Les veilleurs de l'aube-V.Malka

LES VEILLEURS DE L'AUBE – VICTOR MALKA

Et qui peut réellement imaginer aujourd'hui l'office de commémoration de la destruction des temples de Jérusa­lem à Ticha Béav – le neuvième jour du mois hébraïque de Av – sans qu'y soient récitéeרבי דוד בוזגלוs (pleurées, devrait-on dire) l'élégie du poète-kabbaliste Israël Najara (À cause de mon sanctuaire, ma douleur est comme un serpent qui mord, à cause de la dévastation de Sion, je demeure dans la nuit), ou encore celle de Salomon Ibn Gabirol (A terre a été rabaissé mon orgueil, mon honneur a été avili), ou enfin celle de Yehouda Halévy (Il me plaît de chanter des élé­gies et des lamentations, au lieu de jouer de la flûte ou du luth).

[1] Voici un extrait d'une élégie composée par un poète juif du Maroc à propos des douleurs des juifs exilés d'Espagne. Cette élégie écrite sous forme de poème fait partie chez les juifs du Maroc du rituel spécifique aux cérémonies commémoratives de la journée de deuil de Ticha Béav :

« Exilés d'Espagne, de tout votre cœur, bénissez "le Nom de votre Dieu ! Où sont donc les sages et leur majesté, les maîtres et leur enseignement ? Ils sont aujourd'hui jetés sur des terres étrangères. Vos communautés ne sont plus que désolation. Pleurez tristement, les cœurs affligés sur les jeunes qui ont étudié la Torah et qui ont abjuré. Versez vos larmes en abondance car vous avez vu des vierges belles qui attendaient le mariage, la joie et l'allégresse, et qui ont été violées par des barbares. Ils ont violé la nudité de vos filles : les honorables filles d'Israël.

Les femmes mariées étaient sans défense, nues, livrées à un ennemi souillé.

Mes frères, à cause de cela votre douleur est plus lourde.

Qui a jamais entendu de telles choses ? Qui en a jamais vues ? La puissante communauté d'Israël livrée aux mains de sa servante. On vous a traités d'impurs.

Mes frères, mes amis, gardez espérance en le Dieu suprême.. Car du ciel il annoncera la paix. Raffermissez votre cœur ! »

Un point, en particulier, constitue un dénominateur commun entre les productions poétiques des uns et des autres : on n'y fabrique pas de l'imaginaire. Et on ne vise pas à l'originalité. La création littéraire des uns et des autres fait une large place à la tradition religieuse. On y exprime foi et dévotion, respect et attachement, repentir et contrition. Chez les uns et chez les autres, la poésie se confond totalement avec l'expérience religieuse. On se nourrit presque exclusivement à la spiritualité venue du récit biblique et du Midrash. C'est une poésie sacrée, synagogale. Elle deviendra plus tard métaphysique ou kabbalistique. On écrit des poèmes pour se rattacher à une tradition et à une histoire.

Pour rapatrier ou sauvegarder une mémoire aussi. Mais il arrive parfois que le poète, écrasé par la pauvreté, au bord de la précarité et de la misère, écrive des vers dans le but de recevoir de tel ou tel riche mécène juif quelques pièces de monnaie. Comme cela fut le cas, en Espagne, de Moshé Ibn Ezra, qui en convient ouvertement, sans avoir le moins du monde le sentiment de se livrer à la mendicité. Après tout, la poésie est nécessaire, elle a une fonction populaire. Elle permet le rêve. Elle est chant de célébration. Elle réchauffe par­tout les esprits et les cœurs. Comme les psaumes du roi David, elle alimente et insuffle l'espérance. Elle ne nourrit jamais son homme, chacun le sait. Quoi de plus naturel alors que des hommes d'argent viennent en aide à ceux qui déclarent en faire peu ou prou profession ?

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