Juifs saletins, etait devenue 1'heritiere du long passe de sa voisine, de ses venerables traditions, de sa culture, de son etonnant esprit d'entreprise, mais aussi de 1'esprit mercantile de certains de ses elements.

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

 

Les juifs au Maroc et leurs Mellahs – David Corcos

Les quartiers speciaux ou etaient relegues les juifs n'ont d'abord existe qu'en Europe. Leur etablissement fut sanct

Fes et Meknes, dont le dernier veritable grand homme fut R. Jacob Abensur, avaient perdu la place de centre intellectuel juif qu'elles avaient occupee au Maroc malgre la concentration deja ancienne de la vie economique dans les principaux ports et l'attirance qu'ils exerfaient sur les Elites. Les efforts louables de ceux dont les families y jouissaient encore d'un certain prestige ne changent rien a cet etat de choses. Seule la ville de Marrakech, apres plus d'un siecle de vie obscure et promue de nouveau au rang de capitale imperiale avec 1'avenement de Sidi Mohammed ben Abd-Allah (1757-1790) disposait maintenant d'une classe de savants dignes de ce nom. A cette epoque, Marrakech ne partageait cet avantage qu'avec Rabat.

 Ses marchands monopolisaient le commerce maritime. C'est a eux qu'etaient affermees les douanes des ports des deux rives du Bou-Regreg et parfois celles de La Mamora, Larache, Arzila et Tanger. Ils affermaient egalement la fabrication et l'exportation de la cire, du tabac (dont la qualite etait la meilleure que l'on pouvait trouver, tres superieure a toutes les autres, ecrivent les auteurs de l'epoque) et d'autres produits. Ces memes marchands formaient, parfois avec des Chretiens, des societes pour la frappe de la monnaie. Leur activite, plus reduite depuis la fondation de Mogador en 1767, restera quand meme appreciable. Les fortunes, accumulees grace a cette activite, faisaient de cette communaute un veritable centre de capitalistes prets a participer a toutes les affaires, surtout extra marocaines: ces capitalistes trouvaient ainsi le moyen de mettre une partie de leur argent a l'abri des caprices du pouvoir, bien en surete dans les pays europeens. D'ailleurs, depuis peu, une nouvelle classe s'etait formee qui n'avait ni la moderation des vieilles families, ni leur discretion, ni leurs solides principes. Les hommes de cette classe, souvent en association avec les Comptoirs etablis par les Chretiens, avaient accentue la fuite des capitaux et privaient ainsi les travailleurs d'une partie de leurs moyens d'existence. La communaute avait alors des difficultes a faire face aux impots fixes et aux impots extraordinaires dont les Autorites musulmanes l'accablaient parfois.

Grace aux soutiens qu'ils achetaient, ces hommes s'arrangeaient pour ne pas subir le contre-coup de leurs mefaits. Tout le poids des taxes retombait sur les anciennes families riches dont la ruine possible etait precisement recherchee par ces parvenus jaloux, qui visaient continuellement a prendre leur place. C'etaient des parvenus d'autant plus agressifs qu'ils n'etaient pas acceptes par ceux qui appartenaient a une societe fermee selon un tres vieil usage. Ils etaient venus s'ajouter aux mercantis et aventuriers venus de Sale a la suite des honnetes gens. Entre ces nouveaux possedants les disputes ne manquaient d'ailleurs pas. Ils melaient imprudemment le souverain a leurs querelles et y perdaient, en meme temps que leurs adversaires.

 En 1790, l'ouragan qui deferla sur la grande partie des communautes juives importantes du Maroc, balaya tout le monde, riches et pauvres, parvenus et aristocrates. Quand Moulay Yazid monta sur le trone, le gouverneur de Rabat-Sale etait Si Abd-Allah Bargach (Vargas). II appartenait a une famille distinguee d'origine andalouse qui comptait parmi ses amis de nombreux Juifs de meme origine que lui. II epargna, momentanement, a ces derniers et a leurs coreligionnaires le pillage et toutes les horreurs qui s'ensuivaient. En effet, Moulay Yazid, comme il l'avait fait dans le nord du Maroc, avait ordonne, le 26 Avril 1790, la mise a sac des maisons juives de Rabat. Bargach le fit revenir sur sa decision et obtint qu'il imposat seulement une contribution. Mais Moulay Yazid exigea l'enorme somme de 500.000 mitkals. Pour payer leur part, de nombreuses families durent vendre tout ce qu'elles possedaient. Le souverain fit en outre arreter et flageller R. Salomon de Avila qui avait ete l'ami et l'un des conseillers du sultan defunt, le frappa d'une forte amende personnelle et fit ensuite piller et saccager sa maison par ses soldats. Apres son avenement en 1792, Moulay Sliman sejourna plusieurs fois a Rabat qui devait jouir de nouveau de la paix et de l'abondance. Mais la terrible epidemie de peste qui sevit sur tout le Maroc en 1799 ravagea litteralement Rabat et Sale qui perdirent les deux tiers de leur population. On s'etonne de constater que malgre ce fleau et d'autres qui s'ensuivirent, la communaute put retrouver son equilibre; mais jamais plus elle ne retrouva sa prosperite passee. En 1804, des marchands juifs y repandent le bruit de la mort du souverain qui etait gravement malade et augmentent aussitot le prix de toutes les marchandises.

