Yigal Bin-Nun- יגאל בן-נון

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La négociation de l’évacuation en masse des Juifs du Maroc Yigal Bin Nun

יגאל...הרצאה

Deux problèmes préoccupèrent Cohen Olivar lors de ses contacts avec Becking. Le premier était la somme à payer pour chaque émigrant, et le second les garanties ou les cautions que les Israéliens étaient disposés à fournir pour s’assurer que le montant convenu soit effectivement versé. Ronel demanda à Becking de répondre aux Marocains que la meilleure garantie se trouvait déjà entre leurs mains. C’était en fait la masse de Juifs restés encore au Maroc, et que les Israéliens voulaient à tout prix faire sortir. Lorsque Becking proposa vaguement le montant de 10 à 15 dollars par personne, Cohen Olivar répondit que c’était un montant 4 ou 5 fois inférieur à ce qu’ils avaient envisagés. Becking avait l’impression que le confident juif du prince Moulay Ali, cousin du prince héritier, était un homme honnête et que l’on pouvait se fier à ses promesses. Selon Ronel, il était clair que le palais cherchait un moyen de tirer un profit financier du départ des Juifs et que ses représentants se dépêcheraient à parvenir à un accord pour ne pas rater l’occasion. Ronel comprenait aussi que le prince Moulay Hassan, qui entretenait déjà des contacts directs avec Easterman par l’intermédiaire de Sam Benazeraf, était sans doute bien informé des contacts des Israéliens avec Cohen Olivar et Moulay Ali. Il cherchait surement à savoir lequel des partenaires serait le plus prometteur et lui accorderait de meilleurs bénéfices.
Il est indispensable de rappeler que ces pourparlers, à la veille du naufrage du Pisces, ne constituent qu’un maillon dans une série d’entretiens effectués par le prince héritier et son entourage pour arriver à un accord avec Israël pour l’évacuation des Juifs. Un des plus significatifs eut lieu déjà en mars 1960, lors de la visite de Ben Salem Guessous à Jérusalem et sa rencontre avec Golda Meir et avec les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Guessous proposa un scenario détaillé pour la poursuite des négociations. Ils furent suivis selon ses recommandations par l’entretien du prince héritier avec Easterman en août de la même année . On pouvait penser qu’à ce stade un accord était sur le point d’être signé mais les choses se déroulèrent autrement. La raison pour laquelle les pourparlers n’avaient pas aboutis avait surement un rapport avec les incertitudes des diplomates Israéliens quant à la capacité du roi et de son fils à se maintenir au pouvoir, face à la force menaçante de la gauche, menée par Mehdi Ben Barka et Abderahim Bouabid. Il était clair que les Israéliens avaient déjà compris qu’un accord avec le palais impliquait une indemnisation financière du Maroc pour le préjudice économique découlant du départ des Juifs. Ce tabou, que seul le prince héritier avait osé briser, avait déjà été abordé de manière explicite. Il ne restait plus aux Israéliens que de décider s’ils étaient prêts à effectuer une « transaction » de ce genre ou continuer les opérations de départs clandestins. Ne voulant pas trancher, ils poursuivirent les contacts tout en essayant d’organiser une opération spectaculaire dans le domaine de l’émigration qui devait contraindre le Maroc à accorder la liberté d’émigration. L’événement spectaculaire se produisit effectivement, sans que les Israéliens l’aient prévu. C’est le naufrage du Pisces. L’accord ne fut pas conclu à temps et la catastrophe n’a pas été évitée.
Ce n’est qu’après ce drame, de janvier 1961, que les contacts avec le palais furent rétablis au mois de mars, juste après l’accession au pouvoir de Hassan II. Pour une raison non élucidée, les noms de Cohen Olivar et de Moulay Ali disparaissent des comptes rendus et sont remplacés par ceux de Sam Benazeraf et de Abdelkader Benjelloun. Dans la presse israélienne, le rôle de Benazeraf  dans ces négociations fut minimisé, sinon déprécié, au profit du chef de la Misgeret au Maroc Alex Gatmon. Les publications de Shmuel Segev  et de Dov Goldstein , journalistes qui étaient en contact avec Gatmon à cette époque, se sont efforcées de le représenter comme un nouveau Moïse venu exiger du pharaon la sortie des Juifs. Le pharaon dans ce cas n’était point Hassan II mais Sam Benazeraf. Il fallait, selon leurs rapports, faire de grands efforts pour le convaincre du départ des Juifs. Cette image grotesque n’était pas sans fondements puisque les émissaires israéliens arrivés au Maroc se définissaient souvent comme des messies venus libérer leur peuple de la servitude .

