Les gras fig dans l'his juifs Maroc

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Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

 

Cet ouvrage est publie en homage a la memoire de David Amar

Grand leader de la communaute juive marocaine

LES PERSONNALITES JUIVES MARQUAדוד עמר- מנהיד הקהילה היהודיתNTES, ORIGINAIRES DU MAROC

DU DEBUT DE LEUR ETABLISSEMENT JUSQU'A NOS JOURS

Le caractère d'une communauté juive prend sa forme à la lumière de sa direction religieuse et communautaire, face aux puissances qui la dominent et à la société qui l'entoure.

Le Maroc où, pendant plus d'un millénaire, vécut la plus grande communauté juive de tout les pays islamiques, a vu naître des générations de géants spirituels, grands maîtres de Torah, de Parasha, de chant religieux et de poésie, de Halakha et de Kabbale.

 Toutes les communautés ont engendré de grandes dynasties rabbiniques, responsables de la traduction et de l'enseignement de nos lois, et dont les précurseurs sont encore aujourd'hui les référents spirituels du monde juif, sans distinction de communauté d'origine.

 La communauté marocaine a été conduite à toutes ses époques, antique et moderne, par des dirigeants, très estimés des cours impériales et des institutions colonialistes, qui dévouèrent leurs personnes et investirent leurs influences au bénéfice du peuple juifs, à l'intérieur et en dehors de leur communauté géographique.

 Au long de leur histoire, les Juifs du Maroc ont vu naître en outre des personnages romanesques dont les légendes embellissent le folklore communautaire.

L'exposition intitulée "Les personnalités marquantes de l'histoire des Juifs originaires du Maroc, de leur installation à nos jours" a pour but de faire connaître au public un nombre important de ces caractères si significatifs, spirituellement et historiquement, à travers une galerie de portraits d'hommes et de femmes qui participèrent activement aux fondements de cette grande communauté

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

דוד עמר- מנהיד הקהילה היהודית 

DAVID AMAR

GRAND LEADER DE LA COMMUNAUTE JUIVE MAROCAINE

David Amar, dont l'histoire est celle d'une ascension sociale exemplaire, est né à Settat, petite ville au sud de Casablanca où son grand-père était le cheikh dela Communauté. Legrand tournant de sa vie se situe en 1956, date du recouvrement par le Maroc de son indépendance nationale et de la fin des protectorats français et espagnol.

A ce moment crucial de l'Histoire, oùla Communautés'interrogeait avec inquiétude sur son avenir, David Amar fut l'un de ses rares dirigeants à manifester de la sympathie pour les idées nationalistes et à établir des liens d'amitié avec les responsables du parti de l'Istiqlal qui allait bientôt dominer la vie politique du Maroc indépendant.

Réuni à Rabat à la fin de l'année 1956, le Conseil des Communautés Israélites du Maroc l'élisait à l'unanimité comme son Secrétaire Général. David Amar releva ce défi avec courage et diplomatie et, en dépit des difficultés et des divergences internes, encouragea ses coreligionnaires à faire avec lui le pari du nouveau Maroc, tout en préservant l'identité et les institutions juives de la menace ultra nationaliste.

 Quand se dissipèrent les illusions du bref âge d'or qui avait suivi l'indépendance, il défendit publiquement et avec courage, à la tête du journal «La Voixdes Communautés», l'honneur et les intérêts dela Communautéjuive contre les attaques antisémites de certains dirigeants de l'Istiqlal et contre la campagne de conversion à l'Islam.

Il apporta discrètement son soutien à l'alya clandestine et joua un rôle prépondérant dans l'établissement de l'accord qui, après le naufrage du «Pisces», permit en 1961 de trouver une solution au problème de la liberté d'émigration.

Cette question empoisonnait l'atmosphère politique depuis le début de l'indépendance. A l'heure des retrouvailles, le Maroc renoua des liens étroits avec sa Communauté juive locale et sa diaspora à travers le monde, lui demandant d'appuyer son combat pour le Sahara marocain.

 David Amar retrouva alors sa position de leader, après une période d'éclipsé qui l'avait contraint à quitter le Maroc et à parcourir le monde pour défendre les thèses marocaines avant de réintégrerla Communautédans le concert juif international.

Il participa en 1978, avec le mouvement Identité et Dialogue, à l'organisation du premier colloque international sur l'histoire et le patrimoine du Judaïsme marocain. Cette manifestation fut pour le monde entier un exemple remarquable de collaboration judéo musulmane fructueuse.

Le Congrès des Communautés juives du Maroc qu'il organise à Rabat, en 1984, fut l'occasion de lever pour la première fois le boycott de l'Etat d'Israël, en y conviant les élus israéliens d'origine marocaine et les rédacteurs des grands journaux israéliens.

Le Gouvernement Marocain au grand complet assista au dîner de clôture de ce congrès historique. David Amar, avec l'accord du roi Hassan II et du Premier Ministre Israélien Shimon Pérès, s'attela ensuite à l'organisation des Juifs du Maroc à travers le monde, et initia, en 1986 à Montréal, le Rassemblement Mondial du Judaïsme Marocain.

 Le double objectif de ce rassemblement international était, d'une part, la défense et la diffusion du patrimoine culturel et, d'autre part, le soutien aux efforts de paix du Roi Hassan II au Moyen Orient. Les circonstances ne devaient hélas pas permettre la concrétisation de ce projet ambitieux.

Sa biographie sommaire vient de paraître. Elle est signée Victor Malka et s'intitule «David Amar ou la Passiond'agir»

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

 

PREMIER AGE D'OR DE FES

Il n'existe pratiquement aucun témoignage de la vie religieuse et culturelle des communautés juives marocaines avant la conquête arabe, puisqu'elles étaient condamnées a végéter dans un isolement extrême.

 L'inclusion du Maroc dans un vaste empire globant la majorité du peuple juif rendit vie à ces communautés et les rapprocha des pricipaux centres religieux sionistes, à Babylone et surtout à Kaïrouan, la première ville fondée par l'Islam au Maghreb qui était rapidement devenue un centre d'études talmudiques florissant.

