. UN REGNE DE TERREUR – 2/3־ MOULAY YAZID

meknes

Son arrivée à Meknès était d'autant plus redoutée que le sultan avait un compte personnel à régler non seulement avec les chefs de la communauté, les conseillers du sultan défunt qui avaient été à l'origine de sa disgrâce et de son exil forcé, mais aussi avec le commun de ses membres. Rabbi Yossef Messas rapporte dans le livre de ses sermons un récit populaire sur l'origine de cette haine particulière du tyran envers la population juive de Meknès où il avait été exilé un moment :

" Le sultan bien aimé grand ami d'Israël, Sidi Mohammed Ben Moulay Ab­dallah avait épousé une chrétienne anglaise qui lui avait donné un héritier le maudit Yazid – que son nom soit effacé. Un jour, le père de la reine était arrivé d'Angleterre avec pour présents de précieux tissus très fins aux cou­leurs chatoyantes sans pareil. Le sultan convia son tailleur juif habituel pour coudre des vêtements à lui, à son épouse et à ses enfants. Alors que le tailleur juif du mellah de Fès taillait les vêtements royaux, des jeunes des familles juives riches, émerveillés par la qualité de ces tissus s'enquirent de leur ori­gine. Ils apprirent qu'ils venaient d'Angleterre et qu'on pouvait s'en procurer à Gibraltar. Ils y dépêchèrent deux des leurs qui revinrent avec des coupons de la même texture avec lesquels ils se firent tailler de magnifiques vêtements. Pendant ce temps, le prince Moulay Yazid continuait de se vanter de por­ter des vêtements que nul à part lui ne pouvait se permettre – même pas ses compagnons des familles de la plus haute noblesse. Un jour, l'un d’eux vit au mellah de jeunes Juifs de familles riches vêtus d'habits du même tissu que le prince. Il y vit l'occasion de se venger de l'arrogance du prince qui se plaisait à les humilier. Le lendemain, quand le prince reprit ses fanfaronnades, il ne put s’empêcher de lui répliquer qu'il n'y avait pas de quoi se vanter de ce que portent de vulgaires Juifs ! Fou de rage, Yazid jura qu'il tuerait sur le champ le premier Juif rencontré habillé comme lui. Il le mit au défi en lui disant alors : "Viens avec moi au mellah et je t'en montrerai un grand nombre". Ce qu'ils firent. Furieux de voir que son ami avait raison, il ordonna aux jeunes por­teurs de ces vêtements de les ôter immédiatement, les accusant de les avoir volés. Comme ils refusaient d'obtempérer, il sortit son épée et voulut les en frapper. Ses compagnons avec l'aide de passants juifs et arabes, arrivèrent à lui retirer à temps son arme. Aussitôt prévenu, le pacha envoya de soldats qui arrêtèrent tous ceux qui avaient participé à la rixe et ils furent tous condamnés à une amende. Quant au prince, il fut envoyé en exil pour six mois à Meknès. Un mois après son arrivée dans notre ville, un jour de shabbat, il se rendit au mellah après l'office du matin. Il vit alors un cortège joyeux accompagnant une jeune mariée portée comme le veut la tradition sur un siège magnifique spécial pour cette occasion, de la maison de son père à celle de son nouvel époux. Surpris par ce spectacle et jaloux de ce faste, il commença avec son serviteur à se moquer et à insulter les Juifs. Lorsque l'un d'eux eut le courage de riposter, il lui cracha au visage et le gifla. Aussitôt prévenus, les chefs de la communauté, grands amis du sultan étaient intervenus et il fut contraint de se cacher pour échapper à la punition paternelle. Mais son arrogance reprit le dessus et la même après -midi, il revint au mellah et se querella avec les passants et le pacha eut le plus grand mal à le faire sortir du quartier juif. A la suite de quoi, les chefs de la communauté se rendirent à Fès se plaindre au­près du sultan qui l'exila de Meknès à Tétouan, recommandant au pacha de le surveiller et de ne pas lui permettre d'entrer dans la Juderia, le quartier juif …" En arrivant donc à Meknès au mois d'août, son premier soin fut de retrouver et de faire arrêter les chefs de la communauté qui avaient été les plus proches conseillers de son défunt père, comme le rapporte rabbi Eliezer Bahloul :

