Le Mossad et les secrets du reseau juif au Maroc 1955-1964 – Michel Knafo- Se préparer à l’imprévu

Se préparer à l’imprévu

Tant que le Maroc se trouve sous protectorat français, l'entreprise sioniste s'y déroule ouvertement, comme dans d'autres pays de la diaspora. A l'Agence Juive, le département de l'immigration s'occupe du départ des immigrants vers Israël; le département de la jeunesse pionnière organise les mouvements de jeunesse et structure les groupes de colonisation agricole; les diverses formations sionistes rivalisent entre elles d'influence sur la communauté et de popularité auprès des jeunes.

L'immigration pour Israël est libre, et Kadima, le bureau de l'Agence juive organisant les départs pour Israël, fonctionne au vu et au su de tous.

Mais les tendances nationalistes arabes vont se renforçant, la lutte pour l'indépendance du pays s'exacerbe et une crise imminente pointe à l'horizon. Ce contexte ne manque pas d'influencer les responsables de l'administration française, qui se mettent eux aussi à freiner, voire à entraver, l'immigration juive. Néanmoins, des milliers de juifs immigrent alors en Israël avec des passeports en règle, comme tout ressortissant marocain libre de quitter à sa guise le pays.

La lutte pour l'indépendance nationale marque les prémices d'une époque lourde de danger pour les Juifs du Maroc. Il y a lieu de penser qu'avec l'accession à l'indépendance, les portes du pays se fermeraient. A ce contexte instable s'ajoutent les luttes pour l'indépendance, menées dans divers pays d'Afrique du Nord.

En été 1954, le Mossad est chargé d'organiser des cellules d'autodéfense au sein des communautés juives du pays. Au cours des mois de septembre-octobre 1955, des Agents du Mossad arrivent d'Israël.

Chargés de mettre sur pied ces cellules, ils ne savent pas encore quelle sera la structure de l'entreprise, son envergure, ni de quelle nature seront leurs rapports avec les communautés juives locales. Le danger est évident, mais la manière d'y résister reste assez confuse. En 1955, dans un Maroc sous protectorat français, les Juifs éprouvent donc encore un sentiment de sécurité, tout en se préoccupant de l'avenir.

Les Agents du Mossad, qui doivent – par la force des choses – œuvrer dans la clandestinité, constituent des exceptions dans une structure où, à priori, tout fonctionne normalement. Adiré vrai, ces émissaires fraîchement débarqués, devant agir en coulisses, sont malvenus aux yeux des gens en place: leurs prédécesseurs, les représentants de l'Agence juive, voient en eux des usurpateurs entravant la bonne marche du travail. Bref, les premiers émissaires de l'organisation Misguéret doivent affronter les affres que connaissent tous les pionniers d'une entreprise en devenir.

Il faut souligner que dans les pays arabes, l'organisation de cellules d'autodéfense avait déjà été tentée. Cette expérience apporte dans les pays d'Afrique du Nord une aide qui s'avérera instructive. L'une des premières mesures adoptées alors concerne l'instauration d'une organisation militaire touchant les procédures et le statut des militants.

L'organisation Misguéret affronte dès sa création, divers problèmes politiques ou autres – exigeant des solutions immédiates et touchant en particulier à la texture sociale et structurelle des communautés juives marocaines. Des réponses au jour le jour doivent résoudre la question des rapports avec les organisations communautaires et avec leurs notables. Il faut en outre adopter des procédures plus efficaces, choisir entre centralisation et décentralisation, et enfin fixer l'ordre hiérarchique dans le pays et dans les quartiers généraux fonctionnant à Paris et en Israël. En outre, il faut créer des stations radio et constituer des caches d'armes. Les années 1955 et 1956 peuvent être considérées comme une période de mise en place des moyens nécessaires et d'instauration d'un réseau de relations. Ce sont également – et ce n'est pas là le moins important – des années de formation à partir d'erreurs, d'échecs et d'expérience acquise. Autrement dit, cette époque peut être qualifiée de préparation rigoureuse en vue d'un avenir annoncé, d'une ère nouvelle dans la vie de ce grand pays, marqué par l'accession à l'indépendance. Les difficultés du début de l'organisation Misguéret sont perceptibles dans l'adéquation des agents à leurs fonctions; dans l'adaptation au travail en commun (certains agents sont renvoyés en Israël); dans la constance face aux dangers, à l'entraînement comme sur le terrain; dans le stockage d'armes légères et l'instauration de normes cérémonielles et sociales.

L'apogée de cette période est marqué par l'ouverture du premier stand de tir dans un bosquet ainsi que par le départ des premiers jeunes à un cours de formation aux postes de commandement. De ce brassage naîtra la structure de défense des Juifs du Maroc, qui adopte le nom de Gonen. Cette organisation connaîtra au fil des ans plusieurs appellations différentes, afin de mieux lui conserver son caractère confidentiel.

Peu à peu émerge l'organisation Misguéret dans les rangs de laquelle s'enrôlent des centaines de jeunes. Fort heureusement, le savoir qu'ils acquièrent et les armes qu'ils détiennent ne seront jamais utilisés. Mais la vie dans la clandestinité ne s'en poursuit pas moins. Par la suite, les responsables de l'immigration juive allaient se joindre à cette organisation. En effet, en 1956, avec l'accession du Maroc à l'indépendance, les portes se ferment devant les Juifs voulant quitter le pays. Le travail ostensible cesse, les bureaux de l'organisation Kadima ferment sur ordre du gouvernement, et les émissaires du département de l'immigration quittent le pays à l'expiration de leur permis de séjour et des visas apposés sur leur passeport.

Les Juifs marocains demeurent donc face à leur destin… Entrent alors en scène les agents d'Israël demeurés au Maroc dans la clandestinité. Le gouvernement marocain ne peut mettre la main sur ces derniers, qui sont prêts à assumer ce fardeau. Ni eux, ni ceux qui les ont envoyés, n'estiment alors à sa juste mesure le poids écrasant de cette entreprise, qui allait s'inscrire dans l'histoire du peuple juif et de l'Etat d'Israël.

La Misguéret clandestine, née pour la défense des Juifs du Maroc, prit aussi la responsabilité de leur émigration vers Israël. Avec le temps, des unités de Gonen prirent aussi part à ce projet. Le travail de la Misguéret fut divisé entre plusieurs sections, dont deux principales: d'abord Gonen, dont nous avons déjà parle, et la Makéla, dont le rôle était de faire émigrer les Juifs clandestinement vers Israël L'année 1956 fut cruciale. Ce fut alors qu'on décida pour la première fois que l'obéissance de la population juive aux édits et aux décrets n'allait pas de soi, et que certaines règles nouvelles furent établies.

La situation était la suivante:

  • 1- Des Juifs continuaient à partir pour Israël malgré les dangers et les souffrances que ces départs comprenaient.
  • 2 – Ceux qui partaient insufflaient un espoir de délivrance au cœur de leurs nombreux coreligionnaires qui restaient.
  • 3 – La désobéissance aux décrets et la lutte pour le droit à l'émigration vers Israël ont permis aux Juifs du Maroc de retrouver leur dignité.
  1. 4 – Le lien avec les Agents d'Israël, accomplissant leur travail tout en étant perpétuellement en danger, s'est renforcé au point d'arriver à une confiance illimitée, et durant cette sombre période Israël était devenu pour eux un phare. En fait, l'Alyah n'a jamais cessé, et petit à petit, une Diaspora tout entière s'est déracinée pour "monter" en Israël.

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