 

L'adoption enthousiaste de l'Arabe comme langue de culture («L'Arabe est aux langues ce que le printemps est aux saisons» devait écrire le grand maître de Babylone Saadia Gaon) et le déclin de l'Araméen favorisèrent, dans les conditions d'origine de la ville Fès, une remarquable renaissance de la langue hébraïque post-biblique.

 

Des sa fondation, au début du 9ème siècle, comme première capitale du royaume par le souverain éclairé Idriss II, Fès devait attirer une population juive nombreuse et de qualité, venue de toutes les régions du Maroc, mais aussi de Tunisie, d'Algérie, d'Andalousie, d'Egypte et également de Babylonie et de Perse.

 

C'est dans cette nouvelle capitale que se renouvela progressivement le mouvement spirituel initié par les centres talmudiques de Kaïrouan et les grandes Yéchivot de Babylonie, et ce bien après leur declin.

 

Sous l'influence de la langue arabe sœur, Fès devint le berceau de la linguistique et de la grammaire hébraïque. Le plus grand linguiste de l'époque, rabbi Yéhouda Ben Korich, des son installation à Fès, fit reproche à la communauté de l'abandon de la lecture de la traduction dela Bibleen Araméen dans les synagogues, sous prétexte que tous les fideles comprenaient la langue sacrée, et institua la nécessité de la connaissance comparée Araméen et de l'Arabe pour l'étude de l'Hébreu.

 

Le fondateur de la grammaire hébraïque Dounash Ben Labrat qui est né à Bagdad mais a vecu à Fès y a élaboré et transmis la majeure partie de son oeuvre avant de quitter le Maroc pour la ville de Cordoue en Andalousie.

 

Du livre de grammaire de rabbi Yéhouda Hayoug El Fassi, «Shorshé Hayoug», les Racines de Hayoug, les grands maîtres de Babylone ont dit «Nous n'avons rien reçu meilleur du Maghreb que ce livre, nous nageons tous dans la mer de son savoir».

C'est à la seconde génération que L'Age d'Or de Fès atteignit son apogée avec l'arrivée dans la ville de rabbi Itshak Bar Yaacob El Fassi, né à Kalaat Ahmed, ville située aujourd'hui en Algérie.

 Ce chef spirituel dirigea à Fès pendant des décennies une grande yeshiva de réputation universelle. Avec son livre «Sefer Halakhot, il réalisa la première compilation de toutes les règles dela Halakhadepuis l'écriture du Talmud, d'où le  surnom qui allait désormais être donné à ce livre de «Petit Talmud».

 Le «Sefer Halakhot» est depuis devenu le livre de base de toutes les yéchivot et le guide universel en matière de Halakha duquel Maïmonide lui-même s'est inspiré pour réaliser sa propre compilation.

Conraint par les circonstances politiques à s'exiler du Maroc, rabbi Itshak Bar Yaacob El Fassi s'installa à l'âge de 75 ans en Espagne, à Lucène où il fonda une nouvelle yeshiva. Lucène devint alors le centre d'études talmudiques par excellence de la tradition de sefarade :la Jérusalemd'Espagne.

Les persécutions qui s'abattirent sur les communautés juives marocaines sous la dynastie intolérante des Almohades mirent fin à ce premier Age d'Or. Le flambeau de tradition, transmis de Babylone à Kaïrouan et de Kaïrouan à Fès, émigra vers l'Espagne

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

«L'AIGLE DE LA SYNAGOGUE» MAIMONIDE A FES

Le fléau Almohade effaça presque toute présence juive des territoires qui furent sous sa domination au Maghreb et en Andalousie. Dès que la nouvelle dynastie berbère surgie du sud marocain eût assis son pouvoir en s’emparant de Fès, elle ne laissa d'autre alternative aux dhimmis que le glaive ou la conversion.

Tous les grands centres de culture juive de Marrakech à Tlemcen en passant par Sijilmassa, Fès et Mekhnès, furent détruits. Ainsi le grand poète espagnol rabbi Abraham Ibn Ezra les pleure-t-il dans sa célèbre élégie.

 Les persécutions ne devaient pas épargner les communautés d'Andalousie, et contraignirent à l'exil un grand nombre de foyers juifs, dont la famille Maïmon de Cordoue.

Soit que la situation s'y soit stabilisée après la première vague de persécutions, soit, comme le pensent quelques historiens, que cette famille y ait vécu comme convertie de façade à l'Islam, c'est paradoxalement à Fès, la capitale de la dynastie Almohade et pourtant encore considérée comme un grand centre d'études spirituelles, que trouva refuge avec ses deux enfants rabbi Mimoun, prospère négociant en pierres précieuses.

 Il s'y installa, soucieux, dans la grande tradition séfarade, de parfaire la formation scientifique et talmudique de son fils cadet, rabbi Moshé.

Rabbi Mimoun prit courageusement, dans sa «lettre de consolation», la défense des milliers de ses frères, qui, pour sauver leur vie, s'étaient convertis de façade mais continuaient dans le secret à pratiquer la religion de leurs pères, s'élevant contre les déclarations de nombre de rabbins qui niaient désormais leur appartenance au peuple juif et perdaient ainsi par leur péché à la fois ce monde et le monde à venir.

 Dans leur désespoir, nombre d'anoussim, se disaient que, puisqu'ils n'étaient plus considérés comme Juifs par leurs frères, il n'y avait plus de raison de pratiquer en secret les commandements.

Quatre ans plus tard, en 1164, le fils de rabbi Mimoun, rabbi Moshé développait cette même thèse dans sa célèbre Igueretla Anoussim, Message aux convertis de force, répétant que la conversion de façade était préférable à la mort, car elle n’empêchait pas la sanctification du nom de Dieu.

 En effet, l'Islam n'étant pas une religion idolâtre et n'exigeant rien de plus qu'un engagement verbal, sans adoration d'idoles comme le christianisme, la conversion n'était donc pas une profanation du nom de l'Eternel.

 Il était enfin possible de pratiquer parallèlement dans le secret les commandements jusqu'à ce que se présente la possibilité de quitter le pays d'intolérance pour un pays où la pratique ouverte de la religion juive serait permise, agissant ainsi sans attendre passivement l'arrivée du Messie.

