Une histoire de familles – Joseph Toledano-Les noms de famille juifs d'Afrique du Nord- Benaroyo- Benattar

BENAROYO

Nom patronymque d’origine espagnole, ethnique de la bourgade de Arroyo del Puerco, habitée au Moyen Age uniquement par les Juifs. Le nom est attesté à Tolède à partir du Xllème siècle. Après l'expulsion, ce nom était particulièrement répandu dans les communautés sépharades de l'ancien empire turc et très peu au Maghreb. Le nom est attesté au Maroc au XVIème siècle, figurant sur la liste Tolédano des patronymes usuels dans le pays à cette epoque, sans l'indice de filiation: Aroyo. Autres formes: Arroyo, Benaroya. Au XXème siècle, nom peu répandu porté au nord du Maroc, à Tétouan et par émigration en Algérie, à Oran.

BENATTAR

Nom patronymique d’origine arabe, indicatif d'un métier, parfumeur et par la suite marchand d'épices, porté aussi bien par les Juifs que les Musulmans du Maghreb. Ce patronyme est attesté en Espagne dès le XIIIème siècle. Après l'expulsion d'Espagne de 1492, les membres de cette illustre famille se sont dispersés en Europe occidentale (Portugal et de là en Hollande), dans l'Empire Ottoman (Grèce, Turquie, Balkans) et en Afrique du Nord. Le nom s'est particulièrement illustré dans la rabanout au Maroc depuis le XVIème siecle. Autres formes, sans l'indice de filiation: Attar, Atthar. Au XXème siècle, nom moyennement répandu, porté au Maroc (Fès, Salé, Meknès, Marrakech, Mazagan, Azemour, Tanger, Rabat, Mogador, Casablanca); en Algérie (Oran, Alger. Aïn Temouchent) et en Tunisie (Tunis).

