hassine


Tehila le David.Rabbi David Hassine

 

ר דוד חסין תהלה לדוד

Une légende populaire exalte son amour de l'étude. Comme il poursuivait ses lectures tard dans la nuit, il gardait les pieds dans une bassine d'eau froide pour éviter de s'endormir. Un soir, voulant continuer son étude après le coucher du soleil, il demanda à son épouse d'allumer la lampe à huile. Dans l'obscurité, elle se trompa d'ingrédient et, au lieu de verser de l'huile dans la lampe, elle y versa du vinaigre. Rabbi David la consola: "Ne crains rien. Dieu, qui fait fonctionner une lampe avec de l'huile, saura   Et, également la faire fonctionner avec du vinaigre. Et, en effet, la lampe illumina la chambre jusqu'au matin

L'arrière-petit-fils de David Ben Hassine, Aharon Ben Hassine (mort après 1860 (  reproduit des écrits inédits de son aïeul dans son ספר יעיר אזן, aujourd'hui disparu (cf. תהלה לדוד, Casablanca, pp. 60b-61a). En 1931, un autre descendant du poète, Aharon Ben Hassine (1891-1964), manifeste l'intention de publier ces "ouvrages de mon ancêtre, encore manuscrits, avant qu'ils ne soient rongés par les vers" (une des pages de garde de l'édition casablancaise de  תהלה לדוד). Nous n'avons pas réussi à retrouver ces manuscrits.

Légende racontée par Mazal-Tov 'Amar, in André E. Elbaz, Folktales of the Canadian Sephardim, op. cit., p. 44. Le motif du saddiq qui reste éveillé en gardant les pieds au-dessus d'une bassine d'eau froide se retrouve dans plusieurs légendes de rabbins miraculeux (cf. celle de Réphael Berdugo, in מלכי רבנן, op. cit., p. 107a).

 Ni David Ben Hassine ni son public ne considèrent ses piyyoutim comme des créations littéraires gratuites, des exercices de virtuosité ayant une finalité purement esthétique, mais comme l'expression de l'âme religieuse et de la conscience collective de la communauté: "La passion de l'amoureux le pousse à chanter son amour en tous temps et en tous lieux. Comme l'amour de notre Créateur transcende l'amour des femmes, celui qui L'aime de toute son âme doit continuellement chanter [Ses louanges] devant Lui", explique le poète

״דרך החושק לשורר תמיד בלכתו ובשבתו בביתו על תשוקתו, לרב אהבתו. וכיון שאהבת יוצרנו נפלאת מאהבת נשים, האוהב אותו בלב שלם ישיר לפניו תמיד.״ (Postface de David Ben Hassine à תהלה לדוד [Amsterdam, 1807], p. la). Nous verrons bientôt qu'une génération avant lui, le grand poète marocain Moshé Abensour a défendu avec éloquence cette conception mystique de la poésie, dans sa préface à צלצלי שמע, op. cit., pp. 2a-6a.

 Quand il glorifie l'enseignement de Dieu, quand il chante les joies et les peines de son peuple, il se sent le porte-parole de la collectivité, qui se reconnaît en lui. Il fait partie de l'élite intellectuelle de la communauté, qui n'est pas loin de le considérer comme un de ses guides spirituels. Les nombreuses haskamot que lui accordent vers 1781-82  les rabbins les plus éminents de Fez, Meknès et Marrakech pour Téhilla Lé- David, louent aussi bien le poète que le hakham, le sage, le rabbin.

Rabbi Moshé Maïmaran le qualifie même de saddiq Depuis au moins l'année 1774. 

David Ben Hassine est un des hakhamin reshoumim – des rabbins officiels – de Meknès, digne de signer les taqqanot, ou ordonnances communautaires, de la ville, en même temps que des rabbins éminents comme Réphael Berdugo ou Shémouel Ben Wa'ish.