En réalité, l’accord avec le palais n’aurait pu aboutir sans la contribution cardinale de Benazeraf que l’on essaya d’occulter au profit de Gatmon. Juste après l’indépendance, Benazeraf, membre du PDI, occupa le poste de directeur général auprès du premier ministre des Finances, Abdelkader Benjelloun . À la fin de son mandat, il retourna aux affaires et se consacra à plusieurs activités communautaires, aux côtés de David Amar. Dans le gouvernement de Hassan II, Benjelloun fut nommé ministre du Travail et des Affaires sociales. Quelques jours après l’entretien entre Easterman et le prince héritier, au mois d’août 1960, des consultations se tinrent au bureau de Golda Meir à Jérusalem, au cours desquelles on décida de confier à Benazeraf la mission d’aborder avec Moulay Hassan le sujet délicat de l’indemnisation. Tous les participants étaient d’avis que Benazeraf était la personnalité idéale pour cette mission secrète visant à « acheter le prince ». C’était aussi Benazeraf qui selon les participants, gérait « les affaires louches du prince ». Ce dernier appréciait particulièrement son niveau intellectuel et ses fonctions au sein du Conseil des communautés. Après le drame du naufrage, il était clair que l’heure n’était plus aux atermoiements. Le gouvernement israélien était prêt à verser la contrepartie financière et mettre fin à l’émigration clandestine. Précédemment, Israël avait accordé des indemnisations de ce genre à l’Irak et à la Roumanie . Le ministère des Affaires étrangères décida d’appliquer le même principe au Maroc.
Carmit Gatmon, qui accompagna son mari au Maroc, relate, après la mort e celui-ci, les divergences de vues entre son mari et le couple et Janine et Sam Benazeraf, qu’ils venaient consulter durant plusieurs mois. Gatmon était souvent impatient et supportait difficilement les analyses programmatiques de Benazeraf et son esprit intellectuel. Il voulait à tout prix aller de l’avant, sans tenir compte des spécificités locales et du savoir vivre marocain. Quant à Benazeraf, il s’entêtait à aborder les sujets délicats avec prudence, pour ne pas mettre en dangers les personnes impliquées. Il agissait surtout d’œuvrer selon le protocole de politesse en vigueur au palais et dans la famille royale. Les sujets financiers n’étaient jamais abordés directement avec le roi, ce qui serait perçu comme une conduite grossière . Malgré le comportement de Gatmon, Benazeraf ne céda pas aux pressions de son hôte d’impliquer le secrétaire général du Conseil des communautés, David Amar, dans ces pourparlers entre le Maroc et Israël. Il proposa, par contre, de d’établir un contact alternatif avec le prince Moulay Ali par l’intermédiaire de Cohen Olivar. Benazeraf se garda d’impliquer directement des personnalités juives marocaines dans un projet purement israélien.
En mai, Benazeraf parvint à organiser une rencontre à Paris entre Gatmon et le ministre Benjelloun. Selon une version des événements, Gatmon arriva au rendez-vous déguisé et se présenta sous un faux nom. Benjelloun ne connaissait pas encore officiellement l’identité de Gatmon et ses fonctions au Maroc, mais il devina certainement qu’il s’agissait d’un représentant israélien de haut rang. Les trois hommes passèrent plusieurs heures à étudier le sujet de l’émigration, et à l’issue de leurs discussions, Benjelloun répondit qu’il devait consulter au préalable le roi, mais il était d’ores et déjà clair que le HIAS (Hebrew Sheltering And Immigrant Aid Society) jouerait un rôle central dans tout accord entre les deux pays . L’accord de principe entre l’Agence juive et l’HIAS, en vertu duquel cette association tiendrait lieu de façade aux activités des émissaires israéliens, fut appliqué avant même le mois de mai . Entre la mi-mai et la fin juillet 1961, Gatmon rencontra Benjelloun à six reprises. L’ambassadeur d’Israël à Paris, Walter Eitan, prit part à une partie de ces entretiens . Les accords Benazeraf-Benjelloun incluaient une clause économique qui constitua un précédent dans les relations entre Israël et les pays qui retenaient les Juifs dans leur territoire. Le