 C'est ce que fit, effectivement, la famille Maïmon l'année suivante en fuyant Fès, où le nouveau Sultan avait renouvelé les édits contre les Juifs, pour l'Orient musulman plus tolérant.

Après un bref séjour à Tibériade, où il devait selon la tradition être enterré après sa mort, Maïmonide s'installa à Fostat, l'ancienne capitale de l'Egypte près du Caire, comme Médecin dela Cour.

Ses ouvrages de philosophie, comme «Le Guide des Egarés», et de compilation de Halakha, comme Michné Torah lui ont valu, chez les Chrétiens le titre de "l'Aigle dela Synagogue", et en Israël, la formule: de Moche Rabenou à Rabénou Moche Ben Maïmon, il n'y a pas eu comme Moche.

Le souvenir du séjour à Fès de Maïmonide, d'une durée de presque six années, est resté très vivace chez les élites; une des maisons dela Médinaavec ses 13 horloges y est connue jusqu'à ce jour pour avoir hébergé sa famille. Le 800ème anniversaire de sa naissance, en 1935, fut commémoré à Fès par un colloque scientifique avec la participation de chercheurs chrétiens et musulmans, et celle toute particulière de l'un des rares rabbins marocains contemporains pénétrés d'esprit historique, rabbi Yossef Benaïm, que nous retrouverons par la suite et qui regrettait l'ignorance du peuple juif marocain des gloires de son passé.

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

LA KAHINA

reine des bèrbères

L'ancienneté de l'installation des Juifs sur les terres du Maroc ne fait aucun doute, même si l'Histoire n'en a conservé que peu de traces et bien que les hypothèses soient souvent plus fréquentes que les certitudes sur ce sujet.

 De nombreuses légendes et plusieurs mythologies récurentes, auxquelles s'ajoutent de troublants témoignages, attestent de l'antiquité des relations entre la terre de Canaan et l'Afrique.

Le Talmud y fait pareillement allusion à plusieurs reprises, évoquant notamment le fait qu'une partie des Dix Tribus aurait trouvé refuge sur le continent africain et que les Berbères ne seraient autres que les Cananéens en fuite lors de la conquête dela Terre Promisepar Josué. 

Les premiers Hébreux seraient arrivés sur les côtes marocaines à l'époque du Roi Salomon, mais ce n'est qu'après la destruction du Second Temple que l'on retrouve les traces archéologiques de l'existence de communautés organisées, tel le tombeau découvert dans les ruines de la ville de Volubilis, entre Mekhnès et Fès. 

 Sous la domination romaine, ils vécurent en paix et en liberté avec leurs voisins berbères. Mais leur succès et leur zèle commencèrent à inquiéter les autorités à l'époque où, sous l'Empereur Constantin, Rome adopta le Christianisme comme religion d'Etat. 

 Des mesures discriminatoires leur furent alors imposées avec plus de sévérité que dans le reste de l’empire, mesures auxquelles devait mettre fin la conquête des Vandales en 430. 

Après la reconquête de l'Afrique du Nord par l’empire byzantin, l'Empereur Justinien (527-567) déclara le Judaïsme hors-la-loi, ferma les synagogues et condamna les conversions. Ces mesures finirent heureusement par tomber dans l'oubli du fait de la dispersion géographique des centres administratifs. 

Aussi, lors de la première invasion musulmane, un grand nombre de tribus berbères avaient adopté certaines traditions juives et s'étaient plus ou moins converties au Judaïsme, comme le confirme le grand historien tunisien des Berbères, Ibn Khaldoun. 

 C'estla Reinede la plus importante de ces confréries berbères, celle des Zénata, la légendaire Kahina, qui devait le plus s'illustrer dans sa résistance à l'invasion arabe. Après le premier succès de leur chevauchée fantastique jusqu'à l'Atlantique en 670, les forces militaires arabes avaient été mises en déroute par une armée de coalition conduite par le Prince chrétien Koceila. 

Revenus de cette défaite, les musulmans écrasèrent les confréries berbères et en tuèrent le chef, en 688. Pour venger la mort de son allié chrétien,la Kahinasortit de son repaire situé dans les montagnes des Aurès pour poursuivre les armées arabes et les combattre jusqu'en Cyrénaïque. 

Ainsi les Berbères retrouvèrent-ils un temps leur liberté.

Mais les musulmans, forts du soutien militaire de l'Egypte, repartirent à l'assaut et infligèrent, dix ans plus tard, une défaite définitive aux tribus berbères. A la veille du dernier combat où elle devait trouver la mort, au lieu dit Bir el Kahina situé dans l'Algérie d'aujourd'hui, la reine conseillait à ses propres fils et à ses fidèles d'adopter la religion des nouveaux conquérants. 

 Des Berbères, convertis en masse à l'Islam qui les accueillit à bras ouverts pour les mener plus tard à la conquête de l'Espagne, ne devaient donc subsister que les communautés juives ancestrales profondément enracinées dans la tradition.

 Les anciens convertis et les judaïsants adoptèrent la nouvelle religion qui dut leur paraître peu différente de celle qu'ils abandonnaient mais qui leur promettait l'égalité avec leurs nouveaux maîtres, tandis que les Juifs n'étaient plus que des réfugiés, des dhimmis, tolérés, ayant droit de cité, mais avec un statut inférieur

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

LA FAMILLE PEREZ

LA GREFFE DESEXPULSES D'ESPAGNE ET DU PORTUGAL

En achevantla Reconquista, la reconquête dela Péninsule Ibériqueavec la prise du dernier royaume arabe de Grenade en 1492, les Rois Très Catholiques Ferdinand et Isabelle, sous l'influence de l'Eglise, décidèrent de parachever la «purification» de leur royaume en en expulsant les Juifs auxquels un court délai fut accordé pour choisir entre l'exil et la conversion. Cinq ans plus tard, en épousant leur fille, le roi du Portugal décréta à son tour un édit d'expulsion, bien qu'il mit tout en oeuvre dans la pratique pour empêcher le départ des Juifs.

