Tehila le David.R.D.Hassine

Le Qoran enjoint aux musulmans de faire "la guerre … aux hommes des Ecritures qui ne professent pas la vraie religion [les chrétiens et les juifs] … jusqu'à ce qu'ils payent le tribut de leurs propres mains et qu'ils soient soumis" (Sourate IX, 29).

 Cette injonction s'est traduite par des restrictions discriminatoires imposées aux dhimmis admis à vivre en pays d'Islam, telles qu'elles ont été promulguées pour la première fois par le calife 'Omar (717-720).

 En général, le mot dhitnmi, au "sens péjoratif très mar­qué" au Maroc, "est d'un usage si constant qu' [il] est devenu presque synonyme de juif, et … est employé quelle que soit l'importance des fonctions confiées à un person­nage de cette race"

"Le moindre des Maures se croit en droit de maltraiter un juif; et celui-ci ne peut se défendre, parce que la loi et le juge sont toujours en faveur du Mahométan." Aucun juif ne peut quitter le Maroc sans la permission expresse du sultan. Cette interdiction ne sera levée qu'en 1858.

De plus, les juifs sont astreints à la soukhra – le travail forcé, non rémunéré, et l'on fait arbitrairement appel à leurs services pour toutes sortes de corvées dégradantes, à n'importe quel moment, même pendant le jour du Shabbat.

 Enfin, en tant que dhimmis, tous les juifs mâles doivent statutairement payer au souverain, chaque année, la jizya la capitation. Lorsqu'elle n'est pas acquittée collectivement par la communauté juive, le versement de la jizya s'accompagne de sévices particulièrement humiliants.

Cf. Lempriere, A Tour …, p. 194; Jean-Louis Miège, "Bourgeoisie juive du Maroc au 19e siècle", in Judaïsme d'Afrique du Nord aux 19e-20e siècles, éd. par M. Abitbol (Jérusalem, 1980), p. 31. "Tous les Mores sont comme captifs et esclaves de leur Roy; car ils Poseraient, qui que ce soit, sortir du pays et du royaume sans son expresse licence et commandement", notait déjà Jean Mocquet au XVIIe siècle, in Les sources inédites de l'histoire du Maroc, Archives et Bibliothèques de France, lere série (Paris, 1906), 2:416.

משא בערב, pp. 62-63. Voir aussi Chénier, Recherches…, p. 479; דברי הימים של פאס, op. cit., pp. 114-115; Réphael Berdugo, שאלות ותשובות משפטים ישרים (Cracovie, 1891), p. 48; משפט וצדקה ביעקב, op. cit., 2:61a-b, où les tailleurs juifs de Fez se plaignent de devoir habiller gratuitement le sultan et tout son entourage. Parfois, le travail forcé est remplacé par le paiement d'une somme forfaitaire.

Souvent, tous les juifs sont enfermés au mellah jusqu'à ce que la jizya soit complètement payée äéîéí ùì Réphael Berdugo, au début du XIXe siècle, et Abraham Ben Hassine, vers 1900, rappellent que pendant la collecte de la jizya, les fonctionnaires marocains frappaient les juifs sur la nuque pour souligner leur avilissement. 421), comme le recommandait avec insistance le sheikh de Tlemcen Mohammed Al-Magili à la fin du XVe siècle (cf. Georges Vajda, "Un traité maghrébin 'Adversus Judaeos'…", in Etudes d'Orientalisme dédiés à la mémoire de Lévi- Provençal [Paris, 1962], 2:805-813).

Au Maroc, la collecte brutale de la jizya n'est pas sans évoquer l'attitude impitoyable des autorités musulmanes au Moyen Age

 En plus de la jizya et des impôts ordinaires, les juifs sont soumis, encore plus durement que leurs voisins musulmans, à toutes sortes d'impositions arbitraires, d'amendes individuelles ou collectives, de con­fiscations pures et simples, et à la pratique généralisée des pots-de-vin corrupteurs, dont la fréquence ruineuse ne dépend que des besoins des autorités diverses ou de "l'avidité insatiable" du sultan.

 "L’empereur, écrit le Consul de France Louis Chénier, ne paraît plus occupé … que de l'intérêt de ses finances et de l'accroissement de ses trésors en aug­mentant tout genre d'impositions, ce qui ajoute infiniment à la misère du pays".

 Les juifs, dont la sécurité dépend entièrement de la protection des gouvernants, sont exploités sans merci, comme en témoignent les sommes écrasantes que doivent payer les communautés à tout moment, et les conséquences de cette oppression fiscale:

 appauvrissement généralisé des communautés juives, problèmes juridiques épineux soulevés par l'évasion fiscale, dépopulation des quartiers juifs des grandes villes, la fuite, ou même la conversion à l'islam, représentant parfois la seule parade possible à ces exactions.

 Cette conception tyrannique et désastreuse de la politique économique fait dire à Louis Chénier que "ce Prince a fait dans ses Etats plus qu'on ne ferait, peut- être, dans un pays conquis qu'on serait à la veille d'abandonner".

A ces malheurs s'ajoutent la barbarie des moeurs et l'insécurité endémique, due aux rébellions tribales ou maraboutiques, dans les nombreuses régions du Maroc non soumises à l'autorité du sultan, ainsi qu'aux incessantes expéditions punitives entreprises par le souverain pour écraser la subversion. 

s'ensuivent, cause, au XVIIIe siècle, une véritable "catastrophe démographique … Dans l'ensemble du pays, plus de la moitié de la population a dû mourir", estiment les historiens de cette période.

 Il ne faut donc pas s'étonner, même si on peut émettre quelques doutes sur la précision de son évaluation, quand Louis Chénier, qui a été témoin de cette désolation, écrit, dans ses Recherches historiques sur les Maures: "des juifs, dont la population a été très considérable dans cet Empire

… il reste à peine aujourd'hui la douzième partie; le reste a changé de religion, a succombé à la misère, ou s'est éloigné de la vexation et de la tyrannie des avanies et des impôts" C'est dans ce cadre historique bien sombre qu'il faut situer la vie et l'oeuvre poétique de David Ben Hassine, et la com­munauté juive dans laquelle il a vécu.

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