Meknes-J.Toledano


Meknes – Joseph Toledano Portrait d'une communaute juive marocaine

ÉPANOUISSEMENT

La surprenante rapidité avec laquelle la communauté se remit de cette pro­fonde crise messianique sans laisser de séquelles visibles, tient autant à la qualité de sa direction spirituelle, qu'au changement fondamental du décor politique. En faisant de Meknès sa capitale, le plus illustre des souverains Alaouites, Moulay Ismaël, devait favoriser et accélérer l'épanouissement de sa communauté juive, en ajoutant à son titre de centre de Torah, la couronne de la prospérité matérielle, confirmant l'adage des Maximes des Pères pro­mettant à qui accomplit la Loi de Dieu dans l'indigence, de le faire un jour dans l'opulence.(4,11)

  1. UN EMPEREUR, UNE CAPITALE

Faute de règles de succession strictes incontournables – le trône revenant non au fils aîné comme dans les monarchies européennes, mais au plus "méritant" des membres de la famille royale – la passation de pouvoir obéissait le plus souvent à la loi du plus fort. Cette fois le plus "méritant" fut le plus rapide. Gouverneur de Meknès, Moulay Ismaël fut le premier des postulants poten­tiels à apprendre la mort près de Marrakech au cours d'une fantasia, de son demi -frère Moulay Rachid. Informé par les soins de son conseiller financier, le Naguid de la communauté juive Yossef Maimran, lui -même averti de l'ac­cident par son agent commercial et membre de la famille dans la capitale du sud. Il s'était aussitôt rendu vers minuit chez le gouverneur et lui avait avancé la somme nécessaire pour lever une troupe et devancer tous les autres prétendants potentiels. Le 16 avril 1672, Moulay Ismaël se fit proclamer sul­tan à Fès, à l'âge de 26 ans. Des délégations des oulémas et des notables de toutes les villes et contrées affluèrent les jours suivants dans la capitale pour reconnaître le jeune souverain et lui prêter serment d'allégeance. Ne devaient manquer à l'appel que les délégations du sud. Et pour cause, son neveu, le fils du sultan défunt, Ahmed Ben Mahrez, s'était fait parallèlement proclaimer sultan à Marrakech. Cette première révolte rapidement matée, Ben Mahrez s'enfuit au Sahara, mais il devait encore lui tenir tête pendant 14 ans – ce fut le tour des habitants de Fès d'entrer en rébellion comme le rapportent les Chroniques de Fès  :

"Cette expédition terminée, il revint en paix de Marrakech. Après cela, il voulut conduire sa mhallah en un autre endroit et demanda aux tireurs de Fès -la -Vieille de le suivre et envoya le caïd Zidan pour les enrôler. Mais ils tuèrent le caïd aussitôt qu'il arriva et lui coupèrent la tête qu'ils envoyèrent au sultan. Ils demeurèrent en état de rébellion un an et demi…Les gens de Fès couvrirent le sultan de malédictions, dont il leur tient toujours rigueur encore aujourd'hui, leur impose un lourd impôt et chaque année les punit de leur crime…"

Cette aversion pour les Fassis élitistes et frondeurs, la méfiance envers les dé­bordements de force des Marrakchis jamais réellement soumis, les tendances séparatistes de certaines tribus berbères du sud, devaient l'amener à décider de s'en éloigner et à transférer la capitale dans une ville toute à sa dévotion qu'il pourrait façonner à son image.

Par sa situation géographique stratégique, la richesse de sa région agricole, l'abondance et la qualité de ses sources d'eau réputées les plus pures du pays, une population fruste à fond berbère sans prétention élitiste, Meknès dont il avait été le gouverneur, se prêtait parfaitement à un tel dessein. Il commença par élargir le périmètre de la ville, renforça les remparts du côté ouest et à cet effet fit abattre des maisons pour dégager une grande esplanade qui porte jusqu'à ce jour le souvenir de cette destruction : Place El hdim (les ruines). Les gigantesques travaux de construction – palais, mosquées, écuries, jardins; plans d'eau, souks, logements; camps militaires, remparts – durèrent des an­nées sous la direction personnelle du souverain qui fut son propre architecte et s'y adonna avec passion, faisant la prospérité de ses habitants et enrichis­sant sa population juive.

Meknes-portrait d'une communaute juive marocaine-Joseph Toledano-LA CONSTRUCTION DU MELLAH

LA CONSTRUCTION DU MELLAH

Mais en devenant capitale et en attirant une nombreuse population juive, de Fès, Marrakech, Séfrou, Salé et du Tafilalet, Meknès devait à son tour suivre l'exemple des deux précédentes capitales et avoir son quartier juif séparé. Par commodité; autant que par volonté délibérée de ségrégation. Mais sûr de son pouvoir, il ne crut pas nécessaire, comme ses prédécesseurs à Fès et à Mar­rakech, d'édifier le mellah à proximité immédiate de son palais pour mieux le protéger.

