Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc-Edouard Montet

 

Adoration des saints, offrandes qui leur sont faites, sacrifices en leur honneur.

Vivants ou morts, les saints, quelque illettrés qu’ils soient (et ils le sont souvent), sont adorés. Quiconque a été dans l’Afrique du Nord a pu voir le respect superstitieux, veritable adoration, dont les marabouts vivants sont l’objet : baiser le pan de leurs robes, baiser l’étrier ou repose leur pied, baiser les traces de leurs pas, etc. sont les actes essentiels qui constituent cette anthropolâtrie.

Quant aux marabouts décédés, le culte qui leur est rendu se manifeste surtout par les pèlerinages à leurs tombeaux. Certains de ces pèlerinages sont accomplis par des foules immenses, lors de la fête du saint. A cette occasion des banquets religieux, en l’honneur du marabout, sont célébrés; on leur donne le nom de oua'da ou de t’a' dm.

A coté du pèlerinage annuel, qui, pour plusieurs saints illustres ou réputés, atteint les proportions d’un événement religieux, il y a le pèlerinage individuel ou Ziàra. Le fidèle musulman se rend au tombeau de son saint de prédilection pour lui demander une faveur, ou lui addresser son culte d’actions de grâces. Il s’y présente avec des offrandes variées pour le saint lui-même, s’il est vivant, et aussi pour le représentant du marabout, descendant du saint ou simple moqaddem (préposé) ou oukîl (gardien), qui bénéficie lui-même du prestige du marabout, dont il surveille la sépulture ou la qoubba. Un sacrifice, en l’honneur du marabout, est accompli par le pèlerin, qui, suivant sa fortune, offrira un boeuf, un mouton, un bouc ou une poule. Cette victime est le plus souvent mangée par celui qui l’a présentée, auprès du tombeau même du marabout; parfois elle est donnée au moqaddem ou partagée avec lui. Le fidèle fait aussi une offrande au moqaddem, offrande appelée ziâra comme le pèlerinage lui-même. Ce cadeau est de valeur très diverse, selon la position du pèlerin; il consiste en argent et en nature (blé, beurre, sucre, bougies, etc. ).

Une autre source de revenus pour le marabout, au Maroc, provient de la zet’àt’a ou escorte des voyageurs en pays peu sûr, moyennant un droit perçu par le saint ou par son représentant. C’est là encore, au Maghreb, l’une des formes du prestige maraboutique.

On peut en dire autant de la bechàra, c'est-à-dire de l’entremise du marabout entre le voleur de bestiaux et la victime du vol. Moyennant argent, le saint bechchàr fait rentrer le volé en possession du bétail détourné; quant à la taxe qu’il perçoit ainsi, le marabout la partage avec le voleur.

Protestations contre l’adoration des saints et les abus qui en sont la conséquence.

Le culte, dont les marabouts sont l’objet, a poussé leurs adorateurs à de tels excès et les abus de la ziàra ont été si criants, que des protestations nombreuses, en actes ou en paroles, ont eu lieu.

Il y a des tribus où les marabouts ne sont pas respectés : tels, par exemple, les Ida ou Blàl du Sud Marocain, qui ne donnent rien aux marabouts, les traitant de paresseux et les renvoyant avec des moqueries

 Les Béni Messàra, serviteurs des chérifs d'Ouezzân, viennent souvent piller la ville sainte ; souvent aussi ils s’embusquent dans sa banlieue, guettant les jeunes garçons et les femmes, qu’ils emportent dans leurs montagnes pour les vendre ou les faire servir à leurs plaisirs-.

Lorsque j’étais sur la côte méridionale du Maroc, en janvier 1901, j’ai appris que le fameux marabout Mâ el-'Aïnîn, qui s’était mis en route, pour aller rendre visite à son ami le Sultan de Marrakèch, venait d’être pillé et rançonné, comme un vulgaire voyageur, par un caïd de l'Oued Noûn.

Un proverbe courant, d’une allure assez grossière, mais très expressif, met en garde contre les marabouts :

« Méfie-toi de la femme par devant,

De la mule par derrière,

Du marabout par tous les bouts. » 

En voici un autre, nettement dirigé contre l’abus des ziàra ;

« Dépiquez votre grain, criblez-le.

Une fois en meule, faites-en sortir la dîme.

En dehors de Dieu et du Prophète,

Ne faites à personne des offrandes religieuses.»

 

Citons encore ce dernier proverbe, attribué à un marabout, Sîdî 1-Akhdhar ben Khloûf, enseveli dans les environs de Mostaganem :

«Combien de gens, dont le mausolée est visité,

Ont leur place en enfer !' »

 

Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc-Edouard Montet

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