Juifs du Maroc R.Assaraf


Indépendance et liberté d'émigration : l'impossible défi-Juifs du Maroc R.Assaraf

Indépendance et liberté d'émigration : l'impossible défi

Après la grande vague d'émigration, à forte connotation religieuse, des années 1947-1950, les départs vers Israël s'étaient considérablement ralentis. La situation allait changer du tout au tout dans le contexte de l'affrontement entre le mouvement nationa­liste marocain et les autorités françaises, incapables d'accepter le caractère inéluctable de la décolonisation.

Les gouvernements de la IVe République pratiquèrent la fuite en avant pour sauver le "Maroc de papa"  et n'hésitèrent pas, au plus fort de la crise entre le Palais royal et la

Résidence, à déposer, le 20 août 1953, le sultan Mohammed V, exilé avec sa famille a Madagascar, et à le remplacer par un homme de paille, Moulay Arafa, soutenu par le glaoui de Marrakech.

Dès lors, le divorce paraissait consommé entre les Marocains et la France, un état de fait dont la communauté juive eut à pâtir très sensiblement. Si le judaïsme marocain avait, un temps, rêvé d'un partenariat avec le colonisateur et d'une intégration au sein de l'ensemble français, il avait pu constater qu'il s'agissait là d'un mouvement non payé de retour. Le refus des autorités coloniales d'appliquer au Maroc les dispositions du décret Crémieux, qui avait permis la naturalisation collective des israélites algériens, et la mise en œuvre, entre 1940 et 1942, de deux statuts des Juifs très rigoureux, avait dissipé les illusions de beaucoup. Seule une infime minorité, se recrutant dans les couches les plus misées de la population, croyaient encore aux vertus de l'assimilation et du partenariat arec la France.

Cela ne signifiait pas pour autant que les Juifs marocains vissent d'un œil enthousiaste l'influence croissante d'un mouvement nationaliste à très forte connotation islamique. Rares, très rares étaient les militants juifs de l'Istiqlal. S'ils étaient naturellement loyaux envers la dynastie alaouite, les Juifs marocains estimaient plus prudents de se tenir à l'écart des passions politiques du moment, par crainte d'être instrumentalisés par l'une ou l'autre des parties en conflit.

Cette impossible neutralité les faisait se sentir comme pris entre le marteau et l'enclume, et comme les cibles toutes désignées des violences. C'est ce qui se produisit lors du premier anniversaire de la déposition de Mohammed V, le 20 août 1954, dans la bourgade de Sidi Kacem (Petit-Jean), située à une vingtaine de kilomètres de Meknès.

Sidi Kacem n'avait pas de communauté juive régulièrement constituée. Toutefois, le marché de la localité était fréquenté par des négociants juifs de Meknès qui y passaient la semaine avant de revenir dans leurs foyers pour les shabbats et les fêtes.

Au début du mois d'août 1954, les milieux nationalistes marocains lancèrent un mouvement de grève et firent pression sur les commerçants israélites pour qu'ils ferment leurs boutiques. À Petit-Jean, les autorités françaises demandèrent aux Juifs de n'en rien faire et leur promirent, en contrepartie, la protection, qui s'avéra illusoire, des forces de l'ordre.

Le 3 août 1954, des manifestants s'attaquèrent aux boutiques juives ouvertes, visant spécifiquement les commerces juifs, comme le rapporta un témoin oculaire du massacre :

Les forces de l'ordre qui savaient à quoi s'en tenir sur l'état d'esprit de la population et qui, après leur provocation, avaient abandonné la ville indigène pour protéger le quartier européen, assistèrent en spectateurs au massacre, malgré les appels à l'aide désespérés, arguant du manque d'ordres de Rabat et de l'attente de renforts.

Ce n 'est que près de quatre heures après le début de l'émeute, vers 10 h 30, que la police, qui protégeait uniquement le quartier européen, commença à établir un barrage et à tirer sur les émeutiers qui commencèrent à s'enfuir en tous sens, poursuivis par les soldats, qui arrivèrent plus de300. Plus incroyable encore que cette totale carence de la police, la discipline suspecte des émeutiers qui ne s'attaquèrent qu'aux magasins juifs, épargnant soigneusement ceux des musulmans et, encore plus incroyable, ceux des sociétés françaises et étrangères.