En 1679, il dota la communauté d'un lotissement à l'extrémité de la médina, proche des jardins et des champs de culture, appelé Ryad. Contrairement aux deux précédents mellahs, tout le terrain est propriété des Juifs sans que le Palais ou les notables musulmans y possèdent la moindre parcelle – preuve de la prospérité des membres de la communauté qui assurèrent seuls le finan­cement de sa construction.

Les plans du nouveau quartier, bien que dressés par les architectes du roi, tenaient compte des besoins particuliers et de prescriptions religieuses de sa population, en vertu du principe d'autonomie interne. C'est ainsi que confor­mément à la Halakha, ils incluaient une place centrale pour le commerce et les grandes réunions publiques exception­nelles, El gara dsouk, avec en son centre une fontaine pour la fourniture gratuite d'eau potable venant de sources de la montagne proche du Zerhoun – en plus des puits particuliers dans les cours des maisons. Sans oublier un bain public, le mikvé pour la purification rituelle et les fours publics pour la cuisson du pain selon les prescriptions de la Loi. Les murailles qui l'entourent, en plus de leur fonction de protection, ont une fonction religieuse, faisant du quartier comme une seule cour, (Iroub), pour per­mettre les déplacements et le port sur soi d'objets le jour sacré du shabbat. A cela s'ajoutaient les synagogues, nouvelles ou transférées de l'ancien quartier juif de la médina, toutes privées, le zèle bâtis­seur des grandes familles dispensant la communauté en tant qu'entité, de bâtir et d'entretenir des lieux de culte publics. Les travaux de construction auxquels les Juifs échappèrent dit -on, en versant une forte somme d'argent au souverain – au départ obligation leur aurait été faite de construire de leurs mains leurs mai­sons furent essentiellement menés par des esclaves chrétiens et achevés en 1682. D'ailleurs, ce serait ces esclaves chrétiens  transférés de Fès qui auraient hérité du quartier de la médina évacué par les Juifs, si on se fie au rapport des prêtres chargés par la France du rachat de ses ressortissants chrétiens captifs Pendant ces pourparlers, nous allions plusieurs fois visiter les esclaves fran­çais malades dans les lieux où les esclaves chrétiens se retirent tous les soirs quand leur travail est fini. Ce lieu qu'ils appellent le Kanot (déformation pho­nétique de hanout, magasin) était anciennement la Juiverie, et quand les Juifs l'ont quittée pour se placer là où ils sont à présent, le Roy y a fait mettre tous les esclaves chrétiens .. .On sait que le samedi est aux Juifs ce que le dimanche est aux chrétiens, et que ces gens -là zélés jusqu'à la superstition, aimeraient mieux mourir que de faire le moindre ouvrage en ce jour. Ce jour -là la porte de la Juiverie est toujours fermée et aussi il fallut payer au Maure gardien pour la peine qu'il fait de nous l'ouvrir. Notre logement était préparé dans la maison d'un esclave français qui y avait fait construire cette maison par au­torisation du Roy. Afin d'avoir plus de liberté, il avait choisi ce quartier qui est fermé de tous côtés et où on n'entre que par une grande porte gardée par des Maures et un grand nombre de chiens qui servent de sentinelles pendant la nuit…"

Cette rencontre au mellah avec les esclaves chrétiens, avec les consuls et les délégations européennes venues négocier leur libération, devait amener cer­tains nouveaux riches juifs à vouloir leur ressembler et imiter leur mode ves­timentaire et leur tenue. Ils se heurtèrent à la farouche opposition des rabbins qui, au nom de l'interdiction pour les enfants d'Israël "d'imiter les nations", édictèrent une taqana prohibant de laisser pousser des moustaches et la mèche de cheveux sur le front. Ils se prévalaient également du sultan et de ses conseillers farouchement opposés à toute imitation des chrétiens "qu'ils détestent." Sa construction achevée, le mellah fut intégré dans l'enceinte de la ville impériale par la prolongation des murailles qui enserrent la ville, communiquant avec le quartier des fonctionnaires du Makhzen par la porte de Berrima et séparé par de vastes jardins du Palais Royal et des habitations des hauts dignitaires à Bni Mhmmed.

Quartier au départ spacieux et aéré, le sultan y faisait loger les délégations et ambassades européennes de passage, n'admettant pas dans sa capitale d'ambassade ou de consulat européen permanent. C'est à ces visiteurs, qui même quand ils n'étaient pas exceptionnellement logés dans ce quartier, s'y rendaient obligatoirement pour rencontrer les conseillers juifs du sultan dont nous reparlerons, que nous devons une grande partie de nos informations sur cette période. L'ambassadeur envoyé en 1693 par Louis XIV négocier la reconduction d'un traité de paix, le chevalier Pidou de Saint Olon, le décri­vait ainsi : " C'est un quartier assez grand, mais qui n'est pas plus propre que dans les autres villes. Les Juifs ne laissent pas d'être à l'aise au -dedans et d'y avoir (même) plus de commodités que les Maures eux -mêmes…) La même impression de confort et de prospérité se retrouve dans le témoi­gnage d'un Père Franciscain venu quelques années plus tard, en 1702, né­gocier le rachat de prisonniers français : "Dans le quartier des Juifs les rues sont plus larges et où l'on y voit des boutiques ouvertes garnies de marchan­dises. Mais dans le reste de la ville, les rues sont serrées entre deux murailles avec quelques ouvertures de temps en temps et on n'y voit que des échoppes de pauvres artisans ou de vendeurs de fruits…"