  1. YAACOB: Le premier rabbin connu de cette famille, mort en 1605 au cours de la terrible famine qui décima la communauté de Fès: "Si je voulais relater une partie des calamités qui ont déferlé sur nous, toutes les oreilles en tinteraient et quiconque les entendrait serait frappé de stupeur. Voilà que depuis trois ans et demi nous sommes en proie à la famine .. Les précieux enfants de Fès sont gonflés comme des outres, dépérissent d'inanition; ils sont devenus comme de vils tessons, ils étreignent les tas d'ordures pour y picorer comme des poules. Plus de 800 âmes ont péri et plus de six cents hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles ont apostasié. Quiconque reste dans la ville meurt de faim, quiconque sort, tombe victime du glaive, chacun avale vif son prochain. Israël s'est appauvri l'extrême, en raison de nos péchés .. nous en avons vu qui allèrent se noyer dans les puits, d'autres s'égorgèrent avec un couteau. Des pères rejetèrent leurs enfants, des mères tendres assomèrent leur rejetons .. Le premier jour du mois de Adar mourut le saint rabbin Yaacob Ibn Attar, lui aussi de faim.."(rabbi Shaul Serero: Chroniques de Fès).
  2. YAACOB: Petit-fils de rabbi Yaacob, né vers 1610. Ayant hérité de son grand-père la "serara" de l'abattage rituel, il consigna les régies de la Shéita à Fès et son carnet est resté longtemps comme le guide en la matière. Il fut ensuite rabbin à Taza où il mourut centennaire.
  3. HAYIM: Dit le Vieux, pour le distinguer de son illustre petit-fils, rabbi Hayim Benattar dit "Or Hayim". Un des plus grands négociants du port de Salé au XVIIème siècle, en association avec son son frère, Shemtob. Leurs affaires d'import-export s'étendaient à plusieurs pays d'Europe Occidentale. D'une grande piété et d'une vaste érudition, il consacra sa vie à l'enseignement fondant une grande yéchiba à Salé. Lorsqu'il fut contraint de quitter Salé avec son fils Moché, en raison du poids écrasant des impôts et des persécutions du gouverneur, en 1705, sa renommée était si grande que le grand notable de Meknès, Moché Dabela, qui l'accueillit, lui ouvrit une nouvelle yéchiba. A son retour à Salé, après plusieurs années d'exil, il reprit de la direction de la synagogue qui portait son nom et y mourut très vieux en 1721. Il assura la formation intellectuelle de son petit-fils qui dans ses écrits lui voue la plus grande admiration. Il témoigne ainsi qu'il se levait toutes les nuits pleurer la destruction du Temple "comme une femme qui pleure son mari".
  4. YEHOUDA (1655-1733): Surnommé Rbi Elkbir – le grand rabbin en raison de la dévotion dont il fut entouré déjà de son vivant, considéré comme l'une des figures rabbiniques les plus marquantes de l'histoire du Maroc. Disciple des deux grands maîtres de la génération, rabbi Vidal Sarfaty et rabbi Ménahem Serero, il accéda en 1698 à la présidence du tribunal rabbinique de Fès, alors l'instance suprême et incontestée dans tout le Maroc en matière de "Flalakha". Les exactions du gouverneur pressé par le sultan Moulay Ismael de collecter toujours plus d'impôts pour financer sa guerre contre les Turcs, le contraignirent comme de nombreux habitants de Fès à fuir la ville et à trouver refuge à Meknes où il fut reçu avec tous les honneurs dûs à son rang et invité à se joindre au tribunal. A son retour dans sa ville natale en 1706, il retrouva tout naturellement la présidence du tribunal et ses arrêts commencèrent à faire jurisprudence dans tout le Maroc. Il refusa toujours d'émarger à la caisse publique, vivant de son métier d'orfève où il était expert. Les Musulamns et les Juifs aisés de la ville conservaient pieusement jusqu'à nos jours quelques un des bijoux qu'il avait fabriqués. On raconte que dès qu'il gagnait assez d'argent pour la journée, il s’empressait de fermer boutique pour consacrer le reste de la journée à l'étude de la Torah. Sa réputation de science n'égalait que sa réputation de piété et de bonté. La charité véritable, aimait-il à dire, ne consiste pas seulement^ donner de son argent, mais également de soi, de son temps, de son corps. Et il en donnait l'exemple. On raconte qu'un jour qu'il se rendait à l'office, il vit un Juif quitter précipitamment son échoppe sans avoir pris soin de la fermer. Pour lui éviter tout vol, Il s'y posta en gardien. Comme le propriétaire tardait à revenir, il resta à son poste plusieurs heures, sautant même l'office de Minha dans sa synagogue où l'attendaient les fidèles. Quand l'étourdi propriétaire revint enfin, il s’empressa au lieu de le remercier, de vérifier s'il ne lui avait rien dérobé ! Quand il raconta sa mésaventure à son compagnon d'études, le célèbre rabbi Yaacob Abensour, ce dernier ne put manquer de s'en étonner et de lui demander comment il avait pu manquer l'office pour un homme aussi ingrat. Il lui répondit en souriant qu'il était heureux au contraire d'avoir eu l’occasion d'appliquer le commandement qui nous demande de porter assitance à un frère en danger, ajoutant: "Si je n'avais pas monté la garde, le magasin aurait pu être pillé et même si en revenant le propriétaire n'avait constaté aucun larcin, le doute ne l’aurait jamais quitté que peut-être quelque chsse avait été dérobé, je l'ai donc doublement sauvé: du vol et du souci !" Il consacra de grands efforts à l'enseignement de la Torah et forma des rabbins de grand renom qui ont beaucoup fait pour faire connaître sa science et ses miracles. L'un de ses miracles montre que sa réputation dépassait les frontières de la communauté juive et du Maroc. On raconte ainsi qu'un riche musulman de Tunis avait prêté des sommes considérables à un marchand juif, naturellement comme c'était la coutume à l'époque, sans lui faire signer aucune reconnaissance de dette. Au jour de l’échéance, le Juif nia toute dette et son créancier, pour le mettre au pied