C'est ainsi qu'arrivés devant les dépôts de la Scam, qu'ils se proposaient d'incendier, ils s'enquirent de son propriétaire, Quand ils apprirent qu 'il s'agissait d'une société française, ils l'épargnèrent soigneusement, partant à la recherche d'autres biens juifs.

Le massacre de Petit-Jean fit six victimes, inhumées dans la plus grande discrétion à Meknès. À la fin de la période de deuil, le comité de la communauté fit diffuser une lettre ouverte dans les synagogues. À dessein rédigé moitié en hébreu, moitié en judéo-arabe, car dans l'atmosphère de terreur où vivait la communauté, il était à craindre que ce cri de douleur soit mal interprété, s'il venait à tomber entre des mains étrangères, françaises ou musulmanes, le texte disait :

Dieu de vengeance ! Qui a vu de telles horreurs, qui a entendu parler de méfaits ! Les enfants d'Israël sont tués et brûlés comme à l'abattoir. Quel cœur n 'en serait pas déchiré ! Ah ! Des pères et leurs enfants sont sacrifiés le même jour… Leurs assassins pleins de haine, sauvages et cruels, leur ont fait subir les pires tourments des quatre condamnations à mort. « Vois, Éternel, et regarde, punis-les comme ils le méritent ! » A nos frères précieux et aimés, sacrifïés sur l'autel comme victimes expiatoires pour le peuple d'Israël, pour la sanctification de Ton Nom divin, uniquement parce qu'ils sont les membres du peuple élu, le peuple du Livre, le livre de la sainte Torah, égorgés, tués et brûlés parce que juifs.. que le Dieu de miséricorde les accueille avec les justes dans son jardin d'Éden et qu 'à la fin des jours, il les ressuscite!

Jusque-là en hébreu, le texte se poursuivait en arabe dialectal et se teintait d'une forte coloration sioniste :

Chers frères.

Nous devons savoir que ce qui est arrivé à ces gens peut arriver à chacun de nous, car ces victimes ne s'étaient rendues coupables de rien, n 'avaient rien fait ni avec leurs mains ni avec leurs pieds. Ils n 'ont été tués que parce qu 'ils étaient juifs, ce qui signifie qu 'ils ont été les victimes expiatoires sacrifiées en kapara pour la communauté juive tout entière. Ce n 'est pas une mince perte que de perdre six âmes innocentes le même jour, car pour nous chaque juif nous est cher à l'égal de l'humanité entière, comme il est écrit : « Celui qui sauve une seule âme en Israël est comme s'il sauvait l'humanité tout entière. » Ce qui veut dire qu 'avec eux c 'est six mondes que nous avons perdus. Dans de tels cas, chez les autres peuples, on aurait élevé un monument de pierre à leur mémoire. Mais pour nous, enfants d'Israël, la meilleure manière de perpétuer à jamais leur mémoire est de planter à leur nom une forêt en Eretz Israël. Plus cette forêt grandira, plus grande sera la perpétuation de leur souvenir. C'est pour nous la meilleure façon de soulager les familles des victimes, car c'est à la fois un mérité pour les morts, une consola­tion pour les endeuillés, un hommage à tout Israël, en plus de la réalisation du commandemmt du peuplement d'Eretz Israël qu'implique un tel don.

Indépendance et liberté d'émigration : l'impossible défi-Robert Assaraf

L'affaire de Petit-Jean eut de profondes répercussions. La montée de l'insécurité et le marasme économique qui en découlait créèrent dans certaines couches de la population juive une véritable psychose du départ. Tous voulaient quitter le pays avant qu'il soit trop tard. Des dizaines de milliers de candidats à l'émigration prirent d'assaut les locaux de Kadima. Dès le mois d'août, on enregistrait 1 032 départs, 1612 en septembre, 973 en octobre, 1662 en novembre et 2214 en décembre 1954. Le mouvement ne cessa pas tout au long de l'année 1955, qui vit 25 000 départs. Les chiffres auraient été encore plus grands, si Israël n'y avait mis un frein avec sa politique de sélection des immigrants.

Devant ce véritable mouvement d'exode, la Résidence commença à s'inquiéter sérieusement du départ d'éléments considérés comme favorables au maintien de la présence française, ce qui risquait de porter encore plus atteinte au délicat équilibre intérieur entre partisans et adversaires de la France. Ce d'autant plus que l'Agence juive, par sa politique de sélection, était accusée d'écrémer le judaïsme marocain, prenant les éléments les plus sains et les mieux formés professionnellement, et laissant à la charge des communautés les malades et les cas sociaux.

