Pres. Juifs du Maroc au Cana.

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Jacob GARZON Mon trajet de Casablanca à Montréal en passant par Paris

Presence des Juifs du Maroc au Canada

En 1964 nous quittons le Maroc sans le sou, pour Montréal… Je savais que je devais repasser mes examens, refaire 5 ou 6 ans de résidence en chirurgie… Mais je ne savais pas que je serais encore en butte à de l'antisémitisme : à Sainte Justine, le directeur médical m'accepta pour une résidence en chirurgie pédiatrique… mais quand j'ai eu rempli mon application et que j'ai marqué JUIVE à religion… je suis devenu ce que je suis aujourd'hui un chirurgien pour adultes et ce grâce à la communauté juive ashkénaze, au Jewish General Hospital.

Je dois beaucoup à feu Dr William Slatkoff, et Israël Shragovitch chef de chirurgie. Ils m'ont fait confiance dès le début et épaulé.

Ça ne m'a pris que quelques mois pour faire mes preuves et être intégré à part entière dans ce milieu ashkénaze qui ne savait pas et ne comprenait pas ce que c'était qu'un juif marocain.

Il me faut mentionner ici que Kénitra m'a beaucoup aidé en m'enseignant toutes les maladies parasitaires et exotiques inconnues à Montréal. C'était aussi l'époque d'une grande immigration méditerranéenne à Montréal avec leur éventail de maladies que je connaissais bien. Ce qui fait que j'ai bien paru, je satisfais mes patrons parce que je savais reconnaître un kyste hydatique au foie etc….Choses inconnues à Montréal. J'ai humblement adoré cette époque surtout because I was taken at full value.

Je dois ici remercier mes amis Drs Harvey Sigman, Richard Margolese, Frank Guttman et Ned Better, qui m'ont intégré immédiatement. Un merci spécial à Ned et Helen Better qui nous ont collé la fièvre du ski.

Je manquerais à tous mes devoirs de ne pas mentionner l'aide que nous avons reçue de la communauté, de JIAS, de Hebrew free loan.

Toute cette période de résidence, tant au Maroc qu'à Montréal : dix années, fut longue et taxante pour ma famille. Je n'étais que rarement à la maison, étant à l'hôpital 110 heures par semaine ce qui fait une moyenne de 15 heures par jour.

Heureusement que Ruby était là, d'un soutien incroyable, pratiquement toute seule elle a élevé et éduqué Eric et Laurent. Il n'y a pas encore longtemps, Eric me reprochait de ne pas avoir été là pour lui. Sorry Eric…

Début 1970, mes examens, le fellowship etc….et c'est le début de ma pratique chirurgicale qui a démarré en canon grâce à la communauté sépharade. Puis grâce à Ruby, elle m'a entraîné à courir avec elle…J'ai réussi plusieurs marathons. Après tout c'étaient les vacances n'ayant à travailler que 60 heures par semaine.

C'était aussi la période du pay back : je m'étais impliqué à l'ASF, mais n'étant pas très politico orienté, je lâchais après en avoir été le vice- président. En même temps je m'occupais de l'appel juif unifié sépharade dont je fus le deuxième président et par la suite je me suis consacré à la division médicale sépharade-ashkénaze jusqu'en 2005.

Les années passèrent et devenaient un peu trop routinières à mon goût. J'avais soif de nouvelles techniques et la chirurgie laparoscopique arriva à point en 1990. Encore fallait-il prouver son efficacité et sa sécurité.

Je me suis donc embarqué là-dedans avec un de mes collègues le Dr H. Sigman, et nous avons organisé un laboratoire animal afin d'évaluer et d'apprendre la technique. En juin 1990, quand convaincus de la valeur sûre de la chirurgie laparoscopique, nous avons procédé à la première ablation de la vésicule biliaire au JGH. Puis nous avons organisé un cours avec laboratoire animal réservé à des chirurgiens intéressés des Etats-Unis et du Canada qui surtout ne dénigraient pas cette technique. Ce fut un succès foudroyant… Puis j'enseignais la technique à chacun de mes autres collègues du JGH. Encore aujourd'hui, je retire une telle satisfaction de voir le patient rentrer chez lui le jour même pratiquement sans douleur et de reprendre pratiquement ses activités normales.

