Juifs du Maroc R.Assaraf


Juifs du Maroc a travers le monde

Juifs du Maroc a travers le monde – Robert Assaraf

Alors qu'elle comptait près de 300 000 membres au lendemain dela Seconde Guerremondiale, la communauté juive du Maroc est réduite aujourd'hui à 3 000 individus. Ce qui ne signifie pas pour autant la disparition du judaïsme marocain dont se réclament environ un million de personnes dans le monde, installées pour la plupart en Israël et qui continuent à maintenir intactes leurs traditions culturelles et cultuelles. C'est à la formidable saga de ces originaires du Maroc que ce livre est consacré. Il retrace les circonstances dans lesquelles se déroula le grand exode des Juifs du Maroc et les conditions de leur installation en Israël, où ils jouent désormais un rôle déterminant dans la vie politique du pays. L'ouvrage évoque également l'installation de plusieurs milliers de Juifs marocains en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, au Canada, aux États-Unis et en Amérique latine, notamment au Venezuela et au Brésil, où ils ont recréé des institutions spécifiques tout en s'insérant avec succès dans la société environnante.

Préface

« Zakhor (Souviens-toi )  c'est, selon Haïm Yosef Yerushalmi, le conœpt clé de l'historiographie juive, l'ardente obligation de faire mémoire des jours passés dont une prière émouvante, psalmodiée par les fidèles, demande le retour : « Tehadesh yamenou kekedem ! » (« Renouvelle la splendeur des jours d'antan ! »).

C'est la mission que s'est assignée, au fil de ses différents ouvrages, Robert Assaraf. Ceux qui le connaissent savent qu'il est avant tout un « passeur de mémoire », soucieux de préserver le souvenir de sa communauté d'origine, le judaïsme marocain. Contre vents et marées, en allant parfois à l'encontre de modes passagères, il a inlassablement œuvré pour mieux faire connaître ce monde qui a failli être englouti par les tempêtes tumul- tueuses de l'histoire.

Une anecdote en dira plus long à ce sujet que bien des thèses. Très jeune adolescent, au début des années soixante, je me souviens m'être rendu à Marrakech, où je fis l'acquisition, auprès d'un artisan, d'un superbe plateau en cuivre. La destinataire de ce cadeau, Clara Malraux, en fut d'autant plus touchée qu'elle remarqua immédiatement ce qui m'avait échappé. Les motifs habilement martelés dessinaient une étoile de David.

C'était l'un de ces objets usuels produits par les nombreux artisans juifs locaux qui ne désertaient leurs boutiques que pour se rendre à la prière dans les humbles synagogues voisines. Ces « voix du mellah », évoquées par le Prix Nobel de littérature Elias Canetti dais un texte célèbre, on ne les entend plus dans le Marrakech d'aujourd'hui.

Loin d'être un attachement nostalgique au passé, ce phénomène atteste l'extraordinaire renouveau du judaïsme marocain et sa volonté de préserver, partout où vivent des originaires du Maroc, ses traditions religieuses, culturelles, musicales, culinaires ou sociofamiliales.

Cet ouvrage Juifs du Maroc à travers le monde. Émigration et Identité retrouvée constitue un outil utile pour comprendre l'ouverture d'une nouvelle et prestigieuse page de l'histoire multiséculaire du judaïsme marocain.

Né en 1936 à Rabat, Robert Assaraf a occupé d'importantes fonctions publiques et privées au Maroc. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Mohammed V et les Juifs (1997) et Une certaine Histoire des Juifs du Maroc, (2005), il a fondé en 1996 le Centre international de recherche sur les Juifs du Maroc. Au nombre des fondateurs de l'Union mondiale du judaïsme marocain, il est aussi le président du Comité de coordination des associations d'originaires du Maroc. Très actif dans le monde des médias, il a été vice-président de Marianne et il est président de Radio Shalom

Mon modeste plateau a, bien involontairement, acquis le prestigieux statut de judaica. Je ne pourrais plus l'acquérir dans une échoppe, mais devrais désormais en négocier âprement l'achat auprès d'un antiquaire qui me vanterait la rareté de la pièce, témoin d'une civilisation évanescente.

Parce que nous avons été les témoins directs de cette histoire, nous n'avons peut-être : ^ pris le temps de réaliser l'ampleur des mutations survenues en quelques décennies, à avoir la disparition des communautés juives qui vivaient jadis en Afrique du Nord, plus particulièrement au Maroc.

Pourtant, en parcourant les ruelles des anciens mellahs marocains, l'on sent imperceptiblement la présence de silhouettes se dissimulant derrière celles des passants d'aujourd'hui. En contemplant telle ou telle maison, le nom de la famille qui l'habitait vous revient à l'esprit en un flash, fulgurant et bouleversant, tout comme le souvenir de ces voix enfantines qui s'élevaient des murs de cette bâtisse dont plus rien n'indique qu'elle  fut jadis une école israélite.

Que sont devenus ceux et celles qui peuplaient jadis ces lieux ?  C'est à cette immense question que Robert Assaraf s'efforce de répondre dans son nouveau livre : Juifs du MarocEmigration et identité retrouvée. Cette saga contée avec minutie se lit d'une traite et ­­permet de découvrir une extraordinaire aventure humaine qui a peu d'équivalent. 

Un journaliste avait jadis consacré un essai à la « mémoire brisée des Juifs du Maroc Les pages qui suivent, dues à Robert Assaraf, montrent éloquemment que les pièces de ce puzzle ont été reunies, et composent desormais un nouvel ensemble, porteur d'une memoire retrouvee et enrichie.

 Ces pages nous donnent à entendre que le passé, que ce passé a un présent et, surtout, un avenir. C'est là une leçon qu'il convient de méditer, car. loin de concerner le seul judaïsme marocain, elle a valeur universelle

Patrick Girard

Juifs du Maroc R.Assaraf

Introduction

La célébration du soixantième anniversaire de la création de l'État d'Israël m'a paru être l'occasion propice pour revenir sur l'histoire récente du judaïsme marocain, une histoire multiséculaire dans laquelle la seconde moitié du xxe siècle constitue un tournant décisif.

