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. UN REGNE DE TERREUR-1/3 ־ MOULAY YAZID

meknes

. UN REGNE DE TERREUR ־ MOULAY YAZID

Tragique mais heureusement bref interlude, qui en moins de deux ans faillit remettre en question la poursuite de la présence juive au Maroc et devait lais­ser l'ensemble du judaïsme marocain, et encore plus la communauté de son ancienne capitale, exsangue.

De mère d'origine anglaise, ce prince avait été très longtemps le préféré de son vieux père qui l'avait désigné comme son héritier. Trop impatient de régner, il avait suscité à plusieurs reprises des rébellions, mais après chaque échec, il avait réussi à obtenir le pardon de son père qui lui témoignait une coupable faiblesse. Excellent cavalier, tireur d'élite, il s'était attiré une grande popula­rité par son fanatisme religieux, manifestant une haine farouche contre tous les infidèles et plus particulièrement contre les Espagnols et les Juifs. Pour l'éloigner des intrigues et essayer de le corriger, son père l'avait envoyé en pèlerinage à la Mecque, mais il était revenu début 1790 par voie de terrestre à travers l'Algérie, plus décidé que jamais à détrôner son bienfaiteur, en mobi­lisant des partisans dans les tribus du Rif où il se trouvait quand fut annoncée la mort du sultan.

" A la fin du mois de Nissan (avril) parvint de Rabat la mauvaise nouvelle de la mort du sultan Sidi Mohammed, que Dieu l'ait dans sa miséricorde. Toute la ville fut en émoi et un trouble profond saisit les Juifs et les Gentils. Nous étions absolument terrifiés, car disions -nous les tribus ne manqueraient pas d'envahir la ville, pillant tout et violant les femmes. Tout le monde se sauva et enfouit son argent…Le lendemain, tous les Gentils se réunirent et procla­mèrent souverain l'un des fils du sultan défunt, Moulay Yazid…Nous pen­sâmes retrouver le calme car on annonçait que la paix s'était faite dans tout le pays…"

Mais ce n'était qu'une amère illusion. Car aussitôt arrivé à Tétouan, il avait annoncé son programme : conformément à l'accord passé avec ses parti­sans berbères de la tribu des Amhaous, à savoir exterminer tous les Juifs du royaume. Pour réveiller les ardeurs de ses partisans; il avait promis une ré­compense de dix meqtal à qui lui apporterait la tête d'un Juif. L'édit était telle­ment sans précédent, qu'un des cadis lui fit remarquer qu'il était contraire au commandement du Prophète, interdisant de porter atteinte à ceux qui paient l'impôt de soumission. Comme alternative, il lui fit une proposition aussi ef­ficace et moins sanglante : dépouiller les Juifs de tous leurs biens, " car il est bien connu qu'un homme pauvre vaut moins qu'un mort." Se rangeant à cet avis astucieux, le nouveau souverain ordonna de commencer par la communauté de Tétouan.

Sans se douter de ce qui les attendait, ses dirigeants étaient venus avec les présents de rigueur accueillir le nouveau sultan à l'entrée de la ville. Se fon­dant sur ses bonnes intentions de paix publiquement proclamées, nul n'avait pensé à cacher ou à dissimuler ses biens. Le pillage un jour de shabbat fut intégral. Tout objet de quelque valeur fut emporté des maisons particulières aussi bien que des synagogues. Les anciens sahab sultan, les anciens conseil­lers de son père, ainsi que le consul juif d'Espagne, furent exécutés sans autre forme de procès.

Quelques jours plus tard, la même consigne de pillage fut envoyée dans les autres villes. Les membres de la tribu guerrière des Oudaya demeurant à Meknès furent conviés à piller la communauté comme le rapporte rabbi Ha­bib Tolédano :

" Quelle funeste journée dépassant en horreur tout ce que nos ancêtres ont connu; que ce 3 du mois de Nissan quand nous est parvenue la nouvelle de la mort de Sidi Mohammed Ben Abdallah. A cette annonce, notre âme s'est en­volée et dans notre frayeur nous avons trouvé des refuges dans la médina des Gentils. Nous y sommes restés cachés deux semaines jusqu'au second jour de Pessah quand est parvenu l'édit du sultan aux Oudaya d'envahir et de piller le mellah. Ils ont emporté tous nos biens, nous ont ôté nos habits, nous laissant nus, hommes femmes et enfants. De là nombre d'entre eux nous se sont éparpillés dans la campagne, livrés au froid et à la faim. Nous y sommes restés errants jusqu'à la veille de Shabouot quand nous avons été autorisés à revenir au mellah. Nous l'avons trouvé totalement désert, car ils avaient tout détruit et découvert nos cachettes guidés par des dénonciateurs de notre peuple qui leur indiquaient où nous avions enterré nos biens les plus précieux …"