Ce nouveau développement a été grandement facilité par Henri Elbaz, directeur général du JGH. Henri Elbaz a été la dynamo dans le développement extraordinaire du JGH.

Avec la laparoscopie, la chirurgie abdominale a été presque complètement bouleversée, en mieux bien sûr.

Et maintenant, nous venons d'obtenir un robot et the sky may become the limit.

Et dire qu'en 2000, je devais prendre ma retraite, mais j'en fus dissuadé rapidement par plusieurs membres du board du JGH et certains de mes collègues.

Je vais donc recommencer une deuxième jeunesse en m'entraînant en chirurgie robotique en 2008.

Comme vous voyez, ma vie professionnelle a été excitante et l'est encore. J'adore enseigner et propager mes connaissances chirurgicales.

Dans mon métier comme dans beaucoup d'autres on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs…J'ose espérer que je n'en ai pas trop cassé.

J'ai beaucoup pensé à savoir : si je devais à avoir à refaire ma vie, est ce que je changerais quelque chose… Je suis arrivé à la conclusion que NON, car j'Y ai mis mon cœur mon âme et ma famille. Je referais la même chose.

Jacob Garzon MD. FRCSC

 

Jacques Godel et David Bensoussan Souvenirs de la Seconde Guerre mondiale

ברית מספר 32Jacques Godel et David Bensoussan Souvenirs de la Seconde Guerre mondiale

Montréal, août 2010 Cher Monsieur Godel,

Je vous remercie de m'avoir contacté et d'avoir accepté de partager avec moi vos souvenirs de guerre. Il va sans dire que toute expérience personnelle est un témoignage de grande valeur. J'ai notamment apprécié les informations que vous m'avez communiquées sur la période de votre stationnement à Casablanca et vous encourage fortement à mettre par écrit vos souvenirs de cette époque. Sincères amitiés,

David Bensoussan

Bethesda, septembre 2010

 Cher Monsieur Bensoussan,

Il m'est difficile de mettre par écrit ce qui fut entre 1940 et 1945. Non par oubli ; mais comment, en quelques lignes, pouvoir évoquer tous ces moments passés ; avec leurs péripéties, leurs émotions et surtout la crainte, la peur et enfin l'espoir.

J'ai pu faire le récit de ce que j'appelle «notre aventure» pour le Musée de l'Holocauste, à Washington D.C., mais c'est la première fois que je tente de le faire par écrit. Ce qui est arrivé à ma famille entre 1942 et 1943 me paraît comme des événements sur lesquels nous n'avions aucun contrôle et au cours desquels, une fois des décisions prises, notre sort n'était plus entre nos mains, mais laissé au bon vouloir des gens, souvent anonymes, à qui il fallait faire totale confiance. Notre histoire me paraît presque invraisemblable, et pourtant nous l'avons vécue.

Pour commencer, je vais vous parler de ma famille. Mon père et ma mère étaient Roumains originaires d'Iasi (de Jassy). Il était né en 1894, elle en 1897, et ils s'étaient mariés à Iasi (Jassy) en 1920. Peu de temps après ils se sont installés à Paris où je suis né en 1924 et ma sœur en 1928. Avant la guerre, mon père était entrepreneur de Peinture-Décorations. À la déclaration de la guerre, par crainte des bombardements, nous nous sommes installés à Taverny, en Seine-et-Oise où nous avions une petite maison de campagne. Vinrent la défaite, l'Occupation et le début des mesures antijuives. Les années '40 et '41 étaient encore relativement supportables ; mais le vrai commencement de l'Holocauste (du moins pour la France occupée) à mon avis fut l'année 1942 ; qui vit le port de l'Étoile jaune, le couvre-feu, l'interdiction des lieux publics et surtout La Rafle du Vel d'Hiv. Certains bruits courraient, d'après lesquels les Allemands massacraient certaines communautés juives, dans l'Est de l'Europe, ce qui ne fit qu'accentuer nos craintes.

Mais comment agir, quand on est marqué, surveillé de près par la Police comme ressortissants juifs étrangers ?

