Les veilleurs de l'aube-V.Malka

Certains sont plus que d'autres habités par l'angoisse devant la vie, devant la douleur et devant la mort. D'autres expriment des peurs, des les-veilleurs-de-lobsessions et des aspirations. Tous disent l'impossibilité de connaître les voies de Dieu : nous savons, assurent-ils, quels sont les projets des hommes, mais qui connaît leur fin ? Parfois on s'en prend aux hommes « de vanité », laquelle est considérée comme « une grave maladie ». L'homme vaniteux est qualifié d'idolâtre dont la vie n'est que souffrance. Le poète affirme que Dieu n'aime guère partager la même demeure avec les hommes suffisants, ivres ou amoureux d'eux- mêmes. Ceux qui sont saisis de l'extrême importance de leur personne. Ceux qui éprouvent beaucoup de plaisir à ne vivre qu'en leur propre compagnie. Ceux qui, parce qu'ils cherchent à s'élever, se livrent tout au long de leur vie à bien des bassesses.

Mais on ne manque pas de saluer les hommes de justice et de vérité. Comme leurs anciens collègues de l'Espagne andalouse, les poètes juifs du Maroc conjuguent à l'envi le thème de l'exil et celui de la libération. A la manière des maîtres de la saga hassidique, ils dialoguent avec Dieu. Ils l'interpellent dans leurs poèmes : « Jusqu'à quand attendrons-nous ? Jusqu'à quand et pourquoi aban­donnes-tu le pauvre ? Quand donc nous rendras-tu notre gloire et notre couronne de jadis ? Notre âme a suffisam­ment souffert, il est temps que notre soleil se lève ; ramène la Fille de Sion sur sa terre ; reconstruis le Temple afin que nous puissions te chanter ; regarde la catastrophe dans laquelle nous sommes plongés ; nous nous trouvons dans la situation de l'agneau jeté parmi les loups ; Dieu, donne- nous enfin la liberté ! »

Un grand nombre de ces poètes connaissent la pau­vreté : ils apostrophent Dieu sur le fait que les amis des riches sont toujours nombreux, tandis que les jours du pauvre sont douloureux. « Mes connaissances, mes amis, mes frères se sont éloignés de moi. » Mais ils savent – et ils le proclament – que les hommes les plus riches et les plus puissants deviennent eux aussi néant. Seul peut être heureux l'homme qui connaît et pratique l'humilité.

Raphaël Moshé Elbaz demande à Dieu de lui montrer « la voie des mitzvot – les commandements » : « Console mon cœur, délivre-moi de la tempête, renouvelle en moi une âme nouvelle. » Il se demande – ainsi que le font, dans des termes identiques, les poètes musulmans eux- mêmes – ce qu'il pourra plaider le jour du jugement divin : « Que répondrais-je au jour de la confrontation ? Quand Dieu me convoquera, que lui répondrais-je ? »

Un poète qui signe en acrostiche « Moi, Moshé » écrit : « Je t'ai vu, mon Dieu, avec l'œil de mon cœur. Je t'ai appelé. Je t'ai trouvé habitant à l'intérieur de moi. »

Salomon Abitbol se lamente : « Mes sages ont disparu, mes ennemis sont de plus en plus nombreux. Les malheurs nous assaillent chaque jour. Malgré cela, je n'ai pas cessé de t'aimer. » Il ajoute dans un autre poème : « Mon Dieu, pourquoi sommeilles-tu ? Souviens-toi de la fidèle alliance passée avec mes ancêtres. »

Les poètes marocains recyclent des thèmes abordés déjà par Israël Najara : « Accepte la prière d'un pauvre dont le cœur est en train de fondre. Séparé de sa ville, son soupir grandit. Il appelle à l'aide : pourquoi le Fils de David ne vient-il pas ? »

On cherche à retrouver les accents désespérés du poète espagnol Abraham Ibn Ezra. Grammairien mais égale­ment philosophe, Ibn Ezra était un érudit errant (une sorte de Rimbaud juif avant la lettre). Il était tellement malheu­reux qu'un jour il écrivit pour dire son dénuement ces vers devenus célèbres et que nous avons cités plus haut : « Si je faisais commerce de bougies, le soleil ne se coucherait jamais ; si je vendais des linceuls, personne ne mourrait jamais.

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