Les historiens des générations futures verront dans cette période une époque aussi importante que ne le fut, en son temps, l'expulsion des Juifs d'Espagne et du Portugal, en 1492 et 1497, expulsion qui conduisit bon nombre de ses victimes à venir chercher refuge au Maroc, où ils constituèrent, aux côtés des Toshavim, les Juifs locaux, de proospères communautés de Mégourashim, dont plusieurs conservèrent l'usage, dans la vie quotidienne, du judéo-espagnol.

Toshavim et Mégourashim constituèrent le noyau humain de base qui donna naissance à la communauté juive marocaine moderne dont j'ai retracé l'histoire dans un autre ouvrage

L'instauration, à partir de 1912, des protectorats français et espagnol marqua l'écrou- lonent du « Vieux Maroc » et ouvrit pour les Juifs une nouvelle page de leur histoire, pour le meilleur comme pour le pire. Contrairement à leurs compatriotes musulmans, les acceptèrent le processus de modernisation, quittes, pour une minorité d'entre eux, .vouloir l'accélérer en réclamant l'octroi, à titre individuel ou collectif, de la nationalité française ou espagnole.

Cette volonté d'assimilation et d'identification à la civilisation colonisatrice connut coup d'arrêt brutal avec l'instauration, après la défaite française de juin 1940, d'un  " Statut des Juifs », dont les deux versions rédigées parla Résidencegénérale, fidèle à Vichy, imposèrent, contre la volonté clairement exprimée du sultan Mohammed V ( Sidi Mohammed ben Yousse f), une politique de .discrimination raciale

Cette épreuve douloureuse ne fut pas sans favoriser la propagation des idées sionistes d du désir d'émigration en Israël au sein de la communauté. Cela explique la ferveur religieusee et idéologique avec laquelle fut saluée la création, en 1948, de l'État d'Israël, une joie endeuillée par le déclenchement d'émeutes antijuives dans l'est du Maroc.

C' est vers l'antique terre d'Israël que se dirigèrent par dizaines de milliers les Juifs marocains. Ceux-ci étaient désireux, avant tout, de prendre part à la reconstruction de l'independance nationale juive, et se montrèrent particulièrement sensibles à la dimension religieuse du phénomène.

Alors qu'elle comptait près de 300 000 membres au lendemain dela Seconde Guerre mondiale la communauté juive du Maroc est réduite aujourd'hui à 2 500 ou 3 000 individus. Ce qui ne signifie pas pour autant la disparition du judaïsme marocain, dont se reclament environ un million de personnesdans le monde, installées pour 80 % d'entre elles en Israël, et qui continuent à maintenir intactes leurs traditions culturelles et cultuelles dans tous leurs pays de résidence.

C'est à la formidable saga de ces originaires du Maroc que ce livre est consacré. Une première    partie traite des circonstances dans lesquelles se déroula le grand exode des Juifs du Maroc, et

s'efforce de couper court à certains clichés navrants

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Outre le fait qu'il exista tout un courant d'émigration juive du Maroc vers la Terresainte, le départ des Juifs marocains pour leur patrie ancestrale fut un départ volontaire, et non la conséquence d'une expulsion. Il faut en finir une fois pour toutes avec la vision européocentriste et ashkénazocentriste qui fait des Juifs européens les créateurs de l'Etat d'Israël, et qui leur accorde leur titre de « pionniers » et de « pères fondateurs » en relé­guant les Juifs originaires des pays arabes au rang de victimes des tempêtes de l'histoire et en les assimilent à des « réfugiés » auxquels leurs coreligionnaires européens auraient offert un havre providentiel.

Une vision qui omet quela Shoah se déroula en Europe et épargna les communautés juives des pays arabes.

Même s'il y eut quelques émeutes antijuives au Maroc, ressortissant de provocations organisées, celles-ci n'expliquent pas à elles seules la montée des Juifs marocains vers Israël. Il est même paradoxal de constater que les retrouvailles des Juifs marocains avec Sion se déroulent au moment même où leur situation au Maroc connaît un bouleverse­ment sans précédent avec la disparition du vieux système de la dhimma (« protection ») et avec la proclamation de l'égalité civile et politique totale entre Juifs et musulmans, citoyens d'un pays retrouvant, après un demi-siècle d'oppression coloniale, son indépen­dance. Une indépendance passant toutefois par l'adhésion àla Ligue arabe et aux valeurs du nationalisme arabo-musulman hostile au sionisme.

Le bref « âge d'or » connu par le judaïsme marocain en 1956-1958 explique d'ailleurs très largement le maintien de liens très forts entre les originaires du Maroc et le pays de leurs ancêtres, ainsi que leur attachement sincère et constant à ses différents souverains, notamment Mohammed V, Hassan II et Mohammed VI.

Venus en Israël de leur plein gré, parfois en défiant les autorités, françaises ou marocaines qui avaient mis des entraves à leur émigration, les originaires du Maroc n'ont pas bénéficié, loin s'en faut, de l'accueil qu'ils étaient en droit d'attendre de leur nouvelle patrie israélienne, alors qu'ils s'intégraient sans difficulté dans les autres pays vers lesquels ils avaient dirigé leurs pas.

La deuxième partie de cet ouvrage retrace les modalités de l'intégration des origi­naires du Maroc en Israël, une intégration vécue dans le cadre souvent traumatisant des maabarot et des villes de développement. Cette intégration fut d'autant plus difficile et éprouvante qu'elle était synonyme d'une rupture avec les traditions cultuelles et cultu­relles de ce groupe humain, des traditions jugées « primitives » ou incompatibles avec le monde moderne et la forme de l'État-nation, qui constitue la base du sionisme politique. Un sionisme considéré par les originaires du Maroc avant tout comme un attachement fervent à la pérennité de l'État juif

Ces épreuves multiples et diverses n'ont pas empêché les originaires du Maroc de devenir l'une des composantes essentielles de l'actuelle société israélienne, ni de jouer un rôle déter­minant dans la vie politique israélienne, soit dans le cadre des grands partis politiques, soit au sein de formations spécifiques telles que les Panthères noires, le Tami ou le Shass.

Si l'immense majorité des Juifs marocains partirent pour Israël, certains, notamment ceux qui appartenaient aux milieux les plus aisés, gagnèrentla France, l'Espagne, l'Angleterre et d'autres pays européens, ainsi que le Canada, les États-Unis ou l'Amérique latine, notamment le Venezuela et le Brésil, où se trouvaient d'ailleurs, surtout à Manaus, de petites communautés d'originaires du Maroc.