sujet qui suscita le plus de difficultés au cours de ces négociations était la dissolution du réseau clandestin israélien chargé de l’émigration. Cette condition était essentielle aux yeux des autorités marocaines, car cette activité clandestine embarrassait le gouvernement du roi. Gatmon et ses émissaires refusèrent d’interrompre leurs activités avant d’être sûrs que le gouvernement marocain tienne ses promesses. On promis certes aux Marocains que les choses s’arrangeraient d’elles-mêmes lorsqu’un accord définitif serait conclu, mais les dirigeants de la Misgeret continuèrent à faire sortir des Juifs clandestinement même pendant les négociations, comme garantie en cas d’échec. Malgré la poursuite de ces activités illégales, les Marocains n’interrompirent pas les pourparlers.
Vers la fin juillet 1961, Ronel et Gatmon se rendirent à Genève pour rencontrer Benjelloun et Moulay Ali . Le trésorier de l’Agence juive à Genève, Eran Laor, avait préparé le montant d’un demi-million de dollars, qu’il avait reçu en espèces dans une banque locale. L’ambassadeur Walter Eitan, le trésorier Laor, Ronel et Gatmon rencontrèrent les représentants du roi dans un hôtel luxueux de la ville. Selon Ronel, Eitan et Gatmon entrèrent dans la chambre de Benjelloun et lui remirent une valise pleine de billets. Lui-même et Laor attendaient dans la chambre attenante . Ronel, ses collègues du Mossad et les fonctionnaires de l’HIAS étaient persuadés que l’argent remis en Suisse n’était pas destiné au compte personnel du roi .
L’exécution de cette transaction donna lieu à plusieurs divergences : « Lorsque l’accord sur les départs fut conclu, le marchandage commença sur les modalités de son exécution […] marchandage qui porta sur plusieurs points. C’était d’abord le montant des sommes à verser mais aussi les procédures de paiement (acomptes et paiement après le départ d’un quota de familles) et sur le nombre total des passeports que délivreraient les autorités » . En Israël, le trésorier de l’Agence juive, Eliezer Shavit, souleva la question de savoir si le roi était vraiment au courant de l’accord et s’il s’engageait personnellement à veiller au départ des Juifs après la réception de l’acompte . Qui plus est, le ministre des Finances, Lévi Eshkol, déclara qu’Israël n’était pas en mesure d’assumer le paiement de cette somme. À la question de savoir pourquoi un acompte d’un demi-million de dollars était nécessaire, les Marocains répondirent qu’ainsi ils pouvaient se rendre compte si les intentions des Israéliens étaient sérieuses. Le chef du Mossad, Isser Harel, craignait, de son côté, que les Marocains n’avaient d’autres intentions que de tromper Israël pour entraver les opérations clandestines, en attendant de s’organiser pour liquider totalement le réseau : « Nous étions convaincus qu’il s’agissait d’un piège qu’ils nous tendaient , peut-être voulaient-ils nous induire en erreur »  . Les dirigeants du Congrès juif mondial, Nahum Goldman, Jo Golan et Easterman, connaissant bien le pays, n’étaient pas aussi méfiants que Harel à l’égard des Marocains, mais s’opposaient à l’accord car, à leur avis, les Juifs du Maroc ne courraient aucun danger grave qui nécessite à tout prix une évacuation urgente.
Une autre exigence de la part des Marocains était que l’établissement qui sera chargé de l’émigration ne soit ni israélien ni sioniste, mais un organisme humanitaire. Ils suggérèrent aussi que des sociétés de transport marocaines prennent part à l’opération, moyennant payement. Pour garantir le secret, les opérations devaient se dérouler à la nuit tombée dans la discrétion totale. Une condition pas moins importante émise par les Marocains exigeait impérativement que l’émigration inclue tous les membres d’une famille sans exception, pour éviter l’éclatement du noyau familial et éviter les sélections visant à laisser au Maroc les malades, les vieux et les cas sociaux. Ils s’opposèrent à ce que seuls les jeunes, les plus éduqués et les personnes en bonne santé émigrent, tandis que les vieillards, les malades et les invalides restent au Maroc. C’est ainsi que les autorités marocaines obligèrent les Israéliens à annuler la politique de sélection . De leur côté, les représentants d’Israël – qui redoutaient l’utilisation de passeports individuels obligeant les familles à s’adresser aux autorités locales – demandèrent que les départs se fassent au moyen de passeports collectifs, permettant ainsi une plus grande souplesse d’exécution .