du mur lui demanda de jurer par rabbi Yéhouda Benattar de Fès. Content de s'en tirer à si bon compte, le débiteur s’empressa de prêter serment et pour célébrer la bonne affaire qu'il venait de faire, organisa un grand festin pour sa famille et ses amis. Mais en descendant dans la cave chercher du vin pour ses hôtes, il oublia en remontant d'éteindre la bougie. Le feu ne tarda pas à prendre et à s'étendre à toute la maison, la détruisant totalement avec ses occupants. Dès qu'il l'apprit, le musulman partit pour Fès remercier le rabbin pour ses prodiges, les mains chargées de cadeaux que rabbi Yéhouda n'accepta que pour les distribuer immédiatement aux pauvres. Ses décisions étaient reçues sans appel par tous et les fidèles de toutes les synagogues de la ville avaient coutume le jour du chabbat après l'office du matin, de venir chez lui lui embrasser la main. Ils étaient si nombreux que pour ne pas trop se fatiguer, il posait la main sur un oreiller et les fidèles la baisaient respectueusement sans qu'il ait à la bouger. Sa tombe – trois fois transférée sur ordre des autorités au cours des siècles ־ est devenue un lieu de pèlerinage où les habitants de Fès venaient solennellement prêter serment. Si sa réputation n'atteignit pas l'ensemble du monde juif, ce fut par manque d'imprimerie dans le pays. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages qui n'ont commencé à être publiés que très tard, comme son traité des règles de l'abattage rituel, " Shir oumikhtam", imprimé pour la première fois à Varsovie en 1869. Son chef-d'oeuvre, le livre de Responsa. "Pisqué Téchouvot rabénou", était recopié à la main par les rabbins marocains de génération en génération et leur servait de guide de Halakha. Il n'a été imprimé pour la première qu'en 1989, grâce à l'initiative de l'Institut Or Hamaarav fondé à Lod par rabbi Moché Amar.
  5. HAYIM (1696-1743): Le rabbin marocain le plus illustre à travers tout le monde juif, plus connu d'ailleurs à nos jours par les Hassidim d'Europe Orientale que par les originaires du Maghreb. Fils de Moché, petit-fils de Hayim le Vieux. Né à Salé, il y passé ses premières années à la yéchiba de son grand-père, mais à l'âge de 9 ans il commençace sa vie d'errances. Sa famille fut en effet, comme nous l'avons vu, contrainte de quitter sa ville natale et de s'installer pour un temps dans la nouvelle capitale impériale, Meknès pour deux ans. Il devait y revenir quelques années plus tard, à 18 ans, pour y épouser sa cousine Pédouya, la fille de son oncle, le célèbre conseiller de Moulay Ismael, Moché Benattar. Ce riche mariage lui permit de se consacrer uniquement à l'étude et à l'enseignement, tous ses besoins financiers étant couverts par son très riche beau-père. En 1724, alors qu'il n'avait que 28 ans, la mort de son beau-père devait le laisser dans le dénuement, car du fabuleux héritage, il ne resta en pratique que des dettes plus ou moins imaginaires, mais exigées avec force par d'innombrables créanciers et par les autorités. Ce cauchemar devait durer sept ans, les créanciers venant aussi bien de sa famille que des grands du royaume. Parallèlement une autre controverse aussi amère devait l'opposer à l'autre grande famille de Salé, les Bibas. Les frères Bibas refusèrent en effet de lui rendre la synagogue qui avait été confiée à leur père au temps de l'opulence. Cette querelle devait profondément diviser la communauté de Salé, portant une grave atteinte au renom de la famille. Le sultan, à court d'argent lui réclama des droits de succession exorbitants. Incapable de payer, il fut jeté en prison. Moulay Isamel finit par le libérer à condition de quitter Meknès. De retour à Salé, il s'installa chez son père qui devait assurer désormais son entretien. Il put de nouveau s'adonner à l'étude et à l'écriture. Il publia son premier livre de commentaires talmudiques, "Hefetz adonaï" en 1732. De 1733 à 1738, il passa des années heureuses à Fès à enseigner dans la célèbre yéchiba de rabbi Shmouel Elbaz et c'est là qu'il rédigea son second ouvrage, "Pri toar", une critique du livre "Pri hadach" de rabbi Hizkia Da Silva et son immortel chef-d'oeuvre qui devait le faire connaître et vénérer parmi les Hassidim d'Europe Orientale: "Or hayim", commentaire mystique du Pentateuque. La terrible famine de 1738 le contraignit comme la majorité des habitants de Fès à fuir et à trouver refuge à Tétouan. C'est là qu'il prit la décision définitive qu'il mûrissait depuis des années, de quitter son pays natal pour revenir à celui de ses ancêtres. En 1739, il passa clandestinement la frontière algérienne et se rendit à Alger où les deux grands rabbins de l'époque, rabbi Yéhouda Ayache et rabbi Itshak Chouraqui le reçurent avec les plus grands égards et lui accordèrent des préfaces- recommandations à ses deux ouvrages encore manuscrits. A Livourne, qui ne devait servir que de courte escale, la communauté l'entoura des plus grands égards et les rabbins italiens se dépassèrent dans les hommages qu'ils lui rendirent, lui donnant le titre de "Soleil de l'Occident ". Il s'attarde deux ans dans la ville, à la fois pour imprimer ses livres et pour préparer sa Alya. Il voulait en effet lui donner un sens idéologique plus large, susciter un mouvement populaire de Alya, en écho aux messages messianiques de la reconstruction de Tibériade à la même époque par rabbi Hayim Aboulafia. Il obtint des mécènes italiens des fonds pour l'édification d'une Yéchiva à Jérusalem, et il retourna à Alger regrouper les futurs étudiants qui répondant à son appel, avaient quitté le Maroc pour se joindre à lui. En 1741. il débarqua enfin à Saint Jean d'Acre, mais en raison de l'épidémie qui sévissait à Jérusalem, il s'y attrada près d'un an. Quand l'épidémie fut enfin jugulée, il décida avant de de rejoindre la ville sainte, de pèleriner les tombes des