 Ils en furent punis par de fortes amendes. L'historien qui relate ce fait semble vouloir le relier a la decision du sultan d'enfermer les Juifs dans un Mellah, car il ecrit aussitot: "Quelques annees plus tard, on cree un veritable Mellah…

Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

Les juifs au Maroc et leurs Mellahs – David Corcos

Les quartiers speciaux ou etaient relegues les juifs n'ont d'abord existe qu'en Europe. Leur etablissement fut sanctionne par une loi canonique du Troisieme concile de Latran en 1179. 

 Nous savons que jusque la les Israelites rabatis habitaient generalement le quartier de Behira  qui du reste, ne leur Maalem, souvent employe par le souverain, El-Hassan es-Soudani, commence les operations d'arpentage le 5 Aout 1807 et les travaux sont aussitot entrepris. On construit des maisons, des fours, des moulins et des boutiques, qui sont acheves en l'espace d'un an environ. Et le 16 Octobre 1808, les Israelites de Rabat se transportent dans leurs nouvelles habitations; le dernier d'entre eux quitte leur ancien quartier deux jours plus tard "en criant, pleurant et se lamentant". Les auteurs non-Juifs affirment qu'un certain nombre de Juifs, proprietaires d'immeubles, prefererent abjurer leur religion et se convertir a l'lslam, plutot que d'abandonner leurs vastes et belles demeures. Ce cas qu'on ne peut comparer qu'a un seul autre, celui de certains Juifs de Fes lors de la creation du Mellah dans cette ville en 1438, est passe sous silence par les auteurs israelites de l'epoque.

Neanmoins, il repond a une verite historique qui denote, par ailleurs, un esprit particulierement inconstant et bassement opportuniste dans un certain milieu de la communaute, celui dont nous avons parle plus haut. Un autre fait est certain; comme partout ailleurs au Maroc la creation du Mellah de Rabat a ete une guezera (catastrophe) pour les membres de cette communaute. La tradition populaire toujours prete a trouver des raisons qui froissent moins la fierte des foules, reprit a son compte une partie de la legende des Juifs de Marrakech. D'apres les Rabatis, la cause de la creation de leur Mellah fut la suivante: une Musulmane s'etait eprise d'un beau jeune-homme juif; apres l'avoir importune de ses assiduites et ne pouvant parvenir a ses fins, elle porta de fausses accusations contre lui. Le Juif put se disculper, mais l'incident provoqua une grande agitation contre ses coreligionnaires. Le sultan, voulant les soustraire aux mauvais traitements, leur assigna un quartier special ou ils seraient a 1'abri des emeutes et leur offrit d'abord la fameuse Kasba des Oudayas situee face a la mer.

 Ils refuserent cette offre parce que ce lieu etait expose au bombardement des navires Chretiens. C'est alors qu'il leur designa les vergers du quartier de Ouqqasa. En verite, le sultan voulait avant tout separer les Juifs des Musulmans et marquer ainsi les differences sociales entre ces deux elements de la population, tout en favorisantt les Musulmans, comme nous le verrons plus loin. Moulay Sliman voulait ensuite humilier davantage les Juifs et les forcer a une promiscuite penible avec le secret espoir d'assister a la conversion de certains d'entre eux, les meilleurs peut-etre. II ressort de la declaration du Grand-Cadi de Tetuan aux Juifsque ce fut, dans cette ville, un des buts poursuivis par la creation de son Mellah. Cependant, ni a Sale, ni a Tetuan, ni a Mogador comme nous le verrons, ce stratageme n'avait reussi. A Rabat, la majorite des Juifs montrerent egalement une grande fermete. Ils perdirent eux aussi le droit de la Hazaka sur toutes les proprietes dont ils avaient eu la jouissance. Pour le plus grand nombre, ce fut une enorme perte et pour les moins convaincus un grand sacrifice, ce droit, comme on le sait, etant hereditaire. Ils devaient l'abandonner sans espoir de retour, comme le leur ecrivit R. Joseph Elmaleh, le dayyan de la communaute a cette epoque.

״… ולפי שגזר המלך יר״ה שיצאו היהודים מחצירהם שהיו דרים בהם ויש להם בהם החזקות שנתמשכנו שיפנו דירתם מהם ולא ידורו בהם לעולם לדור במקום אחר שקבע להם בפע״ץ בלתי תערובת הגוים כשאר המדיני שיש להם להיהודים למלא״ח בפע״ץ וממילא נאבדו חזקו׳ החצרות שהיו דרים בהם מקודם ולא שוו ולא מדי כיון שלא ידורו בהם ישראל היודעים מטיב החזקות אלא הגוים דהו״ל החזקות של החצרות כנפלו ונשרפו ושטפם נהר אם הייב הלוה לפרוע למלוח דמי המשכו׳ משאר נכסים משום דהו״ל כשטפם גהר כיון שנשתדפו החזקות …״

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