Juste après la réception de l’acompte, Benjelloun reçu l’accord personnel du roi, concernant un premier départ de 50 000 Juifs vers l’Europe, le Canada ou l’Amérique, à l’exclusion d’Israël. Concernant l’indemnisation, Benjelloun demanda un acompte de 500 000 dollars, et 250 dollars pour chaque émigrant, pour couvrir les frais de départ. Ces sommes devaient être versées en espèces à Genève . Ce montant de 250 dollars per capita était beaucoup plus élevé que celui de 10 à 15 dollars proposé auparavant par Becking, avant la naufrage du Pisces, et même plus élevé que les montants quatre ou cinq fois supérieurs espérés par Cohen Olivar. Selon les comptes-rendus ultérieurs, il s’avère que le montant qui fut convenu pour le groupe des premiers 50 000 Juifs était de 100 dollars. Cependant, cette somme n’était valable que pendant la « période intermédiaire » et elle devait, en vertu de l’accord, augmenter jusqu’à 250 dollars . Après la rencontre entre Eitan, Gatmon et Benjelloun à Genève, on accéda à un accord pour le départ de 50 000 Juifs en août, mais la mise en œuvre de son exécution se poursuivit jusqu’à la fin septembre . Ronel affirme qu’aucun document ne fut signé dans le cadre de l’accord avec les Marocains . Les sources de l’HIAS indiquent aussi qu’aucun accord signé en bonne et due forme n’était nécessaire. Selon ces sources, il s’agissait d’un accord secret conclu oralement, en vertu duquel l’argent passerait d’une main à l’autre, les deux parties s’engageant à respecter le secret et à tenir leurs promesses .
Un document de la Misgeret daté du 8 août 1961 fait référence à l’accord comme étant déjà conclu. Après cet accord, Ronel proposa à Harel de restructurer la Misgeret conformément au nouvel état de choses qui exigeait de définir les rapports entre la Misgeret et l’HIAS. À son avis, la Misgeret continuerait à travailler « dans la clandestinité totale, comme elle le fait aujourd’hui, mais selon des méthodes différentes ». Ses émissaires préparerons les familles en vue de leur départ et inciterons la classe moyenne juive à quitter le Maroc. L’HIAS aura deux aspects distincts. L’un discret, où les Israéliens tiendront les postes de directeurs adjoints et seront responsables de la mise en œuvre des critères de priorité fixés par le département de l’immigration de l’Agence juive. Deux ou trois médecins et une assistante sociale sélectionneraient les candidats à l’immigration en fonction de leur état de santé. D’autre part, l’HIAS aura l’aspect officiel d’un « comité directeur d’une agence de tourisme », créé comme branche d’un organisme humanitaire. Ses employés seraient des Israéliens de nationalité étrangère et des volontaires juifs locaux. Les fonctionnaires de l’HIAS fourniraient une liste d’émigrants aux autorités marocaines, qui devaient leur délivrer des passeports collectifs .
Le 21 août 1961, le roi Hassan II informa Abdelkader Benjelloun qu’il annoncerait le jour même au gouvernement la liberté d’émigration pour les Juifs du Maroc. Cette déclaration exigée par les Israéliens devait mettre officiellement en œuvre l’« accord de compromis » . Au sein du gouvernement, au moins six des dix-huit ministres étaient au courant de l’accord, parmi lesquels le ministre du Travail Benjelloun, le ministre de l’Intérieur Réda Guédira, le ministre du Commerce Mohammed Benhima, et le ministre de l’Education Dr Youssouf Ben ‘Abbas. Le 19 juillet 1962, Bensalem Guessous et Ahmed Bahnini, eux aussi informés de l’accord, furent nommés respectivement ministre des Travaux publics et ministre de la Justice. Il est probable aussi que le ministre de la Défense Mahjoubi Aherdan et le ministre des Entreprises publiques Mohammed Laghzaoui, aient eux aussi été informés de l’accord. On expliqua aux ministres que cet accord ferait bénéficier le Maroc d’une aide économique de la part des Etats-Unis. Malgré ses contacts assidus avec les Israéliens, le parti de gauche, dirigé par Ben Barka, s’opposa aux départs prétendant que les Juifs qui émigraient en Israël allaient renforcer Tsahal dans sa guerre contre les pays arabes. Un ministre répondit à cet argument qu’il était improbable qu’un état dont la population ne comptait que 2,5 millions d’habitants soit en mesure d’intégrer une aussi grande quantité de Juifs marocains démunis .