John Windus, venu en 1721 dans la suite de l'ambassadeur de Sa Majesté britannique pour la signature du trai­té de paix, raconte que le sultan les fit loger au mellah, dans l'une des plus belles maisons de la ville que venait de "se faire construire le Naguid et favori du roi, le Juif Moses Benattar…

Meknes-Joseph Toledano-Bienfaits et limites de la dhimma

  1. BIENFAITS ET LIMITES DE LA DHIMMA

Croyant sincère et même théologien à ses heures, Moulay Ismaël veillera tout au long de son règne à une application stricte du pacte de la dhimma, avec ses avantages et ses limites. Le premier bienfait, qui en est la définition même, est la protection des vies et des biens de ses sujets juifs, désormais garantie avec la restauration de l'ordre et de la sécuri­té dans tout le pays. Si la paix et la stabi­lité sont les conditions primordiales de toute vie économique, de la floraison in­tellectuelle, elles sont pour les commu­nautés juives; les conditions même de la survie. Le demi -siècle de déclin et de chaos des Saadiens l'avait de nouveau amplement illustré.

Si les historiens marocains et euro­péens divergent sur le bilan du règne de ce souverain exceptionnel, tous sont unanimes pour louer la tranquillité et la prospérité qui devaient caractériser la plus grande partie de son très long règne. Pour ce faire, il alla jusqu'à intro­duire une mesure dont la cruauté n'égalait que l'efficacité : la responsabilité collective, le village, la tribu étant tenus collectivement responsables des délits et crimes commis sur leur territoire : "Il a purgé les routes et les campagnes des assassins et des coupeurs de che­min qui pullulaient auparavant. La sécurité qui règne grâce à lui est due au fait qu'il châtie par l'exécution capitale, ou en exigeant une rançon de tous les habitants des lieux du crime; si bien que l'on peut parcourir entièrement son royaume en toute sécurité et tranquillité…Les Maures méprisent encore plus les Juifs qu'ils ne le font pour les chrétiens et quand un Juif va dans les rues, il a toujours l'œil au guet pour prendre garde si on ne vient pas le maltraiter et en ce cas invoquer Moulay Ismaël. Cette invocation faite à temps; opère des miracles, car les Maures craignent tellement leur Roy que la seule invocation de son nom les empêche de frapper. Le bras levé perd toute force et devient pour ainsi dire immobile."

Le chroniqueur de la dynastie Alaouite, El Zayyani exagère à peine en écrivant qu'en son temps "l'ordre est revenu, les sujets ont connu la tranquillité et le sultan s'est occupé de la construc­tion de ses palais et de la plantation de ses vergers; et le pays a connu la sé­curité et la paix. La femme et le dhimmi pouvaient aller d'un bout à l'autre du pays, d'Oujda à l'oued Noun, sans que personne ne leur demande où ils vont et d'où ils viennent. La monnaie abonde et ni le blé ni le bétail n'ont de prix (tellement ils étaient bon marché). Les percepteurs prélèvent l'impôt et les contribuables paient sans contrainte." Rabbi Yossef Messas rapporte un cu­rieux incident révélateur de cet esprit de justice de ce souverain absolu envers ses sujets juifs, même dans des cas critiques.

Au cours d'une banale altercation, un Juif de Meknès du nom de Yéhouda Abrabanel, n'avait pas hésité à se défendre et à répondre aux injures et aux coups d'un musulman, ceci malgré les avertissements de témoins sur le rang de noblesse de chérif de son agresseur. Ordinairement, l'invocation d'un tel titre suffisait à paralyser tout esprit de riposte, la plus légère atteinte à l'hon­neur, et encore plus à l'intégrité physique d'un descendant du Prophète par un dhimmi, étant considérée comme un crime impardonnable. Mais non moins fier de sa propre ascendance, le dit Abrabanel avait répliqué que lui n'était pas moins noble comme descendant de la maison du roi David : La multitude de musulmans présents grincèrent des dents sans oser toucher au Juif, de crainte des sanctions du sultan. Ils se saisirent donc des deux protagonistes pour les mener devant le pacha. Le sultan qui revenait de la chasse avec son escorte, envoya un émissaire s'enquérir de la cause de ce grand tu­multe et quand on lui rapporta les faits, il demanda à juger lui -même les protagonistes le lendemain dans son palais.