Autre témoignage, celui de rabbi Eliezer Bahloul :

" Et ici à Meknès, à l'aube du 14 Iyar les pillards ont volé, pillé; incendié, violé et torturé les femmes, les vierges et les garçons dans les rues de la ville et as­sassiné. Ils ont creusé les cours des maisons, fracassé les murs et les plafonds (dans la recherche de trésors cachés), n'épargnant ni les synagogues, ni même les tombes du cimetière. Ils ont brûlé plusieurs Rouleaux de la Loi. Ils ont dé­vêtu et laissé nues comme au jour de leur naissance nombre de femmes qui se sont recouvertes des lambeaux des Rouleaux de la Loi sauvés des flammes. Il est impossible de raconter tout ce qu'ont vu nos yeux et de rapporter ce que nos oreilles ont entendu et cela s'est poursuivi 21 jours jusqu'à la veille de la fête de Shabouot quand le tyran a ordonné de surseoir aux exactions..

Le tyran entreprit ensuite un macabre "tour du Maroc" pour veiller person­nellement à l'application des mesures contre la population juive, réservant à chaque communauté un traitement d'un sadisme particulier.

A Fès, première démonstration de "mansuétude", il plaça la communauté de­vant un choix d'une subtile cruauté : entre le versement d'une amende exor­bitante de cent qentar d'argent et l'abandon pur et simple de leur quartier. Les Juifs optèrent naturellement pour la première option, mais ne parvinrent pas même au prix des plus grands sacrifices, à mobiliser plus de 20% de la rançon exigée. Qu'à cela ne tienne, il s’empressa d’empocher ce qui avait été collecté, puis faisant semblant de comprendre la difficulté de mobiliser rapi­dement une somme aussi faramineuse, il accepta de transiger en exigeant un "petit" supplément, après quoi ils seraient quittes. Mais une fois ce supplé­ment perçu, il leur fit savoir que " son pardon ne concernait que leurs biens et leurs personnes, qui seront épargnés ", mais pas l'obligation d'évacuation immédiate du mellah. Aussitôt le transfert vers les tentes et les cabanes en pleine campagne terminé manu militari – l'ordre était de tuer tout Juif qui resterait au mellah après le soir – le quartier fut offert aux trois mille soldats du contingent des Oudaya appelés de Meknès pour s'y installent à demeure. Et pour bien marquer leur emprise, ils s’empressèrent de lui donner un nou­veau nom El kabir, et d'édifier en son centre une grande mosquée à la place des synagogues détruites.

A Tanger, il fit arrêter les deux frères tunisiens Attal, tuant l'aîné de ses propres mains et laissant la vie sauve au second qui s'était converti à l'islam. A Larache, il fit arrêter un autre des compagnons de son père, le grand négo­ciant Eliahou Lévy Ben Yuly descendant de la famille de Meknès à la réputa­tion douteuse au sein de la communauté. Pour sauver sa vie, il accepta de se convertir mais réussit, en y perdant presque toute sa fortune, à soudoyer ses gardiens et à trouver refuge à Gibraltar où il mourut en 1800.

A Oujda, il s'étonna que la communauté juive n'ait pas envoyé de représen­tants pour l'accueillir. Mais ils sont là lui dirent ses serviteurs. Furieux que rien dans leur habillement ne les distingue des musulmans, il ordonna de leur couper une oreille comme signe distinctif.

. UN REGNE DE TERREUR-1/3 ־ MOULAY YAZID

. UN REGNE DE TERREUR – 2/3־ MOULAY YAZID

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Son arrivée à Meknès était d'autant plus redoutée que le sultan avait un compte personnel à régler non seulement avec les chefs de la communauté, les conseillers du sultan défunt qui avaient été à l'origine de sa disgrâce et de son exil forcé, mais aussi avec le commun de ses membres. Rabbi Yossef Messas rapporte dans le livre de ses sermons un récit populaire sur l'origine de cette haine particulière du tyran envers la population juive de Meknès où il avait été exilé un moment :