La troisième partie de ce livre est consacrée à un survol de ces communautés, en privi­légiant les plus importantes d'entre elles : en France, au Canada et au Venezuela ; commu­nautés dans lesquelles les originaires du Maroc ont recréé des structures spécifiques, tout en s'insérant avec succès dans la société environnante, juive comme non juive.

Ce maintien de structures spécifiques n'est pas uniquement un attachement nostalgique au passé. Il est le symbole d'un extraordinaire renouveau du judai'sme marocain, un phénomène qui se déroule quasi exclusivement en dehors du Maroc. Il est l'œuvre d'hommes et de femmes qui, se substituant à la communauté juive locale, quasiment disparue, entendent préserver leur patrimoine, c'est-à-dire les traditions religieuses, cultu­relles, musicales, culinaires ou socio-familiales du judaïsme marocain.

 Un patrimoine qui fait partie intégrante – ce que les Marocains musulmans reconnaissent – de l'histoire et de la culture marocaine tout court, et dont la préservation constitue pour les originaires du Maroc un impérieux devoir.

C'est ce renouveau de l'identité juive marocaine et de son héritage culturel dont traite la quatrième partie de ce livre.

Celui-ci n'aurait pu être écrit sans les conseils avisés que m'ont prodigués mes amis Jo Tolédano, Rapha ben Soussan et Arrik Delouya, tous attachés à la perpétuation d'un patrimoine qu'ils connaissent bien et dont ils sont d'éminents spécialistes. Je leur sais gré de m'avoir aidé à mener à son terme la publication de cet ouvrage sur lequel je travaillais depuis plusieurs années.

Je sais gré aussi au grand peintre et sculpteur David Soussana d'avoir réalisé spécia­lement le dessin de couverture de cet ouvrage, un dessin qui atteste de la vitalité et de la splendeur de nos traditions artistiques marocaines que nous essayons de préserver.

Ce livre est aussi pour moi une occasion de saluer l'action de tous ceux de mes amis qui, au sein de diverses institutions, notamment l'Alliance mondiale des originaires du Maroc (Brith Yotséi Marocco), dont je suis le président d'honneur, œuvrent pour que le XXIeme siècle voit l'ouverture d'une nouvelle et prestigieuse page de l'histoire multiséculaire du judaïsme marocain, dans la fidélité à la terre et au peuple d'Israël. 

Robert Assaraf

Juifs du Maroc R.Assaraf

 

Première partie

La dispersion desJuifs du Maroc

C'est, sans nul doute, l'un des plus grands paradoxes de l'historiographie du judaïsme marocain. Un cliché tenace veut que l'immigration juive marocaine en Israël ait commencé au lendemain de la création de l'État juif par une résolution de l'ONU.

Ce serait alors qu'aurait commencé le regroupement, en Terre sainte, de l'immense majorité des Juifs marocains, soucieux de participer à la construction du rêve national juif et de réaliser l'aspiration multiséculaire du « rassemblement des exilés ».

L'historiographie israélienne classique n'est pas la dernière à véhiculer ce cliché. Dans son survol des différentes alyah qui ont permis le développement duyichouv palestinien, elle ne retient que celles qui sont venues d'Europe centrale et orientale à partir des années 1880 marquant l'apparition des premiers mouvements sionistes.

L'alyah marocaine n'aurait commencé que très tardivement, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C'est prendre là beaucoup de liberté avec la réalité. S'il est vrai que l'on ne peut parler d'immigration massive qu'à partir de 1948, il ne faut pas oublier l'existence d'un très ancien courant migratoire du Maroc vers la Terre sainte au fil des siècles

Chapitre premier

L'immigration juive en Terre sainte et les débuts du mouvement sioniste au Maroc

L'on peut parler d'un lien privilégié entre le Maroc etla Terresainte, un lien qui ne concerne pas uniquement les Juifs. C'est ainsi que l'historien byzantin Procope, dont s' inspira Ibn Khaldoun, croyait voir dans les Berbères les descendants des Cananéens chasses par Josué lors de l'entrée des Hébreux en Palestine.

Il est plus vraisemblable que diverses populations originaires du Proche-Orient suivirent, tout au long de l'Antiquité, exemple des Phéniciens, et vinrent s'installer, temporairement ou définitivement, dans les comptoirs puniques établis sur la côte atlantique.

au début de l'ère chrétienne, la présence juive au Maghreb était suffisamment importante pour que le Talmud se fasse l'écho d'un voyage qu'y aurait entrepris rabbi Akiba, l'une des figures les plus importantes du judaïsme antique.

Il est possible que des Juifs, fuyantla Palestineau lendemain de la destruction du Deuxième Temple, en 70 ap. J.-C., se soient établis au Maroc, y renforçant les petits groupes juifs locaux.

 

Après la conquête musulmane de l'ancienne Afrique romaine, les relations ne cessèrent jamais entre les petites communautés juives du Maghreb et leurs frères de Terre sainte, même si ces relations varièrent d'intensité selon les époques et les circonstances.

A partir du xvf siècle, l'on note l'installation de nombreux érudits marocains en Terre sainte. Profitant de l'impulsion donnée àla Galiléepar le duc Joseph de Naxos, le vizir juif de plusieurs sultans ottomans, ces lettrés s'installèrent à Safed, centre renommé de la mystique juive. Ce fut le cas, en particulier, de rabbi Yossef Teboul, de rabbi Messod Azoulay et de rabbi Slimane Ohana.

Au xvii siècle, le grand kabbaliste et commentateur rabbi Abraham Azoulay s'installa à Hébron, l'une des quatre communautés juives de Terre sainte avec Jérusalem, Safed et Tibériade. Son exemple fut suivi, au xviii siècle, par l'un des plus grand érudits qu'ait produits le judaïsme marocain, rabbi Haïm Benattar (1696-1743).

Gendre de Moshé Benattar, le confident et conseiller de Moulay Ismaïl, il quitta le Maroc en 1739  Après un bref séjour à Alger puis à Livourne et à Modène, où il fit imprimer son principal ouvrage Or HaHayim, il décida de se rendre en Terre sainte, mû par une inspiration essentielle­ment religieuse : « Dieu a illuminé mes yeux et ma raison, pour me lever et monter versla Terre sainte. »

Accompagné de plusieurs disciples, il s'installa à Jérusalem, où il fonda la yeshiva Knesset Israël, mais mourut en 1743, deux ans à peine après son arrivée. Son rayonnement peut se mesurer à l'éloge que firent de lui les rabbins de la cité de David

« Cet homme venu du Maghreb possède tout : sagesse, science et frémissement devant Dieu. Il est comme un fils d'Elohim… Il a l'apparence d'un mortel, mais c'est un ange de l'armée céleste.