La Résidence était, de surcroît, obligé de tenir compte du mécontentement du makhzen et des reproches des nationalistes devant cette vague de départs sans précédent. Elle était injustifiée à leurs yeux. Soumis à des pressions contradictoires, le résident Lacoste convoqua, le 1er avril 1955, le responsable de Kadima, Amos Arbel, pour lui signifier sans ambages qu'il fallait ralentir le rythme : « Vous envoyez trop de monde. Selon nos informations, le chiffre des départs avoisine les 2 000 par mois, et nous ne pouvons nous permettre de tels chiffres. Il vous faut revenir au quota fixé en 1949, de 600,700 au maximum, par mois. »

Parallèlement à l'action intensive des diplomates israéliens en poste à Paris, l'Agence juive décida d'envoyer à Rabat un des émissaires du Mossad les plus compétents en la matière, Yaakov Karoz. Le chef du cabinet diplomatique de la Résidence, Baudouy, démentit que la France, pour des raisons d'équilibre, voulait retenir les juifs dans son intérêt. Il affirma que la responsabilité en incombait aux seules autorités musulmanes, qui faisaient pression sur la Résidence pour arrêter les départs, officiellement pour des raisons économiques, afin d'éviter la fuite de la « matière imposable ».

Le 7 mai 1955, Yaakov Karoz fut longuement reçu par le résident général Francis Lacoste, qui expliqua à l'émissaire israélien qu'il avait décidé de baisser les rythmes des départs à 700 par mois en moyenne afin d'éviter la détérioration de la situation et de nouvelles effusions de sang. Karoz eut beau le mettre en garde contre les réactions possibles de l'opinion israélienne et des communautés juives d'Occident à une interdiction de l'émigration, Francis Lacoste se montra intraitable. Les Israéliens se résolurent à faire de nouveau pression sur Paris. Non sans un certain succès. Le rythme des départs mensuels se maintint autour de 2 000 jusqu'à la fin de 1955, pour monter à 3 000, début 1956.

Le retour du sultan Mohammed V, rétabli dans toutes ses prérogatives par Paris, et l'accession à l'indépendance, en mars 1956, du Maroc ouvrirent un nouveau chapitre de l'histoire judéo-marocaine. Lors de l'audience qu'il avait accordée, le 2 novembre 1955, à La Celle-Saint-Cloud, à Jo Ohana, président du Mouvement national marocain, le souverain avait tenu à rassurer ses sujets juifs en proclamant l'abolition de la dhimma et l'instauration d'une complète égalité entre juifs et musulmans :

Aucune distinction ni discrimination n'a jamais été faite et ne sera jamais faite entre Marocains israélites ou musulmans. Les Israélites marocains sont des citoyens de plein droit comme leurs compatriotes musulmans.

Le souverain renouvela encore plus solennellement ces mêmes assurances, en recevant le 5 novembre 1955, à Saint-Germain-en-Laye, la délégation officielle du judaïsme marocain conduite par le secrétaire général du Conseil des communautés Jacques Dahan. Dans un numéro spécial, la Voix des communautés rapporta longuement cette entrevue historique :

La délégation qui a reçu un accueil chaleureux de la part de Sa Majesté le Sultan a tenu à rappeler avec reconnaissance à son auguste souverain que sa constante sollicitude et la bienveillance dont il a fait preuve, dans les circonstances les plus deliates, a l'égard de ses sujets israélites, avaient laissé un souvenir impérissable qu'aucun bouleversement ne pouvait atteindre. Les manifestations de joie spon­tanées qui se sont produites dans toutes les communautés du Maroc à l'annonce du retour de Sa Majesté le Sultan en sont la meilleure preuve. La délégation a tenu à renouveler à Sa Majesté le Sultan Sidi Mohammed ben Youssef l'expression de son loyalisme et de son attachement, et à lui faire part de son désir d'aborder avec ardeur et avec foi sous Son égide les tâches nationales qui l'attendent. Elle a exprimé sa joie à Sa Majesté le Sultan de ce qu'Elle ait dès à présent manifesté Sa ferme volonté d'instaurer au Maroc un régime démocratique moderne.

Sa Majesté, visiblement émue, déclara dans sa réponse qu'il était inutile qu 'Elle rappelât ses sentiments personnels à l'égard de Ses sujets israelites pendant la période des persécutions nazies. Elle exprima Sa satisfaction de l 'attachement que les Israelites ont témoigné aussi bien à Sa dynastie qu 'à Sa personne.

