Nessim Sibony Extrait de journal de famille-Brit no 35
Nessim Sibony
Extrait de journal de famille
Cette présentation au public n 'est qu 'un extrait de notre journal de famille, une aide pour cette famille qui peut y retrouver ses parents, voire ses aïeux.
A la mémoire de Reine Sibony Zaoui, 1900-1983
Cet arbre généalogique n'aurait jamais vu le jour, sans la contribution majeure de ma tante, Reine Zaoui qui avait connu mon ancêtre le plus éloigné mentionné dans l'arbre généalogique : David Sibony, père de Moshé Sibony qui fut veuf en première noce et épousa ensuite une femme dont il eut 3 enfants. On découvre ainsi que les mariages entre cousines et cousins ou petits cousins étaient une tradition qui se perpétuait de génération en génération. Ma famille n'y a pas échappé. Les Sibony de Safi tenaient jalousement à conserver leur rang et avaient même leur carré réservé au cimetière juif de cette ville et il en est de même pour le reste de la famille, installée entre Marrakech et Casablanca. Il faudra attendre les grands mouvements migratoires de la fin du XXe siècle pour voir les Sibony se mêler aux ressortissants des communautés juives du Maroc et d'ailleurs.
Mon père avait attendu ma Bar-Mitzva pour me raconter succinctement l'origine de notre famille. «Notre nom, à l'origine était "Les Sibעony" et nous ajoutons "Hanisrafïm", les martyres, brûlés vifs, en souvenir de nos ancêtres qui avaient préféré le bûcher à la conversion. » Il poursuivit : « Quand nos ancêtres vinrent au Maroc, ils vécurent près d'une tribu musulmane qui exigea que toute la communauté juive se convertisse à l'Islam. Les notables de cette communauté avaient réclamé du temps pour préparer leurs enfants à une telle conversion et ils avaient profité de la période de "préparation" pour faire évacuer très discrètement de nuit vers le Nord tous les jeunes et toutes les femmes. Quand le chef de la tribu et ses soldats s'en revinrent visiter les tentes juives, ils n'y trouvèrent que des vieux qui s'étaient préparés à leur supplice. Ils préférèrent être brûlés vifs plutôt que de se convertir ». J'étais jeune et ce récit resta lettre morte, au point que je n'ai jamais posé de question concernant la date ou le lieu exact de cet événement.
C'est bien plus tard, quand mon intérêt pour l'histoire de notre famille s'éveilla, que j'ai voulu en savoir davantage, notamment à la suite de la lecture de l'ouvrage de Pierre Flamand sur les communautés juives du Sud du Maroc. Pour ce chercheur qui s'était inspiré des récits du Colonel Justinard parus en 1930, cet événement se serait déroulé à Eufrane, palmeraie autrefois célèbre sur l'une des routes qui menaient de l'Afrique du Nord vers le Soudan. C'est un chef de tribu parti à la conquête du Sud marocain qui aurait réalisé ce massacre vers 1765. (Aucune preuve historique n'existe sur l'événement.) Le même événement est relaté dans "Ner Maarav" (La lumière de l'Occident), rédigé par Moshé Tolédano de Tibéria et publié à Jérusalem en 1910. C'est en guise d'introduction à l'histoire des Juifs du Maroc que l'auteur a essayé de rapprocher l'histoire des Juifs de "Borion" ( ?) décrite par l'historien Procop dans De Adificius VI, 2 de l'histoire des Juifs d'Eufrane. Il situe l'événement de ces martyres et la fuite du reste de la communauté juive, non plus à "Borion" investie par Justinien, mais à Eufrane au Maroc en 535. Une synagogue devenue église ? Cela reste difficile à concevoir pour qui connaît ce village de pisé.
Dans son introduction, l'auteur cite le cimetière d'Eufrane (même un cimetière à ciel ouvert est appelé caverne par les Juifs du Maroc) et mentionne les martyres d'Eufrane en se référant à un document rédigé selon la tradition locale : il rapporte la liste des stèles du cimetière d'Eufrane avec dates et noms présumés.
