Il était une fois le Maroc-David Bensoussan-2010- Les contacts entre le Maroc et les pays europeens au XIX e siècle

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II y eut donc des personnes qui se demarquerent de la ligne officielle

II se trouva meme des personnes courageuses tout comme Paul Soleillet qui proposa de mettre fin au douloureux probleme de l'esclavage en Afrique occidentale. Pour cela, il proposait aux philanthropes et aux antiesclavagistes d'acheter les esclaves, de les faire travailler un certain temps avant de les liberer, afin de transformer et de peupler le Sahara et d'abolir ainsi l'esclavage…

Comment la France envisagea-t-elle l'occupation du Maroc?

La politique francaise au Maroc se dessina donc en tenant compte des elements suivants: chercher les avantages economiques pour la France, contenir les ambitions espagnoles et les visees de 1'Allemagne sans porter atteinte aux interets essentiels de l'Angleterre. Pour cela, la formule (creuse) de preservation de l'integrite territoriale du Maroc permit d'eluder une certaine mefiance des puissances quant aux ultimes visees de la France et de l'Espagne qui allaient en bout de ligne se partager le Protectorat du territoire marocain.

Quelle fut la reaction des autochtones?

Les colonises n'etaient pas dupes. Ils savaient que, suite a l'accord signe avec les Allemands en 1911, les Frangais n'allaient pas tarder a demanteler le pays en faveur de l'Espagne. L'administration francaise decouvrit rapidement que les Maghrebins eduques a 1'ecole francaise pretendaient faire la lecon a la France et allaient jusqu'a manipuler le double langage. Selon Rene Millet, alors que la culture scientifique devrait les degouter de 1'islam, leur premier geste etait la formation d'une ligue pour la defense des institutions musulmanes. L'administration frangaise decouvrait que l'Europe pouvait etre combattue et meme vaincue avec … ses propres armes. On pourrait voir dans les mots que prononca en 1950 le general Juin, Resident general du Maroc une certaine mefiance des intellectuels lorsqu'il refusa de creer une universite au Maroc: « Le Maroc n'est pas encore apte a vivre intellectuellement de sa propre substance.״

Les opinions exprimees par la majorite des Europeens furent influencees par l'ideologie coloniale. Leur lecture etait-elle proche de la realite?

Pour comprendre le Maroc, il faudrait pouvoir en saisir la complexite des liens qui unissent pouvoir et societe. Ce ne fut pas le cas de la majorite des voyageurs. Pour se faire une idee plus precise de la realite, il faut se pencher sur la myriade de sources juives et musulmanes et les etudier de pres. Les recherches qui se font en Israel a l'institut Yad Ben Zvi de Jerusalem et dans les universites constituent une source d'informations abondante. La bibliographic des Juifs d'Afrique du Nord de Robert Attal de l'lnstitut Yad Ben Zvi ou celle d'Arrik Delouya sont des sources historiques importantes. Quant aux archives marocaines, une grande partie d'entre elles n'a pas ete cataloguee ou encore etudiees en profondeur. Les sources historiques mentionnees dans le chapitre d'introduction de l'ouvrage de Labri Kninah: L'evolution des structures economiques et sociales et politiques du Maroc au XIXe siecle (Fes : 1820-1912) ou celles qui sont repertories dans Les bibliotheques au Maroc de Latifa Benjelloun-Laroui donnent un apergu de rimmense travail de compilation et de synthese qu'il nous reste a accomplir en vue de mieux cemer la realite historique dans toute sa complexite. Aujourd'hui, la Bibliotheque nationale du Royaume du Maroc a Rabat est engagee dans le travail de collection et de conservation d'archives.

Par ailleurs, depuis 1921, les etudes savantes en histoire et en ethnographie furent assurees par L'lnstitut des Hautes etudes marocaines a Rabat. Dote d'une revue savante, Hesperis, cet institut remplaca l'Ecole superieure franco-berbere fondee en 1914; les recherches en sciences naturelles relatives au Maroc furent assurees par L'lnstitut scientifique cherifien; le comte Henry de Castries publia Les sources inedites de I'histoire du Maroc en 24 volumes dans lesquels il recueillit un nombre considerable de sources historiques couvrant la periode de 1530 a 1845. Les centres d'archives des ministeres des Affaires etrangeres en Europe et en Amerique du Nord constituent egalement des sources d'information de grande valeur, en particulier celles du Quai d'Orsay au ministere des Affaires etrangeres francais a Paris ainsi que les archives diplomatiques nationales de France a Nantes.

Pour revenir aux Europeens qui visaient l'expansion coloniale, leur lecture du Maroc ne faisait souvent que renforcer leur parti pris. Ce qui frappe dans les perceptions que les Europeens ont rendues par les ecrits est le manque de nuance qui, dans certains contextes, peut faire toute la difference. Le petit peuple etait ecrase par les exigences des autorites, tout comme les serfs en Europe furent a la merci totale des seigneurs au Moyen Age. Il arriva que l'islam fut instrumentalise a des fins politiques ou meme economiques et le petit peuple se laissa berner tout comme ce fut le cas de rinstrumentation de l'eglise par le pouvoir en Europe. Pour ce qui est des ecrits de l'epoque precoloniale, les Europeens qui n'eurent pas une image statique du Maroc furent peu nombreux. Si la colonisation francaise avait ete faite dans un esprit egalitaire et que l'on avait accepte l'indigene comme un egal en droit, peut-etre que les choses auraient evolue differemment, meme dans le cas de l'Algerie. Les benefices immediats de l'exploitation economique des masses indigenes firent eteindre bien des velleites egalitaristes et estomper les grands principes qni devinrent le motenr de la Revolution francaise.