A l'audience, le Juif se défendit fièrement sans crainte, rejetant les accusations du chérif ébahi et décontenancé par cette audace. Le sultan demanda au Juif qui il était et il lui répondit qu'il était natif de Meknès, descendait de la cé­lèbre famille Abrabanel d'Espagne qui est de la lignée du grand roi d'Israël, David. Moulay Ismaël se tourna ensuite vers le musulman, lui demanda de décliner son identité. Il affirma être d'une famille de descendants du Pro­phète. "Tu es un menteur et un imposteur", le coupa net le sultan qui fit signe à son serviteur de le frapper. Au bout de quelques coups, il finit par recon­naître son imposture, il n'était qu'un simple berbère sans aucun lien avec la famille du Prophète. Le sultan relaxa le Juif et condamna le musulman pour coups et injures. Ce dernier, fou de colère, osa interpeller le souverain pour lui demander comment il pouvait prêter foi aux allégations de ce dhimmi et le condamner lui, un bon musulman ! "Imbécile, ne comprends -tu pas que son attitude digne et son courage sont la preuve de sa noble extraction de l'an­tique maison du grand roi d'Israël, alors que ta pusillanimité et ton manque d'assurance m'ont immédiatement convaincu que tu n'étais qu'un vil impos­teur !" Les autres sources juives sont également unanimes à ce sujet. Les Chroniques de Fès soulignent à quel point quand il s'agissait de la sécurité de ses sujets, juifs comme musulmans, le sultan se montrait intraitable – même quand étaient parfois impliqués des membres de sa propre famille : Dans la même semaine, nous reçûmes la nouvelle qu'un des fils du sultan, Moulay Abdallah, se trouvant dans le douar des Arabes Sraga, y avait enlevé une jeune fille vierge de l'un des notables. Son frère, Moulay Moutawakil, se rendit auprès de lui pour le ramener à Meknès. En route, il rencontra une caravane de Juifs qu'il dépouilla complètement laissant nus les voyageurs. Le caïd des Sraga alla se plaindre à Moulay Ismaël de la conduite de son fils. Le sultan le fit venir au Palais. On remplit deux couffins de fer et de plomb, on en suspendit un à son cou, l'autre à son pied, et on le jeta dans la séguya où il se noya incontinent..

Cette intransigeance, n'excluant pas la plus grande cruauté, pour la jalouse préservation des biens et des personnes, lui valut d’emblée la reconnaissance et l'admiration de la communauté juive comme en témoignent les réjouis­sances organisées à l'occasion de son sauvetage miraculeux des griffes des lions en 1699 comme le rapportent les mêmes Chroniques de Fès : " Quatre chrétiens furent pris en flagrant délit de cambriolage dans le trésor de Moulay Ismaël. Le lendemain, le souverain voulut jouir du spectacle de leur châtiment en les jetant en pâture aux lions. A cet effet, il monta avec eux sur le rocher surplombant la fosse aux lions. On jeta les quatre chrétiens aux bêtes, mais ceux -ci ne les dévorèrent pas. Le sultan demanda alors aux caïds et aux gardes noirs qui se trouvaient avec lui sur le rocher de les lapider. L'un des chrétiens se mit à parler en langage barbare avec une lionne en lui disant :"Bondis sur le rocher, fais tomber le sultan et dévore -le". En effet, les fauves étaient soignés par les chrétiens qui leur portaient chaque jour à boire et à manger. La lionne bondit sur le sultan et le saisit par l'épaule gauche; celui -ci s'agrippa de sa main droite sur le rocher qui était élevé. En abattant sa patte sur le sultan, la lionne le saisit par le baudrier qu'il portait et n'accro­cha point la chair. L'un des gardes noirs tira à la bête une balle entre les deux yeux. Elle s'abattit dans le fossé, tandis que le sultan tombait à l'extérieur et Allah le sauva…

Musulmans et Juifs firent une grande fête ce jour -là. Dans chaque localité, on organisa des banquets et des repas de fête. Les rabbins et les chefs de la com­munauté firent annoncer publiquement que personne n'ouvrît sa boutique et que tous se revêtissent de leurs plus beaux habits. On orna les toits et les fenêtres du mellah de tentures et de rideaux. Les Juifs firent quatre étendards et les musulmans vinrent s'amuser chez eux et boire du vin et de la mahya. Les Juifs entèrent au palais royal, dans les maisons des chorfa, dans les mosquées et les médersas avec leurs chaussures, sans que personne ne leur dise rien…"

SECURITE ET PROSPERITE

SECURITE ET PROSPERITE

La sécurité, la protection des biens s'accompagne du retour de la prospérité dont se font l'écho à plusieurs reprises ces mêmes Chroniques:

Ensuite le sultan se rendit à Taroudant pour combattre Moulay Moham­med, le fils de Moulay Mahrez contre lequel il avait déjà mené une expédi­tion à Marrakech et qui s'était enfui à Taroudant. Cette fois le sultan le relan­ça à Taroudant avec une puissante armée, mhallah, à laquelle s'étaient joints de nombreux (négociants) juifs de toutes les parties du Maroc. Ils ont gagné beaucoup d'argent dans cette expédition. Ceci a eu lieu en 5438 (1677 -78)… En 1678 -79; il y eut en plus de l'épidémie, une grande sécheresse et cherté. En vérité en ce temps -là, nos gens n'étaient pas gênés par la disette; car il y avait beaucoup de riches dans le mellah de Fès; leurs maisons étaient remplies de toutes sortes de biens; de provisions abondantes de céréales; leurs magasins étaient pleins; et pleins aussi les silos appartenant aux Juifs. Ils ne furent donc pas éprouvés par la famine qui régnait alors…"