Sa Majesté a affirmé que le Maroc entrait dans une ère nouvelle où « tous Ses sujets, sans distinction aucune, auront des droits absolument égaux ». Elle confir­mait l'intention déjà exprimée publiquement par des personnalités marocaines d'associer les Israelites marocains à la vie nationale : « Vous vivrez dans l'égalité la plus absolue et dans la liberté ! »

Juifs du Maroc a travers le monde – Robert Assaraf

Pour les Juifs marocains, ces propos sonnaient comme l'annonce d'un nouvel âge d'or. Eux, qui malgré les progrès de la période du Protectorat, avaient été tenus en marge par les Français et par les nationalistes, voilà que le sultan Sidi Mohamed ben Youssef les procla­mait citoyens à part entière. Mieux, le Maroc indépendant, sultan et partis nationalistes confondus, leur disait que le pays avait besoin de leurs compétences pour se développer. Avec leur étemel optimisme, les Juifs étaient prêts à relever ce défi. Francophiles, sionistes, traditionalistes, religieux, tous répondirent présents. Malgré la générosité des intentions, tout concourut pour faire échouer ce pari et faire de cet épisode unique un bref âge d'or de moins de deux ans.

« Remarocanisés », les Juifs marocains avaient naïvement pensé que, comme eux, leur pays avait opté sans retour pour la modernité à l'occidentale, et s'était ancré à une franco­phonie garantissant l'ouverture sur le monde. L'arabisation et le « tiers-mondisme » leur donnèrent une impression de recul et d'enfermement. Confiants dans les promesses qui leur avaient été faites, ils avaient pensé que, malgré son appartenance au monde arabe, le Maroc ne les couperait pas totalement de l'État d'Israël, vers lequel allait leur solidarité naturelle et où des dizaines de milliers des leurs s'étaient installés. Le Maroc nouvellement indépendant n'était pas disposé à payer ce prix pour fidéliser et fixer ses juifs. Le divorce était inévitable. Au moins, il se fit à la marocaine – relativement en douceur.

Dans un premier temps, ce fut l'enthousiasme qui prévalut au sein de la communauté juive, un enthousiasme conforté par le discours du Trône du 18 novembre 1955, le dernier prononcé par le sultan avant le recouvrement de l'indépendance :

En ce jour béni Dieu Nous comble de ses bienfaits en Nous permettant, après une douloureuse séparation, de revenir dans notre chère patrie, au milieu de Notre peuple, ce peuple qui n 'a jamais cessé de Nous attendre, comme nous n 'avons jamais perdu l'espoir de le retrouver; et qui a largement payé de retour Notre fidélité à son égard… Le moment est venu de mobiliser toutes les énergies pour construire le Maroc nouveau, Cette entreprise exigera une transformation profonde des habitudes, des institutions et des méthodes de gouvernement, de même qu’elle impliquera une émancipation de l’individu, lui assurant dans la sécurité, la jouissance de toutes les libertés. Ainsi, le Maroc parviendra à réaliser l'indépendance que Nous n ’avons cessé de revendiquer, non seulement comme le droit naturel de tous les peuples sans distinction, mais encore comme le moyen le plus sûr de les faire bénéficier, à la fois de l’évolution du monde moderne, et des avantages d’un régime démocratique excluant toute discrimination raciale et s’inspirant de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Notre premier objectif est la constitution d’un gouvernement marocain responsable et représen­tatif expression mathématique de la volonté du peuple. Il aura à remplir trois missions à la fois :l.la gestion des affaires publiques ; 2. la création d’institutions démocratiques issues d'élections libres, fondées sur le principe de la séparation des pouvoirs, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle, reconnaissant aux Marocains de toutes confessions les droits de citoyen et l’exercice des libertés politiques et syndicales. Il est évident que les Marocains israelites ont les mêmes droits que les autres Marocains ; 3 La troisième consistera à ouvrir avec le gouvernement français des négociations sur l’indépendance du pays…

Dès le lendemain, le Conseil des communautés fit parvenir à Mohammed V un message de gratitude très révélateur des espoirs nourris par les Juifs marocains, y compris ceux qui étaient sensibles à la cause sioniste :

Les communautés israélites du Maroc sont heureuses d'exprimer à Votre Majesté leur sentiment de fierté et de profonde gratitude pour le message adressé à leur intention dans le discours de la fête du Trône. Ce message ne fait que confirmer les dispositions constantes de Votre Majesté à l’égard d’une communauté qui, en reconnaissance pour Votre noble attitude en sa faveur en des heures critiques, a gardé à Votre Majesté des sentiments d’attachement indéfectibles. Consciente des difficultés de toute nature que connaît le Maroc au seuil de 1ère nouvelle dans laquelle il s’engage, les communautés israélites du Maroc voudraient assurer Votre Majesté de leur entier dévouement aux tâches qui seront entreprises sous Vote haute égide.