" Le sultan bien aimé grand ami d'Israël, Sidi Mohammed Ben Moulay Ab­dallah avait épousé une chrétienne anglaise qui lui avait donné un héritier le maudit Yazid – que son nom soit effacé. Un jour, le père de la reine était arrivé d'Angleterre avec pour présents de précieux tissus très fins aux cou­leurs chatoyantes sans pareil. Le sultan convia son tailleur juif habituel pour coudre des vêtements à lui, à son épouse et à ses enfants. Alors que le tailleur juif du mellah de Fès taillait les vêtements royaux, des jeunes des familles juives riches, émerveillés par la qualité de ces tissus s'enquirent de leur ori­gine. Ils apprirent qu'ils venaient d'Angleterre et qu'on pouvait s'en procurer à Gibraltar. Ils y dépêchèrent deux des leurs qui revinrent avec des coupons de la même texture avec lesquels ils se firent tailler de magnifiques vêtements. Pendant ce temps, le prince Moulay Yazid continuait de se vanter de por­ter des vêtements que nul à part lui ne pouvait se permettre – même pas ses compagnons des familles de la plus haute noblesse. Un jour, l'un d’eux vit au mellah de jeunes Juifs de familles riches vêtus d'habits du même tissu que le prince. Il y vit l'occasion de se venger de l'arrogance du prince qui se plaisait à les humilier. Le lendemain, quand le prince reprit ses fanfaronnades, il ne put s’empêcher de lui répliquer qu'il n'y avait pas de quoi se vanter de ce que portent de vulgaires Juifs ! Fou de rage, Yazid jura qu'il tuerait sur le champ le premier Juif rencontré habillé comme lui. Il le mit au défi en lui disant alors : "Viens avec moi au mellah et je t'en montrerai un grand nombre". Ce qu'ils firent. Furieux de voir que son ami avait raison, il ordonna aux jeunes por­teurs de ces vêtements de les ôter immédiatement, les accusant de les avoir volés. Comme ils refusaient d'obtempérer, il sortit son épée et voulut les en frapper. Ses compagnons avec l'aide de passants juifs et arabes, arrivèrent à lui retirer à temps son arme. Aussitôt prévenu, le pacha envoya de soldats qui arrêtèrent tous ceux qui avaient participé à la rixe et ils furent tous condamnés à une amende. Quant au prince, il fut envoyé en exil pour six mois à Meknès. Un mois après son arrivée dans notre ville, un jour de shabbat, il se rendit au mellah après l'office du matin. Il vit alors un cortège joyeux accompagnant une jeune mariée portée comme le veut la tradition sur un siège magnifique spécial pour cette occasion, de la maison de son père à celle de son nouvel époux. Surpris par ce spectacle et jaloux de ce faste, il commença avec son serviteur à se moquer et à insulter les Juifs. Lorsque l'un d'eux eut le courage de riposter, il lui cracha au visage et le gifla. Aussitôt prévenus, les chefs de la communauté, grands amis du sultan étaient intervenus et il fut contraint de se cacher pour échapper à la punition paternelle. Mais son arrogance reprit le dessus et la même après -midi, il revint au mellah et se querella avec les passants et le pacha eut le plus grand mal à le faire sortir du quartier juif. A la suite de quoi, les chefs de la communauté se rendirent à Fès se plaindre au­près du sultan qui l'exila de Meknès à Tétouan, recommandant au pacha de le surveiller et de ne pas lui permettre d'entrer dans la Juderia, le quartier juif …" En arrivant donc à Meknès au mois d'août, son premier soin fut de retrouver et de faire arrêter les chefs de la communauté qui avaient été les plus proches conseillers de son défunt père, comme le rapporte rabbi Eliezer Bahloul :