En août 1961, la direction générale de l’HIAS aux États-Unis entra en scène. Les bureaux de cet organisme au Maroc avaient été fermés en juillet 1959, après la publication du dahir de marocanisation, mais ses représentants continuèrent d’agir sur place depuis leur domicile. Selon la proposition de Yehuda Dominitz, le directeur général du département de l’immigration de l’Agence juive, Barukh Duvdevani, rencontra à New York Murray Gurfein, président de l’HIAS , et lui proposa que son organisation tiendrait lieu de façade pour les activités de la Misgeret. En vertu d’un accord oral, l’organisation américaine serait officiellement responsable de l’émigration des Juifs du Maroc et tous les émissaires du Mossad ainsi que les volontaires locaux seraient des employés de l’HIAS. Lorsque l’accord sera conclu, les activités de l’HIAS deviendraient légales, avec l’accord tacite du roi. Israel Gaynor Jacobson, président européen de l’HIAS, responsable aussi de l’Afrique du Nord, confia à son représentant Raphaël Spanien l’exécution de cette mission, et il semble que ce dernier ait pris part à une partie des entretiens avec Benjelloun .
Spanien se rendit à Rabat et rencontra le 28 août le ministre de l’Intérieur Guédira, dont le ministère avait la responsabilité ministérielle de l’exécution de l’accord. Spanien informa le ministre que son organisation agirait désormais plus au Maroc qu’à Paris, étant donné le nombre grandissant de familles juives attendant leur départ. Dans un rapport envoyé au ministre, il signala que l’HIAS était disposée à coopérer avec le ministère de l’Intérieur pour préparer des feuilles de route collectives pour les familles d’émigrants, à la place de passeports individuels, afin d’économiser sur les frais du ministère . À compter de ce jour, aux yeux des autorités marocaines comme à ceux des Juifs du Maroc, l’opération Yakhin pour l’évacuation des Juifs du Maroc fut identifiée comme l’émigration HIAS.
Les diplomates israéliens, souvent méfiants envers leurs interlocuteurs marocains sur la destination de l’acompte versé à Genève, demandèrent à Benjelloun de prévoir un entretien avec le roi, pour s’assurer qu’il était au courant de la transaction et qu’il se portait garant de son exécution. Au début septembre, Spanien fut reçu en audience au palais de Rabat et y bénéficia d’un accueil chaleureux. Selon le délégué de l’Agence juive, Hayim Halahmi, le colonel Mohammed Oufkir, responsable de la sécurité nationale, et Ben Sa‘id Lahrizi, directeur de la compagnie de tourisme TAM, participèrent également à cette rencontre. Le roi décida que son homme de liaison avec Spanien serait le colonel Oufkir pour les problèmes de passeports et, pour les questions techniques, son confident Ben Sa‘id . Au terme d’un entretien amical, le roi autorisa la réouverture des bureaux de l’HIAS et promit à Spanien que son organisme pourrait agir librement au Maroc. Même si le roi n’avait rien dit d’explicite sur les questions d’argent, Spanien comprit qu’il était bel et bien informé des clauses de l’accord . À Rabat, Spanien s’entretint avec plusieurs personnalités, en particulier Oufkir qu’il avait déjà rencontré à plusieurs reprises. À son étonnement, il se rendit compte que ce dernier n’était pas informé de l’accord entre son pays et Israël, mais pensa qu’il serait utile de renouer ses relations avec lui pour les modalité de l’exécution de l’accord . Selon Ronel, le roi n’informa Oufkir de l’accord que peu de temps après sa rencontre avec Spanien .

