Le Mossad – Michek Knafo-Le Vrai Visage du Judaïsme Marocain Simha Aharoni

Le Vrai Visage du Judaïsme Marocain

Simha Aharoni

Simha Aharoni est né en Palestine en 1933. Diplômé de Sciences politiques et de culture française de l'Université Bar-Ilan. Colonel de réserve, il a rempli divers postes de commandement dans l'armée de l'Air. Envoyé en mission par le Mossad en France et au Maroc dans les années 1961-1965; correspondant militaire du journal Hatsofé dont il fut aussi le directeur. Depuis 1978, il collabore aux Yédiot Aharonot. Auteur d'une étude sur la sortie des juifs du Maroc dans le cadre de l'opération Yakhine. Lauréat du Prix Ben-Tsvi pour cette étude.

Voici la traduction d'un article qu'il a publié dans le journal Yédiotle 12 octobre 1981.

De toute la polémique qui s'est développée ces derniers temps sur les écarts sociaux, c'est le judaïsme marocain qui en est sorti perdant, son image écornée, causant une grande injustice aux dizaines de milliers de ses membres montés en Israël. Cela est le fait que, tous les participants à la discussion sur la discrimination et les tensions inter-communautaires ont abordé le sujet, considérant l'ensemble des olim du Maroc en une seule masse, une seule famille avec un dénominateur commun. Or, il n'y a pas de plus grande erreur que cela.

Quelques 170.000 juifs vivaient au Maroc quand a commencé, le 28.11.1961, la Alyah de masse dans le cadre de l'opération Yakhine, dispersés dans les 14 districts du pays. Des grandes villes comme Rabat, Casablanca, Marrakech, Fès, Meknès et Tanger – jusqu'aux petits villages isolés dans le sud du pays, aux frontières du Sahara et dans les régions de Ksar-Souk et Ouarzazat et jusqu'à la frontière mauritanienne.

Il est naturel que les grandes distances entre les agglomérations et les difficultés de communication avec les grands centres aient créé des écarts sociologiques entre les communautés. Nombreux étaient les juifs des grandes villes qui avaient absorbé la culture française qui avait dominé le pays jusqu'en 1956. Pour nombre d'entre eux, la langue française était la langue de tous les jours, et leurs enfants étaient éduqués dans les écoles françaises, ce qui n'était pas le lot habituel des habitants des villages éloignés. Mais ils avaient un dénominateur commun: l'attachement à la tradition et la nostalgie de Sion. Ni les distances ni les barrières de la culture occidentale n'y pouvaient rien.

Dans les petits villages, distants de centaines de kilomètres des grands centres juifs, nombreux étaient ceux qui savaient l'hébreu ou plus exactement la langue sacrée, et entretenaient leur correspondance en arabe en caractères hébraïques. Contrairement à ce qui a été écrit récemment, ils étaient pénétrés de culture juive qu'ils avaient préservée pendant les siècles, la transmettant de père en fils.

Quand a commencé la grande Alyah, il fut décidé d'évacuer d'abord les habitants des petits villages, dans les régions d'Oujda, Agadir, Ksar-Souk et Ouarzazat. Un des objectifs recherchés était de réduire en priorité la dispersion de la population juive vers les centres. De grands efforts furent donc déployés dans cette direction bien que le nombres de juifs de ces villages ne dépassait pas les 8% de la population juive globale. L'opération était complexe, ne serait-ce qu'en raison des problèmes de transport et de mauvaises routes afin d'arriver au port de sortie, mais tous ceux qui y ont participé sont revenus profondément marqués par leur rencontre avec eux.

Le pays des rêves

Comme par exemple cette rencontre au village d'Amizmiz, en plein désert, non loin de la frontière mauritanienne. Les 231 habitants du village avaient accueilli avec émotion les deux jeunes arrivés aux premières heures de la matinée, en cette journée de printemps, après avoir parcouru à pied les 25 kilomètres qui séparaient la route praticable au village. Ceux-ci leur ont fait savoir qu'ils étaient venus pour les emmener au pays dont ils avaient rêvé toute leur vie. Très émus ces gens simples n'ont pu s’empêcher de pleurer. Huit heures plus tard, tous les juifs du village, vieillards et enfants, entamaient la grande marche vers Israël les sifré Torah dans les bras, laissant derrière eux leurs champs et leurs biens, et un monde de souvenirs et de légendes.

Ils n'ont pas abandonné leurs vieux, leurs parents ni les ont placés dans des asiles – comme il est habituel dans la culture occidentale – mais les tenaient par la main, le petit-fils soutenant le grand-père. Le même spectacle s'est reproduit dans les 59 villages évacués la même année, réduisant progressivement la dispersion juive aux seules villes. Aujourd'hui ils sont parmi nous dans les nouveaux villages édifiés dans le sud du pays.

Ces impressions devaient revenir sur elles-mêmes, après que le centre de gravité de l'opération se soit concentré sur les grandes villes. Là aussi brûlait le feu de l'amour de Sion. Là aussi était ancrée une culture juive authentique – à côté de la culture française; là aussi le respect dû aux anciens était resté vivace, ainsi que celui dû au chef de la communauté, au père et à la mère. Ils étaient prêts à laisser tout derrière eux: travail, magasin, bureau, biens, propriétés pour arriver au pays de leur rêve. Mais ils n'étaient pas disposés à laisser derrière eux les vieux et les déshérités, dans l'esprit de la maxime de la tradition juive qui veut que "nous montions avec nos jeunes et nos vieux". C'est justement alors que devait se lever dans l'Etat d'Israël "civilisé" une grande protestation: pourquoi admet-on l'arrivée des vieux et des aveugles? Et des juifs cultivés, imbus de culture occidentale, demandaient d'effectuer une sélection. Est-ce là la "culture" que prônent aujourd'hui ces belles âmes qui cherchent les raisons de la discrimination chez les olim et non en eux-mêmes?

La protestation "civilisée", provenant d'Israël, cette "sélection" qui devait boulverser jusqu'au tréfonds de leur âme tous ceux qui s'occupaient de la Alyah des juifs, sans choquer le moins du monde aucun des habitants de Sion – ashkénazes comme sépharades – qui ont continué à vaquer à leurs occupations comme s'il ne s'était rien passé. Nos hommes sur le terrain, eux, ne pouvaient réagir, ils ne pouvaient expliquer combien l'amour du prochain, qui caractérise les juifs du Maroc, est cent fois supérieure à la froide culture occidentale prête, pour sa convenance, à barrer la voie des vieux qui se dirigent vers Eretz-Israël! Et les familles, riches comme pauvres, sont montées en Israël avec leurs vieux parents, en dépit des difficultés et des souffrances. Et de fait pour chaque 24,6 olim venant du Maroc, il n'y avait seulement qu'un parent-vieux dépendant.

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