Cette liste, antérieure à 1910 mentionne les tombes de quatre Sibony dans le cimetière d'Eufrane : Shoshan Ben Amghar Sibony, avec ses deux enfants et Waich Ben Ihya Sibony, appelé aussi Rabbi Waich Ben Abbou. Le nom Sibony reporté sur ce livre s'écrit avec samekh
ainע et ס
סיבעוני -oniעSib
Nessim Sibony- Extrait de journal de famille
Ces listes de stèles des cimetières Juifs du Sud marocain ont soulevé de nombreuses questions
quant à leur authenticité, tant au sujet des dates et de leur transcription que de la formulation des prénoms. Il s'avère aussi que les rabbins et Hazanim locaux les calligraphiaient et les vendaient aux notables juifs des villes du Sud. C'est ce que souligne l'article de Vincent Monteil publié, en 1948 dans Hesperis. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les informations données sur ces listes ne sont pas identiques d'un copiste à l'autre. Le document qui a servi pour "Ner Maarav" n'est pas celui signé par Ifergan en 1958. Ce n'est pas non plus celui qui servit de base à la liste imprimée et reproduite à la page 587 du Livre des Saints Juifs du Maroc, publié en 1984 à Jérusalem par les archives du Folklore de l'Université hébraïque, copié par Joseph Atar. D'un document à l'autre, des noms de famille et de personnages disparaissent. Reste par contre le nom Sibony dont l'orthographe ne cesse aussi de changer. Ce qui est impressionnant, c'est qu'on puisse trouver un nom hébraïque dans cette liste et qu'il soit transcrit selon sa formulation hébraïque. Je fais allusion à la copie de 1958. Le nom des Sibony est transcrit "HaTsiv عoni" ,הצבעוני qui a un sens en hébreu moderne, mais qui est relatif sans aucun doute à Tsiv عon, nom d'une région attribuée au père de la première femme d'Esaii. Justement, l'orthographe du nom infirme l'hypothèse selon laquelle ces documents ont été faits sur mesure pour être vendus aux notables juifs dans les cités. Or, pour satisfaire la clientèle, il aurait été plus approprié de faire usage du Samekh ס . Le nom est écrit avec un Tsadi צ à la place du Samekh comme l'ont écrit les notables de Safi. à l'époque, dans cet univers arabe où le son "TS" a disparu pour être remplacé par le son "S". Le nom dans sa transcription sonne juste, d'autant plus qu'il est celui de l'émissaire Shoshan Ben Amghar, venu de Jérusalem. 11 faut croire que c'est là l'origine du nom de la famille et que le Tsadi צ a disparu par assimilation à la langue arabe environnante, comme le ع ain ע disparaîtra, plus tard, par suite de l'influence de la langue française, devenue langue officielle au Maroc. L'article défini aussi bien en Hébreu "Ha" qu'en Arabe "Es", ce qui a précédé notre nom a disparu également.
L'événement lui-même des Nisrafim ne peut avoir eu lieu à l'époque indiquée, sans figurer dans les annales juives qui sont bien documentées sur la période de l'histoire où les traditions populaires juives et musulmanes situent l'événement, à savoir 1765, 1775 ou encore 1792. S'il n'a pas été reporté, c'est qu'il s'est passé plus tôt et, sans doute, ailleurs que dans cette localité. C'est là que les Juifs ont tenu à démontrer qu'il s'agissait de l'origine du nom de leur cité, Eufrane, tiré du mot Afar, qui signifie cendres en hébreu. Il s'agit des cendres des cinquante martyres juifs du cimetière, à l’emplacement précis que personne n'a le droit d'approcher, à cause de sa sainteté.
Selon Aharon Sibony, célèbre pour sa lutte contre les rabbins qui ont reconnu le faux messie, Shavtaï Tzvi, sa lettre à Sasportas retrace le récit de l'expulsion des Juifs d'Oran par les Espagnols pendant Pessah 1669, et la transformation de leur synagogue en Eglise. Il semble bien que l'histoire écrite inspire les historiens et que les événements véhiculés par la tradition se nourrissent les uns des autres.
Aharon Sibony était rabbin à Salé, au milieu du XVIIe siècle. Son père, Yeshou-a Bar Aharon Ha-Sibony était rabbin à Salé au XVIe siècle. Il est donc le premier Sibony dont nous possédons de véritables traces historiques. Réouben Ha-Sibony fut lui aussi rabbin à Salé entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle. Son fils, Shalom, à son tour rabbin à Salé, mourut à Méknes en 1733, laissant deux ouvrages achevés l'un de Quinot, Elégies et l'autre, un hymne à Pessah. Abraham Ha Sib^oni fut rabbin à Fez à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Son fils David fut rabbin à Salé avant de s'installer à Fez au XVIIIe siècle. Il est l'auteur du "Sepher Néoum David", "Piské David" et "Shéélot ou-tshouvot". En 1795, parmi les signataires de la Haskama de Tanger, on retrouve Moshé Es-sibony et Shalom Essibony. C'était le 25 Heshvan 5555 et le Ha, article défini hébraïque qui précédait le nom Sibony s'est trouvé remplacé par Es. article défini arabe. Citons encore Messod et Mordekhai Es-sibony. rabbins à Marrakech au XIXe siècle, puis Mimon Ha- Sibony, Grand Rabbin d'Oran au XIXe siècle ainsi que Messod Sibony, rabbin à Larache de la fin du XIXe au début du XXe siècle.