En octobre 1942, mon père fut mis en rapport avec une organisation (jusqu'à ce jour je n'en ai trouvé aucune trace) qui faisait franchir la ligne de démarcation à Vierzon (Commune du Cher et de la région Centre). La ligne de démarcation coupait la ville en deux ; le sud de la ville étant dans la zone libre tandis que le nord dans la zone occupée. En juillet 1944, un violent bombardement détruisit le septième de la ville. Avec de vrais ou faux «Ausweis» – (ou laissez-passer), le départ avait lieu à la Gare d'Austerlitz, d'où l'on prenait le train de nuit pour Toulouse. Avant de quitter notre domicile, à Taverny, notre passeur nous avait donné le nom et l'adresse d'une de ses nièces, récemment veuve, qui vivait au Sud de Toulouse, en Haute-Garonne à 10 Kms de l'Espagne. Nous quittâmes Paris le 6 novembre 1942, et arrivâmes à Toulouse le 7 très tôt le matin, après avoir franchi le contrôle allemand à Vierzon, munis de nos faux papiers. De Toulouse, nous nous embarquons pour FRONSAC, près de Luchon, et arrivâmes avec tous nos bagages y compris un vélo, que nous avions enregistrés à notre départ (petite digression : la SNCF fonctionnait très bien sous Vichy et l'Occupation). Muni seulement d'un nom et d'une adresse je fus envoyé en reconnaissance. Mission accomplie ! Madame Veuve Noguès (la nièce de notre voisine), habitait une grande maison, et était prête à nous accueillir, très chaleureusement.

Le 11 novembre 1942, fin de la zone libre, les Allemands arrivent et s'installent dans le village, où, à partir de ce moment nous étions cachés. Comment avons-nous pu rester dans cette situation jusqu'au mois d'avril 1943 ? Je n'en sais rien, mais avec la création de la zone interdite en bordure de la frontière, il nous fallait quitter la France. Madame Noguès avait un ami braconnier et contrebandier qui était aussi membre de la Résistance et passeur clandestin. Il organisait plusieurs convois «d'évadés», par mois, et nous fit savoir d'être prêt pour la nuit du 9 avril 1943. Nôtre groupe comprenait huit personnes, c'est-à-dire les quatre membres de la famille et quatre inconnus, plus le guide et quelques aides.

Finalement après 24 heures épuisantes de marche, dans la neige, le froid et l'angoisse, nous étions tous les huit en Espagne, sains et saufs et surtout libre du cauchemar nazi.

 Après trois mois à Barcelone, et un détour au Portugal, nous arrivâmes à Casablanca le 18 juillet 1943, pour une nouvelle vie, et une autre page d'aventures, puisque je me suis engagé à la 2e D.B. (Division blindée) Voici, narré du mieux que j'ai pu, ce que nous avons vécu, et qui nous a permis d'échapper à Drancy et sans doute Auschwitz. De ce bonus de vie, ce rab' comme on disait dans l'armée, j'ai essayé de faire de mon mieux pour mériter cette survie. Ai-je réussi ? Je n'ai pas de réponse. Il y aurait beaucoup à dire, pour donner tous les détails de ce que nous avons vécu. Notre vie, comme celles de millions d'autres, Juifs et non- Juifs, avait été complètement changée par ces six années de Guerre. Je pense souvent à mes parents qui, eux ont connu les horreurs de 14-18, l'entre-deux Guerres et 39-45.

Maintenant je suis un vieil homme, prêt à retrouver mes parents au King David Mémorial, dans un repos et une paix, que nous avons bien mérité. Je suis toujours à votre disposition pour vous fournir d'autres souvenirs, surtout, qu'à ma connaissance, il n'y a pas tellement de familles qui ont pu se retrouver intactes en Espagne. D'après ce que j'ai lu, il y aurait eu environ 30,000 personnes qui franchirent cette frontière avec succès. Il existait autrefois, une Association des Évadés de France. Elle a ou totalement, ou pratiquement cessé d'exister. Avec toutes mes amitiés, et en vous souhaitant la bonne année.

Jacques Godel.

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