judaisme-afrique du nord


Norman Stillman L'EXPERIENCE JUDEO-MAROCAINE Un point de vue révisionniste

Leur transfert dans un quartier spécial à côté du Dâr al-Makhzan (le centre administratif du gouvernement à Fâs Jdïd) montre combien les juifs étaient vulnérables. Ils furent évacués au Mellâh en 1438 à cause des troubles qui éclatèrent quand le bruit courut que les juifs avaient versé du vin dans les réservoirs des lampes d'une mosquée. L'accusation est similaire à la profanation d'hosties dont on accusait fréquemment les juifs en Europe à cette époque. La nature invraisemblable du crime était tout à fait cohérente avec le stéréotype négatif des juifs qui avait cours au Maroc, à savoir qu'ils étaient franchement malveillants et ne cherchaient qu'à nuire à l'Islam et aux Croyants.

Cette émeute anti-juive n'était pas la première de la Fès marinide. Le 10 mars 1276, un massacre avait eu lieu quand la rumeur fut répandue qu'un juif avait agi d'une manière déplacée envers une musulmane. L'ordre ne fut rétabli qu'à la suite de l'apparition sur les lieux du sultan Ya'qüb b. Yüsuf. Une fois encore, cette offense était tout à fait en accord avec les stéréotypes populaires. L'évacuation des juifs vers le Mellah avait pour but d'assurer leur sécurité. Les anciennes juderías de Castille et d'Aragon étaient également situées près des citadelles royales et remplissaient les mêmes fonctions. Le prêtre et missionnaire flamand Nicolas Clenardus, qui passa un an à Fès entre 1540 et 1541, écrivit à un ami qu'il avait choisi expressément de vivre dans le mellah plutôt que dans le funduq chrétien du Vieux Fès pour des raisons de sécurité. En tant que prêtre il était soumis à toutes sortes de vexations dans les rues musulmanes. Il ajoutait que les juifs détestaient les chrétiens autant que les musulmans, mais étaient 'moins effrontés'.

Le mellah de Fès devint le prototype du ghetto marocain. Bien qu'il ait été établi pour la protection des juifs et non leur punition, les sources juives expriment clairement que les juifs eux-mêmes considéraient leur confinement au mellâh comme une tragédie, 'un exil soudain et amer'. Il ne faisait qu'accroître leur sentiment d'isolement et d'éloignement. Les mellàhs des autres villes du Maroc, qui furent tous établis plus tard sous les Saadiens ( 1550-1650) et les Alaouites (de 1666 à nos jours), furent fondés avec l'intention expresse de ségrégation plutôt que de protection.

L'étymologie légendaire ultérieure du mot mellâh comme étant un endroit où les juifs à l'origine salaient les têtes des criminels exécutés souligne la réprobation qui l'entourait. Le mellâh de Fès n'allait pas toujours remplir très bien ses fonctions protectrices. Le 14 mai 1465, ses habitants furent presque tous exterminés par les rebelles qui renversèrent la dynastie marinide. L'attaque des juifs de Fès, selon le voyageur égyptien contemporain 'Abd al-Bàsit, déclencha une vague de massacres similaires dans tout le pays. La cause la plus immédiate de ces émeutes avait été l'élévation du juif Hârun b. Batash au vizirat. Jusque là, les sultans marinides avaient réussi à endiguer le mécontentement populaire contre leurs fonctionnaires juifs en faisant exécuter le fonctionnaire, et les quelques courtisans juifs qui nous sont connus par les sources musulmanes furent tous, en fait, mis à mort par leurs maîtres 'et la dynastie fut purifiée de leur souillure', suivant l'expression des chroniqueurs. 'Abd al-Haqq essaya, mais en vain, cette méthode traditionnelle. Il avait outrepassé toutes les normes acceptables en désignant un dhimmîà une fonction telle que le vizirat.

Les sultans Wattâsides de Fès, qui étaient cousins des Marinides (1472-1554) continuèrent à employer des juifs dans leur makhzan (administration), mais évitèrent de les nommer à une fonction aussi délicate et éminente que celle de vizir, qui avait des connotations  religieuses bien déterminées. Tous les juifs qui servirent les Wattàsides étaient d'origine espagnole ou portuguaise, c'est-à-dire qu'ils étaient megorâshïm, et non pas tôshâvim. Ils agissaient toujours en tant qu'intermédiaires commerciaux et diplomatiques étant donné leurs aptitudes linguistiques et leurs contacts avec la péninsule ibérique. Des hommes tels que le rabbin Abraham Ben Zamiro de Safi, Jacob Rosales et Jacob Ruté de Fès, étaient aussi bien des agents de la couronne portugaise que ceux des Wattàsides.

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