INSTABILITE AU MAROC

Pourquoi tant d'instabilite dans le Maroc du XIXe siecle?

II est vrai qu'a la lecture des recits des voyageurs et des diplomates europeens, le Maroc semble etre dans la meme situation que l'Empire ottoman, « l'homme malade de l'Europe » et qu'il suffisait donc de peu pour le demanteler ou l'occuper. Qu'en etait-il vraiment?

L' ombre de la Conquete d'Algerie en 1930 et de la bataille d'Isly en 1844 aura plane sur le reste du siecle, car elle aura mis en evidence l'inferiorite militaire du Maroc. La guerre contre l'Espagne en 1860 et son humiliante conclusion n'auront fait que renforcer le sentiment que la monarchie n'etait pas capable de tenir tete aux puissances europeennes.

Lorsque 1'autorite du sultan faiblit, des groupements tenterent de s'approprier le pouvoir: les militaires boukharis jouerent un role determinant dans l'armee reguliere, et constituerent un facteur essentiel a la stabilite du regime. Beaucoup de postes dont celui de vizir, furent occupes par des Boukharis ou par des membres du Jaish de Fes dans la seconde moitie du XIXe siecle.

Certains personnages puissants tenterent la sedition. En 1859, Salam Al-Wazzani obtint du sultan Abderrahmane le droit d'administrer des provinces du Nord et la region du Touat. II s'y comporta comme un vice- roi et, suite a la guerre desastreuse contre l'Espagne en 1860 dont il fut le plus grand incitateur, il devint protege francais, se mit sous la protection de la France et ceci couta probablement au Maroc la perte du Touat rattache depuis lors a l'Algerie. Les velleites d'independance du Sous furent reprimees par le sultan Hassan Ie.

Il y eut des thaumaturges qui se rebellerent contre 1'autorite royale tout comme Bou Hmara qui, au debut du XXe siecle, fit faire la priere a son nom et ne fut defait qu'apres plusieurs batailles. Le brigand Raissouli n'en fit qu'a sa tete dans le Nord du Maroc. Bou Hmara et Rai'ssouli ne sont que des exemples – celebres – parmi tant d'autres.

Il y a egalement eu des revoltes rurales qui s'appuyerent parfois sur la solidarite tribale contre les representants du Makhzen. De plus, les crises de secheresse et de famine ainsi que des epidemies toucherent en premier les populations rurales qui se revolterent contre les representants du Makhzen. Il se trouva des personnes qui interpreterent la famine en 1857 comme un chatiment divin merite du fait que le sultan ait permis 1'annee d'avant d'exporter des grains a un pays non musulman: l'Angleterre. Ces revoltes furent durement reprimees. Suite a la guerre contre 1'Espagne, le Maroc dut payer une indemnite exorbitante. Cette lourde indemnite resulta en des taxes plus lourdes : un impot en argent fut leve qui n'etait pas assujetti au revenu de la recolte. Meme les citadins durent payer un impot indirect, le meks, destine a reorganiser l'armee. II y eut des emeutes a Fes en 1868, pour demander au sultan Hassan Ie 1'annulation de l'impot leve par son pere Mohamed IV. Devant ces reticences, l'historiographe 'Ali Al-Susi remarquait: « Quelle sottise de declarer illegale une contribution de defense alors que nous vivons dans une situation humiliante qu'aucun homme vraiment digne de ce nom ne devrait supporter ! » En 1873, les tanneurs de Fes initierent une revolte soutenue par les autorites religieuses et conditionnerent leur serment d'allegeance a l'abolition du meks. La residence du Ministre des Finances Mohamed Al-Madani Bannis fut pillee.

La balance commerciale connut un desequilibre plus important. Bien que les exportations de cuirs, d'huiles, de bestiaux, d'amandes et de dattes aient continue, le commerce caravanier transsaharien autrefois si prospere commenga a chuter rapidement, car les puissances coloniales pouvaient avoir directement acces aux produits de l'Afrique noire. Parallelement, !'importation de produits europeens augmenta sensiblement. A titre d'exemple, !'importation du the passa de 75 tonnes en 1874 a 275 tonnes dix ans plus tard. Celle des cotonnades augmenta de 9 a 15 millions de francs entre 1878 et 1884. Celles de sucre, de cotonnades et de bougies augmenterent sensiblement. Les depenses du Tresor s'elevaient a six millions en 1882. Elies passerent a vingt millions dix ans plus tard et a quarante millions en 1900. Qui plus est, les operations militaires exigeaient des fonds importants et le mecontentement des troupes en raison de la solde reduite n'etait pas sain. II devint imperatif d’emprunter a l'etranger. En 1907, la dette du makhzen s'eleva a trente-trois millions de francs. D'ou la dependance grandissante des sources de capital etrangeres.

De plus, les exigences de reparations aux proteges consulaires occupaient grandement le Makhzen. Parmi les Europeens qui venaient chercher fortune au Maroc se trouvait un nombre non negligeable d'aventuriers malhonnetes prets a abuser des privileges conferes par la protection consulaire. Mohamed IV se plaignait de ce que les marchands n'obeissaient qu'aux consuls et 1'historiographe Al-Nagiri remarqua : « Les representants des puissances ne cessaient d'importuner Hasan Ie avec toutes sortes de propositions: conseils futiles, requites deraisonnables, diminution des droits de douane… Face a l'Europe, nous sommes comme un oiseau sans ailes sur qui fond l'epervier.» Par ailleurs, les campagnes que fit Hassan Ie pour retablir l'ordre dans son pays alourdirent encore plus le fardeau des charges pesant sur les masses marocaines.

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