Les juifs de Colomb-Bechar-J.Ouliel

Les juifs de Colomb-Bechar-J.Ouliel

Mais poursuivons notre visite. En prenant par la rue Isabelle Eberhardt, derriere l'an cienne residence de l'administrateur militaire, – le Territoire – (ex-bordj Citroen), je me dirigeai vers l'oued et la maison d'un ami d'enfance, Mohammed Hafid, mon camarade de classe si brillant que je n'eus pas la chance de revoir. 

L'oued Bechar, l'un des rares de ces regions a n'etre pas asseche onze mois sur douze, est toujours ce magnifique paysage de carte postale, ce lieu enchanteur qui fascinait les touristes, les peintres, les photographes et les promeneurs, avec ses milliers de superbes palmiers, dresses vers le ciel ou penches sur l'eau, comme pour s'y mirer. II fallut revenir en ville, pour ne pas ceder a la reverie melancolique, a la nostalgie de nos jeunes annees qui se sont ecoulees dans ce cadre ; sous les arcades, a la place des magasins Abihssira, Aboukrat, Benassaya, Bensemhoun, Layani, de petits boutiquiers, qui, dans l'attente du chaland, tuent le temps, parfois, en se livrant des parties acharnees sur des damiers traces a meme le sol. Helas, l'echoppe d'El Mbkhout, comme les machines des petits tailleurs juifs ne sont plus la ; avec elles, ont disparu les cordonniers, ferblantiers, forgerons et tous ces petits artisans, juifs pour la plupart, qui faisaient le charme de l'endroit. 

En fait, le depart des commercants et artisans juifs d'autrefois n'a pas vraiment entrame une perte d'activite ; la vie s'est transformee, les besoins ayant change. Aujourd'hui, la ville grouille d'habitants et particulierement d'enfants ; au lieu des quatre ecoles de 1962, il faut en compter une quarantaine aujourd'hui… qui ne suffisent pas, puisque les responsables ont ete obliges d'imaginer un systeme de mi-temps pour accueillir toute cette jeunesse.

AVANT-PROPOS

L'avenue Poincare n'a guere change, mais elle ne constitue plus le pole economique de cette ville ; bien qu'ayant perdu leurs enseignes, le plus souvent, les magasins des freres Amouyal, d'Assouline, de Simon Attia, de Meyer Amar, Elie Hazout, de MM. Bach, Klein, des freres Benichou, de M. Bensoussan, des Sebban, les salons de coiffure Benhamou, Martinez et Oliel, la pharmacie Lasseigne, les hotels Mestre, Vignaud et Monier sont toujours la, comme accables de tristesse, sans ame.

Meme Khalladi, le gargotier aux moustaches ala Dalia disparu. Les rues voisines n'ont plus les noms familiers que je connaissais ; ceux du Docteur Ceard, du Lieutenant Ferrand, de G.B.M. Flamand, de Rene Estienne, que j'ai connus, ont ete remplaces et les malheureux tamarins paraissent rabougris. 

 Le quartier juif aussi a disparu, totalement rase par les bulldozers: j'en ai eprouve une grande peine car c'est la que battait le coeur de notre communaute, serree autour de ses cinq synagogues ; j'aurais bien aime les revoir, et revoir aussi les maisons de mes amis Teboul, Amouyal, Benichou, qui sont aujourd'hui respectivement lyonnais, parisien et marseillais. Celle de Roger et Gilbert Amar est tou- jours la, a l'angle, comme un peu plus loin, la maison de mon pauvre camarade de l'ecole primaire, David Amar, mort a 12 ans, dans les pires souffrances, parce qu'un incons- cient lui avait fait la farce la plus stupide et la plus criminelle en allumant Fun des petards dont David avait bourre ses poches… Que de souvenirs ! 