Extrait de journal de famille-Nessim Sibony-brit 35-Redacteur Asher -Knafo 2017

Dans cette longue liste donnée par Abraham I. Laredo dans son ouvrage sur les noms des Juifs du Maroc (pages 517-518), nous trouvons enfin "l’oncle" de mon père, Abraham Sibony, mentionné pour sa contribution à la publication du "Sepher Marpé Lanéfesh" de Raphaël Mamane, publié à Jérusalem en 1894. L’Encyclopedia Judaica offre aussi un bref rappel de la famille Sibony, à Salé. Dans les Archives Sionistes, nous trouvons également des Sibony qui, en 1919, ont contribué au fonds du Mouvement Sioniste. Ce sont les frères de ma mère, Salomon et Messod. En fait, mon grand-père maternel, David a contribué à cette Mitzva, faite au nom de ses fils, afin de leur attribuer un mérite qu’il ne pouvait envisager pour sa génération. C’est le Grand Rabbin vénéré de son vivant et après sa mort, Rabbi Pinhas Khalifa Yamin Cohen Azog qui organisait ces collectes en tant que chef du Mouvement Sioniste à Marrakech et dans le Sud marocain. On se doit de souligner ce fait historique vu l’attitude absolument inverse des rabbins européens de l’époque à l’égard du Mouvement Sioniste. Un autre Moshé Sibony de Safi, figure parmi les donateurs au Mouvement Sioniste à la même période. Sur une autre liste présentée par le Mouvement Sioniste de Safi figure Samuel Sibony, un petit cousin très proche de mon père et de mon oncle. Ils sont rares parmi les aînés de cette génération à avoir contribué à ce Mouvement par une obbole de 10 Shekalim.
Un autre Samuel Sibony, né à Casablanca le 17 Octobre 1914, fut arrêté à Marseille et déporté le 23 Mars 1943 par les Nazis dans le convoi No 52 vers Auschwitz. Son nom est transcrit « Sebony ».
Pour ce qui est du nom de la famille il faut considérer ce qu’il était en hébreu, bien avant qu’il ne soit transcrit en caractères arabes puis latins. De toute évidence, ce ne sont pas seulement des personnes de la famille qui ont transcrit toujours leur nom retrouvé ici et là, mais des employés d’institutions ou d’administrations, qui ne savaient pas comment transcrire le nom de famille, aussi bien en caractères hébraïques qu’en caractères latins. Le meilleur exemple est celui de Sboni pour mes oncles maternels à l’occasion du don de mon grand-père David, en leur nom, à l’Organisation Sioniste Mondiale, dès sa création par Herzl. Il va de soi que celui qui l’avait transcrit ne savait pas comment représenter un 'ain qui n’existait pas dans le clavier des machines à écrire de France. Cependant, sur le marbre de sa tombe, mon grand-père avait son nom écrit Essib'oni en lettres capitales hébraïques. Murciano aussi, écrivit Samuel Essib'on sur la liste des Juifs de Safi qui avaient remis à Monsieur Barchechat leur don au mouvement sioniste alors que sur une autre liste de dons à l’Organisation Sioniste Mondiale, par les soins de Rabbi Pinhas Cohen, on trouve deux autres Sibony; l’un Moshé Sib'oni de Safi et l’autre Rabbi … Sib'oni de Casablanca. Dans la liste des stèles du cimetière d’Eufrane, nous trouvons aussi bien Sib'oni que Hatsiv'oni. Nous avons rarement des signatures comme celles qui figurent sur les pages de garde du manuscrit d’astrologie daté de 1896. Ainsi Moses Sibony signe Moise Sibony en caractères latins alors qu’en caractères hébraïques Rashi, il signe Moïse Esseb'ony. Rebbi Braharn signe en caractères arabes : Ettager Abraham Esseb^ony. Mon père signait Eliahou Esseb'oni et quelques fois N. Esseb'oni ou Nesseb'oni, pour rappeler les Nisrafims.
Les citations nous mettent en présence de Seboni tel qu’il figure pour Samuel de Casablanca dans le convoi des déportés vers Auschwitz en 1942, de Sib'on, Essib'oni, Essiboni, Siboni et enfin Hatsiv'oni qui est le nom originel absolument hébraïque duquel est sorti le nom en arabe, Essib'oni ou plutôt Esseb'oni plus simple à prononcer par les Juifs du Maroc, longtemps avant la présence française. Nous ne rencontrons pas le nom Hatziv'oni en caractères latins, ni le nom Essiboni. Nous avons aujourd’hui ce nom privé de son article défini aussi bien en hébreu qu’en arabe. Siboni ou Sibony et Siboney en Amérique.