הוויכוח בעיתונות המרוקנית בעניין זכויות היהודים והגירתם, 1955–יגאל בן-נון

הוויכוח בעיתונות המרוקנית בעניין זכויות היהודים והגירתם, 1955–יגאל בן-נוןla voix2222

הקהילה היהודית, מעמדה וזכויותיה בעיתונות המרוקנית

בעיתונות המרוקנית שלאחר העצמאות היו לא מעט התייחסויות לקהילה היהודית, למעמדה ולזכויות אנשיה. מדובר בעיקר במאמרים בערבית ובצרפתית בעיתונות המפלגתית ובהצהרות פומביות של מנהיגים. דברי ראשי השלטון מובאים בהרחבה גם במסמכים המצויים בארכיונים ישראליים, אך יש להתייחס אליהם בזהירות. בראשית ימיה של מרוקו העצמאית תפסו בעיות הקהילה היהודית, ישראל והיהדות העולמית חלק זניח במכלול הנושאים שהעסיקו את ראשי המדינה הצעירה. לכן מגעיהם של ראשי המדינה עם ראשי הארגונים היהודיים העולמיים ועם שליחי ישראל המוסווים היו נושא עדין ורגיש שהמרוקנים לא היו מעוניינים להשאירם בכתובים.

יומיים אחרי שובו לבירה רבאט, בחג ההכתרה ב–18 בנובמבר 1 1955 ,ציין בנאומו הסולטאן מוחמד בן יוסף (מוחמד החמישי), שליהודי מרוקו יוענקו אותן זכויות וחובות כלמוסלמים, במלוכה תחוקתית שתבטיח לכל המרוקנים, ללא הבדל דת, את זכות ההתארגנות האזרחית והמקצועית. בפגישותיו עם משלחות יהודיות בעיירה סן ז'רמן–אן–לה בשנת 1956 ,לפני ששב למולדתו, הצהיר הסולטאן: "עידן חדש עומד להיפתח בפני נתיני היהודים. בקרוב תראו את ההוכחות לכך. מעתה הם ייהנו מזכויות כאחיהם המוסלמים, ללא הגבלה מכל סוג". באותה שנה הוא חזר על הבטחתו, והוסיף: "היהודים ייהנו משוויון זכויות, שוויון מוחלט, וישולבו בכל מסגרות  גם מפלגת החיים הלאומיים וגם באחריות המיניסטריאלית".