Pour rabbi Haïm Benattar, l'installation en Terre sainte avait valeur de commandement religieux et s'inscrivait dans le plan de rédemption de l'humanité comme le montre cette citation du Or HaHayim : « La rédemption du peuple se trouve entre les mains du juste qui est proche de Dieu.

 Elle surviendra quand le juste aura ranimé le cœur des hommes et quand ces derniers auront amélioré leur conduite… Ce sont les maîtres de la terre et les guides d'Israël qui devront rendre compte à Dieu de l'humiliation du sanc­tuaire dans son actuelle désolation. »

L'un de ses disciples indirects fut rabbi Yehouda Bibas, que l'historiographie israélienne actuelle considère comme l'un des pères du sionisme religieux. D'une famille originaire de Rabat, il naquit à Gibraltar en 1777.

 Après des études à Livourne et à Londres, il fut nommé grand rabbin de Corfou, d'où il put assister à la guerre d'Indépendance grecque, qui souleva un véritable enthousiasme dans l'opinion publique européenne de l'époque.

Pour beaucoup, la reconquête par les Grecs de leur indépendance marquait le début de la renaissance de toutes les nationalités opprimées des Balkans ou de l'Empire ottoman.

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C'est cette thèse que défendit rabbi Yehouda Bibas lors de multiples conférences données en Europe. Il aurait converti à ses idées le grand rabbin de Serbie, rabbi Yehouda Alcalaï, longtemps rabbin à Semlin, ville dont était originaire le grand-père de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme politique.

 De sorte que l'on pourrait ainsi établir un lien entre l'auteur de l'État juif et un modeste rabbin d'origine marocaine.

Sans remettre en cause la croyance dans la venue du Messie, rabbi Yehouda Bibas estimait que la délivrance dépendait aussi de l'homme et de sa conduite :

La Rédemptionviendra avec le réveil du cœur des hommes ; le réveil d'en bas aura aussi pour conséquence le réveil d'en Haut. Quand on verra en Haut les efforts déployés par les Juifs pour revenir dans leur pays, on décidera au ciel de venir à leur aide comme il est écrit : "Revenez à moi et je retiendrai à vous. "

Yehouda Bibas se faisait le défenseur d'une renaissance juive par la voie du travail : « Pour que l'idéal biblique se réalise et que chacun puisse vivre sous sa vigne et son figuier, il faudrait d'abord les planter ! Dieu n'a-t-il pas dit : "Montrez-moi le trou d'une aiguille et je vous montrerai la porte du monde." ? »

 À ses yeux, cela signifiait que les nouveaux venus en Terre sainte devaient gagner leur pain à la sueur de leur front et ne plus dépendre des dons charitables faits aux Juifs de Terre sainte par leurs coreligionnaires de diaspora.

Ces spéculations étaient le privilège d'une élite lettrée. La foi simple et bon enfant des Juifs marocains les plus pauvres se nourrissait du souvenir de Jérusalem et de sa gloire passée, une foi qu'ils exprimaient précisément par leurs dons en faveur des communautés de Terre sainte.

 Cet amour d'Israël était à ce point caractéristique des Juifs marocains que l'un de leurs premiers historiens, rabbi Yaacov Tolédano, a pu écrire dans son Ner Hamaarab :

Ils ont pour Eretz Israël un amour merveilleux et admirable. Leur dernier sou, ils sont prêts à en faire offrande pour la Teiresainte, pour la caisse de rabbi Méir Baal Haness ou de rabbi Shimon Bar Yochaï. Tout émissaire d'Eretz Israël, qu 'il soit séfarade ou ashkénaze ; ils le reçoivent avec les plus grands égards et lui réservent la plus généreuse hospitalité, lui accordant des dans bien au-dessus de leurs moyens.

Les émissaires envoyés recueillir des fonds pour lesyeshivot de Terre sainte jouèrent un grand rôle dans le maintien des liens entre les Juifs marocains etla Terre sainte, indépen­damment du fait que, par leur rôle de diffuseurs d'écrits et d'idées, ils permirent aux Juifs marocains de ne pas sombrer dans un total isolement spirituel.

Au xix siècle, les quatre communautés de Jérusalem, Tibériade, Safed et Hébron envoyaient chaque année des émissaires aux quatre coins du monde pour y récolter la haloukah, la contribution destinée à permettre l'entretien des rabbins de Terre sainte.

Au XIXe siècle, on note une augmentation significative du nombre d'émissaires appartenant à des familles marocaines installées de plus ou moins longue date en Palestine ottomane.

Les deux cas les plus connus sont rabbi Raphaël Bensimon (1847-1927) et rabbi Raphaël Ohana (1850-1902). Le premier était le fils du fondateur de la communauté marocaine de Jérusalem et se rendit à deux reprises, en 1888 et 1889, à Fès, ville dont était originaire sa famille.

C'est d'ailleurs à l'occasion de ces deux voyages qu'il fonda une association ayant pour but l'impression des classiques de la littérature rabbinique marocaine, notamment l'Et lekol Hefetz et le Michpat outsédakka beYaakov, de rabbi Yaacob Abensour.

 On lui doit aussi la première version imprimée, à l'époque moderne, du rituel des Juifs fassis, Ahabat Hakadmonim. Quant à rabbi Raphaël Ohana, résidant à Tibériade, il se rendit à Meknès en 1889, mettant à profit son séjour pour écrire un livre, Mizkar Halakha, à propos dela Gabéla, la taxe sur la viande, qui divisait la commu­nauté de Meknès.

L'augmentation du nombre de Marocains installés en Terre sainte dans la seconde moitié du XIXe siècle est la conséquence d'un double mouvement provoqué par la sensible amélioration des correspondances maritimes et l'abolition de la taxe très lourde exigée des pèlerins juifs marocains par Moulay Abderrahman.