Deux empires musulmans ouvrirent largement leurs portes aux expulsés, le lointain Empire Ottoman en pleine expansion et le proche Empire Chérifien déchiré par des guerres intérieures. Malgré les conditions meilleures réservées aux nouveaux arrivants en Orient, la plupart des expulsés préférèrent trouver refuge au Maroc en raison de sa double proximité, géographique et culturelle.

Si une minorité d'entre eux s'installa dans les villes portuaires tenues par les Portugais, comme Safi et Mazagan, la grande majorité des exilés se dirigea vers Fès et ce malgré les énormes difficultés d'intégration. Ces mêmes difficultés poussèrent d'ailleurs un grand nombre de juifs à continuer vers l'Orient ou l'Europe, voire à revenir versla Péninsule Ibérique.Au bout d'une décennie, la situation des familles installées à Fès commença de s'améliorer.

La rencontre à Fès entre les expulsés, les Mégourachim, et les indigènes, les Tochavim, fut au départ conflictuelle, les anciens reprochant aux nouveaux de vouloir imposer leurs coutumes plutôt que de s'adapter.

 Ce conflit se focalisa de manière symbolique autour de l'une des règles de l'abattage rituel, la néfiha (insufflation des poumons). Interdite dans la tradition des indigènes qui n'avaient aucune difficulté à écouler auprès des musulmans les bêtes déclarées impures selonla Halakha, cette règle plus permissive avait été adoptée en Espagne où l'Eglise interdisait la consommation par les Chrétiens des bêtes abattues non cachères.

La controverse religieuse tourna en confrontation entre les deux communautés et engendra violences, excommunications, dénonciations et appels aux autorités. Le chef des Tochabim, rabbi Haïm Gaguine, qui mena en leur nom le combat pendant des années, finit par baisser les bras et reconnut la supériorité de la tradition séfarade qui allait s'imposer désormais dans presque tout le Maroc.

Une famille devait pourtant échapper à cette confrontation. Les Perez, en quittant l'Espagne, avaient acheté aux souverains marocains un territoire dans la région du Dadès au sud du Maroc, où ils vécurent de manière totalement autonome jusqu'au règne de Moulay Ismaël au 17ème siècle, comme le rapporte l'un de leurs descendants, rabbi Yéhouda, dont le livre Pérah Halévanon fit sensation lors de sa publication à Berlin en 1712.

Dans le reste du pays, le pouvoir matériel et spirituel passa entre les mains des descendants des Mégourachim, avant que ne prenne la greffe des expulsés et que ne s'effacent progressivement les différences entre les deux communautés. Ces différences resurgirent toutefois au 19ème siècle, du fait de la modernisation accélérée des communautés de Tanger et de Tétouan, géographiquement plus proches de l'Europe. Ces communautés affublèrent leurs compatriotes du sud du péjoratif de forasteros (les étrangers), parce qu'ils ne parlaient pas l'espagnol. Les progrès de l'éducation dans les écoles de l'Alliance firent disparaître au 20ème siècle cette dernière discrimination.

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

 

LES LIONCEAUX DU ARI

L'ALYA DES KABBALISTES A SAFED

Au 13ème siècle, sous l'influence du Judaïsme espagnol,la Kabbala.la science juive du mystère, devait trouver au Maroc une terre d'élection. L'amour et la ferveur pour cette nouvelle école de la pensée juive furent tels que la légende populaire y situe l'événement majeur de son développement la découverte de ce qui devait devenir l'ouvrage de base de l'étude dela Kabbala, le livre du Zohar, le «Livre dela Splendeur», commentaire mystique en Araméen dela Torah, attribué au plus grand des Tanaïm du second siècle, rabbi Shimon Bar Yohaï.

C'est en se cachant des Romains dans une grotte de Galilée pendant trente-cinq ans, éloigné des contingences de ce monde, qu'il aurait rédigé ce livre qui ne devait être révélé au monde pour la première fois qu'au 13ème siècle, en Espagne, par le grand kabbaliste, rabbi Moshé de Léon.

 Ce dernier affirma que le livre avait été trouvé par hasard dans un puits dans un pays d'Orient, alors que tous les chercheurs sont d'avis qu'il en est en fait l'auteur. La légende marocaine rapportée par rabbi Abraham Azoulay que nous retrouverons par la suite, raconte que, lors d'un pèlerinage en Terre Sainte, un rabbin de la région du Todgha tomba sur les feuilles du manuscrit avec lesquelles des marchands musulmans empaquetaient des épices.

 Il rassembla tous ces feuillets et les ramena au Maroc. Le profond désarroi provoqué par l'expulsion d'Espagne, la plus grande catastrophe depuis la destruction du Temple, interpella au premier chef les kabbalistes appelés à sonder les mystères de l'apocalypse et de l'arrivée des temps messianiques.

 En quittant l'Espagne, un grand nombre d'entre eux choisirent dans cette perspective de se rendre en Eretz Israël, où il fondèrent à Safed, en Galilée, un nouveau centre qui allait devenir, pour des siècles, le Centre dela Kabbalepar excellence.

La réputation de ce nouveau Centre attira des kabbalistes de toute la diaspora séfarade et également du Maroc dont les plus célèbres furent rabbi Messod Azoulay de Fès, rabbi Slimane Ohana de Mekhnès et rabbi Yossef Teboul du Draa. Ces trois érudits devinrent entre autres les disciples du maître qui, durant sa brève vie, révolutionna totalementla Kabbale, rabbi Itshak Louria (1534־ 1572).

 «Le Lion de Safed», dit Haari miTsfat, fut le fondateur dela Kabbaledite «pratique», et ses disciples furent nommés Gouré Haari, «Les lionceaux». D'une science ésotérique purement intellectuelle sondant les mystères dela Créationet dela Divinité, rabbi Itshak Louria transformala Kabbaleen un instrument destiné au Tikoun, la correction et la rédemption du monde.