Ce qui laisse présager que la condition de la communauté juive de la capitale n'était pas moins bonne. Les rapports des diplomates et visiteurs chrétiens vont dans le même sens en décrivant la situation générale des Juifs du pays, en y ajoutant naturellement leur propre vision peu flatteuse. Ainsi le consul de France à Salé, Estelle, grand défenseur du commerce entre les deux pays au -delà des aléas politiques fréquents, écrivait en 1698 : " Quant au commerce que les marchands chrétiens font en cette Barbarie quoi qu'il leur soit avantageux, il l'est encore davantage au Roy du Maroc, aux Maures et aux Juifs, ses sujets. Ces derniers font presque tout le commerce de ce pays, ou par eux -mêmes ou par des prête -noms maures, pour pouvoir par là ne faire paraître en aucun cas qu'ils ont du bien, à cause des continuelles contributions qu'ils sont obligés de payer, de manière qu'à leurs Pâques aussi qu'à leur samedis les Maures et les chrétiens sont aussi en fête…"

Même son de cloche dans les "Relations de voyage au Maroc des ' Rédemp­teurs de la Merci "en 1704 : " Il y a des Juifs dans toutes les bonnes villes des Etats du Roy du Maroc et ce sont eux qui font tout le commerce. Un Maure ne fait point d'achat de marchandises étrangères qu'il n'ait un Juif avec lui et les marchands chrétiens n'ont point d'autres courtiers que ceux de cette na­tion : C'est pour cela qu'il ne se fera aucun comme commerce le samedi parce que les Juifs observant ce jour -là avec la dernière exactitude. Ils s'attachent surtout à tromper chrétiens et Maures, et avec toute leur industrie ils ont bien de la peine à vivre parce qu'ils sont ac­cablés d'impôts et que la plupart du temps ils ne peuvent y suffire…"

Avec la promotion de Meknès comme capitale, les commerçants de la ville des familles Tolédano, Benattar; Maimran,

Ben Kiki ont joué un grand rôle dans sa prospérité, avec le concours de leurs proches parents et de leurs agents commerciaux à Fès, Marrakech et dans les grands ports de Salé et Tétouan. A l'exportation, les principaux produits étaient le salpêtre pour la fabrication de la poudre, la cire pour la fabrica­tion de bougies, le cuivre, l'étain et les produits de l'agriculture : laines, cuir, amandes. A l'importation, les armes, la poudre à canon, le papier, les produits textiles de haute qualité comme les bonnets rouges de laine; les brocards d'or, les soieries du Languedoc, les draps, les babioles de Venise; etc…

Ce presque monopole du commerce avait son prix, suscitant la jalousie et la convoitise du souverain toujours à la recherche de fonds pour financer ses travaux colossaux et ses interminables campagnes. Prisonnier pendant une dizaine d'années au Maroc (1670 -1681), le Français Germain Mouette pu­bliait après sa libération et son retour en France son livre '"Histoire de Mou- lay Rachid et Moulay Ismaël" dans lequel il rapportait quelques exemples des coûteux caprices du souverain dont nous avons confirmation dans une source juive :

Un jour le Roy déjeune avec des œufs. Il en trouva un qui était pourri et comme c'étaient des marchands juifs qui les avaient envoyés au sérail, il fit prendre tous les principaux de cette nation qu'il feignit vouloir faire dévorer aux lions. Toutefois, après leur avoir fait peur jusqu'au soir, il leur donna la vie, se contentant de leur faire donner à chacun quantité de coups de bâton et de les faire mettre en prison jusqu'à ce qu'ils eussent payé une grosse amende à laquelle il les taxa…Croyant un jour avoir été dérobé dans son sérail du cimeterre qui avait appartenu à Moulay Rachid, son frère et prédécesseur, estimé à 4000 écus, et ne pouvant découvrir l'auteur du larcin; persuadé qu'il n'y avait que les Juifs qui pouvaient vendre ou acheter de tels ouvrages, il ordonna qu'ils fussent chassés de leurs maisons, avec défense à qui que ce fut de les loger, jusqu'à ce qu'ils eussent payé la somme à laquelle il estimait le cimeterre – quitte à eux d'avoir leur recours contre ceux qu'ils découvriraient l'avoir volé…"

Heureusement, ajoute rabbi Habib Tolédano, aucun receleur juif ne fut impli­qué dans cette sombre affaire, datant de 1681; et la menace d'expulsion des juifs de la ville de leurs maisons fut levée, "et l'Eternel dans sa miséricorde nous a sortis des ténèbres à la grande lumière."