Jusqu'à l'installation des Français à Alger, en 1830, le voyage par voie de mer était une aventure risquée, du fait de la présence des pirates « barbaresques », qui n'hésitaient pas à s’emparer des navires étrangers, y compris des navires marocains, lorsque ceux-ci croisaient au large de l'Algérie ou dela Libye.

La fin de la « course » se traduisit par l'éta­blissement de liaisons si ce n'est plus fréquentes, du moins plus sûres. Via l'Algérie oula Tunisie, les candidats au départ pouvaient gagner différents ports européens (Marseille, Gênes, etc.) assurant des liaisons régulières avec Alexandrie, Beyrouth et Jaffa.

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Toutefois, les Juifs marocains ne purent guère profiter dans un premier temps de ces facilités. À partir de 1844, une très lourde taxe de sortie était imposée à tous les candidatsau départ. C'était là la conséquence du bombardement par la flotte française des ports de Tanger et de Mogador. La mesure visait à freiner les départs des Juifs, soupçonnés de fournir des renseignements aux Français sur la défense des ports marocains.

L'abrogation, à la demande des rabbins, de cet impôt forcé permit à partir de 1858 une reprise des départs. Des départs paradoxalement encouragés par l'installation des Français en Algérie, qui provoqua l'inquiétude de nombreuses familles originaires du Maroc et installées à Oran depuis la fin du xvme siècle.

Très traditionnalistes, ces groupes craignaient les conséquences de l'« occidentalisation » du judaïsme algérien auquel le système consistorial français fut imposé dès 1844.

Pressentant ce qu'il considérait être un danger, le rabbin oranais d'origine marocaine Abraham Shlush (1812-1858) quitta en 1838, avec cent cinquante de ses coreligionnaires, Oran pour s'installer à jaffa, où vivaient déjà une centaine de Juifs.

En bons termes avec les autorités ottomanes, il facilita l'arrivée de nouveaux immigrants et obtint la recon­naissance officielle de sa communauté grâce à l'institution d'un tribunal rabbinique.

 A la mort d'Abraham Shlush, en 1858, les Juifs de Jaffa étaient environ cinq cents, une crois­sance qui réjouissait un homme qui aimait dire en arabe : « Apportez de l'eau, apportez du ciment, le Messie est en route. »

Son fils, Aharon Shlush, né à Oran, en 1829, lui succéda et acquit des terres aux alen­tours de Jaffa. Il construisit la première maison en pierre du nouveau quartier de Névé Tsedek.

Abraham Shlush avait pu bénéficier de l'appui d'un nouvel arrivant, originaire de Tanger, rabbi Yaacob Benchimol, qui avait fait fortune dans l'exportation de fruits vers l'Angleterre et l'Italie.

 Il acheta près de Jaffa une orangeraie qui devint ensuite la propriété de sir Moses Montefiore. Le philanthrope anglais y installa trois familles d'origine marocaine dans le cadre d'un projet, avorté, de colonisation agricole.

Son fils, Shlomo, innova en concurrençant les Arabes dans le périlleux exercice du débarquement des passagers arrivant à Jaffa, un exercice qui, des décennies plus tard, inspira une certaine frayeur à un nouvel immigrant nommé Shimon Peres.

Le port de Jaffa n'était pas équipé de quais, en raison de la mauvaise qualité de son mouillage. Les navires étaient donc obligés de s'arrêter à plusieurs encablures du rivage, et les passagers étaient transbordés à bord de chaloupes dans des conditions particulièrement inconfor­tables.

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 Les Musulmans de Tétuan, dans leur majorité d'origine andalouse, employaient l'espagnol dans la vie quotidienne jusqu'à la fin du XVIII siècle et la forte influence de l'Espagne rétablit chez eux cette habitude à partir de 1860. Les Juifs de Tétuan n'ont jamais désigné les quartiers où ils étaient en majorité, puis leur Mellah, que par le nom de "Juderia".

Cent cinquante neuf années après celui de Fès, le Mellah de Marrakech fut fondé. Ce fut en 1557, deux années environ après le Ghetto de Rome.

Avec l'avènement d'une nouvelle dynastie au Maroc, celle des Chérifs Saadiens, Marrakech était devenue la capitale de l'Empire. Elle reçut un nombre important de réfugiés juifs d'Espagne et du Portugal, des anciens Marranes dela Péninsuleibérique, des îles Canaries et même des lointaines Antilles. Tout ce monde s'était installé dans deux quar­tiers différents, les "Beldiyyin" continuant de vivre par petits groupes épars au milieu des Musulmans.

 Cependant, vers 1542, ils avaient une "Kaissariya" à eux et où ils s'adonnaient spécialement à l'orfèvrerie. Puis, il semble que "Meghoraschim" et "Bcldiyyin' se soient pour la plupart groupés dans un seul quartier, celui de Mwasin,׳. Dès son avènement en 1557, le sultan Moulay Abd-Allah al-Ghalib Billah les réunit tous dans le Mellah qui existe encore.

 "Le quartier des Juifs" nous dit Marmol, "était autrefois au milieu de la ville, en un lieu où il y a plus de trois mille maisons, mais le Prince qui règne aujourd'hui l'a fait transporter en un des bouts, près de Bab Agmet, afin que les Juifs fussent séparés des Maures. Ils est fermé de tous côtés de murailles, sans avoir qu'une porte qui va à la ville, et une autre petite qui répond à leur cimetière, et dans cette enceinte sont bâties plusieurs maisons et synagogues"

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 L'afflux de visiteurs juifs, à partir des années 1880, offrit à Shlomo Benchimol un nouveau champ d'activités et lui permit d'entrer en contact avec les pionniers juifs venus de Russie.

Le groupe marocain de Jaffa fut considérablement renforcé par l'arrivée, en 1854, d'un notable de Rabat, rabbi Aharon Moyal, qui avait fait fortune dans le commerce avec l'Angleterre et Gibraltar.

 Disciple de rabbi Yehouda Bibas, il s'installa en 1854 à jaffa, avec cent quatre-vingts membres de sa famille et des amis, après l'échec de la création d'un village dans les environs d'Haïfa. Nommé chef de la communauté juive de Jaffa à la mort de rabbi Abraham Shlush, il transmit cette fonction à son fils Abraham.

C'est dans la maison de ce dernier que résida pendant trois mois, en 1882, le premier groupe de Hobébé Zion (« Amants de Sion ») venus de Russie et de Roumanie pour étudier les possibilités d'installation de colonies agricoles juives le long de la bande côtière.

