Extrait de journal de famille-Nessim Sibony-brit 35-Redacteur Asher –Knafo

Mon père semble avoir été son confident et il lui aura manqué le reste de sa vie jusqu’à ma naissance. C’est pourquoi je porte son nom. J’ai également bénéficié de toute la tendresse qu’il avait reçue de lui. On ne saura jamais rien sur sa vie puisque personne, pas même mon père, n’eut le temps de le questionner sur son passé. De l’avis de tous ceux qui l’ont connue, ma grand- mère paternelle n’était pas bavarde. Elle était calme, réfléchie et délicate. Elle n’a jamais cessé d’étreindre, de caresser et d’embrasser ses enfants. Elle avait une autre vision de la vie et passait pour être passive, car elle ne faisait aucun cas de tout ce qui passionnait son entourage. Bref, elle était fille d’un Juif allemand qui, au détour d’une longue existence, était venu à Safi et s’était marié là, sur le tard, pour enfin créer une petite famille. Ma grand-mère, Zohra, Pnina Sibony était donc née Weismann et avait un frère blond aux yeux clairs du nom de Réuven, (¿zizi Ruben comme l’appelaient mon père et ma tante Reine). Leur père Yaacov Weismann avait inauguré à Safi un style de vie particulier. Il avait une petite ferme à la campagne et une maison en ville avec une vache et un poulailler, un peu comme dans les Shtetels de l’Europe de l'Est. C’est donc avec eux qu’étaient partis vivre ma grand-mère, mon père et ma tante Reine après la mort de mon grand-père. Le vieux couple avait deux vaches : une à la ferme, l’autre à la maison. De ce fait, ils avaient du lait frais, du petit lait qu’ils fabriquaient eux-mêmes, du lait caillé et du beurre. Ils faisaient aussi leur pain. Mon père comme ma tante Reine adoraient leurs grands-parents et le genre de vie qu’ils menaient, contrairement aux autres Juifs de Safi. De plus, mon père, comme ma tante, profitaient de la traduction en arabe de tous les contes européens pour enfants que leur grand-père leur racontait. (Smida Rmida était Cendrillon). Ils ont vécu auprès d’eux jusqu’à leur mort qui survint alors qu’ils avaient plus de 90 ans. Yaacov Weisman mourut en 1913 et sa femme Fréha en 1917. Yaacov Weisman était ébéniste, et mon père s’était engagé, par admiration, dans le même métier dans une ville où tous les Juifs qui se respectaient étaient commerçants. On sait peu de chose sur ma grand-mère. On se souvient de sa tendresse, sa sensibilité, et du silence qu’elle adopta face à sa souffrance. C’est pour elle que mon père renonça à recommencer sa vie au Brésil, à s’engager dans l’année française pour devenir Français ou à mettre fin à ses jours après une série de drames et de malheurs qu’il eut à affronter. Il fut très influencé par le stoïcisme de sa mère "si calme". Elle s’est éteinte dans

notre maison. J’étais petit et on m’avait éloigné de la maison ce jour-là. Je n’ai pas assisté à son enterrement, mais je me souviens de la tente dressée au cimetière et de la nourriture servie onze mois après pendant la construction de sa tombe. Mon père n’a jamais cessé de célébrer l’anniversaire de sa mort et ma mère a continué jusqu’à la fin de sa vie, à allumer tous les vendredis soirs sa lampe à huile en cuivre qui portait son nom, Zohra (Pnina) Sibony et 5700, année juive de la date de sa mort. (1940)

Ce qu’il faut souligner, c’est le soutien de toute la famille pendant les moments difficiles, car on ne saura jamais combien la colonisation bouleversa la vie des Juifs du Maroc dans leur besogne et leur gagne-pain, à cause des produits finis, importés de France. Quand quelqu’un de la famille connaissait un mauvais moment dans son activité commerciale, il était aussitôt soutenu par les autres. A cette occasion c’étaient cinq à huit personnes qui étaient logées et nourries, le temps que le chef de famille reprenne son affaire. Les familles ont été ainsi sauvegardées.

Les enfants ont souvent abandonné leurs études pour se mettre à travailler et soutenir leur père dont le métier était devenu instable, suite à la concurrence de la métropole. On s’organisait dans les autres pièces de la maison pour faire de la place à tous.

Je n’ai jamais cessé d’admirer tous les membres de notre famille, tous dévoués à leur femme, à leurs enfants et aux proches parents. Ils voulaient pousser leurs enfants pour qu’ils aient une vie meilleure. Leur croyance en Dieu, profondément ancrée leur avait permis de traverser les moments les plus mouvementés de ce XXe Siècle. Puisse Dieu bénir leur descendance comme

furent bénis Jacob et les Tsadikim.

 

Extrait de journal de famille-Nessim Sibony-brit 35-Redacteur Asher –Knafo

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