Ce qui a été propre de tout temps à la famille fut l’engagement intellectuel, sans lequel nous n’aurions jamais eu de trace et, bien sûr, les déplacements ininterrompus entre Israël et les contrées du monde libre. Cette double qualité, renforcée pendant la première moitié du XXe siècle, s’est trouvée accrue pendant la seconde moitié de notre siècle avec l’accès libre aux études, la création de l’Etat d’Israël et l’ouverture du monde occidental à ces mouvements de migrations spectaculaires. De ce fait, nous retrouvons des Sibony dans le monde libre avec une grande concentration en Israël où certains ont changé de nom sans récupérer le nom originel. Les Sibony d’Europe, concentrés en France, ont trouvé leur nom convenable pour la région. Certains, parmi ceux qui vivent aux U.S.A. et au Canada, ont adapté leur nom aux exigences linguistiques du pays et s’appellent Siboney.
Ce qui ressort de tous ces récits, c’est que quelques personnages devenus légendaires ont éclipsé totalement les autres. Rien ne manquait d’ailleurs à leur image folklorique. Les plus marquants furent donc Abraham Sibony, appelé l’oncle Braharn ou Rebbi Braharn qui résidait à Safi et l’autre, son beau-frère, mari de sa demi-sœur, Esther qui s’appelait Messod Azoulay, nommé par tous S'ido Azoulay ou S'ido le safio. L’auréole de ces deux personnages a dépassé le cercle de famille à cause de leur action sociale et de leur engagement dans leur communauté où ils étaient de très riches négociants. Tous deux avaient une origine mouvementée, selon les récits populaires récoltés. On prétendait qu’Abraham Sibony et son frère furent emprisonnés à la suite d’une erreur judiciaire et qu’Abraham en aurait profité pour apprendre à lire et à écrire la langue arabe, ce qui allait l’aider dans sa carrière commerciale et lui donner l’essor qu’elle connut. Quant à Messod Azoulay, même ses petits enfants ont toujours répété qu’il avait été simple savetier à Mramer, un village près de Safï, avant de se lancer dans le commerce et d’acquérir son énorme fortune. Personne en fait ne savait rien de précis au sujet de l’origine de leur fortune et j'imagine que pour épouser la sœur d’un riche commerçant, il fallait posséder d’autres qualités que celles d’un savetier. On finit par attribuer ce revirement de situation au père de Messod Azoulay que personne n’a jamais connu. Ces mêmes récits populaires prétendent que toute tige de blé qui poussait dans le Sud du Maroc passait par les mains de Rebbi Braham Sibony. Ou encore que Messod Azoulay, à l’époque des mariages, lui qui avait le monopole du sucre dans le Mellah de Marrakech, achetait, grâce à ses bénéfices, une nouvelle maison. Abraham Sibony aurait payé en sacs remplis de pièces d’argent une somme considérable pour faire renvoyer un représentant consulaire qui aurait publiquement giflé son fils. Selon les mêmes sources, Messod Azoulay aurait demandé à l’un de ses fils de divorcer en moins de 24 heures de sa femme qui avait refusé de rentrer à la maison et d’en fermer la porte sur l’injonction de son beau-père. Ce furent des extravagances coûteuses et spectaculaires dans les deux cas. Tous deux furent de grands patriarches et je crois tenir de bonne source que l’un aurait été agent commercial de l’autre et se serait enrichi en exploitant, à son profit, un capital par les marchandises qui étaient entreposées avant leur expédition sur Safi.
Extrait de journal de famille-Nessim Sibony-brit 35-Redacteur Asher -Knafo 2017 – page 8-9
Extrait de journal de famille-Nessim Sibony-brit 35-Redacteur Asher –Knafo-

Nous n’avons pas de portrait de Messod Azoulay, par contre nous en avons un de sa femme Esther. D’Abraham Sibony nous en avons deux, mais aucun de sa première femme, Esther qui était blonde aux yeux bleus. Contrairement à Messod Azoulay qui était grand et fort d’après maints témoignages, Abraham Sibony semble avoir été menu comme certains Juifs d’Europe et avait l’œil et le teint clairs. Seuls deux de ses enfants et une de ses petites filles ont eu des yeux bleus : Dona, Moïse et sa fille Coty. Il avait épousé en premières noces Esther, tante de sa mère qu’il aima toute sa vie. Il se remaria longtemps après, par suite d’absence d’enfant viable dans le couple, sans pour autant répudier sa première femme "Lala Esther" comme l’appelait la génération de mes parents. Ma tante qui l’avait connue, puisque c’était mon grand-père qui s’occupait de son foyer dans le cadre de ses fonctions commerciales chez son oncle Avraham, m’a répété et écrit qu’elle était blonde aux yeux bleus. Il s’est rendu à Jérusalem pour ramener une très jeune épouse du nom de Rika de la famille Aboulafia de Tibériade.
