Une histoire de familles-JosephToledano-Azoulay-Premiere partie

AZOULAY

Nom patronymique porté par une des plus illustres familles sépharades. Son origine et son sens ont donné lieu à plusieurs interprétations. La plus originale et la moins convaincante, malgré sa recherche et sa grande popularité, est celle qui était de tradition dans la famille et qui lui attribue une origine hébraïque. Ce patronyme, Azouly, serait constitué des initiales hébraïques des mots composant le verset 21-7 du Lévitique: "Aïcha Zona Ohulela Lo Ykahou". Ce commandement, exclusivement réservé aux prêtres, interdit aux membres de la famille Cohen les mésalliances matrimoniales, d'épouser une femme non-vierge (divorcée) ou de mauvaises moeurs. Théoriquement donc, il ne concerne en rien la famille Azoulay, mais dans son désir de sainteté, le fondateur de la famille aurait pris volontairement sur lui et ses descendants, de se conformer à la sévérité de ce comman­dement pour préserver la pureté de la famille à l'égal des Cohanim. Mais comme une telle explication pouvait semer le doute et faire croire qu'au contraire, la famille Azoulay était une famille de Cohen ayant perdu son privilège de prêtrise, n'en conservant en souvenir nostalgique que ce commandement, déjà dès le XVÏIème siècle, un des plus grands rabbins de la famille, rabbi Abraham Azoulay de Marrakech, avait totalement rejeté l'authenticité d'une telle interprétation, et menacé même de "hérem", excommunication, quiconque y ferait référence à l'avenir ! Malgré cette menace, cette explication a vainement gardé sa popularité jusqu'à nos jours. Autre explication plus plausible: nom patronymique d'origine espagnole, dérivé de azul, bleu, fabricant des célèbres azulejos, carreaux de céramique peints en motifs à dominante bleue. On peut peut-être y trouver un début de confirmation dans la célébrité acquise par la famille Azoulay d'Italie aux XVIème- XVIIèmes siècles justement dans la fabrication de plats de céramique pour Pessah et le chabbat, appréciés dans toute l'Europe – expertise acquise en Espagne avant l'expulsion. La troisième explication, soutenue par Abraham Larédo, fait appel à une origine berbère, dérivé de "Izil" qui signifie bon, équivalent des patronymes arabes Taïeb, Elmaleh et de l'espagnol, Bueno. Il existe effectivement au sud du Maroc, une tribu berbère qui porte un nom proche: les Ait Tazoulaït, et en Algérie, près de Tiaret, la tribu des Bouzoulaï. Ismael Hamet penche également pour une origine berbère qui pourrait se confondre avec Assouline, les deux s se transformant en z: Azoulin. L'objection est que ce patronyme, inconnu des Musulmans, est porté dans toutes les communautés juives du bassin méditérrannéen et pas seulement au Maghreb berbère. Le nom est attesté en Espagne au XVème et au Maroc au XVIème, figurant sur la liste Tolédano des patronymes usuels dans le pays à l'époque. Au XXème siècle, nom particulièrement répandu, porté dans les trois pays du Maghreb, mais surtout au Maroc (Fès, Marrakech, Mazagan, Sefrou, Safi, Mogador, Casablanca, Tétouan, Tanger, Larache, Meknès, Rabat, Oujda) et par émigration à Gibraltar ; en Algerie – Oran, alger, tlemcen, Mostaganem, Mascara, Marnia, saida, Sidi Bel abes, constantine, Bone, Guelma, Setif, Souk Akhras), et en Tunisie – Tunis, Sousse, Gabes, Bizerte).

  1. ABRAHAM: Dit le Premier, ancêtre de la famille au Maroc. Il est arrivé à Fès en 1492 avec la grande vague des Expulsés d'Espagne.
