Joseph Toledano Epreuves et liberation-Une promotion discriminatoire

 

epreuves-et-liberationJoseph Toledano

Epreuves et liberation

Les juifs du Maroc pendant la seconde guerre mondiale

Une promotion discriminatoire

Les plus importantes mesures prises par la Résidence en faveur de la promotion des nouvelles générations et qui devaient effectivement contribuer à ce bénéfique retour au calme conduisirent, dans la pratique, à ignorer sinon à exclure les Juifs, victimes de leur avance culturelle. Ainsi l'octroi de bourses d'études supérieures en France était réservé aux seuls élèves méritants des collèges franco-musulmans, de même pour l'ouverture à la fonction publique dans l'administration moderne du Protectorat (celle traditionnelle du gouvernement chérifien était depuis toujours fermée aux Juifs, en raison de sa base religieuse). Une ouverture, certes encore fort timide s'arrêtant aux postes subalternes, et de fait limitant sévèrement sans légiférer sur le sujet — l'admission de candidats juifs, comme le justifiait le chef de la Direction des Affaires Politiques, le futur général Guillaume, (lettre du 28 avril 1938) :

« La politique indigène du gouvernement fait que maintenant un certain nombre d’emplois de fonctionnaires seront offerts par concours aux sujets marocains. La nécessité d'une limitation du nombre des Israélites appelés à bénéficier des dispositions nouvelles n 'avait pas échappé à la Direction des Affaires Politiques, mais le projet d'arrêté viziriel du 20 février 1938 ne comporte aucune restriction.

II a paru aux Marocains qu'il favorisait les Israélites et ce sentiment n'a pas manqué de s'extérioriser à Casablanca et Rabat notamment. Dans son numéro du 15 mars 1938, le journal La Voix Nationale s'est fait l'écho de ces inquiétudes dans un article intitulé : Première réalisation — mais au profit de qui ?. Il faut reconnaître que le résultat du concours organisé en février par les PTT pour le recrutement de 15 agents indigènes est éloquent : 359 candidats se sont présentés, dont 135 Israélites. 9 Juifs furent reçus et 6 Musulmans… »

Désormais, on fit en sorte que cette mésaventure ne se reproduise pas souvent… Citons, par exemple, les suites données aux protestations indignées d'honnêtes citoyens français contre le recrutement l'année suivante, en 1939, d'un certain Monsieur Bensimon comme agent intérimaire à la poste de Mazagan. Le chef des Services des Postes, appelé par la Résidence à s'expliquer sur ce " manquement ", s'en était " excusé " en mentionnant que le dit Bensimon avait été le seul candidat qualifié. Il s’empressa d'ajouter ? Je dois préciser que mon office a d'ailleurs depuis longtemps adopté la règle tendant à ne recruter des candidats Israélites qu'à défaut de candidats musulmans ou français ayant des titres suffisants et que d'ailleurs, il avait décidé de licencier l'assistant intérimaire Bensimon à compter du 23 juin 1940, ceci, avant la publication officielle de toute législation antijuive…

Dans cette atmosphère d'hostilité et de suspicion, un regrettable malentendu provoqua des alarmes bien inutiles. Le 10 avril 1938, les membres du Comité de la Communauté de Fès avec en tête, le Président du Comité de la Communauté, Mimoun Danan, le corps rabbinique et quelques notables, se rendirent, conformément aux usages établis, à Dar El Makina, pour saluer le sultan à son passage. Après la présentation de leurs hommages par les représentants musulmans, la délégation israélite s'avança pour en faire autant. Mais la voiture du sultan se mit aussitôt en marche laissant les représentants israélites en humiliante posture… On ne fut pas loin d'y voir un affront délibéré. Chacun avait en mémoire le précédent cuisant de 1934 quand, de la même manière, la délégation de la communauté de Fès avait été bousculée, à l'heure de présenter ses hommages au souverain. Bien sûr, ce n'était qu'un malentendu, le chauffeur avait simplement démarré en trombe plus vite que prévu… Mais c'est dans la ville voisine, encore une fois, que le drame se reproduisit…

Les incidents de Meknès

Après Casablanca, Meknès. Des papillons émanant du parti d'extrême- droite français, le Parti Social Français de Jacques Doriot, particulièrement actif au Maroc, furent collés dans la nuit du 18 mai 1938. Ils s'étalaient en très grand nombre, dans la ville européenne et la ville indigène de Meknès, sur les devantures de magasins et des commerces appartenant à des Juifs, et proclamaient en grosses lettres : Maison juive, maison de profiteurs, La congrégation juive détient plus de la moitié de nos richesses. Il faut confisquer la fortune des Juifs, faite de vol et d'exploitation pour la restituer aux travailleurs français, Acheter chez les Juifs, c'est ruiner le commerce français !

Les services municipaux s'étaient dépêchés d'effacer ces inscriptions et un calme précaire était revenu dans la ville, connue pour les sympathies d'extrême-droite de ses colons.

