Mon trajet de Casablanca à Montréal en passant par Paris – Jacob GARZON

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 Jacob GARZON

Mon trajet de Casablanca à Montréal en passant par Paris

Ma jeunesse d'abord, au Maroc, fut magnifique. Des parents extraordinaires, sept frères et deux sœurs absolument super… Même si comme aîné, je devais m'occuper des plus jeunes.

Avec ma mère c'était l'enseignement à outrance… Le style marche ou crève comme dans la légion étrangère…Donc c'est l'université, et moi son aîné, my son the doctor…why does it sound so jewish.

Avec mon père c'est le sport : marche, natation. Et puis ensuite le rugby avec Félix et Haim, mes frères. Ce fut aussi l'époque du scoutisme, bylou, éclaireur Israélite de France.

En 1955, c'est la séparation, je pars à Paris faire médecine…Je rentre dans l'équipe de rugby de la fac de médecine de Paris et j'ai failli accepter de jouer professionnel. Cette utopie n'a duré que quelque instant car ma vie aurait été de très courte durée.. .ma mère… D. ait son âme.

En 1959, j'ai épousé Ruby, et de retour à Paris elle s'est embarquée à l'école Polytechnique Féminine.

Eric naissait en 1960.

En 1961, nous sommes de retour au Maroc, bien décidés à y rester.

Ce fut une époque héroïque à Casablanca.

Ma première expérience chirurgicale fut déplorable étant arrivé en retard en salle d'opération, péché capital. Le docteur Comte m'envoya promener quand je dis que je n'avais aucune expérience chirurgicale.

Et je me retrouve au laboratoire d'anatomie pathologique où j'apprends à disséquer, à suturer, seul.

Ma première expérience antisémite fut de me retrouver exilé à la léproserie de Casablanca. Mon premier contact fut cette jolie fille qui me sauta au cou pour me remercier de venir les aider. Je n'avais pas reconnu qu'elle était lépreuse et quand je l'ai su, j'ai paniqué. J'étais prêt à me jeter dans le premier stérilisateur venu. Mais j'ai vite appris que c'étaient des êtres humains, qui avaient besoin d'aide, ce fut trois mois d'apprentissage magnifique.

En 1962, Laurent naissait.

Après Casablanca, je fus exilé à Kenitra :

JAMAIS AUCUN EXIL N'A ÉTÉ AUSSI BÉNÉFIQUE.

Les hôpitaux du Maroc à cette époque fonctionnaient un peu comme médecins sans frontières. En tant que juif, j'ai été toléré, sans plus. Mais j'ai appris à me battre… Après tout je faisais partie de l'équipe nationale et internationale de rugby du Maroc.

Comme résident, il fallait faire tout soi-même : l'anesthésie, la chirurgie… L'affaire était que if you did not do it, nobody will do it. La chirurgie avec ou sans aide…et surtout sans expérience mais heureusement que les bouquins étaient là, un peu comme un GPS aujourd'hui. L'apprentissage était du style: you see one, you do one, you teach one. Incroyable mais vrai, surtout que je n'avais pas tellement de casse.

Une anecdote mémorable, en deuxième année de résidence à Kenitra, une nuit de Ramadan, s'amène à dos de mulet une jeune femme enceinte à terme avec une rupture utérine. Un bébé mort, une femme exsangue et je n'avais aucune expérience devant une telle situation. Mes patrons musulmans refusent de venir… Je l'endors, je l'ouvre, je sors le fœtus mort, j'enlève l'utérus déchiqueté, contrôle l'hémorragie, et pendant tout ce temps là pas de sang disponible de la banque… Le Ramadan… Ni une ni deux, je m'allonge sur une civière à ses côtes et je demande à l'infirmière de me brancher pour une transfusion directe… Avec une telle vigueur, cette transfusion, que je perdais conscience, mais la patiente a survécu. Le résultat de ce petit fait :

Beaucoup de sang recueilli, une protection instantanée pour ma petite famille, et pour la population musulmane de Kenitra, j'étais devenu le bon D.

Un an après, il était clair qu'il fallait quitter le Maroc, où j'ai tant appris, pratiquement tout seul, où j'ai travaillé comme un forcené, nuit et jour, sauf quand il y avait un match de rugby.

J'avais calculé le nombre de cas majeurs que je faisais seul à Kénitra : 235 cas par mois, ce qui fait une moyenne de 8 à 9 opérations par jour ou nuit, unheard off, quand on pense qu'un chirurgien très occupé à Montréal, va faire un maximum de 40 cas majeurs par mois.

Suite……..

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