Meknes-Portrait d'une communaute juive Marocaine-Joseph Toledano

UN STATUT D'INFERIORITE

Mais le retour de la sécurité et de la prospérité et le quasi monopole sur le commerce international et la promotion à la Cour de conseillers écoutés, n'im­pliquaient pas la disparition, ni même l'atténuation du statut d'infériorité et des humiliations inséparables dans la tradition marocaine de la condition de dhimmis. Même si on en élimine l'exagération à dessein, le témoignage du Français Mouette, reste suffisamment éloquent sur ce point :

" Les Juifs sont en grand nombre en Barbarie et on les y respecte pas plus que dans les autres contrées, au contraire s'il y a des ordures à jeter, ils sont les premiers à cette tâche. Ils doivent travailler pour le roi quand ils sont réqui­sitionnés, en contrepartie seulement de leur nourriture. Ils doivent subir sans réagir coups et insultes même si c'est un enfant de six ans qui les lapide. En passant devant une mosquée, ils doivent se déchausser quelle que soit la sai­son et ils n'osent pas les remettre même dans les villes impériales comme Fès et Marrakech de crainte de flagellation et de prison dont ils ne seront délivrés que moyennant versement d'une grosse amende. Ils n'ont d'autres métiers que le commerce et l'artisanat. Il y a parmi eux un grand nombre de riches, mais leur statut n'est pas différent de celui des plus simples d'entre eux. Ils sont en correspondance avec les Juifs d'Europe qui leur envoient des armes et des munitions (pour leur commerce) avec l'accord des consuls…"

Monarque absolu, gouvernant seul ne s'entourant que de collaborateurs dé­voués à sa personnes, excluant ainsi les élites traditionnelles de Fès qui le dé­testaient autant qu'il les abhorrait, il avait largement fait appel à des conseilers juifs, mais quelle que fut leur véritable influence – et elle fut loin d'être négligeable, nous le verrons, ils n'eurent jamais droit à un titre officiel, les postes d'autorité incompatibles avec leur condition de dhimmi. Sur le plan de la masse, nous pouvons de nouveau nous reporter au témoignage des Ré­dempteurs de la Merci :

" Les Juifs sont habillés de noir, de brun et de violet et il leur est défendu de porter un habit blanc…Il n'est pas permis aux Juifs de se servir de mon­ture (cheval) quand ils vont en ville. Il n'y a qu'Abraham Meimoran, (Maim- tan) Juif du Roi qui ait ce privilège et encore n'ose -t -il s'en servir de crainte d'être maltraité faute d'être reconnu. Quand ils sont en campagne, ils peuvent se servir de mules ou de mulets, mais il leur est défendu d'avoir des chevaux. A notre second voyage à Mequinez en 1708, un marchand français qui venait avec nous, montait une cavale changée avec celle d'un Juif qui était aussi de compagnie. Deux Maures voyant ce Juif monté sur la cavale, viennent à lui en furie et l'auraient mis en pièces si on ne les avait empêchés, disant pour leur raison qu'un chien de Juif ne méritait pas de monter à cheval… "

La nécessité de distinguer les Juifs de la masse des fidèles musulmans devait même s'enrichir d'une curieuse et durable discrimination. Après la reprise aux Espagnols des ports de la Mamora en 1681, de Larache en 1689, et celui de Tanger (1684) aux Anglais, le sultan ordonna l'abandon des babouches peintes en noir en signe de deuil de l'occupation de ces villes par les chré­tiens, et le retour aux babouches jaunes traditionnelles.- sauf pour les Juifs, condamnés à continuer à peindre obligatoirement en noir leurs babouches ! Philosophes, les rabbins de Meknès se convainquirent aisément que ces babouches, ils les portaient noires volontairement – en signe de deuil pour la destruction du Temple de Jérusalem ! Le scrupuleux respect des règles de la dhimma, s'il interdisait de donner des titres officiels aux conseillers juifs du sultan, n'en diminuait pas pour autant leur rôle effectif dans la conduite des affaires commerciales et diplomatiques du pays.

L'AUTONOMIE RELIGIEUSE

Autre incommensurable dimension de la dhimma, la plus précieuse aux yeux d'une communauté très profondément attachée à la tradition de ses ancêtres, la liberté de culte et le respect de l'autonomie religieuse, la non -intervention dans les affaires intérieures de la communauté tant qu'il n'y avait pas de risque d'atteinte à la sécurité publique – comme nous l'avons vu au moment de la crise messianique. Liberté essentielle, même si assortie d'un statut d'in­fériorité, d'humiliation, car non -intériorisé.

Dans le mellah, le Juif vit sans être inquiété ou harcelé, selon ses lois et ses coutumes, sans être confronté comme dans l'Espagne chrétienne à une pro­pagande visant à le convertir et le contraignant à défendre sa foi dans des disputations publiques. Ce qui explique l'absence de toute littérature apolo­gétique, les rabbins marocains dispensés du devoir de défense et illustration de la religion juive, ne se préoccupant que de son application interne sans se soucier d'affrontement théologique avec la médina.