Le fondement de sa pensée était que pour créer l'univers, Dieu s'en était retiré en se rétrécissant par le Tsimtsoum, mais qu'il en était resté des étincelles de lumière. Le rôle de l'homme pieux devait donc être, par le respect des commandements, les jeûnes, les bains purificateurs, les méditations et les exercices spirituels, celui de tendre à reconstituer cette lumière, reconstitution qui signifierait la fin de l'exil de Dieu, identifié à l'exil d'Israël.

De son vivant, le Ari n'a rien écrit, mais seulement transmis oralement sa science à ses disciples. A sa mort, son élève principal, rabbi Hayim Vital, se déclara son unique successeur et seul habilité à rédiger et à diffuser son enseignement. Dans son livre Etz haHaïm, «L'Arbre de Vie», rabbi Hayim Vital rendit hommage à rabbi Slimane Ohana pour sa contribution à restituer la pensée du Maître.

Rabbi Yossef Teboul, quant à lui, refusa de se soumettre au diktat de l'auteur de Etz haHaïm et publia lui-même un livre reproduisant les pensées du Ari, intitulé Heftsi Bah. C'est sans doute à cause de ce conflit avec rabbi Hayim Vital qu'il fut contraint de quitter Safed pour rejoindre son fils, riche négociant au Caire.

 Suite à l'assassinat de ce fils, rabbi Yossef Teboul entreprit de revenir vers sa terre natale, mais il mourut en chemin, en Tunisie où son tombeau à El Hama, près de Sfax, est devenu un lieu de pèlerinage populaire aussi connu que la sépulture de rabbi Yossef le Maghrébin.

 Ce n'est que vers 1930 que des chercheurs découvrirent son identité. La production littéraire kabbalistique marocaine n'a cessé depuis de fleurir, se distinguant par ses dimensions et sa variété. La grande originalité de cette école est que, contrairement au Judaïsme ashkénaze, on n'y trouva jamais de conflit entre mysticisme et rationalisme, et que les mêmes rabbins y ont excellé dans les deux domaines

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

SAMUEL PALACHI

LES JUIFS DE COUR

Aux prises avec des troubles intérieurs et avec les agressions de l'Espagne et du Portugal, depuis la chute du dernier royaume arabe dela Péninsule Ibériqueà la fin du 15ème siècle, le Maroc s'était progressivement replié sur lui-même. En 1578, la tentative d'invasion portugaise soldée par la débâcle de la bataille dite des Trois Rois, où trouvèrent la mort le roi du Portugal et les deux prétendants au trône marocain, remit le Maroc sur la scène politique. Les puissances européennes commencèrent de se disputer l'amitié de cette nation capable de battre l'une des plus grandes armées modernes. La communauté juive marocaine, quant à elle, avait institué un Petit Pourim, le Pourim de los Christianos, pour célébrer le miracle de cette délivrance des mains des ennemis portugais qui avaient expulsé leurs ancêtres et rêvaient de convertir leurs descendants.

Profitant de l'intérêt des puissances européennes, le nouveau roi Ahmed El Mansour chargea l'un des descendants des expulsés d'Espagne établi à Tétouan, Samuel Pallaci, ou de Palacio, de négocier un traité de paix avec l'Espagne. Cette première tentative se solda, hélas, par un échec. Le successeur de Ahmed El Mansour, Moulay Zidan, incita Pallaci à reprendre les négociations, mais cette fois avec les Pays-Bas qui venaient d'arracher leur indépendance à l'Espagne.

Ayant réussi à signer le premier traité de paix avec une nation chrétienne, Samuel Pallaci fut nommé premier ambassadeur du Maroc en Hollande en 1610. Cette date est historique dans les relations internationales mondiales, puisque c'était la première fois qu'un pays chrétien s'alliait avec une puissance musulmane contre un autre pays chrétien. Le statut de Samuel Pallaci comme représentant d'une grande puissance fit une énorme impression. Le grand écrivain juif hollandais de l'époque, Ménaché Ben Israël, le cite dans son livre comme l'un des précurseurs de «La Renaissanced'Israël».

La diplomatie rimant à l'époque avec le négoce, Samuel reçut du Sultan, pour lui et sa famille, le monopole des fructueuses relations commerciales avecla Hollande. Ilen importa principalement des fusils et des canons, et y exporta du salpêtre et de la cire. Son amitié avec le Prince Maurice de Nassau lui valut le titre de baron et ses relations lui permirent de favoriser l'installation à Amsterdam de nombreuses familles juives. Elles y construisiren tla Grande SynagoguePortugaise qui existe encore de nos jours.

Avec l'autorisation du Sultan, Samuel Pallaci participa à l'abordage et au pillage des navires espagnols qui revenaient chargés d'or des Amériques. Les Espagnols voulurent se venger de lui. Ils profitèrent du fait que son navire avait trouvé refuge dans un port anglais, lors d'une tempête au cours de l'hiver 1614, pour obtenir son emprisonnement et sa traduction en justice en tant que pirate et que renégat.

Grâce au double appui de l'Empereur du Maroc et de l'Assemblée des Etats Néerlandais, il fut libéré sans procès et retrouva son poste d'ambassadeur. Il mourut deux ans plus tard et fut enterré àla Hayeen présence des plus hautes autorités hollandaises dont le Prince Maurice de Nassau. Ses deux fils suivirent après son exemple la voie diplomatique. Yossef retourna à Salé pour y représenter les intérêts hollandais et Yaacob Carlos devint ambassadeur du Maroc au Danemark.

Le frère de Samuel Pallaci, Yossef Pallaci, lui succéda comme ambassadeur en Hollande et resta à ce poste jusqu'à sa mort en 1638, malgré plusieurs péripéties sous trois sultans successifs.

La famille Pallaci tomba ensuite dans l'oubli correspondant à celui de la dynastie des Saadiens, les derniers Pellas, comme on les appelle encore de nos jours.

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

RABBI ABRAHAM AZOULAY

LE DIVIN KABBALISTE

Rabbi Abraham Azoulay fut sans conteste le rabbin marocain le plus connu du monde juif de son époque. Par sa vie et son œuvre, il symbolise l'achèvement de la greffe espagnole au sein du Judaïsme marocain. Les études dela Kabbale, bien que réservées à une élite respectée, avaient largement imprégné la vie religieuse de la communauté et s'étaient peu à peu intégrées à la formation intellectuelle des guides spirituels, comme finalisation du cursus de formation des rabbins après le Talmud etla Halakha.