 Les poèmes écrits en son hon­neur, de son vivant, et les élégies composées à sa mort, en 1792, témoignent du grand prestige dont il jouissait au Maroc, bien avant la publication de son oeuvre poétique.

Dans l'ensemble, David Ben Hassine apparaît comme un homme agréable, très populaire, entouré d'une famille aimante et d'amis fidèles qui le soutiennent dans sa difficile, mais exaltante carrière de poète. Bon vivant, il aime bonne chère et bon vin … avec modération. Sensible à la beauté de la nature, il reste néanmoins un homme très pieux, un hakham érudit, versé dans les sciences rabbiniques et la kabbale, un linguiste qui maîtrise aussi bien l'hébreu que l'araméen. Il ne sépare pas la poésie du service de Dieu et du peuple d'Israël, dont il se considère comme le porte-parole.

David Ben Hassine signe la taqqana somptuaire du 9 mars 1774, et celle de décembre 1791, qui limite le nombre des synagogues à Meknès (cf. 0תקנות חכמי מכנא, op. cit., pp. 390-393 et 35-38).

[1]             En plus des poèmes d'Abraham Alnaqqar et de Hayyim David Séréro (voir ci- dessus, p. 75), plusieurs élégies sont composées, après la mort de David Ben Hassine, par des poètes comme Aharon Ben Simhon (copie du manuscrit communiquée par Réphael Ben Simhon, à Jérusalem) et Shélomo Halewa, in Ms. J.T.S. 1237, fs. 147a- 149b (Voir Yossef chétrit, ״שירתו האישית והחברתית-היסטורית של ר׳ שלמה חלואה …״, op. cit., pp. 63-65).

 

PUBLICATION DE TEHILLA LE-DAVID

ר דוד חסין תהלה לדודPUBLICATION DE TEHILLA LE-DAVID

Vers 1780  David Ben Hassine rêve de publier son oeuvre et de s'assurer ainsi une place dans l'histoire des lettres juives. Il regroupe donc les poèmes qu'il a écrits, du moins ceux dont il a conservé une copie! En effet, à cette époque, les nouveaux piyyoutim, d'abord chantés par leur créateur lui-même, circulent de main en main, en cas de succès, sous forme de copies manuscrites et, pour cette raison, finissent parfois par disparaître, tantôt parce qu'ils ne sont pas reproduits en nombre suffisant pour garantir leur survie, tantôt parce qu'ils ne sont pas inclus dans les anthologies poétiques établies par des amateurs cultivés, pour leur propre usage.

David Ben Hassine constitue ainsi un recueil de 184  poèmes, auxquels il adjoint les livrets de Méqoman Shel Zévahim et des Azharot. Il intitule ce volume Têhilla Lé-David [Hymne de David], Le manuscrit est prêt en 1782  date de la plupart des haskamot de la première édition. Le premier poème est dédié au Hakham Shélomo Shalem, Grand-Rabbin de la communauté séphardie d'Amsterdam, amateur de piyyoutim, dont il espère l'appui pour la publication de Téhilla Lé- David.\ Or, comme le Hakham Shalem est mort en 1781  cela signifie, même si la nouvelle du décès a mis une année à parvenir au Maroc, que le manuscrit était déjà prêt en 1781  et peut-être même avant, soit plus de vingt-cinq années avant sa publication..

Ce manuscrit ne semble cependant avoir quitté Meknès pour Amsterdam que beaucoup plus tard, probablement à la fin de l'année 1789  ou au début de 1790  au plus tard, puisqu'un poème daté de 1789  est inclus dans l'édition d'Amsterdam. Ce retard s'explique certainement par l'activité fébrile déployée par le poète pour trouver des mécènes susceptibles de financer cette publication, comme en témoignent les appels de fonds dans plusieurs haskamot, ou le poème dédié aux bienfaiteurs qui voudront bien l'aider à faire imprimer son oeuvre. De même, David Ben Hassine couvre de bénédictions son généreux protecteur "Shélomo Sebbag, qui m'a assuré de façon absolue qu'il s'évertuerait à rendre justice à ce livre et à le faire imprimer".