saints à Safed et à Tibériade. Rabbi Hayim Aboulafia qui avait relevé les ruines de la ville – d'où selon la tradition doit com­mencer la Guéoula – le pressa de se joindre à lui mais rabbi Hayim Benattar lui expliqua qu'il ne pouvait enfreindre l'engagement qu'il avait pris envers ses bienfaiteurs italiens de fonder sa Yéchiba à Jérusalem. Ce n'est donc qu'en 1742 qu'il arriva dans la ville sainte, et rapidement la nouvelle Yéchiva qu'il y fonda, "Knesset Israël", commença à devenir célèbre et à attirer des étudiants de tout le monde juif, mais l'entreprise fut stoppée par la disparition prématurée de son fondateur l'année suivante, en 1744, à l'âge de 47 ans à peine. Son dernier livre, écrit à Jérusalem, "Richon-le-sion", fut édité par ses disciples en 1750 à Constantinople. Ses livres et en particulier, le "Or Hayim", frirent accueillis avec enthousiasme par les hassidim d'Europe Orientale qui l'élèvèrent au rang de livre sacré. Ses idées, effectivement étaient très proches de celles du mouvement hassidique. Pour lui le Tsadik – le sage, le berger du troupeau – peut par sa conduite accélérer l'arrivée de la Guéoula, du Messie. Il dépend de chaque Juif, s'il se repent avec sincérité, que la Rédemption arrive plus vite et le Tsadik a une plus grande responsabilité encore. Il doit montrer le chemin et ce chemin mène à Jérusalem, car la Torah d'Israël, le peuple d’Israël et la terre d'Israël ne sont parfaits que quand ils ne forment qu'un. Des légendes se sont tissées autour de ses relations avec le fondateur du mouvement hassidique, le Baal Shemtov ־ bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés. C'est ainsi que l'on raconte que quand il apprit que rabbi Hayim était monté à Jérusalem, le fondateur du mouvement hassidique voulut l'y rejoindre, mais du Ciel on l'en empêcha, dit la légende, car la rencontre de ces deux astres aurait signifié la venue du Messie – et l'heure n'était pas encore venue ! Paradoxalement, ses idées firent moins impression dans son pays natal, comme devait l'écrire le premier historien du judaïsme marocain, rabbi Yaacob Tolédano: " Ses démêlés financiers ne lui ont pas permis d'asseoir plus fermement son prestige et d'arriver au rang qui lui convient comme un des plus grands talmudistes.." Son intransigeance, sa trop grande conscience de sa valeur, son rejet de coutumes ancrées lui valurent une grande opposition dans les milieux rabbiniques de son époque au Maroc. C'est ainsi qu'il voulut par exemple revenir sur l'autorisation de "Néfiha" sur laquelle le conscensus s'était fait dès le XVIème siècle, et interdire la consommation de sauterelles, autorisée depuis toujours. Mais cette extrême sévérité était trop contraire à la tradition de tolérance des rabbins marocains pour prévaloir. Quoi qu'il en soit, nombreux et populaires sont les récits et légendes sur son intelligence, ses pou­voirs et ses miracles et la place manque pour n'en raconter ne serait-ce qu'un petit nombre. Le nom de son prestigieux ouvrage, "Or Hayim", a été donné à la grande Yéchiba de Jérusalem du rabbin Elbaz, destiné à accueillir les "hozrim betechouba", ceux qui reviennent à la pratique religieuse.

Une histoire de familles – Joseph Toledano-Les noms de famille juifs d'Afrique du Nord Benaroyo Benattar

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