 הפופולרית והמפלגה הדמוקרטית לעצמאות האִסתִקלאל(העצמאות) (Indépendance’l pour Démocratique Parti ,)שחבריה היו בעיקר בעלי מקצועות חופשיים, פנו ליהודים בקריאה לבנות את מרוקו  החדשה עם אחיהם המוסלמים. לראשונה הוזמנו רשמית גם היהודים להצטרף לשורותיהן. אם בנושא זכויות היהודים לא נמצא מי שערער על עקרון השוויון בין היהודי למוסלמי, לא זה היה היחס לזכות ההגירה של יהודים. ההנהגה המרוקנית התנגדה להגירה זו מסיבות מגוונות. הגישה הפטרנליסטית–מסורתית שאפיינה את עמדת המלך מוחמד החמישי, ראתה ביהודי הקהילה נתינים בחסותו האישית של השליט.

מוסד המלוכה חש מחויב "להגן על בניו היהודים". בגישה זו הייתה מידה לא מעטה של סנטימנטליות נטולת ריאל–פוליטיק. גישה נוספת סברה כי יציאת היהודים מן המדינה מיד עם קבלת עצמאותה, עלולה לערער את יציבותה בתחומי המִנהל הציבורי, המסחר והכלכלה, כיוון שהיהודים מילאו תפקיד חשוב בתחומים אלה. גרסה אחרת לטענה זו הדגישה שעצם הפרסום בעיתונות העולמית על יציאה המונית של יהודים ממרוקו עלולה ליצור רושם שהמדינה הצעירה מתמוטטת. לפי גישה אחרת כלכלית ולהציג אותה כבעלת משטר לא הומני. התרת יציאה המונית של יהודים עלולה הייתה להציג את מרוקו בפני דעת הקהל העולמית כמדינה לא–דמוקרטית ולא–מתקדמת שלא מסוגלת להעניק לאזרחיה הלא–מוסלמים את התנאים להשתלבות נאותה בחברתה. אחרים האמינו כי יציאת יהודים, המהגרים ברובם לישראל, תפגע ביחסי מרוקו עם מדינות ערב להן היא זקוקה לייצוב מעמדה המדיני, בתום מאבקיה בצרפת הקולוניאלית. ולבסוף, היו אלה שחשבו כי הגירה מסיבית של יהודים צעירים לישראל תחזק את כוח צה"ל במלחמתו במדינות אחיות.

נציגי הארגונים היהודיים העולמיים, שנשלחו מטעם מדינת ישראל, השיבו בפגישותיהם עם ההנהגה המרוקנית על הטענה שכלכלת מרוקו עלולה להיפגע עקב נטישת היהודים. הם הדגישו שמשקלם של היהודים בכלכלת המדינה זניח כיוון שכ–60.000יהודים (מתוך 160.000 בשנת 1960 )התקיימו רק בזכות סיוע ארגון  הג'וינט היהודי–אמריקני. הם הוסיפו שיציאת בעלי מקצוע יהודים מן המדינה תְפנה מקומות עבודה לצעירים מוסלמים משכילים. על החשש מתגובת מדינות ערב, השיבו נציגים אלה שגם מדינות חברות הליגה הערבית וגם מדינות הנלחמות בישראל הרשו ליהודיהן לצאת לישראל, ובניהם של יהודים אלה משרתים בצה"ל. נציג הקונגרס היהודי העולמי, אלכסנדר איסטרמן, טען כי בעוד גמאל עבד אלנאצר עודד את היהודים לצאת ממצרים, ואף גירש אותם בשנת 1957 , אחרי מבצע סיני, במסגרת חתירתו לאחדות לאומית, מרוקו מעודדת גיוון לאומי  הנציגים הזכירו כדוגמה למדיניות ליברלית את העמדה  התוניסאית, שעוצבה בידי חביב בורגיבה. אף על פי שהתיר יציאה חופשית מן המדינה, היהודים לא מיהרו לצאת.