" Le 7 du mois de Tamouz il arriva à Meknès où il déversa sa colère sur les cinq notables de la communauté, les proches conseillers de son défunt père. A chacun de ses méfaits et de ses frasques dans la médina et au mellah – courir après les vierges et les femmes mariées, rapines, vols – ils l'avaient dénoncé au sultan ou au pacha qui avaient dépêché des gardiens pour le mettre hors d'état de nuire. Le prince en avait conservé un grand ressentiment contre eux. Sa première victime fut le grand rabbin Hazan Bacca. Natif de Marrakech, il était installé dans la ville depuis une trentaine d'années et y avait grandement prospéré dans le commerce. Il le dépouilla et l'acheva de ses propres mains d'une balle de plomb. Au plus influent des anciens conseillers de son père, rabbi Mordekhay Chriqui, qui alliait Torah et fortune, il offrit la vie sauve et la promotion au rang de vizir s'il acceptait de se convertir, mais au lieu d'ac­cepter cette offre, celui -ci lui tint tête avec superbe, lui prédisant une mort infâme et prochaine. Il fut condamné à être brûlé vif dans le four à chaux. Il se rendit au supplice le cœur serein en récitant des cantiques et en sanctifiant le nom de l'Eternel et son âme pure est sortie rapidement. Ce fut ensuite le tour des deux frères Messod et Abraham Benzikri et de Moshé Ben Jamila, tous trois condamnés à être pendus vivants par les pieds à la porte du mellah. Leur supplice dura quinze jours et leurs corps restèrent exposés pendant des semaines – attirant les foules de voisins musulmans venant railler les Juifs – avant que ne soit donnée – contre paiement – l'autorisation de les ensevelir. Ce mode d'exécution particulièrement cruel; sauva par contre par sa lenteur un autre condamné, un sauvetage qui illustre la dévotion aux lettrés et talmi dé hakhamim qui caractérisait la communauté :

" A la même peine capitale avait été condamné un lettré, un sage, un éminent enseignant, rabbi Shmouel Danino. Mais dès son arrestation, quatre de ses disciples : Yaacob Lancry, Yéhouda Sayag, Yossef Benider et Messod Elhyani, s'étaient déguisés en serviteurs du sultan et avaient demandé aux gardiens de le descendre de la potence pour l'amener auprès du sultan. Les gardiens les crurent et leur remirent le supplicié. Ils le cachèrent d'abord dans un vil­lage des Gentils, puis l'accompagnèrent à Ouezzane où ils l'installèrent avant de revenir chez eux…"

Le choix de Ouezzane comme lieu d'asile était doublement judicieux; tant en raison à la fois de la forte opposition au tyran de la population de cette ville sainte aux yeux des musulmans, que de la présence de nombreux originaires de la communauté de Meknès qui y avaient été invités par le chérif à venir habiter dans la ville pour contribuer à son essor économique.

…." Seuls son épouse et ses enfants furent mis dans le secret qui resta jalou­sement gardé durant 21 mois. A son retour de Ouezzane, après la mort du tyran, rabbi Shmouel fut reçu avec de grands égards dans sa ville natale et c'est alors que fut connu de tous le courage de ses disciples et le secret de sa cachette. Mais il trouva sa maison vide, car ce qu'avaient laissé les pillards, sa femme et ses enfants l'avaient mangé. C'est alors qu'un de ses anciens disciples, rabbi Shélomo Benzenou lui fit un digne présent et s'engagea à lui verser mensuellement une pension. Rabbi Shmouel reprit avec vigueur sa mission d'enseignement et on disait de lui qu'il n' avait eu dans sa vie que cinq disciples – bien que leur nombre fut infiniment plus grand – les cinq qui furent à ses côtés aux heures d'épreuve et le sauvèrent …"

L'acharnement de Moulay Yazid ne devait pas cesser avec la mort de ses victimes. Furieux de ne pas avoir mis la main sur la fortune de Mordekhay Chriqui qui, pressentant le sort qui lui était réservé, avait réussi avant son arrestation à cacher une partie de sa fortune chez ses amis juifs de Fès, il y fit arrêter deux notables Benyamin Bensimhon et Yaacob Sadoun soupçonnées d'avoir caché le trésor. Malgré leurs démentis, il leur extorqua des sommes équivalentes à la fortune estimée de ce personnage de légende qui malgré sa haute position à la Cour était toujours resté attentif aux besoins des ses frères comme devait le chanter le poète de la communauté, rabbi David Hassine :) Lui qui avait la force et le courage de faire face aux autorités Sans que jamais la crainte ne l'effleure.

Contre l'escroquerie et l'exploitation des faibles, il veille.

Ses paroles aux rois sont écoutées comme autant de clous plantés.