C’est avec Rika qu’il eut neuf enfants qui se sont distingués par leurs études effectuées pour la plupart à Gibraltar. Célèbres pour leur conduite de petits seigneurs, ils se lancèrent à leur tour dans le commerce. C’est par un curieux hasard que j’ai obtenu de Monsieur Abraham Knafo de Mogador un carnet sur lequel Moses Sibony s’était appliqué à rédiger en judéo-arabe son savoir astrologique, écrit en caractères hébraïques, son dictionnaire Espagnol et quelques anecdotes et notes commerciales, en plus de devinettes et de chansons espagnoles. On y retrouve aussi le trajet et les escales réalisés par les enfants, en route vers leur école à Gibraltar, en partant de Safi. Cet ouvrage a relancé la discussion sur la famille de "l’oncle Braham" et je me souviens que ma mère avait rappelé alors le retour de Meyer Sibony, fils d’Abraham quand il avait fini ses études à Gibraltar. Une caravane était partie à sa rencontre avec ses provisions, ses gardes et ses montures, dirigée par Abraham Sibony allant à la rencontre de son fils qui arrivait de Mogador par une autre caravane. Les deux caravanes campèrent ensemble avant de revenir à Safi où ils étaient attendus par tous les notables juifs. Meyer semble avoir été l’intellectuel de la famille. 11 avait épousé sa petite cousine Esther, fille d’Aharon qui était la cousine germaine de mon père, ce qui explique la relation particulière que mon père avait avec ce couple contrairement aux autres enfants de Rebbi Braham. 11 existait un seul piano dans la communauté juive de Safi et c’était celui de sa fille Féby, décédée en l’an 2000, à Casablanca, à l’âge de 95 ans. Elle était donc née en 1905. On possède d’elle deux photos remarquables qui me furent offertes par Françoise Sibony, sa nièce et petite fille de Meyer et Esther Sibony. J’ai eu le grand plaisir de connaître Féby et je fus marqué par sa beauté et son élégance.
Grand marchand et exportateur d’œufs à Marrakech, Meyer passait son temps à lire et à prendre des notes, (sa bibliothèque était inestimable) ce qui obligea mon grand-père maternel à lui donner un sérieux coup de main, quand il commença à travailler avec lui à Marrakech. Samuel Sibony son frère, appelé Baba, vint aussi s’installer à Marrakech où il pratiqua le commerce du thé en gros. Mon oncle Simon, frère de mon père, put ainsi réaliser chez lui une carrière enviable. Messody, fille d’Abraham, épousa Salomon Benzaquen de Gibraltar qui parlait anglais et avait le droit de porter des armes dont un revolver qui avait impressionné mon cousin germain Meir Zaoui. Ma tante et ma grand-mère paternelle furent leurs hôtes pendant une année à Safi, me confirma mon cousin.
Il semble bien que la fin de la Première Guerre Mondiale ait transformé toute la fortune de l’oncle Abraham en "petits morceaux de papier" comme les vieux informateurs ont appelé les actions que la famille détenait dans la bourse européenne. Pourtant la photo de mariage du plus jeune des enfants, à savoir Jacques, démontre que deux années après le début de la grande crise, toute la famille, photographiée à cette occasion, avait des vêtements européens de grand style. De patrons, ils étaient devenus dès 1920 directeurs de banques ou de sociétés commerciales installées à Casablanca, devenue la capitale économique sous le Protectorat Français. Jacques était resté à Safi, implanté dans le commerce de son père. Simon était dans l’hôtellerie, notamment à Meknès puis à Fez où il épousa Alice Elquarat, en premières noces, puis Marie Monsano après la mort de sa première femme. Salomon avait ouvert des restaurants à Montécarlo et Moïse avait une ferme à Mazagan. Quand j’étais petit, mon père m’avait pris avec lui, à Safi et nous avions été reçus par Esther Sibony, veuve de Meyer, dans la maison qui avait été celle de l’oncle Abraham à Abiyada, un des quartiers résidentiels de cette ville.
C’était un logement avec de vastes salles et un jardin intérieur décoré de mosaïques. Mon père avait tenu à me montrer le salon où tous les enfants de Rebbi Braham Sibony réalisaient une fois par an cette "fantasia" qui consistait à se déguiser en notables arabes avec le décor et la nourriture appropriée et surtout le cérémoniel qui durait une journée entière. Esther avait évoqué son séjour chez nous avec sa belle-mère Rika, et j’appris plus tard que ce fut une page mélodramatique : une romance entre Samuel et sa fiancée qui se termina par un joyeux mariage. Elles voulaient par la même occasion, lors de ce voyage, demander la main de la fille de Rabbi Habib pour Salomon.