Le 2 mars 1956 fut publiée la déclaration commune reconnaissant formellement l’indé­pendance du Maroc, « laquelle implique en particulier une diplomatie et une armée, ainsi que la volonté de respecter et de faire respecter l’intégrité du territoire marocain, garantie par les traités internationaux ».

Le retour du sultan porteur de la bonne nouvelle, le 5 mars 1956, souleva presque autan: d’enthousiasme que son retour d’exil. Partout, ce furent des manifestations de joie où se mêlaient dans la franche fraternité Marocains – musulmans et israélites – et Français, qui voyaient maintenant dans la personne du sultan la meilleure assurance pour leur avenir.

Dans son discours radiodiffusé du 7 mars 1956, Mohammed V mit avant tout l’accent sur la nécessité du maintien de l’ordre et de l’union, « vertu essentielle au salut de la patrie » :

En quittant le Maroc, Nous avons laissé derrière Nous une nation sous la tutelle, qui s'interrogeait sur son avenir et se demandait quand serait tenue la promesse qui lui fut faite à la suite de Notre retour d’exil. Aujourd’hui, nous retrouvons Notre chère patrie et Notre peuple qui a tant attendu, et la France a reconnu au Maroc son indépendance, le droit de jouir de tous les attributs de sa souveraineté, de même qu ’elle s'est engagée à garantir son intégrité territoriale et à la faire respecter. Nous voici arrivés au stade des réalisations où Nous pouvons gérer Nous-mêmes nos propres affaires. C'est ainsi que Nous exercerons Notre pouvoir législatif sans restriction aucune, constituerons une armée nationale et assurerons Notre représentation diplomatique. Ces résultats auxquels Nous sommes parvenus ont dissipé tous les doutes et toutes les équivoques. L’inquiétude et l’espoir ont laissé place à la certitude et à la foi en Notre pays et son avenir.

L'optimisme était de nouveau de rigueur, comme devait l’exprimer Jacques Dahan dans l’éditorial de la Voix des communautés :

Élevé à la citoyenneté intégrale par la grâce de Sa Majesté le Sultan, et de par la volonté démocratique du peuple, le judaïsme marocain saura, j’en suis convaincu, se monter digne de sa promotion. Les juifs sont reconnaissants à ceux qui leur tendent une main fraternelle et ils s’emploient avec ardeur à mériter la confiance qu'on leur témoigne. Le dernier discours du Trône les débarrasse de leurs complexes et leur ouvre les perspectives d’une intégration parfaite dans la communauté marocaine.

Juifs du Maroc a travers le monde Robert Assaraf

Dans ce contexte, la question juive, objet au départ d’une unanimité sur la nécessité : d'intégrer sans réserve à la nation la communauté juive, en respectant ses libertés et ses droits, devint avec le temps un des enjeux de la vie politique, un des moyens préférés de l'opposition pour attaquer indirectement le pouvoir en place quand elle ne pouvait le faire face  avec les inévitables conséquences de telles enchères.

Au début, l’euphorie l’emporta. Le report – à la suite de désordres provoqués par des jeunes au mellah de Marrakech – des élections des comités des communautés des grandes villes, prévues pour décembre 1955, n’ayant pas permis l’accession à leur tête d’hommes nouveaux, le sultan désigna de nouveaux membres acquis au nationalisme au comité de Casablanca, et mit à sa tête l’homme d’affaires David Benazeraf, qui en remercia ainsi le souverain, le 13 septembre 1956 :

La sollicitude de Votre Majesté s’est toujours étendue à Ses sujets israélites. Après s׳être formellement opposée à l'application au Maroc des lois du régime de Vichy en 1941, Votre Majesté a heureusement proclamé dans son discours du Trône du 18 novembre 1955 que les Israélites avaient les mêmes droits.