Devant lui, les grands plient

Dieu nous a dotés d'un chef aux heures d'épreuve

Dans son "Mémorial pour les enfants d'Israël"

. UN REGNE DE TERREUR – 2/3־ MOULAY YAZID

PAGE 93

UN REGNE DE TERREUR –  3/3־ MOULAY YAZID

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Rabbi Obed Ben Attar poursuit le récit des tourments infligés par le tyran à la communauté de Fès :

" Les Gentils ne nous parlaient plus que l'insulte grossière aux lèvres et nous accablaient d'accusations. Le sultan décida de ne plus voir aucun Juif ni de leur parler. Tous les Fîébreux étaient devenus un objet d'opprobre et d'igno­minie.. . Moulay Yazid décréta qu'aucun Juif ni Juive n'aurait plus le droit de se vêtir de vert. Le gouverneur de la ville vint proclamer ce décret à la casbah. Le même décret fut étendu aux autres villes du Maroc. Cela causa une grosse perte aux Juifs, car ils furent obligés de plonger dans les cuves de teinturiers leurs vêtements d'écarlate pour leur donner une autre teinte et tout s'y abî­ma. Au bout d'un an, il ne leur resta plus une jupe, car tout s'était abîmé et ils furent obligés d'acheter des étoffes d'autres couleurs. L'ennemi triomphait; ses serviteurs nous couvraient de crachats et de malédictions…"

Cette situation de détresse absolue avait également porté atteinte à la cohé­sion intérieure de la communauté. Pour éviter que les spéculateurs ne pro­fitent de la situation; une taqana fut adoptée en 1791 renouvelant l'interdic­tion de surenchère dans le fermage des impôts dus par la communauté. Elle fut signée par les trois membres du tribunal Yékoutiel et Raphaël Berdugo et Baroukh Tolédano; auxquels se joignirent les notables David Dahan, Yossef Malka, Azouz Danino, Yossef Ohana; Yéhouda Déry, David Déry, Abraham Bitton, Yéhouda Bahloul, Haïm Tapiéro, Shémouel Amar, Messod Arama, Lévy Eskoury, Itshak Arama, Itshak Tapiéro, Shalom Ben 'Olo, Fïaïm Botbol, David Abbou, Daniel Abbou, Moshé Azerad, Mordekhay Elkhfari :(20)

Ces épreuves sans précédent, loin de s'affaiblir avec le temps, risquaient de prendre une tournure encore plus tragique; car avant d'aller combattre à Marrakech son propre frère Moulay Hicham qui s'était soulevé contre lui en février 1792, le sultan avait dévoilé son dessein : " En partant pour Mar­rakech, il avait dit à ses officiers; " Vous savez qu'au mois de Adar qui vient les Juifs vont célébrer leur fête de Pourim à cause de Hamane qui avait voulu les exterminer et qui fut tué lui -même." Il avait juré qu'à son retour de Mar­rakech, il ferait aux Juifs de son pays ce que Hamane avait projeté de faire à ceux de Perse…"

La manière dont il se conduisit à Marrakech reconquise par surprise; avec la population aussi bien juive que musulmane, ne laissait aucun doute sur la détermination de ses desseins sanguinaires. La ville fut livrée au pillage pendant trois jours. Il massacra tous les partisans du prétendant en fuite. Sans prendre de répit, il avait envoyé de nouvelles consignes d'exactions contre les notables de Fès, Meknès et même Mogador, jusque là épargnée. Mais se com­parant à Hamane, il s'attira le même sort : Alors qu'il conduisait ses troupes à la victoire contre son frère, un tireur isolé le blessa d'un coup de fusil au bas -ventre. La blessure parut légère au début. Vite pansée, il avait repris le combat, mais le lendemain il succomba dans d'atroces souffrances. Dès l'an­nonce de la mort du tyran, des contre -ordres furent envoyés pour annuler les derniers décrets. Dans tout le pays ce fut un cri de soulagement car ses exactions avaient été loin de se limiter à la population juive. Ses habitudes de banditisme, ses fantasmes sanguinaires, sa cruauté sans bornes l'avaient rendu odieux à l'ensemble du pays.

Pour la communauté juive de tout le Maroc et plus particulièrement celle de la capitale déchue, c'était la fin du cauchemar. Mais ce court ce règne avait suffi à la ruiner totalement et elle mettra des décades à s'en remettre – si jamais.

Le traumatisme que ces événements devaient imprimer dans la mémoire col­lective de la communauté de Meknès, a été immortalisé dans les vers dé­crivant le sac du mellah par le plus grand poète de l'époque, rabbi David Hassine, qui mourut quelques mois après la fin du cauchemar de ce règne dévastateur.

Qui jamais entendit !parler d'un pareil forfait ?

Qui a vu semblable ignominie ?

Les brigands furent autorisés par les autorités A agir à leur guise. Ils se livrèrent à tous les excès.