C'est dans cet esprit, initié par les Mégourachim qui mêlaient la mystique à la philosophie et aux sciences dites «extérieures», comme les mathématiques et l'astronomie, que fut éduqué rabbi Abraham par son père, rabbi Messod, dans sa ville natale de Fès. Il étudia d'abordla Kabbaleclassique et intellectuelle des écrits de rabbi Moshé Cordovéro de Safed, et chercha par elle à percer le mystère dela Création, dela Divinitéet du destin de l'homme sur la terre.

 

La grande curiosité intellectuelle de rabbi Abraham Azoulay et sa ferveur mystique le poussèrent, en 1612, à partir pourla Terre Sainteafin d'approfondir ses connaissances dans la nouvelle Kabbale pratiquée à l'école du Ari de Safed. Sa traversée fut particulièrement mouvementée. Lorsque le navire fit escale dans un port turc, pendant qu'il était descendu à terre, une terrible tempête fit couler en quelques minutes l’embarcation avec les voyageurs qui étaient restés à bord.

 Pour commémorer ce miracle survenu sur sa route versla Terre Sainte, il adopta désormais une signature en forme de bateau. Le Centre de Kabbale de Safed refusa son admission et il décida de s'installer à Hébron, près des tombeaux des Patriarches. Lorsqu'une épidémie de peste frappa la ville, il trouva pour quelques mois refuge à Gaza, où il continua son œuvre littéraire. Bien que ses livres ne fussent imprimés qu'après sa mort, ils lui valurent une gloire universelle. Parmi les plus connus de ces ouvrages sont à citer Hessed Lé Abraham, Baalé Brit Abram, et Kiriat Arba.

 La grande contribution de rabbi Abraham Azoulay a été celle de faire la synthèse entrela Kabbalespirituelle amendée par rabbi Moshé Cordovéro etla Kabbalepratique de rabbi Itshak Louria, invitant ainsi l'homme à participer avec Dieu à la perfection dela Créationet à hâter l'arrivée du Messie, par le respect des commandements, les méditations, les jeûnes, les bains purificateurs, mais aussi les combinaisons des lettres sacrées de l'alphabet hébraïque, les calculs basés sur l'évaluation numérique de ces lettres, les abréviations, les acrostiches, etc….

Rabbi Abraham est le fondateur d'une illustre famille de rabbins à Hébron qui, après deux générations, s'installa à Jérusalem. Le plus célèbre d'entre eux fut son arrière petit-fils, rabbi Haim Yossef David Azoulay (1724-1806) plus connu sous l'abréviation de son nom, Hahida. Ses très nombreux ouvrages de mystique et de Halakha le désignent comme la plus grande autorité du monde séfarade depuis l'expulsion. Emissaire de la communauté de Jérusalem à plusieurs reprises en Tunisie et en Europe, il raconte dans son carnet de voyages sa réception àla Courde Louis XVI à Versailles.

Rabbi Haim Yossef David Azoulay passa les dernières années de sa vie à Livourne pour y faire imprimer ses livres. Ses ossements furent transférés de Livourne à Jérusalem au début des années soixante etla Poste Israélienneémit un timbre à son effigie à cette occasion.

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

 

RABBI YAACOB SASPORTAS

CONTRE LE FAUX MESSIE

Contrairement à l'opinion générale et à une faible présence de cet événement dans la mérnoire collective. La crise du mouvement du faux messie Shabtaï Zvi a très profondément marquée la communauté marocaine. Elle est peut-être la seule à en avoir gardé la trace jusqu'à nos joins dans sa célébration du 9 Ab. Tchbab, l'anniversaire de la destruction du Temple.

 En effet, dans les rues, l'obscurité et le deuil absolu sont respectés comme lors de la mort d'un proche. A la synagogue, tous sont en habits de deuil, jeûnent et se lamentent assis par terre. Mais les enfants reçoivent des cadeaux, des jeux de cartes qui rappellent plus la joie de Pourim que l'affliction du deuil.

 Ce serait là le dernier vestige de l'immense trouble semé parmi les croyants par de Shabtaï Zvi, qui leur demanda de ne pas attendre sa proclamation comme messie pour cesser de se morfondre le jour anniversaire de la destruction du Temple, de croire en sa reconstruction toute prochaine et de transformer ce jour de deuil en jour de fête.

C'est en dénaturant le message dela Kabbaleque Shabtaï Zvi s'était proclamé futur messie à Smyrne et à Jérusalem, alors sous souveraineté ottomane, avec son prophète Nathan de Gaza, et avait fixé 1666 comme année de la délivrance. Avec une ferveur décuplée par la distance retardant sa transmission, le message fut accueilli par les communautés portuaires avant de se répandre comme une traînée de poudre dans tout le pays.

 Les désordres et les guerres accompagnant la chute d'une dynastie et la montée d'une nouvelle facilitèrent la croyance en l'arrivée des temps messianiques. Celle-ci fut si forte que, même après la conversion à l'Islam du faux messie menacé de mort par le Sultan turc, la foi en Shabtaï Zvi continua de survivre, au grand dam de l'opposant le plus résolu à ce mouvement, rabbi Yaacob Sasportas.

Descendant d'une illustre famille d'expulsés du Portugal, rabbi Yaacob s'était installé à Salé où il avait épousé la fille du Naguid de Mekhnès, Rahel Tolédano. N'ayant pas obtenu au Maroc la reconnaissance qu'il méritait, il s'établit à Amsterdam. Il fit partie de la délégation de la communauté juive de Hollande dirigée par rabbi Ménaché Ben Israël.

 Cette délégation obtint de Cromwell la levée de l'édit d'expulsion des Juifs d'Angleterre. Rabbi Yaacob Sasportas fut le premier rabbin de la nouvelle communauté séfarade de Londres qu'il quitta en 1666, en raison d'une épidémie, pour Hambourg. Etant le premier à avoir compris le danger mortel pour le Judaïsme de la nouvelle croyance en Shabtaï Zvi, il prit la tête de la lutte contre l'imposteur et mena un combat épistolaire sans merci, relaté dans son livre Kitsour Tsisit Novel Zvi, contre cette hérésie.

