Evolution du judaisme marocain-Doris Bensimon-Donath-1948

DÉBUTS D’UNE ÉVOLUTION LA SCOLARISATION

  1. L’œuvre de l’alliance Israélite universelle avant le Protectorat

La scolarisation — sur un mode européen — est le facteur premier et de loin le plus important de l’évolution du judaïsme marocain. Le signal de départ fut donné, dès 1862, par la fondation de la première école de l’Alliance israélite universelle à Tétouan. En 1912, l’Alliance dirigeait quinze écoles que fréquen­taient environ 5 500 élèves (garçons et filles) dans les villes les plus impor­tantes du Maroc.

Les premiers instituteurs envoyés par l’Alliance eurent à faire face à de nombreuses difficultés : misère du mellah, opposition des rabbins qui diri­geaient les écoles traditionnelles, incompréhension de la part des familles. Mais, peu à peu, « les intelligences autrefois esclaves d’un petit nombre de connaissances, se sont ouvertes aux idées européennes, et cette société, ren­fermée sur elle-même, presque complètement isolée pendant des siècles, noua des relations qui se poursuivirent incessantes avec le monde civilisé ».

  1. Leven, Cinquante ans d’histoire, t. II, p. 48-102, Tétouan (1862), Tanger (1864), Mogador (1867), Safi (1873), Larrache (1874), El Ksar (1879), Fez (1884), Casablanca (1897), Marrakech (1901), Rabat (1903), Mazagan (1907), Meknès (1910), Azamour (1911), Settat (1911), Sefrou (1911).

Les instituteurs de l’Alliance furent d’ardents apôtres de la civilisation oc­cidentale. Les premiers fondateurs d’écoles venaient non seulement de France mais encore d’Alsace. A partir de 1867, l’Alliance formait ses maîtres dans son Ecole normale orientale à Paris. Ces jeunes instituteurs étaient recrutés parmi les meilleurs élèves des écoles que l’Alliance venait d’ouvrir dans tout le bassin méditerranéen et au Moyen-Orient. Ainsi, pendant près d’un siècle, les organisateurs de l’œuvre de l’Alliance au Maroc étaient originaires de Tur­quie, de Grèce, de Bulgarie, du Maghreb. Tous étaient des sepharadim. Leur milieu d’origine ressemblait, en bien des cas, à celui des populations des ghettos marocains. Ils avaient plus de chances de comprendre ces populations que n’en avaient eu les instituteurs alsaciens qui les avaient précédés. Ceux-ci, à maintes reprises, ont dû abandonner l’école à peine fondée à cause de l’hostilité que suscitaient leurs conceptions trop opposées à celles du milieu 1. Les institu­teurs de l’Alliance étaient de fervents admirateurs de la civilisation occi­dentale, de la culture française. Leurs études achevées, les jeunes diplômés  étaient envoyés par le Comité central de l’Alliance israélite universelle, dont le siège se trouve à Paris, pour enseigner dans les écoles qui venaient d’être fondées.

Autrefois, ils étaient nommés de préférence dans un pays qui leur était étranger, car «les professeurs n’exercent qu’une influence très limitée dans leur pays d’origine et la présence de leur famille est plutôt pour eux une cause de faiblesse que de force ». Toutefois, sous la pression des circonstances, cette conception a évolué : dans le Maroc indépendant, environ 70 % du corps enseignant de l’Alliance sont des Marocains.

A son départ de l’École normale, le jeune enseignant était muni d’instruc­tions précises. Il lui était recommandé notamment de se montrer compréhen­sif à l’égard du milieu, de « l’éclairer par son exemple et ses conseils », de ne pas se dégager des pratiques religieuses, de rester « au-dessus des partis et des querelles ». L’application de ces instructions dépendait en fait des circons­tances et de la personnalité de l’instituteur lui-même. Après le séjour à Paris, celui-ci était souvent choqué par la saleté et la misère sans nom des mellahs marocains, heurté par l’opposition du milieu traditionnel. Dans ses rapports adressés périodiquement à l’Administration centrale à Paris, non seulement il décrivait la situation, mais encore il la jugeait, et parfois durement.

A peine acculturé à la civilisation française, il s’en fit l’apôtre et chercha à la répandre avec une ardeur qui ressembla quelquefois à celle du néophyte. Il lutta, non seulement contre l’ignorance, mais encore contre des préjugés sécu­laires 7. Il chercha à créer les meilleures conditions possibles pour que les enfants viennent régulièrement à l’école. Là, non seulement ils étaient instruits, mais encore souvent nourris et vêtus 8.

L’œuvre de l’Alliance au Maroc avait un demi-siècle l’existence lors de la signature du traité de Fès : de ses écoles sortaient, quoiqu’encore peu nom­breux, des hommes et des femmes sachant lire et écrire en français. L’occiden­talisation était amorcée. Parmi les anciens élèves de l’Alliance se recrutera une élite nouvelle dont l’influence sera un facteur déterminant dans l’évolution du judaïsme marocain.

  1. L’extension du réseau scolaire sous le Protectorat

La forte personnalité de Lyautey marqua les débuts du Protectorat français au Maroc. Respectueux des traditions, il maintenait les institutions qui pou­vaient être conservées.

En 1912 fut créée au Maroc la « Direction de l’Enseignement », qui devint en 1920 « Direction Générale de l’Instruction Publique ». Trois courants d’enseignement s’organisèrent : l’enseignement européen, l’enseignement musulman et l’enseignement israélite. Ces trois courants se sont maintenus pendant toutes la durée du Protectorat et jusqu’en 1961 dans le Maroc indé­pendant.

Evolution du judaisme marocain-Doris Bensimon-Donath-1948-page 25

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