Une histoire de familles – Joseph Toledano-Les noms de famille juifs d'Afrique du Nord-Benattar

 

 

MOCHE: Fils de Shemtob, le Naguid des Juifs de Salé, le beau-père de rabbi Hayim Benattar, un des hommes les plus influents à la Cour de Moulay Ismael qui servit longtemps à la fois dans la pratique, mais s'en avoir le titre, de ministre des Finances et des Affaires Etrangères. Engagé dans le commerce international comme son père, il s'était attiré la confiance de la reine – la seule personne que craignait et respectait le plus cruel des souverains – en lui servant de banquier et elle le recommande auprès de Moulay Ismael qui l'appella à Meknés au

début du XVIIIème s. Il lut d’abord son fournisseur en bijoux, or et pierres préci­euses, mais son génie politique et financier était tel qu'il devint son conseiller le plus écouté, au point de menacer le statut du favori du roi, Abraham Maimran. On dit que ce dernier, inquiet de cette étoile montante, proposa une forte somme d'argent au sultan pour se débarasser de lui. Moulay Ismael dont la cupidité n'était pas le moindre des défauts, rapporta la proposition à Moché qui s’empressa d'en proposer le double pour éliminer son rival. Après avoir empoché des deux, le Sultan leur fît comprendre qu'il avait trop besoin de leurs deux talents et pour sceller leur réconciliation, demanda à Abraham de donner sa fille en mariage à Moché! Le commerce avec la Hollande et la France étant la chasse gardée des Maimrane et Tolédano, il développa les relations com­merciales avec Gibraltar et l'Angleterre. Son agent à Tétouan était son propre frère, Abraham Benattar, et il avait des corres­pondants à Cadix, Gibraltar et d'autres villes d'Europe. Champion de l'orientation pro-anglaise – alors que Maimran était favorable à l'alliance avec la France – il réussit à signer le premier accord de paix avec l'Angleterre en 1721, après que les négociations eurent traîné depuis le début du siècle, et à mener à bien les négociations pour la libération des prisonniers anglais – dont il accueillit douze dans sa demeure pendant les deux ans précédant leur libération. Malgré sa haute position à la Cour, il lui resta interdit – comme Dhimmi – de monter à cheval. Sa fortune colossale édifiée avec son associé Réuben Ben Kiki, finit par attirer la convoitise du souverain qui lui imposa à plusieurs reprises de fortes amendes, dont il réussit à se remettre chaque fois et il fut même nommé Naguid des Juifs du Meknès avec autorité sur tout le pays. D'une grande générosité – il édifia une synagogue, subventionna les écoles religieuses et les rabbins – il imposa sans partage son autorité sur la communauté. "Ils étaient craints de tous et nul n'aurait osé leur tenir tête car ils étaient considérés comme les chefs et les guides de la génération ", écrivit à son propos rabbi Yaacob Abensour qui se plaint également de leurs abus d'autorité En 1717, il tomba en disgrâce et fut condamné à une amende de 50.000 pièces d'argent, mais revient dans les faveurs du roi jusqu'à ce qu'en 1724 il soit condamné à mort. Déshabillé, il fut mené au four à chaux, mais à la dernière minute, le sultan le grâcia. H devait mourir de chagrin quelques mois plus tard.

  1. MORDEKHAY: Rabbin miraculeux, kabbaliste célébré qui vécut à Marrakech, sans doute au XVIIIème siècle. La tradi­tion orale rapporte qu'en son temps le fils du sultan fut assassiné et son corps jeté au cimetière juif. Le sultan accusa les Juifs de ce crime et leur donna trois jours pour prouver le contraire. Au troisième jour de jeûne et de lamentations, le rabbin annonça à la communauté au désespoir, qu'il irait lui-même voir le sultan. Il lui dit:" Nous ignorons qui a tué Votre fils et la seule solution est qu'il nous le dise lui-même, je vais lui demander de le révéler mais ne me demandez pas Majesté de lui rendre la vie, car je n'en ai pas pouvoir et ce que je fais, je le fais seulement dans le but de sauver mon troupeau." Il mit effectivement un grimoire sur la bouche du mort. Ses lèvres se mirent alors à murmuer les noms de ses assassins et les circonstances dans les­quelles il avait été tué, indiquant que la pierre sur laquelle il avait *été égorgé portait encore des traces de son sang. Le sultan envoya des hommes vérifier sur place et ils revinrent en confirmant ses dires. Les assassins furent démasqués et mis à mort au grand soulagement de la communauté qui fut ainsi confirmée dans la sainteté de son guide.
  2. RAPHAËL: Fils de Obed, rabbin à Fes et à Meknès au XVHIeme siècle, on lui dit notamment le récit " Sepher Zikaron lé- Bné Israël" , chronique des persécutions qui s'abattirent sur les communautés au temps du tyran Moulay Elyazid ( 1790-92 ) et des bienfaits du règne réparateur de son successeur, Moulay Slimane surnom­mé "le Hassid".

JACOB: Secrétaire et interprète du Sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah qui s'entoura d'un grand nombre de conseillers juifs. Son fils et successeur, Moulay Elyazid, se vengea cruellement sur eux les accusant d'avoir monté son père contre lui. Jacob fut écartelé puis brûlé vif en 1790.