Ici se place la légende du voyage de David Ben Hassine à Amsterdam, où il aurait rencontré Shélomo Sebbag, qui souffrait d'un calcul dans la vessie. Citant un verset du Deutéronome  (25, 13) le poète lui aurait adressé la bénédiction suivante: "N'aie point dans ta bourse deux poids [pierres] inégaux, un grand et un petit!" L'allusion ingénieuse fait éclater de rire le malade, si bien qu'il en expulse le calcul, et guérit sur-le-champ! Anecdote piquante, mais sans fondement: David Ben Hassine ne s'est jamais rendu à Amsterdam, et il n'a connu son bienfaiteur qu'au Maroc.

David Ben Hassine reçoit des haskamot particulièrement élogieuses des autorités rabbiniques des grandes villes: de Meknès, celles de son beau-frère Réphael Berdugo, de son gendre Binyamin Elkhrief et de Moshé Maïmaran, qui exhorte ses lecteurs à patronner la publication de Téhilla Lé-David, "malgré le dénuement de nos coreligionnaires écrasés d'impôts"; de Fez, où son ami Hayyim David Séréro lui dédie un poème, et de Marrakech.

Nous savons que David Ben Hassine avait décidé, dès 1780  de publier son oeuvre à Amsterdam, puisqu'à cette date, il en parle de façon explicite dans son poème dédié au Hakham Shalem. Pourquoi Amsterdam? A cette époque, il n'y avait pas d'imprimerie au Maroc, si bien que les auteurs devaient surmonter toutes sortes de dificultés pour publier leurs ouvrages en Europe. Or, au XVIIIe siècle, Amsterdam était devenu un important centre d'édition hébraïque, qui exportait des livres juifs dans toute l'Europe et au Moyen Orient. Il était donc naturel que David Ben Hassine songeât à y faire imprimer son oeuvre, d'autant plus qu'un cercle poétique hébraïque y était très actif, dans la communauté séphardie, sous l'impulsion du Hakham Shalem et du poète David Franco Mendes. C'est certainement pour cette raison que David Ben Hassine en espérait un soutien efficace.

Bien que le manuscrit de Téhilla Lé-David, probablement confié à Shélomo Sebbag, que ses activités commerciales conduisaient régulièrement en Europe, quitte Meknès en 1789   ou au début de 1790 il ne sera publié aux Editions Proops, d'Amsterdam, qu'en 1807 quinze ans après la mort de David Ben Hassine. En fait, le manuscrit est en mauvais état lorsqu'il arrive chez l'imprimeur. Le correcteur des épreuves de Téhilla Lé-David, Moshé Edder'i (c. 1774-1842), se plaint, dans son préambule, des "nombreuses difficultés que j'ai éprouvées pour réviser ce livre précieux en vue de son impression, même si je l'ai fait avec amour, car il avait été écrit à la main depuis de nombreuses années, et de ce fait de nombreux mots et lettres en étaient effacés, à force de passer de main en main … Et j'étais le seul à pouvoir accomplir cette lourde tâche, car personne d'autre n'était compétent pour déchiffrer cette écriture, qui est celle de mon pays."

Après la clôture de son manuscrit, David Ben Hassine continue à composer des piyyoutim jusqu'à son dernier souffle, comme il l'écrit textuellement vers 1790 "Ceci [ce poème], je l'ai ajouté après le départ de mon ouvrage pour l'imprimerie." Il compose alors notamment sa complainte sur le sac du mellah de Meknès en 1790, et les poèmes nouveaux, inclus plus tard dans l'édition de Casablanca, dont il constitue un deuxième recueil, qu'il intitule Shétil David [Scion de David]. Le protecteur de David Ben Hassine, Shélomo Sebbag, meurt vers 1790  mais trois de ses amis, les riches et puissants notables mentionnés dans la page titre de Téhilla Lé-David, poursuivent sa tâche, et font publier le recueil poétique à leurs frais.

