David Corcos-Quelques souvenirs et reflexions sur mon temps

 

DAVID CORCOS

QUELQUES SOUVENIRS ET RÉFLEXIONS SUR MON TEMPS

Jérusalem, ce mois de Février 1975

Au 26 du mois d'avril prochain, j'aurai cinquante huit ans – c'est déjà une longue vie, une vie pleine de joies, de rires pendant laquelle la Providence m'a accordé souvent son soutien, une vie peu mouvementée dans son ensemble, mais où il m'a été donné de vivre intensément, d'en tirer de grandes satisfactions. Les déceptions ne m'ont pas manqué, le sort ne m'a pas toujours épargné, mais ses coups c'est moi qui les ai provoqués, moi seul, de mes propres mains.

Si la chance ne m'a pas continuellement favorisé j'aurais pu avec un peu plus d'effort, avec un peu plus de volonté surmonter les mauvais moments que traverse tout homme dans le courant de sa vie. J'ai été un faible, gâté par mon milieu, gâté par ma famille, gâté par la facilité, par le hasard qui ma fait naître avec une cuillère d'argent dans la bouche.

Je n'ai jamais aimé l'argent pour lui même bien que j'aimais en jouir intensément.

J'ai possédé, comme malgré moi, une grande fortune, j'en ai usé et abusé: mais mon grands plaisir était et est encore, alors que je sois devenu pauvre, relativement, de donner. Cette générosité qui n'était pas toujours réfléchie, je la tiens de ma mère. C'est a elle que je ressemble surtout. Je lui en ai toujours voulu pour cela. Son amour pour moi, son fils unique qui traînait à sa suite quatre sœurs, était étouffant- c'était un amour fait plus d'instinct presque animal plutôt que de tendres sentiments humains. Mais cet amour était capable de tout, capable d'aller jusqu'au sacrifice de soi. Cela ma mère le savait, elle en a pris conscience dès ma plus tendre enfance. Depuis, elle s'en était arrogée des privilèges excessifs sur mon individualité. Ma mère a une forte personnalité et elle m'étouffait- comme je l'ai dit, c'est a elle que je ressemble surtout,

Nos personnalités se heurtaient. Heureusement, ses connaissances, bien que diverses, étaient généralement simples. Très féminine, ses idées étaient souvent superficielles et l'importance e'était pour elle là où il y en avait peu ou même pas du tout pour moi. Aussi, son emprise sur moi, alors que je devenais un adolescent de plus en plus porté sur les choses de l'esprit, devenait tous les jour plus faible. Très tôt, je lui échappais- cette déception fit se tourner ma mère vers la dévotion, une dévotion naïve, c'est-à-dire pure. Il n'y a rien de raisonné ni de rationnel dans sa foi qui est immense, c'est une foi qui ne se discute pas, qui ne calcule pas surtout et qui accepte avec son cœur et avec son âme, la loi de Dieu telle que la tradition nous l'a transmise, qui l'accepte et qui l'assume. C'est la conduite des saints.

Je ressemble surtout à ma mère, mais je suis, moi très loin d'être un saint. D'abord parce que toute mon énergie s'est logée peu a peu dans mon esprit. Je pense, je raisonne continuellement, j'analyse – L'action, je l'ai abandonnée.

Mon père, ah mon père, c'est toujours avec un pincement au cœur que je pense a lui. Combien j'aurais pu lui donner et que je ne lui ai pas donné. Il était très réservé et par suite difficilement abordable, mais combien d'affection, d'amour, aurais-je dû lui montrer si j'avais pu, comme maintenant à la réflexion, entamer son apparente froideur.

Mon père était un des plus beaux hommes que je n'aie jamais connus.

Il était grand et élancé, élégant avec un corps souple. Ses mains étaient fines et masculines à la fois, avec des doigts très longs. Je n'ai jamais vu de ma vie des mains, aussi belles. Son visage était très beau, avec des lèvres bien dessinées sous une moustache à l'anglaise et un menton volontaire. Son nez était fin avec des narines vibrantes comme, ceux d'un cheval de race. Ses sourcils étaient comme dessinés au pinceau – ses yeux, oh! Les yeux de mon père! Ils étaient d'un marron très clair qui devenait suivant les lumières presque bleus ou vert tendre. Ces yeux veloutés pouvaient être rieurs ou au contraire infiniment tristes. Ils exprimaient toute son âme. Son front était haut, large et très légèrement bombé sur sa tête ronde et magnifiquement proportionnée étaient solidement plantés des cheveux très fins et d'une blancheur immaculée. J'ai toujours connu mon père avec ces cheveux là.

Ce qui frappait surtout en lui, c'était la noblesse de son allure, il était d'une très grande distinction, un véritable aristocrate. Et il l'était sur tous les plans, au physique et au moral. Fils d'une "grande maison", il n'était point distant bien que d'un caractère réservé, et surtout; c'est la qualité que j'aimais le plus et que j'admirais le plus en lui, il était humble avec les humbles. Je me souviens un jour des années 40, alors que nos affaires s'étaient considérablement ralenties et que nous avions tout le temps de nous amuser à revoir et à discuter ensemble notre vieil arbre généalogique, je me souviens lui avoir dit: "Papa, voilà ce que l'on peut vraiment appeler une grande famille. Il n'y a ici que des personnes sans taches qui jouissaient du plus grand respect et de toute la considération de leurs contemporains, qui n'ont jamais eu a demander quoique ce soit à qui que ce soit pendant des générations pendant de longs siècles". Il m'écouta, se tût un moment, puis me répondit: "Mon cher fils, je n'ai sorti ces papiers et cet arbre généalogique que parce que je m'ennuie. Je ne crois pas aux "grandes familles" parce que je vois que tout simplement elles ont eu plus de chance que d'autres. Le hasard les a mis les uns à la suite des autres (les "fils de famille" N:du Rédacteur) à l'abri du besoin. Si chacun d'entre eux a profité de sa position et de ses biens pour alléger le malheur des pauvres, c'est vrai alors, on pourrait dire qu'ils font partie d'une grande famille: mais s'ils ont tiré plus d'orgueil d'être les fils de petits fils et arrière petits-fils de untel que de conformer leur propre conduite a celle de ceux dont ils descendent, ce ne sont que des sots qui ne méritent plus d'appartenir à leur famille et on ne devrait donc plus en parler."

DAVID CORCOS

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Jérusalem, ce mois de Février 1975

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