Yigal Bin-Nun- יגאל בן-נון

Les Juifs espagnols et l’origine des Juifs du Maroc

יגאל בן נוןYigal Bin-Nun

Avec l’avènement de l’Islam au VIIe siècle, la majeure partie des habitants autochtones de l’Afrique du Nord, les Imazighens, convertis d’abord au Judaïsme, puis au Christianisme, furent pratiquement tous contrains à s’islamiser. Ce qui rend très probable, à mon avis, la constatation que les seuls nord-africains qui sont restés juifs ne devaient être que ceux qui, à l’origine, avaient émigrés de la Judée et de la Galilée. Aussi, la thèse défendue par l’historien tunisien Ibn Khaldoun (1332-1406) dans son livre l'Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, selon laquelle les Berbères seraient des descendants de Cananéens et que le personnage de Dihya el Kahina serait d’origine juive a été largement réfutée par les historiens Abdelmajid Hannoum et Gabriel Camps. Malgré le mouvement berbériste qui cherche à s'affranchir du joug de la culture arabo-musulmane, en mettant en avant les origines juives des Berbères ou l’origine berbère des Juifs nord-africains, il faut se rendre à l’évidence et ne pas prendre des mythes pour des vérités historiques. Malgré la sympathie que ressentent actuellement les Juifs d’Afrique du Nord pour certains de ces mouvements représentés dans le Web, les Juifs nord africains, dans leur grande majorité, ne seraient donc pas des Berbères convertis mais principalement des anciens Israelites et Judéens émigrés de leur pays, avant et surtout après la révolte contre les Romains.

Dernièrement, Shlomo Sand dans un livre pamphlétaire prôna l’inexistence d’un peuple juif qui à son avis fut inventé de toute pièce par le mouvement sioniste. Ce qui assez dissimulé dans son livre c’est  le fait qu’il ne fait que répéter ce qu’avaient déjà dit quasiment tous les historiens du peuple juif  bien avant lui. En outre, aucun historien sioniste n’a jamais prétendu que les origines des Juifs étaient ethniquement, biologiquement  ou génétiquement exclusives ou que tous les Juifs devaient obligatoirement avoir des ascendants remontant aux populations des royaumes d’Israël et de Juda.Les brassages constants de populations à travers les siècles ont effacé toute possibilité d’évoquer une définition à base ethnique du peuple juif et de quasiment toutes les populations des états-nations actuelles. Il serait aussi ridicule, comme essaient de le faire certains généticiens peu scrupuleux de la rigueur scientifique,  de vouloir prouver à tout prix l’existence d’un dominateur génétique commun à tous les Juifs du monde actuel.

Durant tout le Moyen âge, l’Afrique du Nord et l’Espagne ne formaient qu’un seul domaine culturel et les lettrés juifs à l’époque voyageaient  facilement d’une communauté à l’autre. Ce brassage de population ne permet plus de distinction ethnique entre les Juifs d’Espagne et ceux de l’Afrique du Nord. Cependant, avec l’expulsion des Juifs d’Espagne et du Portugal, après 1492, les Juifs de la péninsule ibérique, devenue chrétienne, émigrèrent en partie en Afrique du Nord et composèrent une communauté distincte par ses origines et son particularisme. On les appelle les megorashim,les expulsés, par rapport aux toshabim, les autochtones, termes que l’on retrouve principalement dans les actes de mariages, les ketubot. Grace à ces nouveaux venus qui constituèrent une aristocratie locale, le dialecte judéo-arabe marocain, dans toute sa diversité, est encore truffé d’espagnol dans le domaine lexical. Jusqu’au XIXe siècle, on continua même de traduire à Meknès dans des textes du droit juif, dans les responsa (les she’elot u-teshubot), certains termes de l’hébreu en espagnol, pour qu’ils soient mieux compris par le lecteur.

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