Diffusion de l'oeuvre de David Ben Hassine

תהלה לדוד 001DIFFUSION DE L'OEUVRE DE DAVID BEN HASSINE

Cette modeste première édition, sans doute tirée à un petit nombre d'exemplaires, est en grande partie écoulée au Maroc, comme il est d'usage pour les publications de l'époque. Elle connaît aussitôt un succès prodigieux, et devient rapidement introuvable. La notoriété de David Ben Hassine s'étend, non seulement au Maroc, mais dans toute l'Afrique du Nord, et jusqu'en Orient, où ses piyyoutim sont popularisés par les rabbins-émissaires de Terre Sainte. Ainsi, le grand voyageur Réphael Ohana (1850-1902),  originaire de Meknès, émissaire de Tibériade en Extrême Orient en 1886 ,  les fait connaître à Samarkand et dans tout le Turkestan. Certains d'entre eux sont publiés dans Séfer Pizmonim, à Calcutta, en Inde, en 1842 et à Aden, au Yémen, en 1925 . On en a même retrouvé dans la Guéniza du Caire. Enfin, Yossef Messas rapporte que le piyyout 'E'érokh Mahalal Nivi était bien connu en Pologne! De plus, à cause de la rareté de l'édition d'Amsterdam, de nombreux poèmes de David Ben Hassine continuent à paraître dans des anthologies publiées aux XIXe et XXe siècles, et même à circuler sous forme manuscrite, comme en témoignent les innombrables anthologies manuscrites, anciennes ou récentes, éparpillées de par le monde.

Des piyyoutim de David Ben Hassine comme 'E'érokh Mahalal Nivi, chanté pendant la Havdala et la brit-mila, sont entrés dans les rituels marocains et orientaux. De même, le piyyout 'Asadder Toush-bahta se trouve dans des mahzorim de Soukkot. Le plus connu de ses poèmes, " 'Oh.il Yom Yom 'Eshta 'é", est considéré comme une sorte d'hymne à la gloire de la ville de Tibériade et de ses saddiqim. Enfin, Vé-Simman Tov Vé-Haslaha, couplet extrait d'un poème nuptial, est devenu un chant d'allégresse entonné dans toutes les fêtes des juifs du Maroc.

EDITIONS ULTERIEURES DE TEHILLA LE-DAVID

Dans sa préface à la deuxième édition de Téhilla Lé-David, Aharon Ben Hassine, descendant du poète à la cinquième génération, explique que, par suite de son succès, et de sa rareté, l'édition d'Amsterdam ne pouvait suffire à la demande du public. Au début du XXe siècle, l'usage intensif des exemplaires imprimés, très recherchés, en avait rendu la lecture difficile. Finalement, Aharon Ben Hassine décide, vers 1930  d'entreprendre une collecte pour faire paraître une nouvelle édition. En 1931  il publie le nouveau recueil chez l'éditeur Yéhouda Razon, à Casablanca, en y "ajoutant des élégies et poèmes nouveaux, que le Maître composa après le départ de son volume pour la première édition". L'édition de Casablanca contient 240  poèmes, soit 56 de plus que celle d'Amsterdam. Cependant, le nouvel éditeur ignore l'existence de la longue complainte de David Ben Hassine sur les persécutions des juifs marocains pendant le règne du sultan Elyazid, dont nous parlerons plus loin, ainsi que les trois piyyoutim écrits par son ancêtre pour accompagner ses Azharot.

L'édition de Casablanca, très populaire, est largement diffusée. En 1973, Téhilla Lé-David est de nouveau imprimé à la suite d'un traité sur l'abattage rituel d'Aharon Ben Hassine. Cette édition, qui reproduit sans changement celle de Casablanca, n'est guère connue. Nous présentons ici la première édition universitaire de l'oeuvre poétique de David Ben Hassine.

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