Abraham Shlush les conseilla et intervint en leur faveur auprès des autorités ottomanes, de sorte que les Amants de Sion firent de lui, jusqu'à sa mort en 1885, leur mandataire en Palestine ottomane, associant ainsi le judaïsme marocain à un épisode central de l'histoire du futur État d'Israël, la première alyah.

Abraham Shlush aida aussi les premiers Bilouïm à trouver des terrains près d'Hadéra, et usa de ses excellentes relations avec les habitants arabes pour aplanir les difficultés surgies entre ceux-ci et de jeunes militants peu informés des subtilités et de la complexité de l'Orient.

 Ces nouveaux venus bénéficièrent aussi de l'appui d'un autre Juif marocain, Hai'm Amzallag, citoyen britannique – il était natif de Gibraltar, et premier consul de Grande-Bretagne à jaffa.

La communauté judéo-marocaine de Jaffa se renforça en 1872, avec l'arrivée d'un groupe de commerçants et de rabbins de Marrakech, conduits par le rabbin Isaac Asçouline (1840-1912), dont le fils Moshé (1876-1956) fonda à Tel-Aviv le quartier portant son nom, Ohel Moshé.

Les Juifs marocains ne résidaient pas uniquement à Jaffa. Beaucoup, en particu­lier ceux originaires de Meknès, d'où partit, en 1860, une caravane forte de trois cents personnes, s'étaient établis à Tibériade, laquelle ne tarda pas à être surnommée «la Petite Meknès».

 La ville comptait de nombreuses familles dont les plus connues étaient les Tolédano, les Benkiki, les Sebbag et les Berdugo. Les originaires de Tétouan étaient regroupés à Haïfa alors que ceux de Rabat et du sud du Maroc s'installaient tantôt à jaffa, tantôt à jérusalem.

A Jérusalem, la communauté juive marocaine, composée jusque là de quelques dizaines de familles et d'individus isolés, souvent très âgés, bénéficia de l'arrivée de rabbi David Bensimon (1824-1880), dit « Tsouf Dvash », d'une famille de riches commerçants de Rabat.

Les Juifs marocains de Jérusalem se trouvaient alors dans une situation critique. Ils estimaient être défavorisés, dans la répartition de la Halouka par leurs autres coreligion­naires séfarades.

 Ils avaient tenté de se constituer en entité indépendante et d'envoyer leurs propres émissaires au Maroc, ce qui avait provoqué une vigoureuse réaction de la communauté officielle.

 Celle-ci avait confié l'affaire aux consuls de France et de Grande Bretagne, qui avaient eu recours à des méthodes d'intimidation musclée. Appelé à l'aide par lesMaarabim (« Occidentaux ») de Jérusalem, rabbi David Bensimon usa de son influence pour aplanir les difficultés et pour obtenir des autorités la reconnaissance d'une communauté marocaine distincte de la communauté séfarade et disposant de son propre organisme dirigeant, le Vaad Edat Hamaarabim, qui existe encore de nos jours.

L'argument décisif pour obtenir ce « divorce » fut l'engagement pris par David Bensimon de limiter le bénéfice de la Haloukaaux veuves, aux orphelins, auxtalmidé hakhamim et aux indigents. Les autres devaient gagner leur vie comme agriculteurs, artisans ou petits commerçants

Juifs du Maroc R.Assaraf

Les conditions de vie des Juifs marocains à Jérusalem s'améliorèrent considérablement après que rabbi David Bensimon eut décidé d'installer cette communauté en dehors de l'enceinte dela Vieille Villeet de son quartier juif insalubre.

 Avec les Abouchdid et les Amiel, originaires comme lui de Rabat, il fonda, à quelques centaines de mètres de la fin porte de Jaffa le quartier de Mahaneh Israël, installant les pauvres et les nouveaux immi­grants dans un bâtiment abritant aujourd'hui les locaux du Centre mondial du judaïsme nord-africain.

En 1875, les originaires du Maroc constituaient un tiers des habitants juifs de Jérusalem : 1 000 sur 3 400. Jusqu'en 1909, on note une augmentation de la population (1 300 Marocains sur 6 000 Juifs en 1882), puis un déclin explicable en partie par les débuts du Protectorat français au Maroc (2 200 Marocains sur 12 000 Juifs en 1909, pas plus de 1 000 après).

 À tel point qu'en 1943 l'organe des Orientaux, Ed Hamizrach, pouvait écrire : « Nous, les Orientaux, risquons de disparaître complètement de notre terre, et de ne rester dans l'histoire du Yichouv que comme un épisode passager. »

C'était là la conséquence de la transformation considérable de l'immigration juive en Palestine, désormais majoritairement, pour ne pas dire exclusivement, européenne, sous l'effet de la naissance du sionisme politique. L'immigration juive en provenance du Maroc se tarit, elle, du fait dela Première Guerremondiale, mais aussi en raison des obstacles mis par les autorités du Protectorat à l'émigration, notamment en Palestine, des Juifs marocains.

Cela ne signifie pas que ceux-ci aient été insensibles à la naissance du sionisme poli­tique, même si son caractère laïc avait de quoi les choquer et les surprendre. D'autant plus que le sionisme politique fut introduit au Maroc par des Juifs européens ou européanisés qui vivaient dans les localités du littoral et qui n'avaient que des rapports très distants avec les masses juives des mellahs ou de l'intérieur.

Juifs du Maroc R.Assaraf

 La première association sioniste marocaine, ShaareïZion (« Les Portes de Sion »), fut fondée durant l'été 1900, à Mogador, par un négociant, Moses Lougassy, qui avait longtemps vécu en Angleterre. L'homme ne manquait pas d'imagination, au point de proposer à Theodor Herzl un projet de drapeau figurant un soleil levant et sept étoiles, allusion à la journée de travail de sept heures qu'il voulait instituer dans l'état juif à venir. 

 Bien que disposant, du fait des cotisations récoltées, de deux mandats, Moses Lougassy jugea inutile de se rendre au congrès sioniste. Le médecin juif russe de la communauté de Tétouan, qui avait fondé le groupe ShivatZion (« Retour à Sion »), ne se comporta pas autrement. 