Le respect des convictions religieuses s'étendait même aux rares chrétiens habitant l’empire, recevant l'assistance de leurs prêtres. Les prisonniers em­ployés aux travaux forcés en étaient dispensés quatre jours par an à l'occasion des fêtes de Noël, Pacques, la Nativité de Saint Jean Baptiste et de la Vierge. Alors que la vente de boissons alcooliques aux musulmans était strictement prohibée, l’empereur avait exceptionnellement autorisé  les Juifs de Meknès à leur vendre la mahya – et c'est peut -être l'origine de cette spécialité indus­trielle de la communauté de Meknès jusqu'à nos jours . "Il ordonna aux Juifs "de fournir le suffisant pour la fabrication hebdomadaire de l'eau de vie qui les réconfortait.

Musulman très pieux, pratiquant scrupuleusement tous les commandements de sa religion dont nombre sont identiques à ceux de la foi juive, comme le révèle ce curieux épisode rapporté par les frères de la Merci venus négocier la libération des esclaves de leur nation : "Avant notre arrivée on avait trou­vé en creusant la terre à Salé deux grandes statues vêtues à la romaine. Elles furent portées à Méquinez et le Roy du Maroc qui ne voulait pas permettre au consul de France, le sieur De Périllé de les racheter, les donna à son Juif Abraham Meimoran qui les condamna à être enfermées entre quatre murs parce que les statues et les figures d'hommes et d'animaux sont également en horreur chez les Juifs et les Mahométans…"

Meknes-portrait d'une communaute juive marocaine-Joseph Toledano

L'AUTONOMIE RELIGIEUSE

Autre incommensurable dimension de la dhimma, la plus précieuse aux yeux d'une communauté très profondément attachée à la tradition de ses ancêtres, la liberté de culte et le respect de l'autonomie religieuse, la non -intervention dans les affaires intérieures de la communauté tant qu'il n'y avait pas de risque d'atteinte à la sécurité publique – comme nous l'avons vu au moment de la crise messianique. Liberté essentielle, même si assortie d'un statut d'in­fériorité, d'humiliation, car non-intériorisé.

Dans le mellah, le Juif vit sans être inquiété ou harcelé, selon ses lois et ses coutumes, sans être confronté comme dans l'Espagne chrétienne à une pro­pagande visant à le convertir et le contraignant à défendre sa foi dans des disputations publiques. Ce qui explique l'absence de toute littérature apolo­gétique, les rabbins marocains dispensés du devoir de défense et illustration de la religion juive, ne se préoccupant que de son application interne sans se soucier d'affrontement théologique avec la médina.

Le respect des convictions religieuses s'étendait même aux rares chrétiens habitant l’empire, recevant l'assistance de leurs prêtres. Les prisonniers em­ployés aux travaux forcés en étaient dispensés quatre jours par an à l'occasion des fêtes de Noël, Pacques, la Nativité de Saint Jean Baptiste et de la Vierge. Alors que la vente de boissons alcooliques aux musulmans était strictement prohibée, l’empereur avait exceptionnellement autorisé  les Juifs de Meknès à leur vendre la mahya – et c'est peut -être l'origine de cette spécialité indus­trielle de la communauté de Meknès jusqu'à nos jours . "Il ordonna aux Juifs "de fournir le suffisant pour la fabrication hebdomadaire de l'eau de vie qui les réconfortait.

Musulman très pieux, pratiquant scrupuleusement tous les commandements de sa religion dont nombre sont identiques à ceux de la foi juive, comme le révèle ce curieux épisode rapporté par les frères de la Merci venus négocier la libération des esclaves de leur nation : "Avant notre arrivée on avait trou­vé en creusant la terre à Salé deux grandes statues vêtues à la romaine. Elles furent portées à Méquinez et le Roy du Maroc qui ne voulait pas permettre au consul de France, le sieur De Périllé de les racheter, les donna à son Juif Abraham Meimoran qui les condamna à être enfermées entre quatre murs parce que les statues et les figures d'hommes et d'animaux sont également en horreur chez les Juifs et les Mahométans…"

Tolérant pour les gens du Livre qui détiennent une partie de la Vérité, il n'en était pas moins absolument convaincu de la supériorité absolue de l'islam qui a clos le cycle des révélations, n'ayant que mépris ou pitié pour ceux qui malgré tout persistaient dans l'erreur en refusant de reconnaître le Prophète. Rejetant l'usage de la force et de la contrainte, il ne renonçait pas pour autant à essayer de les convertir – sans trop insister.