Le 10 avril 1939, une banale altercation verbale dégénéra rapidement en un véritable pogrome. Sur la place centrale de la Médina, El Hdim, trois ieunes Juifs, dont un originaire de Safi, reconnurent un coreligionnaire de Marrakech du nom de Simon Pellas. A leur grande surprise, il était habillé en Musulman. Il était venu pour la première fois dans la ville, le mois précédent, comme vendeur d'opuscules de qsidot en judéo-arabe, en lettres hébraïques, imprimés à Casablanca. Entre temps, pour échapper à la misère, il s'était converti à l'islam et se livrait à la mendicité afin de récolter de quoi se rendre à Casablanca. Par moquerie, les jeunes Juifs lui firent remarquer que sa conversion ne lui avait guère rapporté… Aussitôt, Abddallah Ben Haj Lahoucine se mit à appeler à l'aide ses nouveaux coreligionnaires. Il prétendit qu'on voulait le ramener de force au mellah pour le tuer. La rumeur s'enfla et se répandit parmi la foule sur la place centrale de la Médina, El Hdim, où étaient particulièrement nombreux les tirailleurs en permission. Ceux-ci s'en prirent aux jeunes insolents, accusés d'avoir insulté la religion musulmane. Ils ne durent la vie sauve qu'à leur fuite éperdue vers le nouveau mellah tout proche. Les tirailleurs, qui semblaient n'attendre qu'un signal, suivis de la masse habituelle des désœuvrés, graisseurs et portefaix, déferlèrent sur le vieux et le nouveau mellah. Et chacun de se livrer au pillage, de molester les passants et d'attaquer les maisons…

Rapidement, de tous les quartiers de la ville, des manifestants se joignirent à eux. Des témoins rapportent que des ambulances militaires parcouraient les quartiers rameutant les tirailleurs. D'autres affirment avoir vu dans la foule des meneurs européens auprès des assaillants et en particulier, un homme grand aux yeux bleus qui se faisait passer pour un commissaire de la Sûreté de Rabat. Les forces de l'ordre, malgré les appels désespérés, n'intervinrent qu'avec un grand retard, tout à fait inexplicable. Le retour au calme ne se fit que la nuit tombée. Le bilan humain fut lourd. Deux personnes trouvèrent la mort : Elie Amsellem et Fréha Abergel. On comptait 34 blessés dont un qui succomba à ses blessures : Dinar Sayag. Le bilan matériel dépassait le million de francs. Le soir même, Radio Bari rapportait en détails l'événement, confirmant les soupçons de planification. Dans son enquête, un militant de la LICA, la Ligue Internationale Contre l'Antisémitisme, un Juif originaire d'Algérie du nom de Maurice Lévy, agent d'affaires, estimait qu'il s'agissait d'un incident prémédité et pas du tout spontané. Le rapport qu'il adressa au siège de l'association à Paris fit grand bruit, au grand dam de la Résidence qui voulait minimiser l'incident :

« Sur la place Elhdim, un Israélite espagnol, islamisé de fraîche date, racontait son histoire à la foule parmi les charmeurs de serpents et les vendeurs d'illusions. Au terme de son éloge de l'islam et après avoir déversé toutes les insultes et toute sa haine de sa race natale, il procéda à une collecte qui lui rapporta exactement 225francs. Dans cette foule, se trouvaient entre autres deux jeunes Israélites, qui logiquement et naturellement écœurés d'un pareil militantisme, lui firent remarquer qu'il n'y avait aucune gloire à être renégat pour pareille somme. Les tirailleurs marocains offusqués manifestèrent contre cesjeunes gens qui prirent la fuite et demandèrent la protection de la police.

C'est alors que toute la foule des tirailleurs du 1er Régiment des artilleurs indigènes et du 164e'"", que venaient grossir tous les ouvriers indigènes que les fêtes de Pâques rendaient libres, se portèrent, qui en direction du nouveau mellah, qui en direction de Berrima, afin d'encercler les Juifs dans leurs propres logis. Par ailleurs, des indigènes du quartier limitrophe de Beni Mhmed se dirigèrent vers le mellah. Les différentes dépositions recueillies à ce jour nous permettent de pouvoir affirmer que l'histoire du Juif islamisé n'était qu'un prétexte à l'émeute déjà préparée à l'avance. Et en cela, la présence d'Italiens fascistes notoires sur les lieux de l'émeute ne fait que confirmer nos déductions. Ces incidents ont causé la mort de trois personnes dont deux tuées dans leur propre maison et l'autre, à la rue Sekakine et 42 blessés dont 3 peuvent être considérés comme mourants. 7 maisons et 8 magasins ont été entièrement dévastés.

Nous ne comprenons pas que l'ambulance militaire dont la mission est de sauver les blessés, ait au contraire servi à racoler les tirailleurs pour les diriger vers le terrain de leurs exploits…

Il est toutefois réconfortant de constater que l'élite musulmane n'a pas pris part à ces événements qu 'elle déplore. Elle veut nous aider à éviter leur renouvellement dans l'avenir. »

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