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Joseph Toledano-Epreuves et liberation-les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale

A Meknès, le 18 août 1940, les Services de Renseignements rapportent :

« Les vérifications des stocks préconisées par les autorités régionales, effectuées hier après-midi au mellah ont, en général, produit un bon effet sur la population indigène. Cependant certains, sous l’impulsion de leurs sentiments antisémites, disent qu’elles n’ont pu donner de très bons résultats car les Israélites possèdent de nombreuses cachettes secrètes, à l’abri de toute tentative de perquisition en ville et en dehors de la ville… »

A Casablanca, de jeunes militants du Parti Populaire Français cassèrent, dans la nuit du 12 septembre, les devantures de cinq magasins juifs. Ces manifestations intempestives d’antisémitisme étaient loin de servir la cause du Protectorat, en ces heures délicates, comme le soulignait le général Noguès dans son rapport urgent à Vichy :

< La nuit dernière, quelques jeunes gens ont cassé, avec des galets portant l’inscription P.P.F. les devantures de cinq magasins juifs, fermés d’ailleurs depuis peu par l’autorité administrative, qui avait ainsi sanctionné des hausses de prix illicites sur certaines de leurs marchandises. Ils ont par ailleurs apposé des papillons avec les mots : " Vive Pétain ! Vive Doriot ! "

Je n’ai pas besoin de souligner les dangers de ces faits qui apparaissent comme de véritables provocations et dont la répétition risquerait d’entraîner des désordres graves. J’ai en tout cas, dès ce matin, prescrit au chef de la Région de convoquer le chef du P.P.F. au Maroc, et de signifier à ce dernier qu ’au cas où de nouvelles manifestations de cette nature viendraient à se produire, je le tiendrais personnellement responsable de l’atteinte portée aux intérêts les plus évidents du Protectorat… »

 

A Marrakech, le 20 septembre 1940, un jeune Juif fut condamné à 15 jours de prison et à 200 francs d’amende, pour avoir injurié un militaire indigène alors que la population européenne " accueille avec satisfaction " la condamnation de 13 commerçants juifs reconnus coupables de hausse illicite des prix.

A Fès, ce même 20 septembre au soir, le mellah fut l’objet d’une attaque partisane qui souleva une vive émotion dans les milieux juifs, craignant  la nouvelle atmosphère d’hostilité ne débouche sur des violence: incontrôlées. Le rapport du Contrôleur Civil essayait vainement d’en minimiser la gravité :

 

« Un sous-officier de la Légion Etrangère détaché à l'infirmerie de la garnison de Fès et quelques militaires tirailleurs et légionnaires, pris de boisson, ont provoqué le 20 septembre, vers vingt heures-trente, une bagarre dans le quartier juif. Armés de quelques fusils, couteaux et matraques, ils firent irruption au mellah et commencèrent à distribuer, à tort et à travers, coups de fusils et de matraques. Un Israélite a été tué et six autres blessés, dont un grièvement. L’incident auquel l’intervention de la police et des patrouilles réglementaires mit très rapidement fin, n’a eu aucune répercussion sur la population musulmane. Les coupables ont été arrêtés sur les lieux mêmes de l’incident. L’affaire se limite à un acte d’indiscipline de quelques militaires appartenant à des corps différents. Je fais cependant pousser l’enquête pour vérifier s’il n’y a pas eu préméditation et si le sous-officier responsable avait ou non des rapports avec certains éléments français qui se sont signalés tout dernièrement par des manifestations antisémites… »

La tension devait en effet rester très vive, encore des semaines, dans la capitale intellectuelle, la rumeur annonçant un mouvement antijuif de grande envergure qui servirait de prétexte à l’entrée des troupes espagnoles dans le nord de la zone de Protectorat français.

Cette inquiétante répétition d’incidents concernant des troupes revenues du front avec un état d’esprit dangereux amena les autorités à envisager d’écarter les troupes marocaines des centres des grandes villes, pour éviter les heurts avec la population juive.

Parallèlement les autorités firent comprendre aux agitateurs antijuifs qu’elles entendaient maintenir l’ordre strictement et s’opposer aux troubles de rues. L’heure n’était plus aux initiatives et aux débordements individuels spontanés : l’antisémitisme devenait l’affaire de l’Etat restauré dans son autorité et n’admettant pas de concurrent.

 

Une idéologie bien française

Selon les idéologues de la Révolution Nationale, la France avait besoin d’expier ses fautes pour se régénérer. La défaite avait fait éclater " l’abcès " et permettait de mettre en marche la Révolution Nationale. Il fallait saisir cette occasion unique de refonte de la société française, dans le cadre de la nouvelle Europe allemande. Pour eux, l’issue de la guerre, qui n’allait pas tarder à s’achever, avec la capitulation prochaine et attendue de l’Angleterre, après celle de France, ne faisait pas de doute. Dans la perspective d’un nouvel ordre européen, la France trouverait sa place dans la mesure où elle saurait se " libérer des parasites responsables de sa décadence dont elle n’avait pu se défaire seule, par ses propres moyens : la démocratie parlementaire, les francs-maçons et les Juifs

Les révolutions fascistes et nationales-socialistes offraient, de par leur réussite, des modèles d’inspiration vivifiants à suivre. Il ne s’agissait pas pour autant de les imiter " servilement " et encore moins de chercher à les égaler. Plus particulièrement en matière d’antisémitisme. Tout en s’associant idéologiquement au Reich et à l’Italie, le nouvel État Français se prévalait d’une authentique vocation antijuive, puisée dans la tradition française, basée davantage sur la xénophobie culturelle et nationale que sur la discrimination raciale, comme le proclamait, dès juillet 1940, le nouveau ministre des Affaires Étrangères, Paul Baudoin ?

« La révolution totale dans laquelle s’est engagé le pays était en gestation depuis une vingtaine d’années. Ldévolution actuelle s’est faite en toute liberté et non pour complaire au vainqueur. Nous adopterons une solution française conforme à notre caractère, à nos besoins, dans la meilleure ligne de nos traditions.. .Le monde d’avant 1940 a été définitivement enterré… »

 

Joseph Toledano-Epreuves et liberation-les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale page-88

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