 Dans ses lettres à ses deux principaux alliés au Maroc, rabbi Aaron Siboni de Salé et son beau-père Daniel Tolédano de Mekhnès, il exprima sans ménage son chagrin de voir les rabbins marocains persister dans l'erreur, même après la conversion. Peu à peu, lorsque l'adhésion de Shabtaï Zvi à l'islam apparut comme un retournement définitif et non telle une étape des tourments des temps messianiques, le nombre des croyants diminua sans toutefois complètement disparaître.

Près de dix ans plus tard se leva au Maroc, à Mekhnès, un nouveau prophète, Yossef Abensour, qui proclama le retour de Shabtaï Zvi. Il prédit l'arrivée de celui-ci pour la fête de Pessah 1675, débarrassé de son habit d'apostat, et souleva une nouvelle vague de ferveur messianique. Pessah passa sans que le messie fasse son apparition. Cette fois-ci, les rabbins réussirent à déraciner définitivement ce mouvement messianique et le souvenir même de Shabtaï Zvi disparut de la mémoire collective du Judaïsme marocain.

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

RABBI YEHOUDA BENATTAR

"ERBBI ELKBIR"

Fils de rabbi Yaacob, rabbi Yehouda est demeuré dans l'histoire des Juifs du Maroc comme l'une des plus grandes sommités religieuses et cette célébrité lui valut le surnom de Erbbi El Kbir, le Grand Rabbin. Après ses études auprès de rabbi Ménahem Séreréro, il refusa toute fonction rabbinique salariée, conformément aux Préceptes des Pères qui recommandaient de « haïr la rabbanout ».Il vécut de son métier de bijoutier où il excellait, n'y consacrant pourtant que quelques heures par jour et réservant la majorité de son temps à l'étude et à l'enseignement. Parallèlement à ses activités publiques, il consacra son énergie et sa fortune à la formation de talmidé hakhamim qui vouaient la plus grande admiration à son érudition et à sa personnalité exemplaire, malgré sa grande modestie.

En 1698, il fut nommé membre du Tribunal Rabbinique de sa ville natale de Fès et siégea aux côtés des plus grandes autorités de l'époque, rabbi Vidal Sarfaty, rabbi Ménahem Séréro et rabbi Yaacob Abensour.

En 1704, il accéda à la présidence de ce Tribunal, dont l'autorité morale s'étendait à l'ensemble du Maroc. Les Takanot et les arrêts qu'il édita, dans un style clair et concis, témoignent de son érudition, de sa souplesse et du souci profond qu'il apportait à respecter les droits de toutes les populations, des plus riches aux plus pauvres, en passant par les officiants du culte et les talmidé hakhamim qui se consacraient à l'étude dela Torahsans en faire profession.

De toutes les villes on sollicitait son avis sur les questions de Halakha les plus diverses et ses sentences étaient acceptées presque toujours sans appel. Pour avoir porté atteinte à son honneur, un des grands rabbins de l'époque, rabbi Yaacob Ben Malka souleva une telle indignation qu'il dut quitter Fès pour s'exiler à Tétouan.

 Les jours de fêtes, les fidèles de toutes les synagogues venaient dans sa maison lui baiser la main et recevoir sa bénédiction. Sa grandeur et sa droiture étaient célèbres même chez les Musulmans de Fès qui s'adressaient à lui pour résoudre leurs conflits commerciaux avec les Juifs. En 1701, quand l’empereur Moulay Ismaël affligea la communauté juive en lui imposant de lourdes taxes pour financer sa guerre contre les Turcs, rabbi Yehouda Benattar dut, comme la majorité des notables de la ville, fuir Fès et trouver refuge provisoirement à Mekhnès, où il fut reçu par la communauté avec tout le respect dû à son rang et à son prestige.

Ses arrêts sont cités dans tous les ouvrages des rabbins marocains de son temps et des générations suivantes. Son recueil de sermons qui était devenu le guide des rabbins marocains de l'époque, Mahané Yéhouda, a été imprimé à Mekhnès en 1947. Plusieurs de ses manuscrits n'ont pas encore été publiés.

Son fils, Obed, fut un rabbin renomé de Fès.

Après sa mort, le tombeau de rabbi Yehouda Benattar devint un lieu de pèlerinage et ceux qui prenaient des engagements venaient prêter serment sur sa tombe.

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

 

ABRAHAM MAIMRAN

LES JUIFS DE COUR

Avec le declin definitif des Saadiens et la montee sur le trone du fondateur de la dynastie Alaouite, Moulay Rachid, le calme et la tranquillite revinrent au Maroc, permettant aux communautes juives de surmonter rapidement l'echec traumatisant du mouvement messianique de Shabta'i Zvi.

Le frere et successeur de Moulay Rachid, Moulay Ismael (1679-1727), que l'Histoire a conserve comme le plus glorieux des monarques de cette dynastie, assura la gloire et la prosperite du Maroc pendant la premiere partie de son regne, et fut particulierement benefique a la communaute juive de sa nouvelle capitale, Mekhnes, qu'il dota d'un Mellah, le troisieme de l'histoire du Maroc apres ceux de Fes et de Marrakech. Lieu de residence des ambassadeurs Chretiens de passage, ce Mellah etait considere comme le plus bel endroit de la ville.

Sur de sa force et de son pouvoir, Moulay Ismael aspira a ouvrir son pays, dont le commerce etait alors limite a la seule Hollande, plus largement a toute l'Europe. Mefiant envers les elites musulmanes frondeuses de Fes, il s'appuya pour realiser ses ambitions mercantiles sur les trois grandes families juives Toledano, Maimran et Benattar. La richesse et l'ascendant des deux premieres families donna naissance a un adage populaire qui dit en Hebreu avec l'accent marocain, qu'a elles seules la terre a ete donnee: Le toledanos oumimranes nitna haaress.