Restée très conservatrice en dépit de son ouverture commerciale vers le monde extérieur, la communauté juive de Safi vit l'un de ses membres, Meir Barchechat, créer l'association Ahavat Zion (« L'Amour de Sion »), dont l'idéologie était essentiellement religieuse, comme le montre la lettre écrite, dans un hébreu fleuri, par Barchechat à Herzl :

Que Dieu te bénisse de Sion et puisses-tu voir le bien de Jérusalem ! Bien que notre ville soit encore éloignée de tout projet social grandiose et de toute idée exal­tante et que la situation spirituelle de ses habitants soit au plus bas, l'idée sioniste bat avec force dans le cœur de nombre d'entre nous grâce à la lecture des journaux Hamâitz et Hayéhoudi, et ne nous a pas laissé de répit jusqu 'à ce que nous décidions de fonder notre association à laquelle nous avons donné le nom d'Ahavat Zion.

Certes, notre cœur s'est grandement réjoui à la pose de cette première pierre, mais nous sommes loin du but et, comme des aveugles, nous tâtonnons face à un haut mur, car nous n \avons aucune idée claire ni aucune conmissanœ précise de l'essence du sionisme, nous ne possédons aucun livre qui puisse nous éclairer sur son idéologie.

 Nous avons bien rempli notre devoir de souscrire au shekel sacré, mais il nous semble difficile de croire que ce soit seulement pour l'annonce du shekel que le sionisme ait été fondé, et que le paiement annuel des frais de cotisation du shekel suffise seul à se prévaloir du noble titre de « sioniste » et pour prendre place parmi les sionistes et les nobles détenteurs de l'étendard de la nation.

 Il nous semble bien que l'idéal sioniste doit aussi comporter un noble et exaltant projet pour la vie de notre nation. Nous prenons donc l'audace de vous demander d'instruire notre secrétaire et de nous informer de tout ce que nous devons savoir sur le sionisme, ainsi que nous faire parvenir votre livre, l'État juif, dans sa version hébraïque, ainsi que toute documentation en hébreu nous éclairant sur le sionisme.

Circonscrit au départ aux villes côtières, le mouvement gagna, les années suivantes, l'intérieur, perdant au passage son caractère politique. La seule évocation de Sion suffisait à gagner au mouvement des adhérents, même si ceux-ci n'avaient pas une idée très claire de l'idéologie sioniste.

 C'est ce qu'on peut déduire de l'émouvante lettre adressée par un membre de HibatZion à Meknès, le futur grand rabbin du Maroc Yeshoua Berdugo, aux dirigeants de l'organisation sioniste, une lettre dans laquelle il demandait des éclaircisse­ments sur les buts du mouvement :

Aux responsables et aux dirigeants du Centre sioniste de Cologne !

Le salut à tous nos frères, les Amants de Sion !

Chers Messieurs, plus précieux que l'émeraude !

Votre lettre pleine de sentiments d'affection et d'amour nous est bien parvenue et nous nous en sommes réjouis.

Charmants frères, soyez assurés que nous sommes mobilisés pour répandre l'idée sioniste parmi nos coreligionnaires du Maghreb.

Ah! comme le son de ce mot est agréable à notre palais ! Puisse tout le peuple d'Israël n 'avoir qu'un seul cœur et qu'un seul avis pour faire aimer et magnifier œt idéal si élevé ! Et celui qui place sa confiance dans l'Éternel et œuvre pour notre Terre sainte, pour Sion, notre plus grand amour spirituel, ne peut être déçu, que Dieu le veuille ainsi !

Maintenant, frères, nous vous prions de bien vouloir nous faire parvenir des livres traitant du sionisme car nous avons entendu dire qu'il en existait, mais nous ne les avons jamais encore vus

Juifs du Maroc R.Assaraf

 

Les débuts des Protectorats français et espagnol, en 1912, et le déclenchement dela Première Guerremondiale étouffèrent dans l'œuf l'activité des premiers groupes sionistes marocains, une activité totalement ignorée des autorités chérifiennes

 L'aspect essentiel­lement religieux de ce sionisme lui ôtait le caractère subversif et révolutionnaire qu'il pouvait avoir en Europe centrale et orientale, et contribuait à sa relative opacité, à tel point qu'un des responsables de l'Alliance israélite universelle, directeur de l'école de Tanger,Y.D. Semach, pouvait écrire :

Je peux dire à présent qu'il n 'y a pas de sionisme au Maroc, parce qu'il n 'y a pas de classe intellectuelle. Assurément, tous les hommes religieux sont sionistes par tradition, mais ils n 'ont aucune idée du mouvement politique actuel et personne n 'est en état de le leur enseigner... Le sionisme marocain n 'a donc aujourd'hui aucune importance, il ne peut devenir actif que s'il trouvait un propagandiste actif capable de se mettre en rapport avec le sionisme européen.

Le judaïsme marocain n'avait guère entendu de la déclaration Balfour de novembre 1917, par laquelle le gouvernement britannique promettait d'instaurer, à la fin des hosti­lités, un foyer national juif en Palestine. Seuls les Juifs de Tanger y portèrent un certain intérêt, au point que le président de la communauté locale envoya à son homologue de Casablanca la lettre suivante :

je vous fais parvenir un certain nombre de copies de la proclamation que le général Allenby a adressée aux habitants de Jérusalem. On me les a envoyées de Londres pour qu'elles soient distribuées parmi nos coreligionnaires. Les dites copies sont en caractères hébraïques. Je vous prie de bien vouloir les distribuer parmi nos coreligionnaires de votre ville.

Il accompagnait son envoi d'exemplaires d'une brochure, la Grande-Bretagne et les Juifs soulignant le soutien apporté par l'Angleterre aux causes juives depuis Cromwell jusqu'à lord Balfour

Juifs du Maroc R.Assaraf..L'immigration juive en Terre sainte et les débuts du mouvement sioniste au Maroc

Chapitre premier

L'immigration juive en Terre sainte et les débuts du mouvement sioniste au Maroc

Travaillant au consulat de France, décoré en 1913 dela Légiond'honneur pour sa conduite lors du débarquement français de 1907 et entièrement dévoué à la cause du Protectorat, le président de la communauté de Casablanca et futur inspecteur des institu­tions israélites, Yahia Zagury, ne voulut pas s'engager sur un sujet si délicat sans demander au préalable l'avis dela Résidencegénérale qui ne tarda pas : « Il n'y aurait que des inconvénients à diffuser un tel matériel de propagande. 