מעמדם הכלכלי של היהודים היה דומה לזה של המתיישבים הצרפתים במרוקו. למרות השוני בנתינות, היהודים היו צרכנים טובים וכוח אדם מיומן למשרות ניהול. לדברי ההיסטוריון דניאל ריוֶה, "לא יהיה מוגזם לקבוע שעזיבת הקהילה עלולה לרושש מבחינה אנושית   את מרוקו יותר משובם של האירופים לצפון הים–התיכון". מעיני היהודים לא נעלם החשש מפני מה שעלול לקרות משתתגבר המדינה על קשיי ההסתגלות לעצמאות הכלכלית והמדינית, אך לתביעה לחופש תנועה ולהענקת דרכונים לא הייתה משמעות מעשית. דרישות אלה יכלו לענות, לכל היותר, על צורכיהם של סוחרים ושל בעלי עסקים שביקשו לצאת לאירופה לרגל עסקיהם או לחופשה. יהודי הכפרים והשכבות העממיות בערים היו זקוקים לסיועו של גוף שיארגן את יציאתם, יטפל בהובלת רכושם וידאג לקליטתם בארץ חדשה. אך נציגי הארגונים היהודיים העולמיים העדיפו להזכיר לראשי השלטון תביעות עקרוניות כחופש תנועה והנפקת דרכונים, ולא ארגון הגירה שיטתית של אזרחיה היהודים של מרוקו לישראל.

כיוון שההתנגדות העקרונית להגירה שימשה נשק פוליטי בידי המפלגות בהתקפותיהן ההדדיות ובהתנגדותן למדיניות הארמון, אף צד לא העז לרמוז על הסכמתו ליציאת היהודים, אף שבשיחות אישיות לא התנגדו לכך ולא הפריעו לה. הארמון נאלץ להשלים עם המציאות ולוותר על רצונו להחזיק את היהודים בעל כורחם. לוויתור זה הייתה יותר מסיבה אחת. החשובה שבהן הייתה קשורה לעתידו של היהודי במדינה אסלאמית. לצד הלחץ של דעת הקהל העולמית היהודית והלא יהודית, גברה בהדרגה הראייה הפרגמטית.  

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״מה קרה ליהדות מרוקו״ סרט דוקומנטרי מאת אלפרד שטיינהרדט

״מה קרה ליהדות מרוקו״ סרט דוקומנטרי מאת אלפרד שטיינהרדט, כנראה משנת 1975, בין השאר בהשתתפות החוקר רפאל בן שמחון, עקיבא אזולאי סגן ראש העיר ירושלים, ויקטור תיאר ויגאל בן-נון מן הפנתרים השחורים וזהבה מלול ומקסים פרץ מן ״המועצה לקידום החינוך בעיירות פיתוח״.

Un documentaire d'Alfred Steinhardt "Qu'est il arrivé aux Juifs du Maroc" 1975, 
https://www.academia.edu/35568148/_מה_קרה_ליהדות_מרוקו_סרט_דוקומנטרי_מאת_אלפרד_שטיינהרדט_1975

https://www.academia.edu/35568148/_%D7%9E%D7%94_%D7%A7%D7%A8%D7%94_%D7%9C%D7%99%D7%94%D7%93%D7%95%D7%AA_%D7%9E%D7%A8%D7%95%D7%A7%D7%95_%D7%A1%D7%A8%D7%98_%D7%93%D7%95%D7%A7%D7%95%D7%9E%D7%A0%D7%98%D7%A8%D7%99_%D7%9E%D7%90%D7%AA_%D7%90%D7%9C%D7%A4%D7%A8%D7%93_%D7%A9%D7%98%D7%99%D7%99%D7%A0%D7%94%D7%A8%D7%93%D7%98_1975

 

 

 

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