Ils se livrèrent au pillage jour et nuit,

Dévorèrent Israël à pleine bouche Dans les rues, fuyaient toutes dévêtues,

Des femmes chéries terrorisées par l'ennemi en furie.

Les mères furent écrasées avec leurs enfants Ils nous battaient à mort,

Avec mépris; de façon délibérée

Les chefs de la communauté chargés de chaînes

Livrés au mépris et à l'humiliation.

Face la paupérisation générale, fut de nouveau renouvelée en 1792 par une taqana l'absolue interdiction de construction de nouvelles synagogues.

Les retombées du sac du mellah devaient occuper pendant les années sui­vantes le tribunal rabbinique autour des questions de responsabilité. C'est ainsi par exemple que le jour de l'annonce de la mort du sultan Sidi Mo­hammed Ben Abdallah, un dénommé Abraham Cohen, avait dans le cadre de leurs relations d'affaires, confié à rabbi Pétahya Berdugo un collier en argent de grande valeur. Ce dernier avait, suite à la crainte d'une attaque du mellah, pris toutes les précautions et enterré le bijou en même temps que le siens propres. Mais cela ne devait pas éviter leur découverte par les pillards. Arguant qu'en prenant possession du bijou rabbi Pétahya en était devenu responsable, Abraham Cohen en demandait l'indemnisation comme le pré­voit la Halakha. Mais avant de se prononcer sur le fond, à savoir l'éventuel remboursement du dépôt, le président du tribunal, rabbi Yékoutiel Berdu­go (1736 -1802) avait tenu à souligner le caractère tout à fait exceptionnel des événements, constituant à ses yeux un cas de force majeure absolue :

 Dès l'annonce de la mort du souverain, les Juifs ont enterré leurs biens les plus précieux, précaution jugée normalement suffisante, sachant que le péril vient des pillards extérieurs à la ville qui habituellement ne s’emparent que de ce qui est à portée de main, sans avoir le temps pour creuser dans la crainte d'être rattrapés par les soldats. De plus, les Juifs avaient loué les services services de la tribu des Oudaya qui leur avait garanti une protection sans failles du mellah. Nul ne pouvait prévoir que ce serait nos propres gardiens qui nous trahiraient comme ce fut le cas présent. Plus inattendu encore, ils l'ont fait non de leur initiative, mais sur ordre express du sultan lui -même. Qui aurait pu imaginer que ce serait le souverain, responsable du bien -être de ses sujets, qui ordonnerait de les dépouiller ? Et que le pillage se poursui­vrait vingt jours et vingt nuits ? …"

De son côte, la grande autorité morale de la prochaine génération, son jeune frère rabbi Raphaël Berdugo élevait le débat pour en tirer dans la préface à son livre Mé Ménouhot la leçon sur la signification de l'exil, galout pour le peuple juif en général et la communauté juive marocaine en particulier :

" Les paroles des Prophètes sont notre consolation, car sans elles nous aurions succombé et c'est bien ce qu'a exprimé le roi David dans ses Psaumes "Si ta Loi n'avait pas fait mes délices, j'aurais succombé dans ma misère" (119;92). L'abaissement qui est notre lot dans notre pays, aucune autre nation n'aurait été capable de le supporter. De l'est à l'ouest, Israël est partout entre les mains des nations et chacune nous inflige sa suprématie. Chacun de ses membres peut cracher impunément sur le plus grand des nôtres sans que nul ne songe à protester. Tous les jours, ils se moquent de nous et nous demandent où est donc le messie dont vous attendez la venue ? Un été a succédé à l'autre, des siècles ont passé et vous persistez dans votre misère et votre abaissement au point que l'on peut dire qu'il n'y a rien de plus vil au monde que les Juifs.

On sait qu'il y a une grande différence entre la chute des Juifs entre les mains des nations et la chute des nations entre les mains d'Israël, de même qu'on ne peut comparer la chute d'un philosophe entre les mains d'un rustre, et la chute d'un paysan entre les mains d'un philosophe. Il est alors plus aisé de comprendre l'avertissement divin : "Ce jour -là ma colère s'enflammera contre eux, je les abandonnerai, je leur déroberai ma face; et ils deviendront la pâture de chacun et nombre de maux viendront les assaillir"

(Deutéronome 119,17)

Mais malgré toute leur rigueur, ces épreuves politiques ne devaient pas sur le plan culturel, tarir la sève créative.

. UN REGNE DE TERREUR –  3/3־ MOULAY YAZID

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