Dans l’album de famille que nous avons réussi à confectionner grâce à tous les membres de la famille Sibony d’Israël et de France, nous sommes parvenus à rassembler deux photos d’Abraham Sibony, une d’un de ses fils Samuel, mort à Casablanca, celle de Meyer mort à Safi en 1945, et celle d’Elias ainsi que quelques photos de Jacques (1907-1990). Dans la photo de mariage de Jacques avec Assiba Merran, on retrouve Messody, fille d’Abraham qui s’était mariée à Salomon Benzaken et Rika Sibony, veuve d’Abraham.
De Yaacov, frère d’Abraham, décédé en 1906 nous n’avons aucune photo, ni de lui, ni de ses enfants. Par contre, nous en avons trois de ses petits- enfants, issus du mariage d’Aharon Sibony et de Dada Lévy, à savoir Nissim, Moshé et Esther, elle-même mariée à Meyer Sibony, fils d’Abraham avec leurs deux enfants, Léon et Féby. Des petits enfants de Yaacov, issus du mariage de Nissim Sibony, mon grand-père paternel avec Pnina Weizman, nous avons des photos de mon père, Elie Sibony et de mes tantes, Hana Ohana et Reine Zaoui. Rebbi Braham fut un homme légendaire, avec une auréole de patriarche. Il aurait vécu 98 ans, de 1821 à 1919. Il se remaria à 60 ans avec une jeune fille de la maison Aboulafiya qui n’était âgée que de 15 ans. Il aurait eu 9 enfants dont deux filles. Le fils aîné naquit en 1883 et le dernier en 1911 alors que son père était âgé de 90 ans.
Messod Azoulay est tout aussi célèbre qu’Abraham Sibony. Ils vécurent à la même époque et selon les légendes folkloriques des Juifs de Marrakech, c’était un bel homme de grande taille, et clair de peau. Il était renommé pour ses blagues, mais surtout pour son soutien envers les personnes qui connaissaient des revers de fortune, notamment les Juifs de Marrakech ou du Sud, emprisonnés pour des dettes ou à la suite de faux témoignages. Sa petite fille, Marie Bendavid m’a dit qu’il en avait les moyens.
Il avait organisé la vie de sa famille, autour de lui. Chaque enfant marié avait son appartement, et tous vivaient dans la même grande maison, avec du personnel pour la confection des repas et les soins pour les enfants. Chacun avait sa cuisine, mais les achats des produits alimentaires étaient centralisés et exécutés par les coursiers du patriarche, Messod Azoulay qui les déposaient au centre de la maison. Il recevait des plateaux de gâteaux et de thé dans son dépôt, et il passait son temps à blaguer avec les notables juifs, ses amis. Dans la série d’histoires recueillies, il semble qu’il exploitait la naïveté d’un homme charmant et érudit qui avait peu de sens pratique et qui s’en remettait toujours à lui pour le conseiller. Messod Azoulay et sa famille ont habité ensemble différentes maisons au Mellah de Marrakech.
Son siège commercial, occupé plus tard par son fils Simon qui y logeait au premier étage (voir photo de l’immeuble 70 ans après), un autre immeuble se trouvait à l’entrée de la rue des Ecoles à gauche et un troisième dans la rue Latana où il transforma un appartement de l’étage supérieur en synagogue : "Slat S^ido", en activité jusqu’à son incendie, l’immeuble ayant été occupé par des musulmans en 1970. Nous avons tous prié dans cette synagogue et nos places étaient situées face à la Bima, sous laquelle s’asseyait Rabbi Ezer Oizana qui portait toujours une livrée blanche. Il possédait des livres de prière rares, nacrés avec un fermoir doré. A côté de lui s’asseyait à l’occasion, Rabbi La^ziz Ellouk. J’ai reproduit notre synagogue dans mon tableau "L’ascension". A sa mort, le patriarche Messod Azoulay laissa à ses enfants une douzaine de magasins, des appartements, un moulin, deux fours, de l’or, de l’argent et de la marchandise.