Plus que l'idée elle-même de la restauration d'une souveraineté juive, ce qui provo­quait la farouche opposition de Lyautey au sionisme en général, et à son développement au Maroc, c'était le trouble que ce mouvement pouvait porter au grand dessein arabe dela France. Ill'écrivit au ministère des Affaires étrangères, qui, lui, était partisan de ne pas laisser aux Britanniques le monopole du soutien au sionisme :

Le Kaiser allié au sultan turc apparaît comme le protecteur de l'islam. Les indigènes du Maroc nous voient flottant en Arabie, où les Anglais nous tiennent à l'écart, et les pèlerins de La Mecque en ont été frappés.

 Mais c'est surtout en Palestine que les contradictions apparaissent, puisque la déplorable initiative de l'Amérique et de lu Grande-Bretagne nous y ont mis à leur remorque dans cette affaire du sionisme qui exaspère ici les musulmans et est venue bien inutilement monter la tête à nos juifs, que je suis, de ce fait, forcé de tenir beaucoup plus à distance.

 Tout cela est incohérent au suprême degré. J'ai la sensation croissante que notre seul atou tpro-islamique ne tient qu'à ma seule présence.

L'opposition de Lyautey au sionisme se solda par le refus de la Résidenced'autoriser la reprise des activités de la section sioniste de Mogador, ShaaréZion, en 1919, un refus répété à plusieurs reprises. Faute de disposer d'un moyen d'action sur place, les sionistes marocains sollicitèrent l'intervention de Nahoum Sokolov, chef de la délégation sioniste au Congrès de Versailles, qui intervint, le 24 juillet 1919, en écrivant à un haut fonction­naire du quai d'Orsay :

Je reçois depuis quelque temps diverses communications de quelques communautés juives du Maroc qui me font savoir qu'elles n'ont pu former, selon leur désir, des associations sionistes. Je crois comprendre que des raisons politiques sérieuses ont empêché le général Lyautey de donner à ces communautés les auto­risations qu'elles sollicitaient.

Réaliste, Sokolov disait comprendre la nécessité de tenir compte des circonstances locales, et proposait un compromis visant à accorder aux groupes juifs l'autorisation de se réunir et de « s'affilier àla Fédérationsioniste française ».

 Paris, qui venait de reconnaître la déclaration Balfour et qui ne voulait pas laisser àla Grande-Bretagnele monopole de l'appui au sionisme, était en très bons termes avec le francophile Nahoum Sokolov, et aurait aimé de la part de Lyautey une plus grande souplesse.

 Le ministère des Affaires étrangères tenta donc de minimiser auprès du Résident les dangers d'une éventuelle reconnaissance des activités sionistes au Maroc :

Le judaïsme marocain ignore tout, ou presque tout, du mouvement sioniste qui répond surtout aux aspirations des juifs russes et polonais. Dans ces condi­tions, peut-être ne verriez-vou spas d'inconvénient à permettre aux rares sionistes du Maroc d'adhérer à la Fédération sioniste française, sous réserve de ne se livrer, au Maroc même, à aucune manifestation extérieure et de se borner à l'envoi de messages de sympathie et de dons.

Juifs du Maroc R.Assaraf

Chapitre premier

L'immigration juive en Terre sainte et les débuts du mouvement sioniste au  Maroc

Seul problème, les sionistes marocains n'appliquèrent pas cette consigne de prudence. Début1919, l'on assista à une vague de départs massifs, toutes proportions gardées, versla Palestine, essentiellement depuis Marrakech et Casablanca : pas moins de 442 départs, dont 224 pour Casablanca.

Tout en essayant de minimiser l'importance du phénomène et son caractère essen­tiellement mystique, Yahia Zagury n'écartait pas, dans une lettre adressée, le 6 septembre 1919 au Résident général, une influence de la propagande sioniste :

On ne saurait trouver parmi les emigrants des personnes d'une certaine education moderne. Le sionisme n 'est pas complement etranger a ce mouvement. S'il n 'est pas une des causes determinates, il a exerce. je le pense, une certaine influence et a decide quelques hesitants a etre les premiers a profiter du nouvel Etat juif. Ce mouvement est du a la propagande sioniste qui leur laisse supposer qu'ils peuvent compter a leur arrivee en Palestine sur la charite publique et les ressources inepuisables du pays. Le sionisme, que je considere comme un grand danger pour les Juifs marocains – et en cela je suis d'accord avec l'Alliance Israelite universelle et quelques Israelites eminents du judaisme frangais- a essaye d'agir sur certains esprits. A Casablanca, ou, a part quelques adeptes insignifiants qui ont tente de se regrouper et d'exercer une certaine propagande, il ne m 'a pas ete difficile d'enrayer a temps, avec beaucoup de discretion, toute activite sioniste, Dans le cas oula Residencegenerate partage ma maniere de voir, il est de tout interet de veiller et d’empecher discretement toute propagande sioniste au Maroc.

Le probleme etait pose en termes de politique indigene, un domaine dans lequel Lyautey n'etait guere dispose a faire preuve de faiblesse, multipliant les mises en garde au Quai d'Orsay: « D'un point de vue plus general, si l'on envisage dans toute son ampleur le probleme pose' par la chute de 1'Empire turc, il y a lieu de considerer que l'islamisme a son pole aLa Mecque, le judaisme a Jerusalem; il en resultera, si nous n'y prenons garde, une fascination, une attraction de l'Orient prejudiciable a nos interets africains. L'heure me semble donc, en definitive, inopportunement choisie de resserrer les liens spirituels qui unissent le Maroc a cet Orient et pour creer un ultramontisme islamique ou Israelite.

La position de Lyautey, catholique fervent, n'etait pas tres differente de la maniere dont il concevait les rapports de 1'Eglise de France avecla Franceet le Vatican. Il etait « gallican », oppose' a une dependance du catholicisme frangais envers Rome (l'ultra- montisme), positon qu'il appliquait sans prejuges raciaux aux religions auxquelles il e'tait confronte au Maroc.

A ses yeux, le plus important etait que la constitution d'associations sionistes susceptibles de pouvoir s'affilier, sous pre'texte de communaute d'interets confessionnels, aux grou pements sionistes existant dans les autres pays cre'erait un precedent dont les musulmans pourraient se servir.

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