Poursuivant la visite a la recherche de «mon» Bechar et de ses fantomes, je me dirigeai vers 1'autre bout de 1'avenue Poincare, laissant derriere moi les magasins Hazout, Sam Benichou, Meyer Amar, Sebban, Bensoussan, Benichou, Azeroual, Albert Amar, Benhamou, Fechoppe de M. Amsellem… Tout en haut, en fermant les yeux, j'ai 1'im- pression d'entendre ces conversations a haute voix, entre Nicolas, Castel, Mardochee Benichou et mon pere, personnages truculents ala Pagnolqui, installes chacun devant sa boutique, refaisaient le monde en lancant leurs idees de part et d'autre de l'avenue Poincare. 

L'enchantement fut de courte duree : levant les yeux au-dessus des tamaris, j'eus la grande surprise d'apercevoir la cathedrale, a peine reconnaissable : peinte en ocre, elle avait ete transformee en mosquee, et le croissant pose au sommet du clocher devenu minaret, avait beaucoup de mal a dissimuler la croix posee quarante ans plus tot et qui n' avait pu etre ni detruite, ni totalement recouverte.

Dans 1'ancienne petite eglise. laissee aux derniers Catholiques presents, je ne trouvai aucun Pere blanc: sa paroisse s'etendant desormais sur des milliers de kilometres carres, le R.P. Miguel devait courir le desert, pour essayer d'etre present la ou se trouvaient encore quelques Chretiens, la ou des hommes pouvaient avoir besoin de lui.

 Notre ecole n"etait pas tres loin de la ; j'y allai et, quand je demandai a la visiter, surprise le directeur n'etait autre que Khelifa, un de ces jeunes que nous avions emmenes en colonie de vacances a d'Uriage, en 1958, premiere colonie de vacances des jeunes sahariens : a raison de deux ou trois par village du sud, ils furent ainsi pres de deux cent soixante a profiter de l'occasion de prendre un train, un bateau, de voirla France, ses montagnes, ses rivieres, ses cascades, la neige, un glacier, la mer, des villes, de 1'herbe et du gazon partout…

Beaucoup d'entre eux, en toute occasion, s’emerveillaient, repetant : «c'est la premiere fois…

Helas, cette colonie de vacances fut aussi endeuillee par la mort d'une fillette agee de 9 ans, Louise Kauffman.

Ce fut une grande joie de nous retrouver trente ans apres, de voir que nos eleves ont reussi, et qu'ils ne nous ont pas oublies.

Khelifa sonna le rappel des anciens d'Uriage et je pus, grace a lui, en revoir quelques- uns, le jour meme ; peu apres, je devais revoir Mohamed ben Abd el Jebbar a Beni Abbes, Abdallah et Baba a Adrar…

Puis il fallut laisser place a une autre forme de nostalgie, celle qui va puiser au fin fond de la memoire, des souvenirs dont on ne soupconnait meme pas l'existence : Khelifa m'enferma dans son bureau apres m'avoir mis entre les mains le registre sur lequel etaient consignees, d'une magnifique ecriture calligraphiee, toutes les inscriptions depuis 1914 : en feuilletant ce registre, je rencontrai avec emotion les noms de beaucoup de mes anciens camarades des diverses classes, et, fermant les yeux, je les revis tels que je les ai connus alors : Flora Abihssira, Arlette Aboukrat, Agha Mohamed, Maurice et Roger Amar, Maurice Amoyal, Assouline Mir, Moi'se et Meyer Benichou, Marie-France Charbonnier, Henriette Dernaucourt, Jacques Fleurial, Chantal Georges, Mohamed Hafid, Hammadi, Illouz, Yves Keranflech, Guy Mangini, Medjbour, Denise Nezri, Emile Teboul, Eliette Tordjman…

J'eus soudain aussi la revelation que notre univers scolaire avait ete, durant toutes ces annees, une sorte de condense de la vie becharienne ; je me rememorai mon premier contact avec l'ecole et ma surprise de voir des enfants de 6 et 7 ans obliges, a l'appel de leur nom, de se ranger en trois files, selon qu'ils etaient Europeens, Musulmans ou Israelites !…

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