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On parlait peu des femmes de la famille. La grand-mère Esther, la femme de Messod Azoulay, décida de finir sa vie à Jérusalem. C’est son gendre, Moshé Reboh qui l’hébergea. Elle revint après un court séjour, accompagné de son gendre, à cause de la situation politique. Son fils Simon l’accueillit à Marseille ; c’est là que fut prise la seule photo que nous avons d’elle. Elle retourna à Marrakech où une épidémie de typhus emportera son petit-fils Michel en 1927. Elle ne se consolera pas de sa mort et mourra 7 mois plus tard en 1928. Leurs enfants, pour la plupart, ont vécu sur leur héritage, en le dilapidant peu à peu, comme c’était souvent le cas à l’époque. Les craintes de pogromes n’avaient pas favorisé la situation, de même que la crise économique. Le seul qui survécut en sauvegardant sa fortune parmi leurs enfants fut Simon, décédé en 1937. Il s’était fait remarquer, très tôt, dans le commerce auprès de son père. Il apprit à lire et à écrire l’arabe classique, l’arabe dialectal et le français. Il devint d’ailleurs français, fit son service militaire en 1913 à Marseille et fut nommé agent commercial à Marrakech de la Maison Bensoussan de Marseille. A la mort de David Bensoussan, survenue à Marrakech, son soutien et son aide commerciale à cette famille lui valurent de devenir l’agent exclusif du Sud du Maroc au sein de l’association Lahlo- Bensoussan. Plus tard, à la mort du second patron, l’héritier, 3abd El Mal décida de se retirer soudainement de l’association. Les débiteurs semblaient n’attendre que cela pour déclarer la faillite et annuler leurs dettes. Cela aurait entraîné la faillite de Simon Azoulay qui, selon les récits de sa femme Rachel, passait ses nuits à faire les cents pas dans le patio de la maison, sise près de la fontaine. Elle lui avait remis tous ses bijoux pour lui éviter tout souci. Apparemment il semble avoir surmonté ce cap et continua son négoce jusqu’en 1937. A sa mort, son fils Maurice refusa l’héritage pour ne pas s’enliser dans les dettes de son père. Selon la rumeur, ce fut très sage.
Avec Rachel, Simon eut deux fils et une fille. Maurice, Michel, et Marie. Maurice vécut en "grand seigneur" et posséda l’une des premières voitures de Marrakech (voir photos de Bar Mitzva et de sa voiture). Michel qui secondait son père dans son commerce mourut en 1927, lors d’une épidémie de typhus. Il s’était photographié avec de nombreux membres de la famille ; nous ne disposons que de quelques photos de lui avec ses oncles et cousins.
Deux autres frères de ma grand-mère maternelle, Meyer et Victor-EIayim ne se sont refusés aucun plaisir, y compris des voyages au Nord du pays et des collections d’armes à feu. Elle avait aussi une sœur Haya-issa qui a regretté toute sa vie d’être née riche, car sa fortune ne lui aura apporté, selon l’avis de ses enfants aussi bien que du reste de la famille, que des déboires.
Un autre frère de ma grand-mère fut Rabbi Itzhaq. Il était très fort physiquement et très instruit. (Michel s’était photographié avec lui et l’un de ses enfants.). Ce qui était tout aussi légendaire, c’était son amour pour Jérusalem. Dès la mort de son père, il prit sa part d’héritage, et s’en alla avec sa famille vers le nord du pays. En Algérie, il se vit proposer, lors d’une escale, le rôle de patron religieux de la région, faisant office de Mohel, Shohet, Hazan et Rabbin. Ce sont ses enfants et petits-enfants qui réalisèrent son projet de s’installer à Jérusalem et c’est là que je les ai retrouvés. Il fut enterré à Guerdaya et sa tombe était honorée d’abord par les Juifs pour qui il était devenu un Saint et, après eux, par les Musulmans de la région.
Ma grand-mère Hanina était née dans l’opulence. Pendant son enfance, elle vivait comme une petite princesse adorée, car son père lui refusait peu de choses. Elle était forte, claire de peau et belle. Toutes les filles la jalousaient et beaucoup de familles voulaient se l’approprier pour leur fils. Elle ne quittait pas ses "grandes robes" et cherchait toutes les occasions de festivités et de célébrations, même à l’occasion de la naissance de petits chiots. Son père qui la voyait fière, impétueuse et autoritaire lui chercha un mari. Le mieux serait un Talmid dans une Yéshiva, un jeune homme calme et mesuré. Ce sera mon grand-père, David qui, de plus, était orphelin et s’en vint, chez son riche oncle, demander du travail. Ma grand-mère montait à cheval et prenait ses enfants en bas âge sur sa monture avec elle pour aller en pèlerinage dans le Sud du Maroc. Une valeur semble avoir dominé son existence, la survie de ses enfants. A l’annonce d’un pogrome à Marrakech, elle partit avec sa famille, en abandonnant derrière elle tous ses biens qu’elle confia à un voisin qui en tira profit. Ils restèrent à Safi le temps de la menace et lorsqu’ils revinrent à Marrakech, il fallut repartir à zéro. Je me souviens d’elle alors qu’elle amusait ses filles par ses propos et ses remarques. Mais elle savait aussi donner des ordres et critiquer ceux qui étaient nos maîtres. C’est en 1962 qu’elle a fini sa vie en Israël parmi ses enfants et petits-enfants et elle repose à Kiryat Gat près de son fils Albert. Elle avait été traumatisée par la mort de sa fille, notre tante et cousine germaine, dans le tremblement de terre d’Agadir. Elle ne s’est jamais consolée de cette douleur qui nous a tous terrassés.