" Le 7 du mois de Tamouz il arriva à Meknès où il déversa sa colère sur les cinq notables de la communauté, les proches conseillers de son défunt père. A chacun de ses méfaits et de ses frasques dans la médina et au mellah – courir après les vierges et les femmes mariées, rapines, vols – ils l'avaient dénoncé au sultan ou au pacha qui avaient dépêché des gardiens pour le mettre hors d'état de nuire. Le prince en avait conservé un grand ressentiment contre eux. Sa première victime fut le grand rabbin Hazan Bacca. Natif de Marrakech, il était installé dans la ville depuis une trentaine d'années et y avait grandement prospéré dans le commerce. Il le dépouilla et l'acheva de ses propres mains d'une balle de plomb. Au plus influent des anciens conseillers de son père, rabbi Mordekhay Chriqui, qui alliait Torah et fortune, il offrit la vie sauve et la promotion au rang de vizir s'il acceptait de se convertir, mais au lieu d'ac­cepter cette offre, celui -ci lui tint tête avec superbe, lui prédisant une mort infâme et prochaine. Il fut condamné à être brûlé vif dans le four à chaux. Il se rendit au supplice le cœur serein en récitant des cantiques et en sanctifiant le nom de l'Eternel et son âme pure est sortie rapidement. Ce fut ensuite le tour des deux frères Messod et Abraham Benzikri et de Moshé Ben Jamila, tous trois condamnés à être pendus vivants par les pieds à la porte du mellah. Leur supplice dura quinze jours et leurs corps restèrent exposés pendant des semaines – attirant les foules de voisins musulmans venant railler les Juifs – avant que ne soit donnée – contre paiement – l'autorisation de les ensevelir. Ce mode d'exécution particulièrement cruel; sauva par contre par sa lenteur un autre condamné, un sauvetage qui illustre la dévotion aux lettrés et talmi dé hakhamim qui caractérisait la communauté :

" A la même peine capitale avait été condamné un lettré, un sage, un éminent enseignant, rabbi Shmouel Danino. Mais dès son arrestation, quatre de ses disciples : Yaacob Lancry, Yéhouda Sayag, Yossef Benider et Messod Elhyani, s'étaient déguisés en serviteurs du sultan et avaient demandé aux gardiens de le descendre de la potence pour l'amener auprès du sultan. Les gardiens les crurent et leur remirent le supplicié. Ils le cachèrent d'abord dans un vil­lage des Gentils, puis l'accompagnèrent à Ouezzane où ils l'installèrent avant de revenir chez eux…"

Le choix de Ouezzane comme lieu d'asile était doublement judicieux; tant en raison à la fois de la forte opposition au tyran de la population de cette ville sainte aux yeux des musulmans, que de la présence de nombreux originaires de la communauté de Meknès qui y avaient été invités par le chérif à venir habiter dans la ville pour contribuer à son essor économique.

…." Seuls son épouse et ses enfants furent mis dans le secret qui resta jalou­sement gardé durant 21 mois. A son retour de Ouezzane, après la mort du tyran, rabbi Shmouel fut reçu avec de grands égards dans sa ville natale et c'est alors que fut connu de tous le courage de ses disciples et le secret de sa cachette. Mais il trouva sa maison vide, car ce qu'avaient laissé les pillards, sa femme et ses enfants l'avaient mangé. C'est alors qu'un de ses anciens disciples, rabbi Shélomo Benzenou lui fit un digne présent et s'engagea à lui verser mensuellement une pension. Rabbi Shmouel reprit avec vigueur sa mission d'enseignement et on disait de lui qu'il n' avait eu dans sa vie que cinq disciples – bien que leur nombre fut infiniment plus grand – les cinq qui furent à ses côtés aux heures d'épreuve et le sauvèrent …"

L'acharnement de Moulay Yazid ne devait pas cesser avec la mort de ses victimes. Furieux de ne pas avoir mis la main sur la fortune de Mordekhay Chriqui qui, pressentant le sort qui lui était réservé, avait réussi avant son arrestation à cacher une partie de sa fortune chez ses amis juifs de Fès, il y fit arrêter deux notables Benyamin Bensimhon et Yaacob Sadoun soupçonnées d'avoir caché le trésor. Malgré leurs démentis, il leur extorqua des sommes équivalentes à la fortune estimée de ce personnage de légende qui malgré sa haute position à la Cour était toujours resté attentif aux besoins des ses frères comme devait le chanter le poète de la communauté, rabbi David Hassine :) Lui qui avait la force et le courage de faire face aux autorités Sans que jamais la crainte ne l'effleure.

Contre l'escroquerie et l'exploitation des faibles, il veille.

Ses paroles aux rois sont écoutées comme autant de clous plantés.

Devant lui, les grands plient

Dieu nous a dotés d'un chef aux heures d'épreuve

Dans son "Mémorial pour les enfants d'Israël"

. UN REGNE DE TERREUR – 2/3־ MOULAY YAZID

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