  2. MESSOD: Plus connu dans les chro­niques anciennes comme Messod Hammarabi, le Maghrébin, ou rabbi Messod plein de lumière, euphémisme hébraïque pour désigner les aveugles. Il quitta le Maroc vers la fin du XVIème siècle pour se joindre au centre de la Kabbale à Safed, où il acquit une grande réputation comme l'un des meilleurs connaisseurs de la doctrine de rabbi Itshal Lourié, le fondateur de la Kabbale pratique, formant un grand nombre de disciples venus du Maghreb, de Turquie et d'Europe de l'est.
  3. ABRAHAM (1570-1644): Dit le Second. Fils de rabbi Messod, c'est le fondateur d'une dynastie de rabbins qui devaient s'illustrer pendant près de deux siècles. Né à Fès, petit-fils de rabbi Abra­ham le Premier. Après une très solide formation dans la grande tradition espa­gnole, aussi bien dans les études sacrées que profanes – philosophie, mathéma­tiques, astronomie – il s'éprit de la Kabbale après la lecture des oeuvres de rabbi Moché Cordobéro et décida de quitter Fès vers 1612. La traversée fut mouvementée et leur navire, fortement endommagé, faillit sombrer avant de trouver refuge dans le port de Damiette, en Turquie. Les passagers furent contraints de passer la nuit à terre, mais la tempête qui ne s'était pas calmée, devait submerger le bâtiment déserté, qui disparut mystérieu­sement sous les flots avec toute sa cargaison. Pour commémorer ce miracle, rabbi Abraham adopta une nouvelle signature sous forme de bâteau. Il s'installa à Hébron, près des tombeaux des Patriarches, où il resta jusqu'à sa mort, à l'exception de quelques années passées à Gaza pour fuir l'épidémie de peste qui décimait Hébron et Jérusalem. Il laissa une oeuvre considérable qui ne commença à être imprimée qu'après sa mort. Ses deux ouvrages de commentaires sur le livre de base de la Kabbale, le Zohar, sont devenus des classiques: "Hessed léabraham" (Amsterdam, 1685) et "Kiriat Araba". Auteur également de commentaires bibli­ques et sur la Halakha dont "Zoharé Hama" (Venise, 1654) et "Ahaba bétanouguim" (Jérusalem, 1986). Universellement connu comme Kabbaliste, son oeuvre de commentaire n'est pas moins profonde, comme l'a démontré le chercheur israélien, Israël Maimarane, qui lui a consacré sa thèse de doctorat publiée en livre: "Le libre arbitre dans les écrits de Rabbi Abraham Azoulay" (Jérusalem, 1993). Une pieuse légende entoure les circonstances de sa mort. Un jour, un grand personnage de Constantinople, en visite dans la mosquée des Patriarches à Hébron, laissa tomber son épée dans le caveau. Tous les servi­teurs envoyés récupérer ce trésor furent remontés morts. On chargea alors les Juifs, qui, en temps normal, n'avaient pas le droit de dépasser la septième marche menant à la mosquée, de cette récupératon péril­leuse. Le tirage au sort désigna rabbi Abraham qui, aussitôt descendu, retrouva l'épée et la fit remonter. Mais au lieu de sortir, il préféra profiter de cette occasion unique pour visiter la caverne. Il ne devait pas tarder à retrouver Abraham et les autres patriarches. Il passa en leur compa­gnie des heures si merveilleuses qu'il souhaita rester avec eux pour toujours. Mais ils lui firent comprendre que cela n'était pas possible, son heure n'étant pas encore arrivée, tout en lui promettant qu'elle viendrait le lendemain. Heureux de cette annonce, il remonta, se purifia, se revêtit de son linceul et, à l'heure fixée, son âme monta au ciel sans souffrances.