RAPHAËL DAVID: Fils de Obed, rabbin et dayan à Fes au début du XIXème siècle. On lui doit deux poèmes entrés dans la liturgie des synagogues marocaines, l'un à Hanouka "Shir mi kamokha " et l'autre le shabbat précédant la fête de Pourim, "Kol 'Azmotay".

  1. MOCHE: Rabbin à Marrakech, se­conde moitié du XVIIIème siècle. Auteur de l'une des préfaces-recommandations au recueil de poèmes du plus grand des poètes marocains de langue hébraïque, Rabbi David Hassine, "Téhila lé David".
  2. DAVID: Un des plus éminents rabbins de Tunisie au cours de la seconde moitié du XIXème siècle. Il entra au tribunal rabbinique en 1881 puis en devint le Président jusqu'à sa mort en 1885. Son nom figure parmi ceux des grands rabbins de rhistoire des Juifs de Tunisie dont la mémoire est bénie au cours de l'office du soir de Yom Kippour.
  3. MIMOUN (1866-1956): Grand rabbin d'Alexandrie dans les années 1920. Né à Meknès, il fut orphelin très jeune. Après des études talmudiques poussées, il décida à 20 ans de monter en Terre Sainte, avec sa mère. Il s’attarda en route quelques années à Tanger et à Gibraltar. Arrivé à .Alexandrie, dernière étape vers la Terre Sainte, la communauté lui offrit le poste de grand rabbin-juge qu'il accepta. Il y développa l'enseignement religieux, s'attirant l'estime et l'admiration générale pour son oeuvre. A la fin de ses jours, il réalisa son rêve et monta en Israël où il mourut à l'âge de 90 ans, en 1956. YAACOB (1886-1924): Notable de la communauté d'Azemour, né en 1896. Il raconte qu'une nuit le prophète Elie lui vint en rêve lui reprochant de se complaire dans le confort de l'exil, alors que Jérusalem gémissait et avait besoin de ses fils. Sans plus attendre, il prit toute sa famille et monta à Jérusalem. En 1912, il fut envoyé comme émissaire de la ville sainte au Maroc. Une de ses filles, Miriam, épousa un Navon et fut ainsi la mère du cinquième président de l'Etat d'Israël, Itshak Navon . HAYIM: Fils de Yaacob. Publiciste né à Azemour, il monta avec sa famille. Il fonda en 1909 le journal en ladino El Liberal. Mort à Jérusalem en 1939. JACOB: Imprimeur né à Meknès, sans doute parent de rabbi Mimoun dont nous avons déjà parlé. En route pour la Terre Sainte, il s'installa à Alexandrie où il fonda en 1907 une imprimerie hébraïque qui édita des dizaines de livres. Il monta ensui­te à Jérusalem où il s'occupa de l'organi­sation de la communauté maghrébine et où il mourut en 1924 .
  4. ABRAHAM: Rabbin à Mogador première moitié du XXème siècle.
  5. YOSSEF: Grand Rabbin de Mogador, il fut un des trois premiers membres du Haut Tribunal Rabbinique créé par le Pro­tectorat en 1918 sous la présidence de rabbi Raphaël Encaoua.
  6. HAYIM: Rabbin poète et paytan à Marrakech première moitié du XXème siècle. Déposiataire de la tradition musi­

cale des Juifs du Maroc, il fut le maître de rabbi David Bouzaglo. Il contribua à l'édition en 1921 du recueill des Bakachot "Shir Yédidout".

MOSES: Un des grands espoirs de la communauté de Casablanca dans les an­nées trente. Né dans une illustre famille de Tanger, il se distingua par son dévouement à la cause communautaire. Président de l’Association des Anciens Eleves de l'Alliance, sa mort brutale à la fleur de l’âge en 1939, quelque temps seulement après son mariage avec Maître Helène Cazes de Benattar, fut ressentie unanimement comme une perte irréparable et largement pleurée dans la presse juive locale.

CESAR: Ecrivain de la première géné­ration d'écrivains de langue française en Tunisie. En 1923, il publia un livre sur le folklore tunisien "Le bled en lumière", recueil des histoires de Djha, Joha, héros populaire revendiqué par les Juifs et les Musulmans et en 1927 "Le cinéma aux enfers", bilan apologétique de l'oeuvre civilisatrice de la France en Tunisie SALOMON: Notable de la communauté d'Azemour, président du comité de la Communauté au début des années cin­quante.

ALBERT: Fils de Moïse. Avocat à Paris né à Rabat en 1924 dans une famille origi­naire de Fès installée à Tanger. Bâtonnier de l'ordre des avocats près de la Cour d'Appel de Rabat de 1963 à 1965. En 1966, il fut l'un des défenseurs de l'un des accusés du procès de l'enlèvement de Ben Barka, le direceur-adjoint de la Sûreté marocaine, le colonel Dlimi qui fut ac­quitté. Après le procès il s'installa comme avocat à Paris. Sur le plan communautaire, il fut longtemps Président de la Fédération Sépharade de France, il lui donna une orientation sioniste axée sur la défense des intérêts des immigrants d'origine sépharade en Israël. Membre du Comité Central du FSJU et du Consistoire Central de France.

RALPH: Homme d'affaires (textile puis ordinateurs) né à Marrakech et installé à Montréal. Il fut en 1983-85 Président de la Fédération Sépharade du Canada.

SERGE: Editeur et rédacteur en chef de l’"Actualité juive" à Paris.

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