Fidèle à sa promesse de faire participer ses sujets juifs aux affaires du pays, le Sultan avait nommé cinq personnalités juives parmi les 76 membres de l’Assemblée consultative selon un judicieux dosage : un avocat, Me Jacques Elkaïm de Rabat ; un rabbin, rabbi Bensabat de Larache, de l’ancienne zone espagnole ; un indépendant, Lucien Bensimon de Casablanca ; et deux hommes d’affaires de la grande métropole, Jo Ohana et David Benazeraf.

Parlant sur ce point le même langage, les deux grands partis rivalisèrent de zèle sur la nécessité de traduire dans les faits les déclarations du sultan sur l’égalité des droits. Le PDI, qui dans le lointain passé ne s’était pas distingué – loin de là – dans la recherche du rapprochement avec l’élément israélite, se découvrit une vocation juive et réussit effective­ment à enrôler dans ses rangs nombre de personnalités israélites attirées par son laïcisme proclamé.

Dans une interview au Jewish Chronicle de Londres, parue au cours de l’automne 1955, son secrétaire général adjoint, Me Benjelloun rappela que son parti avait été « le premier à souhaiter la participation d’un Marocain de confession israélite au gouverne­ment de négociation. Il entend habituer ainsi les citoyens de notre pays à l’idée qu’aucune distinction fondée sur des considérations religieuses ne doit exister entre nous ». L’Istiqlal s’en tint aux résolutions intégrationnistes adoptées au Congrès extraordinaire du parti en décembre 1955 :

Considérant que les Israelites marocains sont des nationaux du pays dans toute l’acceptation historique et juridique du terme qu’il importe qu ’ils aient la jouissance et l’exercice des droits et des libertés reconnus à leurs concitoyens musulmans, dans l’égalité la plus complète ;

Considérant que cette intégration ne doit nullement porter atteinte à l’exercice de leur culte, ni à leur statut personnel ;

Demande que l’égalité de tous les citoyens marocains, sans distinction de classe ou de religion, soit hautement proclamée et consacrée dans les textes de lois ;

Suggère au comité exécutif du Parti d'encourager les contacts entre musulmans et Israélites, d’organiser et de promouvoir des activités communes dans différents domaines afin de vaincre les préjugés absurdes et de favoriser au maximum un rapprochement réel et fraternel.

Joignant les actes à la parole, l’Istiqlal créa en février 1956 une organisation pour le rapprochement judéo-musulman, le Wifaq (« l’Entente »), destinée à « encourager l’esprit de coopération dans l’intérêt national ». Un tract en arabe, judéo-arabe en lettres hébraïques et en français fut largement diffusé et proclama :

Notre vœu le plus cher est de bâtir dans la joie et la concorde un Maroc nouveau, uni, libre et indépendant. Ensemble, unis de cœur et d'esprit, musulmans et Israélites, nous mènerons notre pays vers le progrès, la prospérité et le bonheur. Ensemble, nous ferons de notre chère patrie une nation moderne et respectée, où régneront la concorde, la tolérance et la liberté. Notre Association entend mener

la lutte contre l’ignorance, la division et le racisme sous toutes ses formes. Le but d’El Wifaq est de développer les contacts entre Israélites et musulmans, en resserrant leurs liens dans tous les domaines, et notamment dans les domaines culturel, sportif, artistique, professionnel et social. El Wifaq fait appel à tous les Marocains pour qu 'ils viennent grossir ses rangs, lui apporter leur concours afin de mener à bien sa tâche, pour la grandeur et le bonheur de notre patrie.

Témoin privilégié, le journaliste Victor Malka décrit en ternies enthousiastes cette lune de miel » qui poussa de nombreux Juifs marocains à envisager de rester dans leur patrie d’origine :

La torpeur, l’expectative et l'inquiétude se dissipèrent momentanément. On ne voulut plus croire aux orages. On paria sur le printemps. Et l’enthousiasme vint. Les juifs marocains commencèrent à croire que l'indépendance nationale ne signifiait pas nécessairement le saut dans le vide et l’engagement dans l’in­connu. .. Au rendez-vous de la renaissance nationale, les Juifs marocains ne tenaient pas à être en retard comme ils l’avaient été à celui de l'indépendance… Pour une fois, l’avenir enfin signifiait l’espérance. Il s’agissait ni plus ni moins de recréer la symbiose andalouse…

Derrière cette sincère euphorie, il y avait une non moins profonde perplexité devant cette avalanche de bonnes intentions et de décisions spectaculaires. Il était difficile pour les Juifs de s’habituer à être, pour la première fois, non seulement acceptés comme citoyens à part entière, mais en plus courtisés. La réaction ne fut pas homogène. Disposée à jouer le jeu, la grande masse ne pouvait cependant s’empêcher de s’interroger sur l’éventuel prix à payer pour cette soudaine émancipation. Faudrait-il pour la mériter renoncer à sa spécificité, renoncer à une partie de sa personnalité pour se couler dans le moule musulman majoritaire ? Cesser de regarder vers Israël et de se référer à la culture française ?