  4. ITSHAK: Fils de rabbi Abraham. Rabbin à Hébron, il alla sur les traces de son père dans l'étude de la Kabbale. De son seul ouvrage connu, "Zera Itshak", ne nous sont parvenues que quelques pages. R. ABRAHAM: dit le Troisième. Fils de rabbi Israël, descendant d'une des branches de la famille de Fès installée à Marrakech. Un des plus grands kabbalistes de l'histoire du Maroc, surnommé Hakadoch, le saint. On connaît peu de détails sur sa biogra­phie, si ce n'est qu'il fut un des disciples de rabbi Itshak Delouya et qu'il mourut en 1741. Il était connu de son vivant pour ses miracles, ses guérisons et ses amulettes. Malgré sa grande érudition en Kabbale, il n'a laissé aucun ouvrage, seuls quelques- uns de ses commentaires nous sont parvenus dans le livre de l'un de ses disciples, "Mikdach Melekh", de rabbi Shélomo Bouzaglo. Parmi les nombreux miracles qui ont marqué sa vie, le plus connu est l'échec de la grande machination ourdie contre lui et les Juifs de Marrakech, sous l'accusation du meutre d'un noble musulman. Envoyé enchaîné à Fès avec les autres accusés pour y être jugé, le sultan seul ayant pouvoir de prononcer la peine de mort, il fut immédiatement reconnu innocent par le souverain, subjugué par l'aura de sainteté qui l'entourait. Après sa mort, sa sépulture était devenue un lieu de pèlerinage au vieux cimetière de Marra­kech. Les femmes avaient coutume d'accrocher aux branches de l'arbre proche du tombeau, des morceaux de tissu, dans la croyance qu'avec l'aide du saint, le vent qui les agiteraient, emporterait avec lui les maladies.
  5. HAYIM DAVID YOSSEF (1724-1806): Fils de rabbi Itshak Zerahia, petit- fils de rabbi Abraham, plus connu sous ses initiales de rav Hida. Le plus célèbre émissaire de la Terre Sainte de tous les temps, il effectua sa première mission en Europe à l'âge de 29 ans qui le mena en Italie, en France, en Hollande, en Allemagne et en Angleterre. Huit ans après son retour à Jérusalem, en 1764, il fut chargé par la communauté de Jérusalem de plaider sa cause auprès des notables de la communauté juive de Constantinople contre les excès de son représentant dans la ville sainte. La mission n'ayant aucune chance d'aboutir, il renonça à se rendre à Constantinople et, de crainte d'affronter ses pairs déçus, il s'attarda quelque temps à Alexandrie et finit par accepter de servir de grand rabbin du Caire, poste qu'il fut contraint d'exercer pendant cinq ans. A la fin de son mandat, il revint en Terre Sainte mais n'osa pas encore revenir à Jérusalem, et s'installa à Hébron, le berceau de sa famille. En 1773, il fut chargé d'une nouvelle mission par la communauté de Hébron qui le mena cette fois en Tunisie, en Italie, en France et en Hollande. A la fin de sa mission, qui lui valut l'estime universelle, il s'installa provisoirement à Livourne pour s'occuper de l'impression de son oeuvre. Une oeuvre monumentale ־ pas moins de 80 livres – qui couvre tous les domaines de la Halakha et qui connut une très large diffusion aussi bien dans les communautés sépharades qu'achkénazes, aussi bien parmi les érudits que dans les couches populaires. Chroniqueur hors-pair, son carnet de voyages, "Maagal tob", est devenu une source de référence pour les historiens, alors que son dictionnaire bibliographique des rabbins du passé, "Shem Hagdolim", est devenu un classique abondamment cité. Sans occuper de poste officiel, il devint l'autorité de Halakha suprême à Livourne et dans tout le monde sépharade, les rabbins de tous les pays s'adressant à lui sur des questions de Halakha. Malgé ses tentatives répétées de revenir dans sa ville natale, Jérusalem, c'est à Livourne qu'il devait mourir en 1806. Près d'un siècle et demi plus tard, en 1961, ses restes ont été transférés à Jérusalem. Son fils ainé, rabbi Yéshaya Raphaël (1743-1826), fut grand rabbin d'Ancône, alors que son second fils, rabbi Abraham (1749-1799), fut émissaire de Jérusalem et de Tibériade en Europe, Lybie, Tunisie, Algérie et Maroc.
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