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Extrait de journal de famille-Nessim Sibony-brit 35-Redacteur Asher –Knafo

Mon grand-père maternel, David, son mari était un homme sans histoire. Il réalisait tout en vue du paradis. Dieu était présent dans tous ses actes, sa pensée et ses propos. Il était pieux, droit et avait mis sa vie au service des autres. Il se consacra à l’éducation de sa femme et de ses enfants, tous élevés dans le respect rigoureux des lois. Avec la part d’héritage de sa femme il s’essaya dans le commerce du thé, mais il fit faillite et s’installa dans une ville refuge le temps de permettre à la famille de régler les créanciers. Puis il s’en revint dans sa famille pour travailler avec Simon Azoulay et plus tard avec Meyer Sibony et enfin comme courtier en vêtements de musulmans.
Le seul de ses fils qui habitait le Mellah était Messod. Il prit une chambre chez lui et se prépara à acheminer son âme vers le paradis par une vie ascétique. Tout le monde garde en mémoire sa rigueur en matière d’observance des règles et des prescriptions religieuses. Il veillait par exemple sur l’eau qui servait à la fabrication de la Matza Shmoura qu’il recueillait de nuit au moment où aucun animal domestique n’allait boire à la rivière ou pour le blé de la Matza dont le terrain était labouré par un cheval à double gibecière. Je me souviens de ses visites et de sa tendresse.
Quand il venait, il profitait de ces heures paisibles pour lire et méditer. Il s’asseyait et une petite servante s’asseyait à côté de lui. Elle avait une cuvette en cuivre et un broc pour verser de l’eau sur les mains de mon grand-père qui devaient être pures chaque fois qu’elles touchaient le livre saint qui servait à ses méditations. S’il lui arrivait de mettre la main sur la tête ou de toucher quelque autre objet, il se lavait les mains. Quand il célébrait les fêtes juives, il était soucieux de chaque petit détail. C’est ainsi que pour Tou Bishvat, une fois, il passa toute la matinée à la recherche de citrons doux tandis que nous l’attendions. Il revint très tard avec ce fruit recherché. Ce fut notre dernière fête ensemble. Mon père qui l’avait rencontré, errant au hasard lui demanda : "Père David, où vas-tu?" -"Je vais au paradis", répondit-il. Quelques jours plus tard, il eut une hémorragie cérébrale et il resta dans son lit installé, au milieu du salon de l’appartement de son fils Messod, dit Lahbib.
Il agonisait là avec un souci majeur : la pureté de son corps. Tous étaient venus se faire bénir, les chefs de famille et leurs enfants. Tous étaient venus se faire pardonner. Enfin, les enfants avaient osé lever les yeux pour le regarder et voir à qui il ressemblait, car personne n’avait osé lever le regard plus haut que la main qu’il tendait et qu’on embrassait. Même les Musulmans qui le rencontraient le considéraient comme un être rare. Il mourut le jour de Pourim et des milliers de Juifs renoncèrent aux joies de la fête pour assister à ses funérailles. Après de multiples sermons où les rabbins célébrèrent sa droiture, il fut conduit au cimetière, à l’angle des deux remparts où il repose sous une stèle de marbre gris, en provenance d’Italie. Tous ses enfants voulaient se réserver une place près de lui, mais il leur avait octroyé une place en Israël et c’est là qu’ils vécurent et moururent à l’exception de Simon, enterré à Marrakech.
Il va de soi qu’il n’a jamais accepté de se faire photographier. Mon grand-père maternel, David avait pour mère Dada Abécassis, fille du Rabbi Hayim Abécassis et pour père Salomon Sibony, frère d’Esther et Pnina Sibony, demi- frère et demi-sœur d’Abraham Sibony. Sa famille habitait Casablanca.
De la famille de mon grand-père maternel, deux personnes ont été citées par mes aînés : son frère Joseph, amateur d’oiseaux qui élevait des oiseaux en chambre et tachait de domestiquer les espèces sauvages qui mourraient en cage. Il étudiait leurs mœurs. Son autre frère dont le nom ne fut jamais cité par superstition, fut assassiné, sous les yeux de sa famille, par application de la loi du talion, lors d’un accident qui fut fatal à un vieux cavalier arabe. Il portait une tenue bleu roi, couleur qui devint tabou dans la famille de ma mère.
Mon grand-père paternel, Nessim Sibony, (1858-1903) fils de Yaacov Sibony et Donna Dellac est mort subitement, à l’âge de 45 ans, à la suite d’un refroidissement, laissant ses enfants en bas âge. Mon père avait moins de 10 ans, ma tante Reine en avait 3 et le grand frère Simon n’en avait que 16. C’était une grande désolation dans la famille. Je sais qu’il avait travaillé pour l’oncle Abraham Sibony et qu’il le secondait aussi dans ses devoirs familiaux et sociaux.
Extrait de journal de famille-Nessim Sibony-brit 35-Redacteur Asher –Knafo