Le prince hériter Moulay Hassan se montra rassurant en déclarant, devant un grand rassemblement juif à Casablanca, qu’il savait que les regards étaient tournés vers Jérusalem mais que les pieds étaient bien plantés sur la terre marocaine. Cette compréhension n’était pas du goût d’une petite minorité de gauchistes juifs, plus nationalistes que les nationalistes qui condamnaient avec véhémence le sionisme, prônant la disparition pure et simple des institutions communautaires accusées de cultiver le « séparatisme ». La petite minorité des élites – ingénieurs, économistes, médecins, avocats, hommes d’affaires – se montrait plus modérée. Elle croyait à l’avènement d’une « nouvelle Andalousie », avènement très rite contrarié par l’évolution de la situation au Proche-Orient.

Juifs du Maroc a travers le monde –Robert Assaraf-page 53-55

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    מכתב קסד אלעזר בן לחדב— מהמכתב הנז׳ לא נוכל לומר שהיה ת״ח. וברור שלא נוכל לזהותו עם אליעזר בן אלחדב שהזכיר הרב בן נאיים בערכו שהיה אחד מחכמי מקנאס. מכתב קסה רבי יחייא וויזמאן זצ״ל מו״ץ בעיר מארכש. ושמש ברבנות עם מו״ה יצחק דילויה ומו״ה אברהם בן מאמאן ז״ל. הרב הנז׳ היה חריף גדול ונחל נובע מקור חכמה וגוזר ים התלמוד לגזרים מרוב עיונו וחריפותו וגם דלה דלה בחכמת הקבלה. נתבש״ט ש׳ תנ״ו זיע״א. עיין מלכי רבנן דף 63. מכתב קסו הנגיד כמה״ר אברהם מימראן — במשך ימי מלכותו של מולאי ישמעאל במאה הה׳ נמנו בני משפחת מימראן ליועציו ולנגידי

  • המאה החמישית לאלף הששי-פאס וחכמיה כרך א' -רבי דוד עובדיה זצ"ל

    המאה החמישית לאלף הששי בתחילת המאה ההיא היו רבנים בפאס מהר״יר סעדיה אבן דנאן, ומוהר״ר עמנואל סירירו, והיה ויכוח ביניהם ובין מוהרר״י ששפורטאט רב בסאלי בשנת ת״ב (1642) והודפס בספר אהל יעקב, שאלה ח׳. בספר עת ספוד שייסד כמוהר״ר יעב״ץ יסד קינה וכתב בתחילתה בזה״ל, לפטירת החכם השלם ד״ומ אב״ד (דיין ומצויין, אב בית דין) דמתא פיס יע׳׳א כמוהר״ר יהודה עוזיאל זלה״ה שנתבקש בישיבה של מעלה אור ליום ששי בשבת ט״ו יום לאדר שנת התמ״ט ליצירה (1689) ע״כ, מובן מאליו שאינו מוהר״ר יהודה עוזיאל החתום בתקנות לפי סדר השנים. עוד כתוב בספר הנ״ז קינה לפטירת החכם השלם הדיין כמוהר״ר שאול

  • שמואל הלוי אבולעפיה-עמרם ב״ר שלמה אבורביע-רחמים שלמה אבושדיד-משה דוד גאון

    שמואל הלוי אבולעפיה נולד בטולידו בשנת ה״א ס. היה סוכן בית האוצר של דון פידרו האכזר מלך ספרד בקשטיליה. במשרה רמה זו כהן עשרים שנה והסדרים אשר הנהיג הביאו והצמיחו ברכה רבה לקופת המדינה. היה לו ארמון בטולידו אשר שמש כמרכז לכל עניני היהודים בעיר, הקים עוד היום. בימי גדולתו בנה כמה בתי כנסיות בקשטיליה. המפואר ביותר שבהם נהפך אח״כ לבית תפלה נוצרי. בכתבת ברורה שעדיין נראית בו נמצא רשום: ״חסדי ה׳ נזכיר תהלות ה׳ ככל אשר גמלגו והגדיל לעשות עמנו. הקים בתוכנו שופטים ושרים אשר הצילונו מיד אויבים וצרים. אם אין מלך בישראל לא השבית לנו גואל. הוא מעוז