Le fondateur de la lignee, Yossef Maimran, gros commercant a Mekhnes, dut sa fortune au fait d'avoir ete le premier a informer Ismael, alors qu'il etait gouverneur de la ville, de la mort de son frere a Marrakech et de lui avoir preter 1'argent necessaire pour devancer tous les autres pretendants au trone. Apres la mort tragique de Yossef, ecrase par un cheval, le Sultan appela son fils Abraham pour lui succeder ala Courou il devint son homme d'affaires et son conseiller le plus ecoute en matiere de politique etrangere. Le Naguid de la communaute devait conserver de lui le souvenir d'un assistant devoue qui prit la defense de l'Empereur durant la seconde partie de son regne, alors qu'il avait augmente la pression fiscale dans le but de financer ses guerres interminables et ses travaux titanesques.

Abraham Maimran influen9a en outre le developpement du commerce du Maroc avecla France. Sonadversaire de l'epoque qui devait devenir son futur beau-pere, Moshe Benattar, signa le premier accord de paix et de commerce avec l'Angleterre. Le prestige de Abraham Maimran ala Couretait tel qu'un jour l'ambassadeur de Hollande, pour decrire sa position, fit cette flatteuse comparaison : «I1 est comme le grand Colbert en France».

Cette position eminente lui valut de feroces jalousies et il connut, comme son pere, une fin tragique, empoisonne par le medecin du Sultan.

Apres sa mort, la famille Maimran retourna a l'anonymat. Durant les siecles suivants, seuls quelques rabbins devaient se faire remarquer par leurs ecrits, en particulier rabbi Moshe, rabbi Shlomo et rabbi Hai'm Maimran.

Les grandes figures dans l'histoire des juifs du Maroc

RABBI HAYIM BENATTAR

L'AUTEUR DE «0R HAYIM»

Le long regne de Moulay Ismael fut si paisible qu'on disait que le seul fait de prononcer son nom suffirait a paralyser les brigands les plus coriaces. La securite totale et la prosperite economique qui caracteriserent ce regne et dont les negotiants juifs avaient ete les principaux agents, permirent la floraison sans precedent de grands centres de Torah a Fes, Mekhnes, Sefrou, Sale, Tetouan, et Marrakech. Cet epanouissement se poursuivit d'ailleurs meme apres le retournement de conjoncture de la seconde partie du regne de Moulay Ismael. Si la reputation de cet Empereur ne depassa pas les frontieres du Maghreb pour faire connaitre ses qualites au reste du monde juif, c'est uniquement faute d'imprimerie. Nombreux sont les grands noms rabbiniques de cette epoque d'exceptionnelle creativite: les families Toledano et Berdugo a Mekhnes; Benattar, Serero, Abensour et Aben Danan a Fes; Bibas a Tetouan; Hamou et Elbaz a Sefrou; et enfin De Avila et Azoulay a Marrakech. Mais un seul parmi eux, rabbi Hayim Benattar, devait connaitre la gloire universelle et voir ses livres imprimes de son vivant.

 

Fils de rabbi Moshe, rabbi Hayim etait ne a Sale dans une illustre famille de descendants des expulses d'Espagne. II y fit ses premieres etudes aupres de son grand-pere, rabbi Hayim, dit "le Vieux", et les acheva aupres des grands maitres de l'epoque a Fes et a Mekhnes, au gre des peregrinations plus ou moins forcees de sa famille. II se maria avec sa cousine qui etait la fille du celebre negotiant Moshe Benattar, ami du Sultan, detenteur du monopole commercial avec l'Angleterre et avec Gibraltar, la plaque tournante de l'epoque. Ainsi libere des soucis materiels, il s'adonna, sans jamais occuper de poste rabbinique, entierement a l'etude et a l'enseignement.

 

A la mort de son beau-pere en 1724il ne restait rien de sa legendaire fortune, et rabbi Hayim fut contraint de faire face aux interminables revendications des creanciers, au nom de dettes plus ou moins imaginaires laissees par celui-ci.

 

En 1739, il decida de monter en Terre Sainte et de fonder une yechiva a Jerusalem. Pour en assurer le financement, il s'attarda quelques annees en Italie ou sa grandeur fut reconnue et ou il trouva de genereux mecenes. A la difference d'une alya traditionnelle, telle celle de nombreux rabbins qui venaient finir leur vie surla Terre Promise, le projet de rabbi Hayim Benattar etait celui de susciter apres lui un mouvement alya populaire. II initia ce projet en 1742, en montant a Jerusalem accompagne de disciples venus du Maroc, d'Algerie et d'Italie. II y fonda sa yechiva, «Knesset Israel», qui acquit tres vite une grande reputation. Cette yechiva resta celebre meme apres la mort de son fondateur, decede un an seulement apres son arrivee a Jerusalem.

 

Premier rabbin marocain a voir ses ceuvres imprimees de son vivant, rabbi Hayim  Benattar fit editer son premier livre a Amsterdam en1732, un commentaire talmudique intitule Hefetz Hashem. Avant de quitter Livourne pour Jerusalem, il fit imprimer le chef d'oeuvre qui lui valut la gloire dans tout le monde juif, un commentaire mystique dela Bibledont le titre est Or Hayim. Sa reputation s'est faite paradoxalement beaucoup plus aupres des Hassidim d'Europe Orientale, que dans les communautes sefarades. Une legende hassidique rapporte que le fondateur de leur mouvement, le Baal Shemtov, ayant appris l'arrivee de rabbi Hayim a Jerusalem, entreprit aussitot de le rejoindre. Mais du ciel on l'en dissuada car s'ils s'etaient rencontres, le Messie serait arrive, et l'heure n'etait pas encore venue Au Maroc, pourtant, rabbi Hayim Benattar fut conteste de son vivant, a cause de sa tendance a la severite et a l'introduction de nouveaux interdits. II avait, par exemple, tente de rouvrir le debat sur l'autorisation de la consommation des sauterelles, proclamees «cacher» depuis des siecles, et sur l'autorisation dela Nefiha, celle-la meme qui avait ete au centre de la controverse entre Tochabim et Megourachim.

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