Malheureusement – ou peut -être significativement, nos ancêtres n'ayant peut -être jamais pris trop au sérieux ces tentatives – nous ne possédons sur elles aucun témoignage de source juive. C'est à un prêtre français, le frère Busnot, que nous devons cette anecdote qui semble liée au souvenir encore vivace de la crise messianique de Shabtaï Zvi et de Yossef Abensour:

" Moulay Ismaël réunit un jour les notables de la communauté et leur de­manda de se convertir à l'islam. "Cela fait trente ans que vous me racontez que votre Messie va venir et maintenant qu'il n'est pas venu, il est temps de revenir de votre erreur". Il les menace que s'ils ne lui indiquaient pas la date précise de l'arrivée du Mes­sie, ils ne pourront plus exercer leur commerce, ni voir leurs vies garanties. Il leur donna un temps pour réfléchir et après avoir consulté les rabbins, ils lui répondirent que le Mes­sie arrivera certainement au cours des trente prochaines années…"

Par contre, se faisant à l'occasion théo­logien, il tenta à maintes reprises de convertir Louis XIV, auquel il vouait la plus grande admiration. Pour la pe­tite histoire, notons que dans sa célèbre lettre dans le même sens au très catho­lique roi d'Angleterre déchu Jacques II; il faisait référence aux Juifs et au ju­daïsme à deux reprises :

" Jésus avait déjà annoncé Mohammed et sa mission; comme Moïse avait annoncé Jésus.

C'est un article de foi chez nous de croire en tous les prophètes, et nous ne mettons pas de différence entre eux. Nous croyons que le Messie Jésus, fils de Ma­rie – sur Lui soit le salut – est un des prophètes envoyé de Dieu, mais il n'a jamais prétendu aux titres que vous lui soutenez. Non, les Juifs n'ont pas tué Jésus et ils ne l'ont point crucifié : un homme qui lui ressemblait fut mis à mort à sa place.. ."

Une autre anecdote confirme l'irrésistible tentation de prosélytisme du sul­tan, plus d'ailleurs semble -t -il par sentiment de devoir à accomplir, que de conviction de résultat immédiat, n'excluant pas à l'occasion une pointe d'l'humour comme dans l'audience accordée à l'intrigant consul de France à Salé, le fils Estelle, venu prendre congé :

" Moulay Ismaël se tourna vers ses caïds et leur dit : "Voyez comme il est vêtu cet infidèle; il faut le faire maure ! Qu'on lui donne des habits marocains, et qu'il se fasse musulman. Ce prince dit à Maymoran de me dire de me faire maure. Je lui fis répondre que j'étais chrétien par la grâce de Dieu et que je mourrais chrétien. Ce prince se mit alors à chanter les quatre paroles qu'il faut dire pour se convertir et demanda à Maymoran de me les faire dire. Ce Juif commença à avoir peur, car si lui -même prononçait ces paroles, il serait devenu maure avant moi. Le Roy comprit l’embarras où il était et demanda s'il y avait quelque Maure qui sache parler français. Je lui indiquai un que j'avais amené avec moi de Salé. Ce prince lui dit de me dire de me faire maure de force. Je lui fis répondre que je ne m'attendais pas à cela de la part de Sa Majesté, que j'étais chrétien et je mourrais chrétien. Il me fit demander quelle religion était la meilleure, la mienne ou la sienne ? Je lui fis répondre que je n'étais pas venu voir sa Majesté pour disputer sur les religions; mais que j'étais assuré que la mienne était la bonne. Maymoran qui s'était mis derrière moi me dit : "Monsieur le consul prenez garde comment vous parlez, vous vous perdez." Je répondis à ce Juif que je savais ce que je disais et que si lui avait peur, je n'en avais point. Cependant le traducteur lui biaisa ce que je venais de dire et lui dit; "Le Chrétien dit que sa religion était bonne et la nôtre aussi". Sur quoi, ce prince me fit répondre que ce qu'il disait était pour mon bien et que je le reconnaîtrai à l'heure de ma mort; et que puisque je ne vou­lais pas me faire maure, tant pis pour moi …"

III. LES JUIFS DE COUR

Souverain absolu, assumant seul le poids du gouvernement du pays, sans ministres ni conseillers officiels, ne pouvant compter sur les élites tradition­nelles de Fès et Marrakech pour la gestion de ses biens et la conduite des affaires étrangères, il devait trouver dans les talents de personnalités juives recrutées principalement dans les trois grandes familles : Maimran, Toléda- no et Benattar, des collaborateurs idéaux, car de par leur statut dénués de toute ambition politique et dépendant pour leur prospérité et même leur sur­vie, de sa seule personne. "Le chérif réserva aux Juifs l'exclusivité du négoce de certains produits; apprécia et utilisa leurs qualités jusqu'qu'à les prendre comme conseillers financiers ou diplomatiques. Les plus notoires, Abraham Maïmran et Haïm Tolédano; figurèrent; sa vie durent, parmi les hauts digni­taires de la Cour…"

Ces deux premières familles devaient atteindre une telle primauté au sein de la communauté juive marocaine dans son ensemble, et plus particulièrement à Meknès, que le bon peuple adopta un dicton en hébreu s'en plaignant – rime à l'appui, comme il se doit pour faire un bon adage :

Létolédanos oumimraness, Aux Tolédanos et Maimrans,

Lahem lebadam nitna haress à eux seuls la terre a été donnée.

Voir:Meknes-portrait d'une communaute juive marocaine-Joseph Toledano-ed Ramtol 2017-page52-55

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