  • Belicha-Belido-Belilty-Benabbas-Benabrekh

    BELICHA Nom patronymique d'origne hébraïque, arabisation du prénom biblique Elicha qui a pour sens "Dieu délivre", précédé de l'indication de filiation hébraïco-arabe Ben. Ce prénom masculin était encore fréquemment donné au Maroc au XXème siècle, et se prononçait lissa, licha. Toutefois, selon la tradition fidèlement transmise dans la branche marocaine de Mogador de cette illustre famille de génération en génération, ce patronyme n'aurait été accolé que relativement tardivement à cette famille de Lévy d’origine espagnole – qui, à la suite de ses pérégrinations en Europe de l'Est, avait adopté une forme yidich de ce patronyme: Loeb – à la suite

  • יהודי פאס תרל"ג-תר"ס- 1900-1873 –אליעזר בשן

    מעורבות הדיפלומטים. ב-10 ביוני 1886 כתב דרומונד האי לשר החוץ על התפרצות קנאים בפאס, שבקושי דוכאה על ידי השלטונות, והיהודים חיים בפחד ובחשש מפני שחיטה המונית.  הוא העביר לשר החוץ העתק מכתבו של הסולטאן שנשלח לוזיר הראשי סיד אמפדל גרניט על האירוע, ונאמר בין השאר שהסולטאן מבקש למנוע כל מעשה שאינו מועיל לטובת הכלל. הוזיר הנ"ל תיאר במכתבו ב-21 ביוני את הרקע להתפרצות הקנאית נגד היהודים, כפי שדווח לו מפאס. יהודי ניסה ב-10 ( צ"ל 23 ) במאי להיכנס לבניין ממשלתי בפאס אלג'דידה ( החדשה ) ושומר הניצב בשער מטעם המושל מנע זאת ממנו. כתגובה תקפו היהודי וחבריו את השומר

  • להאיר באור החיים – לפרשת "ויצא" – מאת הרב שמיר-אסולין

    להאיר באור החיים – לפרשת "ויצא". דברי התורה מוקדשים – לעילוי נשמת אמו"ר הרה"צ רבי יוסף בר עליה ע"ה, שעלה לגנזי מרומים ביום א' בשבת יב' כסלו, לסדר: "ויצא יעקב {יוסף} מבאר שבע… והנה יהוה – ניצב עליו". וכן, להצלחת חיילי צה"ל העומדים על משמר ארצנו וערי אלוהנו. "ויצא יעקב מבאר שבע, וילך חרנה" (בר' כח, י). "יציאת צדיק מן המקום, עושה רושם.  שבזמן שהצדיק בעיר – הוא הודה, הוא זיוה, הוא הדרה. יצא משם – פנה הודה, פנה זיוה, פנה הדרה" (רש"י בר' כח י). מבוא: פרשת "ויצא", מספרת לנו על יעקב אבינו היוצא לגלות חרן בגיל 63 לאחר

  • דברי הימים של פאס-מאיר בניהו-כולל תרגום ליהודית מגרבית

    שט"ו – 1554 -1555 ואחר כך בא מולאי מחמד אשייך אשריף הנזכר למעלה ונלחם על תאפיללאלת ולכדה ולקח אחיו מולאי אחמד וכל בניו והוליכם עד לנהר תאדלא ושחט ארבעה בנים, אחיו מולאי זידאן ושלשה אחיו, ובא להלחם על פאס מולאי עבדאללאה בן מולאי מחמד אשייך ונשבר וברח ועזב פה את הנוודים מסוס, ומשבט רחמאנא ואלודאייא ( שבטי נוודים של עמק הסוס, הרי רחמאנא והואדיות ), עם גדול מאד שלא יספיק לו מים לשתות ולא לחם לאכול ונשארו מושלכים מחזרים על פתחי הבתים של היהודים, ומתו מהם הרבה שלא יסופר. אחר כך יצא להלחם על פאס מולאי מחמד אשייך הנזכר ויצא


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